L'Église catholique, à travers la Congrégation pour la Doctrine de la Foi (CDF), a toujours maintenu une position ferme et cohérente sur la question de l'avortement, considérant qu'il s'agit d'un acte immoral qui porte atteinte à la dignité de la vie humaine dès sa conception. Cette position est ancrée dans la loi naturelle, la Parole de Dieu et la Tradition de l'Église, et elle est enseignée par le Magistère. Au fil des ans, la CDF a publié plusieurs documents importants qui abordent ce sujet, notamment en réponse aux évolutions scientifiques et technologiques.

Les Documents Clés de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi

La Congrégation pour la Doctrine de la Foi (CDF) a joué un rôle central dans la formulation et la diffusion de l'enseignement de l'Église catholique sur la protection de la vie humaine. Elle a donné au monde deux encycliques de deux papes et cinq textes concernant la protection et la promotion de la vie humaine. Parmi ces documents, on retrouve :

  • Donum Vitæ (1987) : Face aux nouvelles techniques de fabrication d’embryon en laboratoire (fécondation in vitro ou procréation médicalement assistée), la Congrégation pour la Doctrine de la Foi a répondu aux demandes d’éclairages d’évêques et de scientifiques chrétiens avec le texte Donum Vitæ, portant sur le respect de la vie humaine naissante et la dignité de la procréation. Il s'agit d'une instruction romaine sur le respect de la vie humaine naissante et la dignité de la procréation. Elle donne l’avis de l’Église sur les méthodes de procréation artificielle. Elle a été écrite par le cardinal Joseph Ratzinger et son secrétaire Alberto Bovone et approuvée par le Pape Jean-Paul II le 22 février 1987. La Congrégation pour la Doctrine de la Foi a été interrogée par des Conférences épiscopales, des évêques, des théologiens, des médecins et hommes de science, sur la conformité avec les principes de la morale catholique des techniques biomédicales permettant d’intervenir dans la phase initiale de la vie de l’être humain et dans les processus mêmes de la procréation.

  • Evangelium Vitæ (1995) : Le pape Jean-Paul II a publié l’encyclique Evangelium Vitæ, qui est à ce jour le texte le plus volumineux et le plus important sur la question de la vie humaine. Cette encyclique n’a pas d’équivalent dans l’histoire de l’Église concernant la défense de la vie. Il est important de situer la valeur de la vie et sa défense au milieu des innombrables thèmes de la doctrine de l’Église. Jean-Paul II proclame que le service de la vie « exige l’action concertée et généreuse de tous les membres et de tous les organismes de la communauté chrétienne. ». Jean-Paul II insiste : « Tous ensemble, nous ressentons le devoir d’annoncer l’Évangile de la vie, de le célébrer dans la liturgie et dans toute l’existence, de le servir par les diverses initiatives et structures destinées à son soutien et à sa promotion. Le cœur de l’Évangile, c’est Dieu qui nous appelle à une communion profonde avec lui et entre nous ici-bas et dans la vie éternelle. Concernant l’attitude de fond, il s’agit d’acquérir un regard contemplatif sur la vie. Émerveillement et gratitude sont les attitudes adaptées face au merveilleux don de la vie. Concernant le témoignage personnel, celui-ci doit se faire en paroles et en actes. Certains ont l’occasion de témoigner ouvertement, d’autres non. Chaque jour, des mères de famille se fatiguent à donner la vie et font toutes sortes de sacrifices pour leurs enfants, dans un contexte souvent hostile à la maternité. « À cette fin, on doit mettre en œuvre des formes raisonnables et efficaces d’accompagnement de la vie naissante, en étant spécialement proche des mères qui, même sans le soutien du père, ne craignent pas de mettre au monde leur enfant et de l’élever. Concernant le changement des mentalités, c’est à une mobilisation générale des consciences qu’appelle Jean-Paul II, mobilisation devant mener à un tournant culturel. Jean-Paul II appelle de ses vœux un nouveau féminisme, où les femmes témoigneront du sens de l’amour authentique. En effet, la maternité renforce une sensibilité aiguë pour la personne de l’autre. Concernant la formation des jeunes, les parents sont les premiers concernés car ce sont eux qui initient leurs enfants à la liberté authentique qui s’exerce dans le don total de soi. Construire une vraie culture de la vie ne peut se faire sans aider les jeunes à comprendre et à vivre le sens réel de la sexualité, de l’amour et de l’ensemble de leur existence. Concernant l’action politique, Jean-Paul II affirme que la politique familiale doit être le pivot et le moteur de toutes les politiques sociales.

  • Dignitas Personæ (2008) : La Congrégation pour la Doctrine de la Foi a publié l’instruction Dignitas Personæ « Sur certaines questions de bioéthique », qui est une mise à jour de l’instruction Donum Vitæ, 21 ans après celle-ci.

    Lire aussi: Un regard sur l'œuvre des Petites Sœurs des Maternités Catholiques

  • Samaritanus Bonus (2020) : La Congrégation pour la Doctrine de la Foi a publié la lettre Samaritanus Bonus « Sur le soin des personnes en phases critiques et terminales de la vie ».

La Valeur de la Vie Humaine

Dans le premier récit de la création, Dieu crée les êtres inertes, nécessaires pour créer les êtres vivants. Puis, après tous les êtres vivants, Dieu crée l’homme. L’homme est distinct de toutes les autres créatures car lui seul est à l’image de Dieu. Jésus lui-même est menacé dans sa vie dès sa naissance. Hérode échoue à le tuer car l’ange a prévenu Joseph. Dans la vision biblique, non seulement la vie à naître n’est pas menacée, mais elle est l’une des plus grandes bénédictions de Dieu. Dieu est attentif à la vie de l’être humain avant même sa venue au monde. Il dit à Jérémie : « Avant même de te former au ventre maternel, je t’ai connu ; avant même que tu sois sorti du sein, je t’ai consacré. L’épisode de la Visitation confirme cette valeur. Dans la vision biblique, le grand âge est digne du plus grand respect car il est synonyme de sagesse et d’expérience. De plus, c’est le moment où le commandement « Honore ton père et ta mère » devient plus prégnant car le père ou la mère âgés ont davantage besoin du soutien de leurs enfants. Prestige et vénération sont le lot des anciens. Dans la vision biblique, le malade est celui qui attend l’aide de Dieu, il vit dans l’espérance que Dieu veille sur lui. Par la croix de Jésus, la mort est vaincue et la vie triomphe définitivement.

Avortement direct vs. Avortement indirect

Dans les cas où la vie de la mère est en danger, la question de l'avortement se pose avec une complexité particulière. L'Église catholique distingue entre l'avortement direct et l'avortement indirect.

  • Avortement direct : Il s'agit d'un avortement où la mort du fœtus résulte d’un acte direct à l’encontre de son intégrité. L'Église catholique condamne fermement l'avortement direct, le considérant comme un meurtre délibéré d'un être humain innocent. Autrement dit, d’après le magistère de l’Eglise, tout avortement direct est exclu.

  • Avortement indirect : Il peut être moralement licite, car il ne tue pas intentionnellement le fœtus. Ce principe affirme que plusieurs conditions doivent être réunies pour qu’une action (sauver la mère) soit moralement justifiable même si elle entraîne un effet indésirable (comme la mort de son bébé). Appliqué au cas présent, il est clair que sauver la mère est une raison proportionnelle sérieuse. Par conséquent l’intervention est moralement acceptable si la mort du bébé n’est pas intentionnellement voulue (ni comme fin ni comme moyen), pour sauver la mère. Cela nous aide à faire la distinction entre les avortements directs et les avortements indirects.

    Lire aussi: Retraite : Année 1970

Exemples Concrets

  • Grossesse extra-utérine : Une des manières courantes d’intervention chirurgicale utilisée aujourd’hui est la salpingectomie. Cette opération consiste à faire une ablation chirurgicale d’une ou des deux trompes de Fallope (avec l’embryon qui réside dans les trompes). Une telle opération est acceptable pour ceux qui considèrent que l’embryon est une personne car elle consiste à écarter une menace vitale pour la vie de la mère tout en sachant qu’une conséquence secondaire non voulue comme fin ou moyen, résultera dans la mort de l’embryon, ce qui est compatible avec le principe du double effet. En effet, même si l’embryon finira par mourir dans la trompe de Fallope qui sera enlevée, la mort de cet embryon n’est pas intentionnelle. Si nous avions les moyens médicaux pour qu’il grandisse hors du ventre, il faudrait le faire, mais cela n’est pas possible actuellement.

  • Cancer de l'utérus pendant la grossesse : Imaginons qu’une femme soit diagnostiquée avec un cancer de l’utérus et qu’elle soit aussi enceinte à ce moment-là. Il est alors possible de procéder à une hystérectomie (opération chirurgicale visant à enlever tout ou une partie de l’utérus). A ce stade de la grossesse, le fœtus n’est pas encore viable. Si le médecin attend pour enlever l’utérus, jusqu’à ce que l’enfant soit viable, le cancer tuera la mère. Si le docteur n’attend pas pour enlever l’utérus immédiatement, l’enfant mourra certainement. Est-ce que la mère commet un avortement direct si elle demande à se faire retirer son utérus, sachant que cela aboutira à la mort de son enfant ? Non, puisque la mort de son enfant sera une conséquence secondaire non intentionnelle. La mort de l’enfant n’est pas provoquée directement. Elle est seulement tolérée comme une conséquence secondaire inévitable.

La Dignité Infinie de Chaque Personne Humaine

La dignité humaine est une expression souvent utilisée dans les débats de société mais dans des sens parfois contradictoires. Pour donner de la clarté, un récent document de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, intitulé « Dignitas Infinita » vient préciser le sens des mots et des notions liées, et montrer plusieurs exemples concrets de violations de la dignité humaine. Ce document de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi s’ouvre par une affirmation claire : chaque personne humaine possède une dignité infinie en toutes circonstances, fondée sur son être même. Depuis St Paul VI, les papes ont tous développé cette affirmation de la dignité humaine. St Jean Paul II a montré que la dignité humaine est foulée aux pieds quand diminue la liberté ou les droits essentiels à la vie, l’intégrité physique ou psychique … Pour le pape François, reconnaître la dignité humaine est la condition d’une authentique fraternité.

Si tout le monde est globalement d’accord pour parler de la dignité humaine, il y a souvent des ambiguïtés sur cette expression, de telle sorte que la dignité de tous n’est pas vraiment respectée en toutes circonstances.

  • la dignité ontologique est attachée à chaque personne par le simple fait qu’elle existe.

    Lire aussi: Baccalauréat : focus sur les trimestres

  • la dignité morale est liée à l’exercice de la liberté humaine. Si librement, l’homme agit contre sa conscience, il adopte un comportement « indigne » de sa nature de créature aimée de Dieu et appelée à aimer.

  • la dignité sociale est liée aux conditions de vie d’une personne.

  • la dignité existentielle est liée à la perception que chacun, indépendamment de sa situation matérielle, a de sa propre dignité.

L’être humain ne crée pas sa nature, mais la possède comme un don reçu à cultiver. Dans l’Antiquité, certains penseurs reconnaissaient une place singulière à l’être humain, mais c’est surtout la Révélation biblique qui enseigne que tout homme possède une dignité intrinsèque, car il est créé à l’image et à la ressemblance de Dieu. La dignité n’est donc pas accordée à quelqu’un par d’autres personnes, sur la base de certains dons ou qualités, de sorte qu’elle pourrait être retirée, sinon elle serait conditionnelle et aliénable. N’étant jamais donnée à posteriori, la dignité humaine est liée à la personne même, antérieure à toute reconnaissance et ne peut être perdue. Tous les êtres humains ont la même dignité (ontologique), qu’ils soient capables ou non de l’exprimer.

  • L’être humain est créé à l’image de Dieu.

  • Jésus-Christ par son incarnation a assumé la totalité de l’existence humaine.

En affirmant en acte et en parole la dignité de toute personne, surtout de celles parfois qualifiées « d’indignes », Jésus a apporté un principe nouveau : les êtres humains sont d’autant plus « dignes » de respect et d’amour qu’ils sont plus faibles. Il dépend de la décision libre et responsable de chacun de manifester cette dignité inaliénable ou de l’obscurcir. Dans la mesure où la personne accueille et répond au bien, sa dignité d’être libre et responsable, appelée à aimer, se manifeste progressivement. Dans la culture moderne, le principe de la dignité a sa référence immédiate dans la Déclaration universelle des Droits de l’Homme. Certains parlent de dignité personnelle, avec l’idée que « personne » signifie « être capable de raisonner ». Comme l’enfant à naître ou la personne handicapée mentale n’ont pas cette capacité, ils n’auraient pas de dignité personnelle. La dignité humaine est parfois utilisée pour justifier des nouveaux « droits » contraires au droit fondamental à la vie. Comme les personnes sont des êtres de relations, la dignité humaine ne se limite pas à la capacité de décider de soi ou pour soi, indépendamment des autres. Au contraire, la dignité de l’être humain comprend la capacité d’assumer aussi des obligations à l’égard d’autrui. Dieu a créé l’homme en lui donnant l’initiative et la maîtrise de ses actes en vue du bien, mais le libre arbitre préfère souvent le mal au bien. C’est pourquoi la liberté humaine aussi a besoin d’être libérée. Dieu ne viole jamais la liberté qu’il nous a donnée. Loin de Dieu, ou de toute vérité ou relation antérieure, l’homme n’est ni plus libre, ni plus digne. Seule la recherche de la vérité et du bien donne une raison objective pour agir autrement que dans l’intérêt personnel du moment. Une « raison » subjective ne peut demander le respect aux volontés des autres, car ils ont tout simplement d’autres « raisons » d’agir. C’est ainsi que le relativisme est l’origine de la négation de la dignité des autres. De plus, la liberté n’est jamais abstraite, mais les conditions concrètes d’existence donnent au contraire + ou - de liberté aux hommes.

Les Atteintes à la Dignité Humaine

Plusieurs réalités contemporaines sont considérées comme des atteintes à la dignité humaine :

  • Le drame de la pauvreté : l’extrême pauvreté, et plus précisément l’inégalité croissante de la répartition des richesses, contribue à nier la dignité de beaucoup d’êtres humains. En effet, la richesse globale augmente, mais les inégalités augmentent aussi, souvent en raison du chômage.

  • La guerre : Présente en de nombreuses régions du monde, comme une 3° guerre mondiale par morceaux, la guerre porte atteinte à la dignité humaine à court et à long terme. La légitime défense et la responsabilité de protéger n’empêchent pas que la guerre est toujours une défaite de l’humanité, qui accroît en général les problèmes plus qu’elle ne les résout.

  • Le travail des migrants : Leur dignité est souvent niée dans leur propre pays et aussi dans les pays d’accueil où ils ont rarement les moyens de fonder une famille, de travailler et de se nourrir.

  • La traite des personnes : Elle viole la dignité de l’être humain, et malheureusement se développe de façon ignoble dans le commerce des organes humains, l’exploitation sexuelle ou de travail forcé, la prostitution, les trafics et les crimes.

  • Les violences contre les femmes : Ce scandale mondial se voit dans l’organisation des sociétés qui discriminent les femmes et les hommes pour une même dignité et les mêmes droits. Même proclamée, l’égalité effective est rarement réalisée. Cette égalité doit être reconnue par le droit et développée dans la culture, ce que nient en fait des sociétés hédonistes et mercantiles, qui favorisent l’égoïsme des hommes.

  • L’avortement : La dignité de l’être humain commence dès sa conception et va jusqu’à sa mort naturelle. Un certain malaise des consciences cherche à atténuer la gravité de l’avortement en utilisant d’autres mots, comme « interruption de grossesse », or si on a le courage d’appeler les choses par leur nom, l’avortement est le meurtre délibéré et direct, quelle que soit la façon dont il est effectué, d’un être humain dans la phase initiale de son existence, située entre la conception et la naissance.

  • La gestation pour autrui : Contre la pratique des mères porteuses, il y a la dignité de l’enfant et de la mère. De l’enfant qui ne peut être un objet de marchandage ou de contrat. De la femme dont la précarité matérielle est exploitée.

  • L’euthanasie et le suicide assisté : Par l’expression « droit de mourir dans la dignité », les promoteurs de l’euthanasie retournent le mot de dignité contre la vie elle-même. Or la souffrance qui doit toujours être soulagée, ne fait pas perdre à un être humain sa dignité. La vie humaine, même douloureuse, porte une dignité inconditionnelle.

  • La mise au rebut des personnes handicapées : L’attention réelle à la dignité de chacun se vérifie dans l’attention réelle portée aux plus défavorisés. Or notre époque se caractérise plutôt par une culture du déchet qui ne donne pas de place ou de dignité aux personnes handicapées ou marquées par l’imperfection humaine.

  • La théorie du genre : Chaque personne doit toujours être respectée dans sa dignité, indépendamment de son orientation sexuelle. Mais à côté des principes évidents de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, certains tentent d’introduire de nouveaux droits notamment marqués par la théorie du genre qui efface les différences sous couvert d’égalité. La différence sexuelle en particulier est fondatrice, car elle réalise dans le couple la réciprocité et qu’elle est à l’origine de la vie.

  • Les changements de sexe : La dignité du corps n’est pas inférieure à celle de la personne. L’âme et le corps constituent ensemble l’être humain et participent ainsi à sa dignité.

  • La violence numérique : bien qu’offrant beaucoup de possibilités, le numérique peut développer l’exploitation, l’exclusion, la solitude, la manipulation et la violence. Le contact virtuel ne remplace pas la communication des relations interpersonnelles.

tags: #congregation #pour #la #doctrine #de #la

Articles populaires: