Le déni de grossesse est un phénomène complexe et souvent mal compris, touchant environ 1 grossesse sur 500. Bien qu’il concerne près d’une grossesse sur 500, le déni de grossesse reste encore aujourd’hui une pathologie souvent taboue. Il se définit comme le fait d’être enceinte depuis au moins trois mois, sans avoir conscience de l’être. Certaines femmes s’aperçoivent de leur grossesse au cours des deuxièmes ou troisièmes trimestres, tandis que d’autres ne se rendent compte de rien jusqu’à l’accouchement. Cet article vise à explorer en profondeur le déni de grossesse, en abordant sa définition, ses différents types, ses causes, ses conséquences pour la mère et l’enfant, ainsi que les options de prise en charge et de prévention.

Définition du déni de grossesse

Le déni de grossesse désigne le fait d’être enceinte sans avoir conscience de l’être. Le déni de grossesse est l’une des formes de négation de la grossesse, avec les grossesses dissimulées (grossesses cachées) ou la dénégation de grossesse (grossesses refusées). Il correspond au fait d’être enceinte depuis au moins trois mois sans avoir conscience de l’être. Certaines femmes témoignent cependant de certains moments de conscience au cours du déni de grossesse. À savoir ! Le déni de grossesse est catégorisé comme un trouble de la gestation psychique. Il s’agit d’un trouble psychique de la gestation qui traduit une souffrance psychologique plutôt qu'une simple ignorance. C'est un mécanisme actif d’oubli devant une souffrance psychique, explique Israël Nisand. Il y a une grossesse physique, mais pas de grossesse psychique. La femme vit ainsi comme si elle n’était pas enceinte. La future maman est paralysée psychiquement à se penser enceinte. C'est à cause de cela qu'elle ne perçoit pas sa grossesse.

Il est essentiel de distinguer le déni de grossesse de la grossesse cachée, où la femme est consciente de sa grossesse mais choisit de la dissimuler.

Types de déni de grossesse

Il existe deux principaux types de déni de grossesse : le déni partiel et le déni total.

Déni de grossesse partiel

Le déni de grossesse partiel : la grossesse est découverte après le premier trimestre de grossesse mais avant le terme. Dans le déni de grossesse partiel, la femme prend conscience de sa grossesse avant son terme, généralement entre la fin du premier trimestre et la fin de la grossesse. Une fois la grossesse admise, le corps peut connaître des modifications rapides. Ce cas est le plus fréquent et peut entraîner des modifications corporelles rapides une fois la grossesse reconnue.

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Déni de grossesse total

Le déni de grossesse total, s’il perdure tout au long de la grossesse et se termine par un accouchement inopiné. Plus rare, il se caractérise par une absence totale de conscience de la grossesse jusqu'à l'accouchement, pouvant parfois se prolonger après la naissance. Le déni de grossesse total est plus rare et se caractérise par l'absence totale de conscience de la grossesse jusqu'à l'accouchement.

Signes et symptômes du déni de grossesse

Le déni de grossesse est marqué par une absence ou une diminution notable des symptômes typiques de la grossesse. Ce trouble est loin d’être un acte de négligence. Il s’agit d’un signe de détresse psychologique, où les symptômes habituels de grossesse peuvent être absents, ce qui complique le diagnostic. Dans cette situation, le corps ne présente aucun des signes habituels de la grossesse conduisant la femme, mais aussi son entourage, à l’ignorer. Le déni de grossesse peut se manifester par une absence ou une réduction notable des signes physiques typiques de la grossesse, comme les nausées ou la fatigue.

  • Absence de symptômes typiques: L'un des aspects principaux du déni de grossesse est l'absence de signes couramment associés à la grossesse, tels que l’absence de nausées et vomissements ; l’absence d’aménorrhées ; une faible augmentation du périmètre abdominal ; une prise de poids absente ou faible ; pas de seins gonflés et sensibles ; pas de fatigue inhabituelle ; pas de besoin fréquent d'uriner.
  • Persistance des règles: La persistance des règles est très fréquente. Or, l’aménorrhée représente pour la majorité des femmes le premier signe indicateur d’une éventuelle grossesse. Certaines continuent de prendre une contraception orale, d’où les saignements réguliers.
  • Modification de l'apparence physique: L’une des caractéristiques étonnantes du déni de grossesse est l’absence d’augmentation du périmètre abdominal, ou une augmentation très modérée. Parfois seule un petit bombement abdominal est perceptible et peut donc facilement passer inaperçu. De plus, on remarque généralement aucune variation du poids. L'utérus peut s'allonger le long de la colonne vertébrale et le fœtus va ainsi se positionner de manière à rendre la grossesse moins visible. La prise de poids peut être stable ou diminuer, et les menstruations peuvent continuer ou être confondues avec des saignements atypiques. Dans le cas d'un déni de grossesse, l'utérus se développe verticalement et le fœtus se trouve sous les côtes de la mère. Les muscles de l'abdomen restent quant à eux tendus.
  • Absence de perception des mouvements fœtaux: L’un des autres signes caractéristiques du déni de grossesse est la non-perception ou la non identification des mouvements fœtaux. Pour beaucoup de femmes, elles ne sentent pas le fœtus se mouvoir. Parfois, ces mouvements peuvent être confondus avec des troubles digestifs.
  • Douleurs abdominales: Elles peuvent être ressenties mais attribuées à d'autres causes, telles que des troubles digestifs ou une appendicite.
  • Saignements vaginaux: Ils peuvent se produire et être confondus avec des menstruations ou d'autres problèmes gynécologiques.

Causes du déni de grossesse

Les causes du déni de grossesse sont parfois interconnectées. Il peut s’agir entre autres de : facteurs psychologiques : les racines du déni de grossesse plongent profondément dans le psychologique. Depuis 1984, le déni de grossesse est considéré comme un trouble de la gestation psychique. Cela a un impact sur le psychisme de la femme puisque la mère n’a pas l’instinct maternel qui se développe.

  • Facteurs psychologiques: L'ambivalence face au désir d'enfant est un exemple pertinent ; une femme peut se trouver déchirée entre son désir et sa capacité à endosser le rôle de mère, poussant ainsi son psychisme à nier la réalité de la grossesse. Les traumatismes, qu'ils soient passés ou présents, tels que les agressions sexuelles, les violences ou les difficultés familiales, peuvent également jouer un rôle important. Ces expériences douloureuses incitent souvent le psychisme à développer des mécanismes de défense afin d'échapper à la douleur et à l'angoisse liées à la grossesse.
  • Facteurs émotionnels et relationnels: Les conflits psychiques irrésolus et les complications relationnelles figurent aussi parmi les causes majeures. Vivre dans un environnement instable ou dans un contexte où la sexualité est un sujet tabou peut augmenter le risque de déni de grossesse. De même, des grossesses successives ou la conviction d'être stérile peuvent influencer cette condition.
  • Aspects socioculturels: Les facteurs socioculturels ne sont pas à négliger. En effet, le contexte social et les normes culturelles peuvent altérer la perception qu'une femme a de la grossesse et de la maternité. Par exemple, évoluer dans un environnement où la maternité est stigmatisée ou un endroit où les ressources pour les mères sont insuffisantes peut favoriser le déni de grossesse.
  • Rapport au corps et à la sexualité: Le rapport au corps et à la sexualité est également déterminant. Une femme qui entretient une relation difficile avec son corps ou sa sexualité peut avoir du mal à accepter l'idée d'une grossesse, ce qui peut mener à un déni.

Diagnostic du déni de grossesse

Le diagnostic du déni de grossesse représente un défi en raison de l'absence ou de la discrétion des symptômes habituels de la grossesse. Les méthodes et les indicateurs clés suivants sont essentiels pour détecter et confirmer un déni de grossesse :

  • Test de grossesse: Une réponse simple et rapide consiste à réaliser un test de grossesse. En effet, ce dernier sera toujours positif en cas de grossesse, même dans le cadre d’un déni de grossesse. Même en cas de déni de grossesse, ce test de grossesse sera positif si une grossesse est présente. Vous pouvez faire un test urinaire ou une prise de sang de grossesse.
  • Examen gynécologique et échographie: L'examen gynécologique et l'échographie sont indispensables pour confirmer la grossesse. Idéalement, il faudrait réaliser une échographie abdominale dès qu’une patiente se plaint de douleurs abdominales. L'échographie abdominale peut déceler un fœtus, même si la femme ignore sa grossesse.

Conséquences du déni de grossesse

Le déni de grossesse a des répercussions tant sur le plan physique que psychologique, pour la mère et l'enfant. Les conséquences sont diverses et peuvent être graves.

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Conséquences pour l'enfant

Les enfants issus de grossesses niées font face à de multiples risques :

  • Prématurité: Risque accru de naissance prématurée, pouvant entraîner des complications et un faible poids à la naissance.
  • Retard de croissance intra-utérin: L'absence de suivi médical peut causer un retard dans le développement du fœtus.
  • Hospitalisation néonatale: Un risque plus élevé d'hospitalisation dès la naissance due à diverses complications de santé.
  • Mortalité fœtale: Risque accru de mortalité due à des fausses couches, des décès in utero, ou des anomalies congénitales.
  • Retard de développement psychomoteur: Possibilité de retard de développement et de problèmes de langage chez 30 % des enfants à l'âge de 2 ans.

Conséquences pour la mère

Les effets sur la mère sont également significatifs :

  • Accouchement inopiné et complications: Un accouchement sans assistance médicale peut être traumatisant et dangereux.
  • Conséquences psychologiques: La découverte soudaine de la grossesse peut provoquer choc, refus, culpabilité, honte, et même dépression post-partum.
  • Comportements à risque: Le tabagisme, la consommation d'alcool ou de caféine pendant le déni peuvent nuire à la santé du fœtus et augmenter les risques de complications.
  • Impact sur la relation mère-enfant: Difficultés pour certaines à créer des liens affectifs, ce qui influence négativement le développement émotionnel et psychologique de l'enfant ; risque d'abandon d'enfants.

Prise en charge et accompagnement du déni de grossesse

Face à la potentielle gravité du déni de grossesse, une prise en charge médicale et psychologique des femmes concernées est nécessaire pour l’avenir de la femme et de son enfant. Le déni de grossesse nécessite une prise en charge bienveillante et adaptée. L'accompagnement médical permet d’évaluer l'état de santé de la mère et de l'enfant, mais un soutien psychologique est souvent recommandé.

  • Soutien psychologique: Face aux impacts psychologiques du déni, un soutien psychologique est souvent nécessaire pour aider la femme à accepter sa situation. Cela contribue également à prévenir ou traiter des troubles tels que la dépression post-partum.
  • Thérapie de couple ou familiale: Des séances en couple ou en famille peuvent être organisées pour aider à l'adaptation à la nouvelle situation et renforcer les liens entre la mère, l'enfant et les autres membres de la famille.
  • Soutien social: En cas de déni total, les services sociaux ou les structures de soutien familial peuvent également être impliqués, pour apporter un soutien sur les aspects pratiques et matériels de la maternité (préparation à la maternité, aides financières, un suivi post-natal pour faciliter les soins à l'enfant, etc.).
  • Groupes de parole: Soucieuses d’accompagner ces femmes dans leur parcours de mère, les équipes de la maternité Jeanne de Flandre, accompagnées dans la démarche par Charlotte, maman ayant vécu un déni de grossesse, ont mis en place des groupes de parole pour celles qui vivent ou ont vécu un déni de grossesse. L’objectif est de permettre à ces mamans de mettre des mots sur le traumatisme qu’elles ont vécu, de partager celui-ci avec d’autres mamans concernées, tout en étant accompagnées par une équipe pluridisciplinaire. Nous devons donner du temps, de la mise en mots et du sens à ce que ces femmes ont traversé et vécu.

Prévention et sensibilisation au déni de grossesse

Une meilleure information du grand public et une formation adaptée des professionnels de santé sont deux aspects essentiels de la prévention et de la prise en charge. La prévention et la sensibilisation passent par une déstigmatisation du déni de grossesse. Cela implique l’information et la déconstruction des tabous, des fausses croyances et des préjugés qui l'entourent. Il est question de clarifier que le déni de grossesse n'est pas une question de négligence ou d'ignorance, mais plutôt un symptôme de souffrance psychologique profonde. Les professionnels de santé doivent être formés et sensibilisés au déni de grossesse pour mieux identifier et gérer ces situations. Il est important qu'ils soient conscients que des femmes en âge de procréer venant pour des douleurs abdominales ou d’autres symptômes liés habituellement à la grossesse peuvent être en situation de déni. Une évaluation systématique de cette éventualité lors des consultations est importante.

Déni de grossesse sous pilule ou stérilet

Est-il possible de passer à côté d'une grossesse tout en prenant la pilule ou en ayant un stérilet ? Oui, car aucune méthode contraceptive n'est totalement infaillible. Ainsi, même lorsque l'on prend la pilule ou que l'on utilise un stérilet, il existe toujours un risque de grossesse, surtout en cas de mauvaise utilisation de la contraception (oubli de pilule, mauvaise pose du stérilet, etc.). Par conséquent, la possibilité de vivre un déni de grossesse sous pilule ou stérilet n'est pas à écarter. Ces deux méthodes contraceptives peuvent aussi altérer les règles : la pilule peut induire de "fausses" menstruations, tandis que le stérilet peut provoquer des saignements irréguliers. Ces perturbations peuvent compliquer la détection précoce d'une grossesse.

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Démarches auprès de l’Assurance maladie

Après leur accouchement à la suite d’un déni de grossesse, bon nombre de femmes se sentent perdues face aux démarches à accomplir auprès de la Sécurité Sociale, afin d’obtenir des congés et indemnités. Afin que la caisse primaire d’assurance maladie puisse enregistrer le déni de grossesse, la femme qui vient d’accoucher à la suite d’un déni doit faire parvenir : un certificat médical attestant de l'état du déni de grossesse OU une déclaration de grossesse effectuée ou non après le début du repos prénatal (grossesse détectée au cours du repos prénatal ou à l’accouchement). Ces documents vont permettre d'enregistrer les dates du congé maternité avec une date de début, soit à la cessation de l'activité, soit à la date de l'accouchement. Toutes les informations sur la durée du congé maternité sont disponibles sur ameli.fr, ainsi que toutes les conditions d'ouverture de droits aux indemnités journalières. N'hésitez pas à prendre contact avec votre caisse primaire pour faire le point sur votre dossier.

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