Introduction

L'évolution de la langue française à travers les siècles a été marquée par de nombreux changements, notamment en ce qui concerne la grammaire. Un aspect particulier de cette évolution est celui des contractions, qui consistent en la réduction ou la réunion de deux voyelles ou de deux syllabes en une seule. Cet article se propose d'explorer en détail les contractions dans la grammaire du français ancien, en s'appuyant sur des sources linguistiques et des exemples concrets.

Contraction : Définition et Types

Le terme "contraction" peut avoir plusieurs significations selon le contexte. En physique, il désigne un resserrement par opposition à une dilatation. En physiologie, il se réfère au raccourcissement instantané des muscles. Toutefois, en grammaire, la contraction est définie comme la réduction ou la réunion de deux voyelles ou de deux syllabes en une seule.

Il existe deux types principaux de contractions en grammaire :

  • Synérèse : La synérèse est la fusion de deux voyelles contiguës en une seule syllabe à l'intérieur d'un même mot.
  • Crase : La crase est la fusion de deux voyelles appartenant à deux mots différents en une seule syllabe.

Exemples de Contractions

Dans le français moderne, on retrouve des exemples de contractions dans des mots tels que "août", "paon", "faon" et "Laon", qui se prononcent respectivement "oût", "pan", "fan" et "Lan". Ces contractions sont le résultat d'une évolution phonétique au fil du temps.

En grammaire grecque, la contraction est également un phénomène courant. Par exemple, l'accusatif ἑρμέαν (interprète) devient par contraction ἑρμήν.

Lire aussi: Braxton Hicks et Dilatation

Évolution des Contractions en Français

La langue française a subi d'importantes transformations au cours de son histoire. Le Moyen Français, en particulier, a été une période cruciale où la langue s'est différenciée des autres langues d'oïl et est devenue la langue officielle du royaume de France.

Un changement majeur survenu pendant cette période est la disparition de la déclinaison, ce qui a simplifié le système de l'ancien français. De nombreuses diphtongues et triphtongues ont disparu, se réduisant à des voyelles simples dans la langue parlée. Cependant, les "lettrés" de l'époque ont exigé de conserver des graphies qui ne correspondaient plus à la langue orale, préservant ainsi les traces de la prononciation de l'époque précédente dans des mots comme "oiseau", "peau", "fou", "fleur", "coeur" et "saoul".

De plus, on a observé une tendance à restituer des consonnes doubles disparues en ancien français, comme dans "belle" (pour "bele" d'après le latin "bella") et "flamme" (pour "flame" d'après "flamma"). Pour éviter les confusions dues à l'alternance entre les lettres [u] et [v] à l'initiale des mots, on a ajouté un [h] initial, permettant ainsi de distinguer des mots tels que "huis" et "vis", ou "huître" et "vitre".

Au XVIe siècle, l'introduction de la cédille et des accents a contribué à complexifier l'orthographe, malgré les efforts de certains pour la rationaliser. On a également constaté l'effritement des consonnes finales et la contraction des mots, comme dans "serment" (pour "serement").

Exemples de mots et expressions en voie de disparition

Outre les contractions, de nombreux mots et expressions du français ancien sont tombés en désuétude au fil du temps. Ces termes offrent un aperçu fascinant de l'évolution de la langue et de la culture françaises. Voici quelques exemples :

Lire aussi: Braxton Hicks ou travail : comment les distinguer ?

  • Abuseur : Celui qui abuse.
  • Accortise : Humeur accorte.
  • Acenser : Donner à ferme.
  • Acerbité : Qualité de ce qui est acerbe.
  • Acidule : Légèrement acide.
  • Affinerie : Lieu où l'on affine.
  • Aliénisme : Science qui étudie l'aliénation mentale.
  • Amatelotage : Action d'amateloter (terme de marine).
  • Amusoire : Moyen d'amuser, de distraire.
  • Anastatique : Qui reproduit les textes et les dessins imprimés (procédé chimique).
  • Anguillade : (terme ancien).
  • Antanaclase : Répétition d'un même mot pris dans un sens différent (rhétorique).
  • Apercevance : Faculté d'apercevoir.
  • Archidiaconat : Dignité d'archidiacre.
  • Architriclin : Celui qui était chargé de l'ordonnance du festin (antiquité romaine).
  • Arrêtiste : Compilateur ou commentateur d'arrêts des Cours souveraines.
  • Assoter : Rendre sot ou sottement amoureux.
  • Atonique : Qui a rapport à l'atonie (médecine).
  • Attiseur : Celui qui attise.
  • Avénage : Redevance en avoine.
  • Avertin : Maladie d'esprit qui rend opiniâtre, emporté, furieux.
  • Babillement : Action de babiller.
  • Bagues : Bagages (uniquement dans l'expression "Sortir vie et bagues sauves").
  • Baladinage : Plaisanterie bouffonne et de mauvais goût.
  • Baliverner : S'occuper de balivernes.
  • Bergerette : Jeune bergère.
  • Besaigre : Qui devient aigre (en parlant du vin).
  • Biaiseur, -euse : Celui, celle qui a tendance à biaiser.
  • Boquillon : Bûcheron.
  • Brandiller : Mouvoir deçà et delà.
  • Brétailler/brétailleur : Tirer l'épée pour la moindre bagatelle.
  • Brocardeur, -euse : Celui, celle qui dit des brocards.
  • Cacade : Décharge de ventre (figuré : manquer une entreprise par lâcheté).
  • Carrelure : Semelles neuves qu'on met à de vieux souliers.
  • Chancissure : Moisissure.
  • Chapechute : Bonne aubaine due à une négligence d'autrui.
  • Chapeler : Tailler en enlevant le dessus (spécialement le pain).
  • Charmoie : Lieu planté de charmes.
  • Charnure : La chair, les parties charnues (en parlant des personnes).
  • Chipotier, -ière : Celui, celle qui chipote.
  • Chômable : Qu'on doit chômer (en parlant des jours de fêtes).
  • Chouanner : Faire la guerre à la façon des chouans.
  • Clochement : Action de boiter.
  • Clubiste : Celui qui fréquentait les clubs politiques.
  • Colluder : S'entendre dans un procès avec sa partie adverse au préjudice d'un tiers.
  • Collusoire : Qui se fait par collusion.
  • Conspirant, -ante : Qui concourt à produire un même effet.
  • Contre-police : Police qui surveille ou déjoue une autre police.
  • Convoiteux, -euse : Qui convoite.
  • Couchée : Lieu où on loge la nuit en faisant voyage (ou souper et logement des voyageurs).
  • Courte-botte : Petit homme (populaire).
  • Crapoussin, -ine : Celui, celle qui est de taille petite et contrefaite (populaire).
  • Crosseur : Celui qui crosse, qui s'amuse à crosser.
  • Curation : Traitement d'une maladie, d'une plaie (médecine).
  • Délogement : Action de déloger.
  • Démeublement : Action de démeubler ou état de ce qui est démeublé.
  • Dépopulariser : Priver de la popularité.
  • Dramatiste : Auteur dramatique.
  • Duriuscule : (terme médical ancien).
  • Ébaudissement : Action de s'ébaudir, ou État de celui qui est ébaudi.
  • Écraseur, -euse : Celui, celle qui écrase.
  • Éraillement : Action d'érailler ou État de ce qui est éraillé.
  • Ergoterie : Argument reposant sur des vétilles ou Habitude de chicaner.
  • Escroqueur, -euse : Celui, celle qui escroque.
  • Ésopique : Qui se rapporte à Ésope ou aux fables qui lui sont attribuées.
  • Euphuisme : Affectation de beau langage.
  • Exacteur : Celui qui commet une exaction.
  • Fanfan : Terme familier dont les mères et les nourrices se servent quelquefois en parlant aux enfants.
  • Finet, -ette : Qui a une certaine finesse d'esprit.
  • Friponneau : Jeune fripon malicieux.
  • Futurition : Caractère d'une chose future, en tant que future (didactique).
  • Gaminer : Faire le gamin.
  • Gasconisme : Façon de parler et d'écrire empruntée du dialecte gascon et qui constitue une incorrection en français.
  • Guenuche : Petite guenou.
  • Havir : Dessécher et brûler la viande par-dessus sans la cuire en dedans.
  • Hebdomadier, -ière : Celui, celle qui est de semaine, dans une maison religieuse.
  • Hommagé, -ée/ hommager : Qui est tenu en hommage (jurisprudence féodale).
  • Ichor/ichoreux, -euse : Termes de médecine.
  • Imbrisable : Qui ne peut pas être brisé (figuré).
  • Immortification/immortifié, -ée : État d'une personne qui n'est pas mortifiée (ascétisme).
  • Impatroniser (s') : S'emparer, se rendre maître de.
  • Imployable : Qui ne peut pas être ployé.
  • Incorrigibilité : Défaut de celui qui est incorrigible.
  • Indévot , -ote/indévotion : Qui n'a point de dévotion/Manque de dévotion.
  • Indulgencier : Attacher une indulgence et une prière à un objet de piété.
  • Larmoyeur, -euse : Celui, celle qui larmoie.
  • Larroneau : Petit larron.
  • Masticatoire : Médicament à mâcher pour exciter la salive (médecine).
  • Mâtineau : (terme ancien).
  • Mensurer : Soumettre à la mensuration.
  • Mésoffrir : Offrir d'une marchandise moins qu'elle ne vaut.
  • Minon/Minou : Nom d'amitié que les enfants donnent aux chats.
  • Mireur, mireuse : Celui ou celle qui mire.
  • Mohatra : Contrat ou marché usuraire.
  • Monophylle : Calice formé d'une seule pièce (botanique).
  • Monseigneuriser : Honorer quelqu’un du titre de monseigneur.
  • Morfondure : Catarrhe nasal des chevaux (art vétérinaire).
  • Morphée : Dieu du sommeil (mythologie).
  • Mouille-bouche : (terme ancien).
  • Musico : (terme ancien).
  • Musiquette : Petite musique.
  • Myria : Préfixe signifiant dix mille.
  • Myriagramme : (terme ancien).
  • Myrtiforme : Qui a la forme d’une feuille de myrte (anatomie).
  • Narcotine : (terme de chimie).
  • Névroptère : Insecte aux ailes transparentes traversées de veines croisées (histoire naturelle).
  • Némésis : Déesse de la vengeance (antiquité).
  • Neptune/neptunien, ienne : Dieu de la mer/Terme de géologie.
  • Nestor : Vieillard respectable par son âge et sa sagesse.
  • Neutralement : (terme de grammaire).
  • Neutralisant, ante : Qui est propre à neutraliser (chimie).
  • Nicodème : Homme simple et borné.
  • Nigauder : Faire des actions de nigaud.
  • Niguedouille : (terme ancien).
  • Non avenu, ue : Qui n’est pas arrivé.
  • Nul et non avenu : (expression juridique).
  • Octo : (préfixe).
  • Œdipe : Homme qui trouve facilement le mot des énigmes.

Négation et Contractions Orales

Il est important de noter que le français parlé se distingue souvent du français écrit. Dans la langue parlée, les contractions sont plus fréquentes et peuvent même entraîner la suppression de certaines parties des mots.

Par exemple, dans la négation, le "ne" est souvent omis à l'oral, ce qui donne des phrases comme "j'aime pas travailler" au lieu de "je n'aime pas travailler". De même, le pronom "je" peut se contracter en "j'" devant un verbe commençant par une voyelle, comme dans "J'arrive !!!". Le son "je" peut également se transformer en "ch", donnant des formes comme "chui" (j'suis), "ch'pense" (j'pense) et "Ch'porte" (J'porte).

Lire aussi: Causes Contractions 7ème Mois

tags: #contractions #grammaire #ancien #francais

Articles populaires: