Introduction

La contraction de syllabes est un phénomène linguistique qui se manifeste de diverses manières dans la langue française. Cet article explorera les différentes facettes de la contraction syllabique, en s'appuyant sur des définitions grammaticales, des exemples concrets et des perspectives psycholinguistiques. Nous aborderons également le rôle de la syllabe dans la lecture et la tradaptation de chansons.

Définition Grammaticale de la Contraction

En grammaire, la contraction se définit comme la réduction ou la réunion de deux voyelles ou de deux syllabes en une seule. On peut citer l'exemple de la crase en grec ancien, où la fusion de syllabes entraîne la disparition de certains sons, comme dans ϰἀγὼ (pour ϰαὶ ἐγὼ) ou ϰᾆτα (pour ϰαὶ εἶτα). Ce phénomène est signalé par la coronis.

En français, la contraction se manifeste par exemple dans la formation de mots comme "août," "paon," "faon," et "Laon," prononcés respectivement "oût," "pan," "fan," et "Lan." Une autre illustration est la fusion de "à le" en "au" et de "de le" en "du."

Contraction en Physiologie

Le terme "contraction" est également utilisé en physiologie pour décrire le resserrement instantané des muscles. La systole du cœur, par exemple, est une contraction de cet organe qui propulse le sang dans les artères. On parle aussi de "contraction des traits" ou "contraction du visage" pour exprimer un état de tension ou de souffrance.

Le Rôle de la Syllabe en Lecture

L'étude du rôle de la syllabe en lecture s'inscrit dans la question de l'intervention de la phonologie lors de l'accès aux représentations lexicales des mots dans le lexique mental.

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Importance de la Phonologie en Lecture

Chez l'enfant, l'utilisation des informations sur la forme sonore des mots est nécessaire lors de la lecture. L'enfant doit comprendre que l'écrit est un codage de la langue orale et que les signes représentent les sons de la langue. L'apprentissage des règles de correspondance entre l'écrit et l'oral permet de convertir phonologiquement une suite de lettres en une séquence de sons. Cette procédure de conversion grapho-phonologique est essentielle pour la construction de représentations orthographiques des mots.

Chez l'adulte, la question de l'activation du code phonologique lors de la lecture silencieuse a été source de controverses. Lorsqu'un mot est rencontré suffisamment de fois, il est stocké en mémoire sous la forme d'une représentation lexicale orthographique abstraite. La reconnaissance automatique de l'ensemble des lettres dans un mot suffit pour accéder à la représentation lexicale de ce mot, en dehors de tout recours à l'information phonologique.

Des études ont montré que les lecteurs mettent plus de temps pour dire que des pseudomots qui se prononcent comme des vrais mots ne sont pas des mots par rapport à des pseudomots contrôles. Cet effet de pseudohomophonie a contribué à l'hypothèse selon laquelle l'information phonologique contenue par un stimulus écrit est systématiquement et très rapidement activée lors de la reconnaissance visuelle chez l'adulte.

Unités Sous-Lexicales et la Syllabe

Un certain nombre d'unités sous-lexicales ont fait l'objet de recherches afin d'établir leur potentielle participation à l'activation de l'information phonologique lors de la récupération d'un mot en mémoire, comme l'attaque et la rime, la BOSS, la rime de la BOSS, la syllabe ou encore les unités sous-lexicales phonographiques. La syllabe a la particularité de se distinguer des autres car elle a fait l'objet de nombreux travaux dans différentes langues. De par son rôle saillant dans la langue orale, la syllabe pourrait être une unité phonologique fonctionnelle de reconnaissance visuelle des mots.

Le mode d'activation des syllabes, leur rôle tant dans la lecture experte que débutante, leur prise en compte dans les théories sur le rôle de la phonologie, et les implications potentielles pour des perspectives de remédiation des troubles de lecture, sont des questions qui restent entières à l'heure actuelle. En étudiant le rôle de la syllabe en lecture, il s'agit de s'intéresser aux spécificités phonologiques et orthographiques de la syllabe qui pourraient amener à lui accorder un statut privilégié dans les processus de lecture.

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Définir la Syllabe

La syllabe est une unité aussi facile à percevoir que difficile à définir, et ce d'autant plus qu'elle semble particulièrement intuitive. Il semble difficile d'en donner une définition consensuelle, ce qui rend son étude d'autant plus difficile. La syllabe peut être définie à la lumière de différentes approches, telles que des approches motrices, phonétiques, phonologiques, ou psycholinguistiques.

Selon la théorie phonétique, la syllabe est « une unité motrice correspondant à un pic d’expiration d’air phonatoire dû à la contraction des muscles intervenant dans la respiration ». Dans le cadre de la théorie phonologique, la syllabe est incontestablement l’unité qui a reçu le plus d’attention. Ce rôle fondamental est dû notamment au fait que certains phénomènes, tels que l’accentuation, ne peuvent s’expliquer que dans le cadre fonctionnel de la syllabe. Deux grandes approches phonologiques complémentaires de la syllabe se distinguent. Selon la première approche, les syllabes sont définies par des courbes de sonorité. Dans ce cas, une syllabe correspond à un pic de sonorité où les voyelles sont les phonèmes les plus sonores. Dans la deuxième approche, la chaîne parlée est considérée comme organisée hiérarchiquement. La syllabe serait un élément de cette organisation, elle-même structurée hiérarchiquement en attaque (premières consonnes de la syllabe) et rime (voyelles et consonnes en fin de syllabe), la rime se dissociant à son tour en noyau et coda.

Dans une perspective psycholinguistique, la syllabe peut être définie comme une unité phonologique de base de segmentation du langage oral composée a minima d’une voyelle. Cette définition permet d’une part de distinguer la syllabe des autres unités phonologiques (phonème, rime), et d’autre part d’étudier de façon distincte des questions telles que l’activation des syllabes et les processus de segmentation syllabique en eux-mêmes.

Syllabe Orthographique vs. Syllabe Phonologique

Si la syllabe est par définition une unité fondamentalement phonologique, le concept de syllabe orthographique (par opposition à syllabe phonologique) a émergé lors de l’étude du traitement des mots écrits. À cette notion de syllabe orthographique peuvent être rattachées au moins quatre définitions.

Selon une première conception, la syllabe orthographique désigne la BOSS, c’est-à-dire une unité orthographique qui ne coïncide pas nécessairement avec l’unité phonologique syllabe, mais qui a pour racine la syllabe à laquelle s’ajoutent les premières consonnes de la syllabe suivante. Par exemple, dans le mot routine, la BOSS est rout, alors que la première syllabe est /ru/.

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Selon une deuxième conception, la syllabe orthographique est l’unité syllabique émergeant de la redondance orthographique, c’est-à-dire des régularités d’apparition des groupes de lettres. Dans le mot préface par exemple, les bigrammes (groupes de deux lettres) ré et fa sont plus fréquents que le bigramme éf. Ce patron de fréquences de lettres crée une frontière orthographique entre le é et le f, marquant alors un découpage dans le mot.

Selon une troisième conception, la syllabe orthographique est le résultat des contraintes orthotactiques sur les co-occurrences de consonnes qui apparaissent aux frontières syllabiques. Par exemple, la séquence orthographique dk n’apparaît jamais en début ou en fin de syllabe. La frontière syllabique dans le mot vodka est donc assignée selon ce critère orthographique, c’est-à-dire de façon à ce que dk n’apparaisse ni en début, ni en fin de syllabe (vod.ka).

Selon une quatrième conception enfin, l’expression ‘syllabe orthographique’ désigne la transcription orthographique d’une syllabe. Par exemple, dans le mot /kase/ (casser), la première syllabe /ka/ est transcrite ca. Du fait des irrégularités de transcriptions lettres-sons de la langue française (appelées inconsistance phono-graphémique), plusieurs syllabes orthographiques peuvent correspondre à une même syllabe phonologique. Ainsi la syllabe /ka/ peut être transcrite ca dans casser, cha dans chaos, ka dans kayak. De même, mais bien que moins fréquemment, à une même syllabe orthographique peuvent correspondre plusieurs syllabes phonologiques. Par exemple, la syllabe orthographique oi renvoie à la syllabe /o/ dans oignon et /wa/ dans oiseau.

Dans le présent ouvrage, l’expression syllabe phonologique sera utilisée pour désigner un groupement de phonèmes correspondant à une syllabe (telle que définie par les théories phonologiques), alors que l’expression syllabe orthographique désignera la transcription orthographique d’une syllabe phonologique. Le choix de cette définition s’explique par le fait que cette distinction entre syllabe phonologique et syllabe orthographique est particulièrement adaptée à la langue française. Elle implique par ailleurs de prendre en compte la double dimension des syllabes (phonologique, mais aussi orthographique) ce qui parait crucial à partir du moment où l’on s’intéresse au rôle de la syllabe dans le traitement des mots écrits.

Ambisyllabicité

Une autre particularité des syllabes est qu’il est généralement facile de les compter à l’intérieur d’un mot, mais il est parfois difficile d’effectuer la syllabation du mot, c’est-à-dire de positionner les frontières syllabiques. Ainsi, si tout le monde s’accorde pour dire qu’il y a trois syllabes dans le mot /astiko/ (asticot), la segmentation du mot semble moins consensuelle. Quel découpage ? : /as.ti.ko/ ou /a.sti.ko/ ? Dans le cas présent, la difficulté réside dans le fait que le phonème /s/ semble pouvoir appartenir soit à la première syllabe, soit à la deuxième. Cette situation particulière où une consonne peut appartenir à deux syllabes contiguës est appelée ambisyllabicité.

La fréquence des cas d’ambisyllabicité dans une langue conditionnerait en partie la saillance des unités syllabiques dans le langage oral, et donc l’utilisation de ces unités dans le langage écrit. Plusieurs auteurs s’accordent ainsi à dire que la forte ambisyllabicité de la langue anglaise ne permettrait pas de s’appuyer de façon fiable sur les syllabes, alors qu’au contraire, l’absence d’ambisyllabicité en espagnol permettrait de rendre clairement distinguables les syllabes pour le traitement du langage. La langue française semble être intermédiaire, puisque s’il y a des cas d’ambisyllabicité, ils ne sont pas très fréquents.

La Contraction et la Tradaptation de Chansons

En traductologie, il n’existe pas de consensus sur ce qui distingue une « traduction » d’une « adaptation » et certains traductologues pensent que les deux termes font partie d’un seul et même continuum, considérant que (1) toute traduction est une adaptation et (2) l’adaptation est une forme tout à fait valide de traduction, et non une solution de rechange. Une « adaptation » n’est donc en aucun cas méprisable et ne désigne pas une version « moins fidèle » de l’original (la notion de fidélité étant relative) à laquelle on n’aboutirait qu’en dernier ressort, comme le considèrent certains universitaires. À l’inverse, le terme « traduction » ne signifie par forcément « mauvaise traduction » ou « traduction mot à mot » comme le considèrent certains professionnels des milieux artistiques.

En écriture et en tradaptation de chanson, il est préférable de faire coïncider les accents toniques des mots avec les temps musicalement accentués et les appuis du chanteur, pour assurer la fluidité, la chantabilité et la compréhension des paroles. Cependant, nous pensons qu’une syllabe atone tombant sur un temps musicalement accentué (ou l’inverse : un accent tonique placé ou un appui pris sur un temps faible musical) peut correctement fonctionner dans certains cas. Si l’accentuation musicale est particulièrement marquée, on aura intérêt à appliquer la règle. Il faut, selon nous, réfléchir au cas par cas : le rythme se prête-t-il à cette modification ? la phrase reste-t-elle compréhensible ? la voyelle accentuée est-elle particulièrement longue ou étirée, de sorte que son accentuation risque de donner l’impression que le mot est coupé en deux ? y a-t-il une autre syllabe forte après le temps faible suivant, risquant ainsi de créer une confusion sur le sens de la phrase ?

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