L'allaitement maternel est largement reconnu comme la méthode d'alimentation idéale pour les nourrissons, offrant une multitude de bienfaits nutritionnels et immunologiques. Cependant, la question des allergies chez les nourrissons allaités suscite des interrogations et des recommandations parfois divergentes. Cet article vise à explorer les aspects liés à l'allergie et à l'allaitement maternel, en mettant en lumière les recommandations actuelles et les controverses qui les entourent.

Les Bienfaits Incontestables de l'Allaitement Maternel

Un allaitement exclusif pendant les 4 à 6 premiers mois de la vie d'un nourrisson permet de satisfaire tous ses besoins nutritionnels. Le lait maternel contient en justes quantités les vitamines, les sels minéraux, les oligoéléments, les sucres, les graisses et les protéines essentiels à la croissance du bébé. La composition du lait maternel évolue constamment au cours de la tétée, pendant la journée et au fil des mois, afin de s'adapter précisément aux besoins changeants de l'enfant.

Le lait maternel renforce également le système immunitaire du bébé, le protégeant ainsi contre les agents infectieux grâce aux anticorps qu'il contient. Les bébés nourris au lait maternel sont donc moins souvent et moins gravement malades, et ce, pendant toute la durée de l'allaitement et jusqu'à 3 mois après son arrêt. Plus la durée de l'allaitement est prolongée, plus le bébé est protégé contre les infections.

De plus, le lait maternel contient moins de protéines, plus facilement digestes, et moins de sels minéraux que le lait de vache. Le bébé reconnaît l'odeur de sa mère et celle de son lait, tout comme la mère sait distinguer l'odeur de son bébé, favorisant ainsi le lien d'attachement.

Allaitement Maternel et Allergies : Mythes et Réalités

La place de l’allaitement maternel comme moyen de prévention des allergies alimentaires est centrale dans l’ensemble des recommandations. Cependant, il n’apparaît pas à lui seul suffisant.

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Un enfant est considéré comme prédisposé aux allergies si sa mère, son père, son frère ou sa sœur aînée sont eux-mêmes allergiques. Le lait maternel contribue à réduire la fréquence de certaines allergies, notamment l'eczéma et l'asthme, chez les "enfants à risque", à condition que l'allaitement soit exclusif pendant au moins 3 mois.

Pendant longtemps, aussi bien les parents que les professionnels de santé pensaient qu’en étant allaité exclusivement, et de plus pendant six mois, les bébés étaient protégés des allergies. La majorité des allergies chez le nourrisson sont d’origine alimentaire. Quand il est allaité, il faut donc rechercher ce qui, dans l’alimentation de la mère, induit chez lui une réaction allergique. Ce sont bien souvent les protéines contenues dans le lait de vache.

Allergie aux Protéines de Lait de Vache (APLV) : Un Défi Courant

L’allergie aux protéines de lait de vache (APLV), aussi connue sous le nom d’allergie au lait de vache (ALV), est l’une des allergies alimentaires les plus courantes chez les bébés et les jeunes enfants. L’APLV est une allergie alimentaire qui survient suite à une réaction anormale du système immunitaire du bébé face aux protéines présentes dans le lait de vache, provoquant ainsi des symptômes d’allergie.

Chez un enfant allergique aux protéines de lait de vache, la prise de lait entraîne une réaction immunologique. Il se peut que l’apparition d’une allergie aux protéines de lait ait lieu au moment où la mère décide d’arrêter d’allaiter et commence à donner les premiers biberons.

Afin d’établir si votre bébé souffre d'une APLV, votre médecin l’examinera et vous posera des questions sur d’éventuels symptômes que vous auriez pu observer chez votre bébé. L'APLV ne doit pas affecter l'allaitement maternel quotidien car l’allaitement maternel est la meilleure option pour vous et votre bébé. Quand la suppression des protéines de lait de vache de votre alimentation est possible, l’allaitement maternel reste la meilleure option d’alimentation pour vous et votre bébé. Même si une APLV est diagnostiquée chez votre bébé, vous devez continuer l’allaitement. Chez la plupart des enfants, l'APLV disparaît avant l'âge de 3 ans.

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Conduite à tenir en cas d'APLV chez le nourrisson allaité

Si le diagnostic d'APLV est posé alors que la mère allaite, le médecin lui conseillera de suivre un régime d’éviction des protéines de lait de vache et d’adapter son mode d’alimentation. Pendant l’allaitement, si le régime d’éviction est efficace et que les symptômes du bébé s’améliorent, le médecin proposera une réintroduction progressive de produits laitiers dans l’alimentation de la mère.

Face à une allergie déclarée, un régime d’éviction de l’aliment en cause reste de loin le meilleur remède. En revanche, les études récentes montrent que les protocoles d’éviction pendant la grossesse ou l’allaitement pour prévenir les allergies n’ont aucun impact à long terme sur la survenue d’une allergie. Certaines études, critiquables sur un plan méthodologique et éthique, ont fait état d’une non protection, voire d’une aggravation du risque en cas d’allaitement. Ce serait donc une bonne chose que d’avoir des allergènes dans le lait maternel !

Controverse Autour de l'Introduction Précoce de Lait de Vache

La Société Française d'Allergologie (SFA) a suscité une vive controverse en suggérant de donner 10 ml de “lait 1er âge”, chaque jour, aux nouveau-nés allaités à risque atopique (c’est-à-dire aux bébés ayant des antécédents familiaux d’allergie). Cette récente recommandation s’applique dès la première semaine de vie, et ce jusqu’à la diversification. L’objectif affiché est de prévenir l’allergie aux protéines de lait de vache.

Cette recommandation a été critiquée pour plusieurs raisons :

  • Elle ignore la protection conférée par un allaitement exclusif, que l'OMS et l'ensemble des études scientifiques préconisent pendant environ 6 mois, sans introduction d'aucun autre aliment ni liquide. L’introduction de PPN, même en petite quantité, perturbe l’allaitement exclusif.
  • Elle va à l’encontre de la priorité actuelle, qui est de diminuer le “don” fréquent de PPN aux nouveau-nés allaités en maternité, car ces compléments sont considérés comme les premiers responsables d'une sensibilisation aux protéines du lait de vache.
  • Elle ne prend pas en compte l’ensemble des connaissances et des recommandations de santé publique. Au contraire, elle se base sur peu de données valides.

Conflits d'intérêts et influence de l'industrie

Des voix se sont élevées pour dénoncer les conflits d’intérêts potentiels liés à cette recommandation, soulignant que les entreprises de « lait 1er âge » pourraient en bénéficier en augmentant leurs ventes. Il est noté que la recommandation des allergologues français a vu le jour avec le « soutien institutionnel d'Aimmune Therapeutics », entreprise appartenant au groupe Nestlé, lui-même connu pour ses infractions au Code de commercialisation des substituts du lait maternel adopté par l'OMS en 1981 et partiellement transcrit en droit français.

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Certains experts mettent en garde contre un possible "surdiagnostic induit par l'industrie", soulignant l'augmentation des prescriptions de laits spécialisés pour les nourrissons allergiques aux protéines de lait de vache, sans indication d'une augmentation de la prévalence réelle de cette allergie.

Position des experts et appel à la vigilance

Face à cette controverse, des experts appellent les pédiatres et les autres professionnels de santé à prendre clairement position face aux recommandations de la SFA et à la littérature scientifique sur le sujet. Ils interpellent les Sociétés Savantes et les autorités de santé françaises afin que la France ne régresse pas dans la promotion et la protection de la santé de l'enfant et de la mère, notamment en ce qui concerne l'allaitement.

Alternatives et Précautions

Si une supplémentation par une préparation infantile à base de PLV est débutée, celle-ci doit être a minima poursuivie de façon régulière pour ne pas entraîner de rupture de tolérance. En cas de souhait d’allaitement maternel exclusif, il est par contre impératif d’éviter les compléments à base de PLV. Cette complémentation doit être limitée aux seules indications médicales (perte de poids > 10 %, hypoglycémie, signes de déshydratation) avec l’utilisation d’une préparation infantile sans PLV (hydrolysat poussé de PLV, hydrolysat de protéines de riz ou mélange d’acides aminés).

Dans les cas d'allergies sévères, des formules hypoallergéniques spécifiques (FAA) sont habituellement recommandées. Ces formules contiennent des protéines de lait de vache décomposées en toutes petites particules ou fragments, ou sont à base d'acides aminés.

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