L'avortement, ou interruption volontaire de grossesse (IVG), est un sujet de société complexe et sensible, qui suscite de vifs débats. En France, comme aux États-Unis, la question de l'IVG est régulièrement remise sur le devant de la scène politique et médiatique. Cet article vise à explorer l'histoire et les enjeux liés à l'avortement, en particulier dans le contexte de la montée des mouvements conservateurs et d'extrême droite, et de l'évolution des positions de personnalités politiques telles que Marine Le Pen.
De l'Élysée à l'Amérique : Une influence transatlantique
Le premier quinquennat d'Emmanuel Macron et le début du second semblent inscrits sous l'influence de la mouvance "woke" en provenance des États-Unis. Paris s'est mis à l'heure de la côte Est américaine, et Macron n'hésite pas à intervenir dès qu'il estime que la situation à Washington se dérègle.
Cette influence transatlantique se manifeste notamment dans le débat sur l'avortement. À la suite de la décision de la Cour suprême américaine du 24 juin, Dobbs v. Jackson Women's Health Organization, qui a annulé l'arrêt Roe v. Wade de 1973 garantissant le droit à l'avortement au niveau fédéral, des voix se sont élevées en France pour constitutionnaliser ce droit.
Un "droit fondamental" en question
Selon un tweet présidentiel, la Cour suprême américaine méconnaîtrait un « droit fondamental ». Or, l’interruption volontaire de grossesse (IVG) n’est précisément pas un droit fondamental - contrairement au droit à la vie ou à la liberté de conscience -, ni en Europe ni donc aux États-Unis. Seuls certains cas d’interruptions médicales de grossesses pourraient être considérés comme l’exercice d’un « droit fondamental » dans le cadre de la protection de la santé. Si la possibilité de recourir à l’IVG était déjà un « droit fondamental », il serait superflu de vouloir l’inscrire dans la Constitution et Emmanuel Macron lui-même n’aurait pas publiquement appelé à l’inscrire dans la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, lors d’une allocution solennelle devant les eurodéputés à Strasbourg au mois de janvier.
Aurore Bergé, cheffe du groupe parlementaire « Renaissance », invente une menace sur le droit de recourir à l’IVG en France et l’attribue au Rassemblement national.
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La constitutionnalisation du droit à l'IVG : un enjeu politique
Reprenant l’idée portée par le groupe communiste du Sénat en 2017, puis celle d’autres groupes de gauche à l’Assemblée en 2018 et 2019, le groupe macroniste perçoit aujourd’hui le bénéfice politique d’une constitutionnalisation du droit à l’IVG. À l’époque, la majorité présidentielle avait pourtant estimé que ce droit était suffisamment garanti. De fait, elle a pu même l’étendre en mars dernier, passant l’IVG chirurgicale de 12 à 14 semaines de grossesse malgré les réserves de l’Académie de médecine et du Collège national des gynécologues obstétriciens de France.
Inscrire un droit ou une loi dans la Constitution devient un défi entre copains, un pompon politique décroché à peu de frais - dans la mesure où l’effet d’annonce suffit. François Hollande avait voulu ériger au rang constitutionnel la loi de 1905 concernant la séparation des Églises et de l’État. Sous Emmanuel Macron, en juillet 2018, c’est à l’unanimité que l’Assemblée nationale a voté la suppression du mot « race » de l’article premier de la Constitution. À l’été 2020, encouragés dans leur démagogie par les élucubrations de la Convention citoyenne sur le climat, les députés ont rivalisé pour proposer des lois constitutionnelles relatives à la préservation de la biodiversité et de l’environnement, visant toujours à modifier l’article 1er de la Constitution.
L'évolution des positions de Marine Le Pen et du Rassemblement National
Marine Le Pen et le Rassemblement National (RN) ont opéré une évolution notable de leurs positions sur l'avortement au fil des années. Alors que le Front National, ancêtre du RN, prônait l'abrogation de la loi Veil légalisant l'IVG, Marine Le Pen a progressivement adopté une ligne plus nuancée, sans toutefois renoncer à certaines de ses convictions.
Un passé militant marqué par l'opposition à l'IVG
Dans les années 1990, Laure Lavalette, figure emblématique du RN, a fait ses armes dans le milieu étudiant violent d'extrême droite. À l'époque, elle militait activement contre l'avortement et défendait des positions conservatrices sur les questions de société.
En 2014, Laure Lavalette avait signé une charte initiée par La Manif pour tous, dans laquelle le dernier point proposait "d’abroger à terme la loi sur l’avortement".
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Un discours édulcoré et des ambiguïtés persistantes
Aujourd'hui, Marine Le Pen se montre beaucoup plus mesurée sur le sujet de l'IVG. En décembre 2016, elle a recadré sa nièce Marion Maréchal-Le Pen qui estimait qu'il fallait "revenir sur le remboursement intégral et illimité" de l'IVG. "Il n'y aura aucune modification, ni du périmètre, ni de l'accès, ni du remboursement de l'IVG" si elle est élue, a précisé Marine Le Pen au Monde.
Cependant, des ambiguïtés persistent quant aux réelles intentions du RN en matière d'avortement. Les élus RN ont voté contre l'allongement du délai d'IVG de 12 à 14 semaines en février dernier à l'Assemblée nationale. Au Parlement européen, ils ont voté contre une résolution visant à condamner la décision de la Pologne d'interdire la quasi-totalité des avortements, en novembre 2020 puis 2021.
La natalité : un enjeu démographique et économique
Caroline Parmentier, désormais députée dans le même département que Marine Le Pen, avait écrit ceci en 2018 : « Après avoir ’génocidé’ les enfants français à raison de 200 000 par an, on doit maintenant les remplacer à tour de bras par les migrants ». Le chiffre 200 000 correspondait au nombre annuel d’avortements, ainsi comparé à un « génocide ».
Ou encore “Les bébés de 2023 sont les cotisants de 2043”, disaient l’ensemble des cadres du RN durant les débats sur la réforme des retraites, avançant la nécessité de relancer la natalité pour des raisons économiques et démographiques.
Le salaire "maternel" : une vision conservatrice du rôle des femmes
Le RN défend l'idée d'un salaire "maternel" pour les femmes qui choisissent de rester à la maison pour s'occuper de leurs enfants. Cette proposition, qui rappelle les politiques natalistes du passé, témoigne d'une vision conservatrice du rôle des femmes dans la société.
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La député RN Jocelyn Dessigny a déclaré lors des débats sur la loi Plein-emploi conditionnant les aides sociales à des heures d’activité et à la préférence nationale pour les aides sociales « Nous partons du principe qu’une mère au foyer, elle est peut être mieux à la maison à s’occuper des enfants ».
L'avortement, un droit menacé par l'extrême droite en Europe et dans le monde
L'histoire récente montre que le droit à l'avortement est régulièrement menacé, en particulier dans les pays où l'extrême droite est au pouvoir. En Pologne, la Cour constitutionnelle a interdit presque totalement l'accès à l'avortement en 2021. En Hongrie, il est désormais obligatoire pour chaque femme souhaitant pratiquer un avortement d'écouter les battements de cœur du fœtus avant d'y avoir recours.
En Italie, le gouvernement permet aux militants d’associations pro-vie d’entrer à l’intérieur des centres de conseil pour obtenir de la part d’un médecin un certificat attestant de leur requête, étape nécessaire pour avoir accès à une interruption volontaire de grossesse. Le 13 juin 2024, Meloni faisait sauter du communiqué du G7 une mention d’engagement à «l’accès sûr» à l’avortement.
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