Les troubles du rythme cardiaque, ou arythmies, se caractérisent par des battements irréguliers, trop lents ou trop rapides, sans lien avec une cause physiologique comme l'effort physique. Ces anomalies peuvent être occasionnelles ou fréquentes, durant de quelques secondes à plusieurs mois, voire toute une vie. Fréquents chez les personnes âgées, la plupart sont sans gravité, mais il est crucial de comprendre leurs causes, symptômes et traitements.

Le fonctionnement normal du cœur

Le cœur, un muscle creux à quatre cavités (oreillettes et ventricules), se contracte de manière coordonnée grâce à un influx électrique. Cet influx naît dans le nœud sinusal, situé dans l'oreillette droite, agissant comme le centre régulateur du rythme cardiaque. Le nœud sinusal produit spontanément des décharges électriques, environ 100 par minute, contrôlées par le nerf vagal, entraînant la contraction des oreillettes et le remplissage des ventricules. L'activité électrique se propage ensuite dans les ventricules via les fibres de conduction, provoquant leur contraction et l'expulsion du sang vers l'aorte (ventricule gauche) ou l'artère pulmonaire (ventricule droit). Au repos, le rythme cardiaque est de 60 à 100 battements par minute chez l'adulte et l'enfant, et de 90 à 120 chez le nourrisson, pouvant atteindre 130-150 bpm lors d'un exercice physique.

Qu'est-ce qu'une arythmie cardiaque complète ?

Normalement, lors de chaque battement cardiaque, les oreillettes se contractent pour finir de remplir les ventricules, qui chassent ensuite le sang dans les artères périphériques. Le rythme normal est de 60 à 80 contractions par minute. Dans un certain nombre de cas, les oreillettes, à cause d’une altération, ne se contractent plus normalement. Elles se mettent à battre très vite (400 à 600/min) de façon totalement inefficace. Les médecins disent que les oreillettes « fibrillent ».

Heureusement, toutes ces ondes de fibrillation des oreillettes ne sont pas transmises aux ventricules, car cela entraînerait une fibrillation ventriculaire et une mort subite. Grâce à un frein situé entre les oreillettes et les ventricules, seules certaines ondes passent, mais de façon irrégulière, comme des billes tombant dans un entonnoir. Il s’agit alors d’une arythmie complète par fibrillation auriculaire, également appelée fibrillation atriale. Le rythme cardiaque (rythme des ventricules) peut dans ce cas être normal ou rapide. L’arythmie complète peut être transitoire et durer quelques secondes, ou durer quelques jours (arythmie paroxystique) ou perdurer (arythmie permanente).

Les différents types de troubles du rythme cardiaque

Les troubles du rythme cardiaque se manifestent sous diverses formes, incluant :

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  • Fibrillation auriculaire (FA) : Rythme le plus souvent trop rapide et irrégulier, affectant les oreillettes qui se contractent de façon désordonnée et inefficace, réduisant le débit cardiaque. Elle est la plus fréquente et la plus complexe des anomalies du rythme cardiaque.
  • Flutter et tachycardies atriales : Contractions extrêmement rapides mais régulières et d’amplitude uniforme, siégeant également au niveau des oreillettes.
  • Maladie de Bouveret : Tachycardie liée à un court-circuit dans ou autour du nœud auriculo-ventriculaire, se déclenchant de façon capricieuse et ponctuelle.
  • Troubles du rythme ventriculaires : Palpitations, extrasystoles et tachycardie, souvent liés à la présence de fibrose.
  • Extrasystoles : Impulsion électrique générée par des cellules distinctes du nœud sinusal, entraînant un battement prématuré suivi d'une pause.
  • Bradycardie : Ralentissement excessif du rythme cardiaque, pouvant causer fatigue, essoufflement, vertiges et perte de connaissance.
  • Tachycardie : Rythme de plus de 100 battements par minute au repos.
  • Fibrillation ventriculaire : Forme d’arythmie la plus grave, où les ventricules battent tellement vite qu'ils ne peuvent plus se contracter, entraînant un arrêt cardiaque.

Les causes et facteurs de risque des arythmies

Les troubles du rythme cardiaque sont souvent causés par la présence de fibrose dans le muscle cardiaque, un tissu fibreux cicatriciel qui gêne le cheminement de l’impulsion électrique. Plusieurs facteurs peuvent contribuer à l'apparition d'arythmies :

  • Maladies cardiaques : Hypertension artérielle, mauvaise irrigation chronique du myocarde, séquelles d’infarctus, maladies des valves mitrales ou aortiques, atteinte musculaire du cœur.
  • Vieillissement : Disparition de cellules musculaires cardiaques remplacées par du tissu fibreux.
  • Maladies endocriniennes : Hypo- ou hyperthyroïdie.
  • Apnée du sommeil.
  • Cardiopathies : Maladie coronaire, infarctus du myocarde récent, valvulopathie.
  • Facteurs liés au mode de vie: Une alimentation déséquilibrée et la consommation d'excitants peuvent également augmenter le risque.

Symptômes et diagnostic des arythmies

Une arythmie cardiaque peut être asymptomatique, ce qui signifie qu’aucun symptôme particulier ne se manifeste alors qu’elle altère votre rythme cardiaque. Le médecin traitant peut parfois détecter un rythme cardiaque irrégulier lorsqu’il effectue un examen physique de routine sur son patient.

Si votre arythmie cardiaque se traduit par des symptômes, cela peut être :

  • Des palpitations, qui donnent la sensation que le cœur « rate » certains battements, ou qu’il s’emballe.
  • Une impression de martèlement dans la poitrine.
  • Des étourdissements, voire des évanouissements.
  • Un essoufflement inhabituel.
  • Une douleur ou une sensation d’oppression dans le thorax, comme s’il est écrasé par un poids ou dans un étau.
  • Une faiblesse généralisée, une grande fatigue.
  • De l’anxiété.
  • Des troubles de la vision.
  • Une transpiration abondante.

C’est généralement le médecin traitant qui repère le premier l’anomalie du rythme cardiaque au cours d'une auscultation de routine, simplement en prenant votre pouls et en écoutant votre cœur grâce à un stéthoscope.

Il vous interroge ensuite sur vos symptômes et, si ceux-ci confirment son soupçon, il prescrit des examens complémentaires pour confirmer le diagnostic d'arythmie cardiaque. Ces examens permettent également de déterminer la cause primaire de ce trouble du rythme cardiaque, et de mettre en place un traitement adapté. Au vu des résultats des examens complémentaires, votre médecin traitant vous orientera sans doute vers un cardiologue, un médecin spécialisé dans les maladies du cœur.

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Les examens prescrits en cas de suspicion de trouble du rythme cardiaque et de maladies associées sont en général :

  • L’électrocardiogramme (ECG) : Enregistre l'activité électrique du cœur grâce à des électrodes placées sur la poitrine et les membres. Une variante est le Holter ECG, un enregistrement continu sur plusieurs heures ou jours.
  • Un bilan sanguin : Dépiste des anomalies comme l'hyperthyroïdie ou l'hypothyroïdie, l'anémie, des taux de calcium ou de potassium anormaux, des signes de dysfonctionnement du foie ou des reins, l'hypercholestérolémie, la glycémie trop élevée.
  • Une échographie cardiaque : Visualise l’impact de l’arythmie sur la structure et le fonctionnement du cœur. L’échocardiographie doppler permet de mesurer la taille des cavités cardiaques et l’épaisseur du muscle. Elle évalue également la capacité de remplissage et la contraction du ventricule gauche, chargé de propulser le sang vers l’organisme.
  • Une scintigraphie myocardique : Vérifie le fonctionnement du muscle cardiaque (le myocarde).
  • Une IRM cardiaque (imagerie par résonance magnétique).
  • Examen électrophysiologique : Sous anesthésie locale, des sondes sont introduites dans une veine de la cuisse, puis remontées vers le cœur via un cathéter.
  • Certains marqueurs dans le sang (BNP/NT-proBNP), permettent de déterminer si l’aggravation de la fatigue ou l’essoufflement sont dus à une insuffisance cardiaque ou non. Le BNP/NT-proBNP est libéré dans le cœur en réponse aux augmentations de pression à l’intérieur du cœur.

Conséquences et complications des arythmies

La perte de contraction des oreillettes limite le remplissage des ventricules. Si le cœur est normal, c’est en général sans conséquence. Mais, si le cœur n’est pas normal, cela peut entraîner de l’essoufflement et de la fatigabilité au cours d’un effort physique. La gêne est d’autant plus nette que l’arythmie est rapide, à partir de 120-130/min, voire plus. Assez souvent, l’arythmie n’est pas ressentie par les patients, surtout si ces derniers sont âgés et, notamment, si le rythme n’est pas rapide, vers 60-70/min.

L’arythmie cardiaque augmente le risque de formation de caillots sanguins dans l’auricule gauche (sorte de petit sac suspendu à l’oreillette gauche). Ces caillots peuvent à tout moment sortir de l’auricule, passer dans le ventricule gauche, être expulsés dans la circulation artérielle, et entraîner une embolie cérébrale à l’origine d’un accident vasculaire cérébral (AVC), ou une embolie dans une artère des viscères ou une artère des membres. D’où la règle absolue de mettre immédiatement les patients sous anticoagulants pour empêcher ces redoutables complications.

Les arythmies peuvent entraîner :

  • Complications cardiaques : Fatigue du cœur et insuffisance cardiaque à long terme. Essoufflement, fatigue, œdème aux chevilles…, l’insuffisance cardiaque provoque de nombreuses difficultés au quotidien. La qualité de vie des patients en est fortement altérée. L’insuffisance cardiaque se caractérise par l’incapacité du cœur à drainer et pomper normalement le sang depuis et vers le reste des organes, ce qui entraine une mauvaise oxygénation des organes et une accumulation de liquides (œdèmes).
  • Complications vasculaires : Formation de caillots sanguins, pouvant provoquer des accidents vasculaires cérébraux (AVC), des troubles de la rétine ou des embolies pulmonaires (risque thrombo-embolique).

Traitement des arythmies

Le traitement de l’arythmie cardiaque repose en première intention sur des médicaments destinés à :

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  • Empêcher la formation de caillots (anticoagulants).
  • Ralentir la fréquence cardiaque si elle est trop rapide.
  • Soulager le travail du cœur (diurétiques) en cas d’insuffisance cardiaque.
  • Traiter l’affection provoquant l’arythmie cardiaque, s’il y en a une.

Il existe plusieurs approches thérapeutiques :

  • Médicaments : Antiarythmiques (bêtabloquants, inhibiteurs calciques), anticoagulants, diurétiques.
  • Choc électrique externe : Pour remettre le cœur à un rythme régulier ("sinusal").
  • Ablation par radiofréquence ou cryoablation : Destruction chirurgicale de la zone cellulaire à l’origine du problème. Depuis quelques mois, certains hôpitaux soignent la fibrillation atriale par électroporation (ablation par champ pulsé). Cette technique chirurgicale permet d’isoler les cellules cardiaques lésées responsables du trouble du rythme cardiaque, en perçant des trous microscopiques. Moins invasive, elle offrirait en outre de meilleurs résultats.
  • Stimulateur cardiaque (pacemaker) : Implantation pour réguler la fréquence des contractions des oreillettes. Le nombre d’implantations de pacemaker est en constante augmentation depuis ces dernières années.
  • Défibrillateur automatique implantable : En cas de tachycardie ou de fibrillation.

Prévention des arythmies

A l’inverse, la marche régulière à allure moyenne, avoir une alimentation équilibrée et limiter les excitants protège contre le risque de développer une arythmie cardiaque.

Recherche et perspectives d'avenir

De nombreuses voies sont explorées dans la lutte contre les troubles du rythme cardiaque. Ces recherches incluent :

  • Rôle du tissu graisseux autour du cœur : Découverte de son implication dans le développement de la fibrillation atriale.
  • Identification de zones spécifiques : Repérage de petites zones à l'origine de la fibrillation ventriculaire.
  • Amélioration du dépistage : Mise au point de moyens pour dépister les patients atteints d’arythmie asymptomatique. Une étude parue récemment dans l’European Heart Journal a montré que l’intelligence artificielle permettrait d’identifier les personnes à risque imminent d’arythmie ventriculaire (et donc d’infarctus), chez les patients asymptomatiques.
  • Développement d'outils diagnostiques : Identification de nouvelles mutations génétiques impliquées dans les arythmies.
  • Nouvelles technologies : Électrocardiogrammes de longue durée (holters implantables), bracelets et montres connectées, "tatouages médicaux" au graphène.
  • Nouveaux traitements : Pacemakers capables de supplanter des troubles du rythme de plus en plus complexes.

Quelques chiffres sur les troubles du rythme cardiaque

En 2023, 2,7 millions de Français avaient déjà été hospitalisés pour un trouble majeur du rythme cardiaque. Sur la seule année 2022, 90 500 hospitalisations ont concerné un fibrillation ou flutter atrial, et 16 900 une tachycardie ventriculaire ou un arrêt cardiaque, soit 169,5 et 31,7 cas pour 100 000 habitants. La fibrillation atriale (ou fibrillation auriculaire) est le plus fréquent des troubles du rythme cardiaque. Elle touche plus de 600 000 Français et environ 60 millions de personnes à travers le monde. En 50 ans, la prévalence de cette anomalie a quadruplé. En cause : le vieillissement de la population et la hausse des facteurs de risque. Et cette tendance ne devrait pas s’inverser : dans une étude parue en 2013 dans l’European Heart Journal, des chercheurs ont estimé que la fibrillation atriale pourrait encore doubler entre 2010 et 2060.

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