La Suisse, un pays européen connu pour sa neutralité et sa démocratie directe, a été le théâtre de plusieurs votations populaires sur des questions d'importance nationale. Les citoyens suisses ont été appelés aux urnes pour se prononcer sur des sujets variés allant de l'immigration au congé paternité, en passant par la révision de la loi sur la chasse et l'acquisition d'une nouvelle flotte pour les forces aériennes. Cet article se penche sur les résultats de ces votations, en mettant en lumière les enjeux et les implications de chaque décision.

Rejet de la Limitation de l'Immigration des Ressortissants de l'UE

Dimanche, les Suisses se sont prononcés, par référendum, contre une proposition du parti populiste UDC visant à limiter l'immigration des ressortissants de l'Union européenne. Les électeurs ont rejeté à 61,7 % l’initiative populaire lancée par la droite populiste de l’Union démocratique du centre (UDC), premier parti du pays, qui dénonce « une immigration incontrôlée et démesurée » et juge les emplois menacés par l’Accord sur la libre circulation des personnes (ALCP) signé en 1999 avec l’UE. Un résultat tranché d'autant plus parlant que le taux de participation a été très élevé, autour de 59%.

Contrairement à 2014, où une initiative de l'UDC visant à réintroduire "des quotas de migrants, notamment européens" , avait été approuvée, le pays semble aujourd'hui "renforcé après le très net rejet de 'l'Initiative de limitation' ".

Les présidents de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et du Conseil, Charles Michel, ont salué ce vote. La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a de son côté rappelé que "1,4 million de citoyens de l'Union européenne vivaient en Suisse" et que "320 000 (…) franchiss[ai]ent la frontière chaque jour pour [y] travailler". Charles Michel a lancé que "Le peuple helvétique s'est prononcé en envoyant un message clair : ensemble, nous avons un bel avenir devant nous".

Tous les autres partis et les milieux économiques s’étaient fermement prononcés en faveur de frontières ouvertes avec une Union européenne, qui est le plus important partenaire commercial de la Suisse. Et les régions frontalières suisses dépendent fortement de la main-d’œuvre venue des pays voisins par dizaines de milliers tous les jours.

Lire aussi: Congé maternité allongé grâce à l'allaitement

Cependant, ce oui ne signifie pas que les relations avec l'UE sont sans nuages. Depuis plusieurs années, Bruxelles souhaite conclure un accord-cadre institutionnel avec Berne pour simplifier les relations bilatérales. Cet accord est loin de faire l'unanimité, à gauche comme à droite. L’UDC entend « s’assurer qu’on ne rentre pas petit à petit dans l’Union européenne », a d’ailleurs souligné Céline Amaudruz, une des responsables du parti sur la chaîne publique RTS (Radio télévision suisse). A l’inverse, le chef du groupe parlementaire socialiste au Parlement, Roger Nordmann, estime que les Suisses ont signalé leur attachement aux relations bilatérales, qui fonctionnent bien depuis vingt ans. « La Suisse envoie aujourd’hui un signal fort à l’Europe », a-t-il déclaré sur RTS.

Adoption du Congé Paternité de Deux Semaines

Les Suisses ont dit oui, à une large majorité, à un congé paternité de deux semaines quand les jeunes pères n’avaient jusqu’ici droit qu’à un jour ou deux. Le large oui (60,3 %) au référendum sur le congé paternité permet à la Suisse de rattraper un peu de son retard face à ses pairs en Europe. « Le congé paternité dispose enfin de plus de temps qu’un déménagement », a déclaré Adrian Wüthrich, membre du comité en faveur du congé paternité. Si, depuis 2005, la loi accorde aux mères en activité quatorze semaines de congés payés après la naissance d’un enfant, les pères, eux, n’avaient droit qu’à un ou deux jours. Et rien pour les indépendants. « Ce résultat montre que la société a évolué et que l’heure n’est plus à un modèle où la femme doit rester à la maison », souligne Philippe Gnaegi, le directeur de Pro Familia, un groupement d’organisations familiales, cité par ATS (Agence télégraphique suisse), la principale agence de presse suisse. Après d’innombrables tentatives, le Parlement fédéral a adopté un congé paternité de deux semaines. Il restait aux Suisses à se prononcer par référendum.

Rejet de la Révision de la Loi sur la Chasse

Les Suisses ont, en revanche, rejeté à 51,9 % une révision de la loi sur la chasse adoptée par le Parlement face à la progression du nombre de loups, selon la dernière projection de l’institut de sondage GFS Bern. Les cantons peuvent actuellement autoriser un tir lorsqu’un loup cause des dégâts importants, mais la révision aurait permis d’agir de façon préventive.

Adoption d'un Salaire Minimum à Genève

Les Genevois se sont également rendu aux urnes dimanche pour s'exprimer sur un autre sujet : le salaire minimum à 23 francs suisses (21 euros) de l'heure pour tous ceux qui travaillent dans cette ville, l'une des plus chères du monde. Cette mesure sociale a été adoptée avec 58% des voix. Le salaire minimum garanti sera donc de 4 086 francs suisses par mois pour 41 heures de travail hebdomadaire, une rareté en Suisse. Les salaires inférieurs à 4 000 francs mensuels seront donc revalorisés. Jusqu'à présent, les salaires minimaux étaient fixés par branche professionnelle.

Avant le vote, la gauche suisse avait présenté le mesure comme un moyen de lutter contre la pauvreté, alors que la pandémie a durement frappé Genève. Pour lui, ce vote est "une très bonne nouvelle", qui devrait aider à "rétablir un certain équilibre entre les populations du Grand Genève" :Le Covid a démontré qu'une certaine part de la population suisse ne peut pas vivre à Genève […]. 4 000, c'est le minimum pour ne pas atteindre les seuils de pauvreté, et ne pas se retrouver dans des situations dramatiques. Les loyers se retrouvent très souvent au-dessus de 2 000 francs suisses.

Lire aussi: Enseignantes : comprendre le congé maternité et son impact sur les vacances scolaires

Initiative sur les Multinationales Responsables

La Suisse a rejeté une initiative qui souhaitait imposer des obligations légales plus strictes aux entreprises helvétiques en matière de respect des droits humains et des normes environnementales. Les entreprises suisses auraient été contraintes de rendre des comptes. Ce ne sera finalement pas le cas. Selon l’institut de sondages gfs.bern, l’initiative dite sur « les multinationales responsables » a été rejetée par au moins 14 des 26 cantons suisses alors qu’elle aurait été approuvée à une courte majorité des voix (50,7 %).

Ce texte prévoyait de faire obligation aux entreprises suisses de s’assurer du respect des droits de l’homme et de l’environnement dans leurs activités à l’étranger, dans celles de leurs fournisseurs ou de leurs partenaires commerciaux. Il aurait également permis de forcer les entreprises à répondre d’éventuels manquements devant les tribunaux en Suisse.

Le Conseil fédéral (gouvernement) ainsi que les organisations de défense des entreprises appelaient les électeurs à rejeter le texte, estimant qu’il risquait de nuire aux intérêts économiques suisses.

Le Contexte Politique et Économique de la Suisse

La Suisse, pays européen voisin de la France, de l’Allemagne et de l’Italie, est connue pour ses banques et son rôle comme place de négoce international. C’est un État fédéral qui veille sur sa neutralité et en a fait un élément de son identité. Le paysage suisse est fait de montagnes et de lacs, dont le Léman. La Confédération suisse s’est formée progressivement par l’alliance de différents cantons voisins. Cette alliance a permis aux Suisses de préserver leur indépendance. Au fil du temps, la Suisse s’est transformée en un État fédéral moderne, caractérisé par une grande stabilité politique.

La Suisse a opté pour la démocratie directe qui veut que les citoyens participent activement à la vie politique. Les Suisses sont régulièrement invités à se prononcer sur des questions d’importance nationale lors de votations populaires, des référendums. La Suisse est par ailleurs composée de 26 cantons, chacun jouissant d’une grande autonomie. Les institutions confédérales sont compétentes pour la politique étrangère, la défense, la monnaie et la justice pénale fédérale. Le pays est dirigé par un Conseil fédéral de sept membres, élus par l’Assemblée fédérale. Chacun dirige un département fédéral (Intérieur, Économie, Défense,… ) et préside le Conseil fédéral à tour de rôle pendant un an.

Lire aussi: Tout savoir sur le Congé Maternité et Pôle Emploi

Depuis 1960, la Suisse fait partie de l’OCDE et est membre de l’ONU depuis 2002. L’économie suisse est prospère, grâce au rôle joué par la finance. Le pays est attractif pour les investisseurs du fait de la solidité de sa monnaie, le franc suisse, si bien que le pays accueille les avoirs de nombreuses personnes fortunées cherchant un endroit où conserver leur patrimoine en sécurité. La Suisse compte de nombreuses banques dédiées aux grandes fortunes. Cela a été à l’origine de plusieurs scandales lorsque des banques suisses ont été accusées de cacher l’argent sale de dictateurs. Le pays a notamment été accusé d’avoir blanchi l’or du régime nazi durant la seconde guerre mondiale. La Suisse a longtemps pratiqué le secret bancaire et été considéré comme un paradis fiscal. En 2023, l’une des principales banques du pays, le Crédit Suisse, a été victime d’une crise de liquidité après une série de scandales et d’erreurs de gestion.

La Suisse est également un pays comptant des industries innovantes dans le secteur de la pharmacie (Novartis, Roche), des géants mondiaux des assurances (Zurich insurance, Swiss Re) ou de l’agroalimentaire (Nestlé). La Suisse est également le pays dans lequel se tient le Forum économique mondial (FEM), plus connu sous le nom de Forum de Davos.

tags: #congé #paternité #Genève #votation #résultats

Articles populaires: