L'équilibre entre la reprise du travail après un congé de maternité et le désir d'allaiter son enfant soulève de nombreuses questions, particulièrement au Québec. Cet article vise à informer les femmes sur leurs droits, les défis potentiels liés à l'allaitement dans un contexte professionnel, et les considérations importantes pour assurer la santé de l'enfant et de la mère.

Reprise du travail et allaitement : une conciliation possible ?

De nombreuses femmes se demandent s'il est possible d'allaiter leur enfant en toute sécurité après avoir repris le travail, notamment si leur emploi les expose à des substances potentiellement nocives. Des questions telles que "Je reprends mon poste dans un pressing après un congé maternité, puis-je allaiter mon enfant sans risque pour sa santé ?" ou "Je travaille au contact d’animaux et souhaite continuer à allaiter mon nouveau-né, y a-t-il des précautions à prendre ?" sont fréquentes.

Risques liés à l'exposition professionnelle aux substances chimiques

L'exposition à des substances chimiques dans le milieu professionnel est une préoccupation majeure pour les femmes qui allaitent. Ces substances peuvent inclure des métaux, des solvants, et des polluants organiques persistants tels que le DDT, les dioxines, les polychlorobiphényles (PCB), les phtalates et les retardateurs de flamme. Bien qu'il soit établi que certaines substances courantes ingérées par la mère (caféine, nicotine, alcool) passent dans le lait maternel, l'impact des substances rencontrées dans l'activité professionnelle est moins bien connu.

Le Code du travail prévoit des mesures de protection pour les salariées enceintes ou allaitantes, interdisant leur affectation à certains postes les exposant à des agents chimiques classés toxiques pour la reproduction (catégorie 1A, 1B, mention H360) ou présentant des effets sur ou via l’allaitement (mention H362). Cependant, peu de substances chimiques ont été évaluées en profondeur quant à leur toxicité potentielle sur ou via l'allaitement.

Une étude de l'INSPQ a révélé des concentrations plus élevées de plomb, cuivre, zinc, PCB et solvants organiques dans le lait maternel de femmes exposées professionnellement à ces substances, comparativement aux femmes non exposées. L'exposition de la mère peut se faire par voie digestive, respiratoire ou cutanée. La toxicité pour l’enfant dépendra de la forme sous laquelle la substance chimique est présente dans le lait, et de sa concentration. Certaines substances chimiques transiteront sous forme inchangée dans le lait, d’autres subiront une dégradation métabolique. Le passage potentiel dans le lait dépend aussi des caractéristiques physico-chimiques des substances : certaines passeront davantage dans le lait maternel, certaines s’y concentreront en plus forte proportion.

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Évaluation des risques et approche préventive

L’évaluation des risques pour l’allaitement doit tenir compte des expositions contemporaines mais aussi des expositions antérieures. En effet, certaines substances telles que les métaux peuvent s’accumuler dans l’organisme de la salariée exposée, puis s’éliminer lentement, notamment en contaminant le lait maternel. La substance chimique dont les effets en la matière sont les mieux connus est le plomb, à l’origine du saturnisme. En présence d’un lait fortement contaminé du fait d’une exposition passée (l’exposition au plomb étant interdite au cours de la grossesse et de l’allaitement), des conséquences potentiellement graves et irréversibles peuvent survenir chez l’enfant, notamment sur le plan du développement psychomoteur et cognitif. Lorsque le plomb passe dans le lait, sa concentration est de l’ordre de 3 à 10 % de celle mesurée dans le sang maternel.

L'INSPQ a développé une méthodologie d'évaluation des risques pour l'allaitement en contexte d'exposition professionnelle. Cette approche consiste à déterminer les conditions d'exposition de la mère, à évaluer le potentiel de transfert et de concentration des substances dans le lait maternel, et à identifier les effets néfastes possibles pour l'enfant.

Malgré ces outils, l'évaluation des risques pour l'allaitement est souvent négligée. Selon Stéphane Malard, expert d’assistance médicale à l’INRS, les risques pour la reproduction sont rarement évalués de façon anticipée, et l'approche privilégiée est souvent le retrait temporaire du poste en cas de suspicion de présence de substances dans le lait maternel.

Une approche systématique et anticipée de l'évaluation des risques est essentielle, intégrant l'impact différencié des expositions professionnelles et visant à améliorer les conditions de travail.

Rôle de la prévention et de l'information

Face à ces lacunes, une meilleure information et une sensibilisation accrue sont nécessaires. Les salariées en âge de procréer doivent être encouragées à contacter leur service de prévention et de santé au travail en cas de projet de grossesse. Cette information est très importante afin de pouvoir anticiper d’éventuels aménagements de poste ou changement temporaire d’affectation nécessaires en cas de grossesse mais aussi au retour du congé de maternité en cas de désir d’allaitement.

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L'INRS met à disposition des médecins du travail le guide Demeter, une série de fiches d'aide à l'évaluation du risque pour la reproduction lors de l'exposition à des produits chimiques. Près de 170 substances y sont répertoriées.

Discrimination liée à la grossesse et au congé de maternité

Il est important de noter qu'annoncer sa grossesse à son travail peut engendrer un sentiment de peur et d'appréhension. En 2019, la grossesse et les congés de maternité continuent d’être un motif de discrimination. Au Québec, le nombre de femmes ayant déposé plainte pour congédiement ou représailles liées à la grossesse a augmenté de 41% en dix ans, selon Radio Canada.

Certains employeurs n'hésitent pas à licencier ou à pousser à la démission leur salariée enceinte, prétextant des difficultés d'organisation ou de gestion. Ils peuvent recourir à des pratiques illégales telles que la diminution des heures de travail ou du salaire, le changement des conditions de travail, l'intimidation ou le harcèlement.

La loi protège les femmes enceintes contre ces pratiques discriminatoires. En France, Le Code du travail détaille formellement les règles applicables en matière de « protection de la grossesse et de la maternité ». Au Québec, la Charte des droits et libertés de la personne vous garantie le droit à l’égalité en dépit de votre grossesse et la loi sur les normes du travail vous protège en cas de licenciement ou représailles suite à l’annonce de votre grossesse.

Dépôt de plainte et recours

Si ces pratiques sont bien connues, beaucoup trop de femmes n’osent pas porter plainte car c’est un réel parcours du combattant sans oublier le stress que cela engendre. Au Québec, la CNESST (normes du travail) est là pour vous aider. Porter plainte est une démarche longue et pénible où votre parole ne semble pas faire le poids face à votre ancien employeur. Sachez qu’au Québec, vous avez 45 jours à partir du congédiement ou de la sanction, pour déposer une plainte auprès de la CNESST pour « pratique interdite ». Si votre plainte est recevable, la CNESST vous proposera dans un premier temps une médiation afin de trouver une solution. Si la médiation est impossible, la plainte sera transmise au Tribunal administratif du travail qui procédera à un jugement.

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Il est essentiel de se battre pour ses droits et de ne pas se laisser faire face à l'injustice. Il est temps que ça change, que les mentalités évoluent et que les droits des femmes/femmes enceintes soient respectés.

Congé de maternité au Québec : durée et prestations

Le congé de maternité au Québec est souvent perçu comme un eldorado, avec la possibilité de prendre jusqu'à un an de congé. Cependant, il est important de comprendre les modalités et les prestations offertes.

Il y a bien entendu des conditions à réunir pour avoir le droit aux prestations versées par la RQAP (Régime Québécois d’Assurance Parentale) pour le congé maternité et parental, du genre avoir travaillé plus de 600 heures sur l’année qui précède, touché plus de 2000$, cotisé comme il faut, etc etc. Vous pourrez trouver tout ça en ligne mais en gros si vous êtes salarié depuis plus de 6 mois, cela ne devrait normalement pas poser de problème.

Le congé se divise en congé maternité et congé parental, ce dernier pouvant être partagé avec le père. Il existe deux régimes : le régime de base et le régime particulier, avec des durées et des prestations différentes.

  • Régime de base :
    • Congé maternité = 18 semaines de prestations au taux de 70 %.
    • Congé paternité = 5 semaines de prestations au taux de 70 %.
    • Congé parental = 32 semaines de prestations : les 7 premières semaines au taux de 70 % et les 25 semaines suivantes au taux de 55 %.
  • Régime particulier :
    • Congé maternité = 15 semaines de prestations au taux de 75 %.
    • Congé paternité = 3 semaines de prestations au taux de 75 %.
    • Congé parental = 25 semaines de prestations au taux de 75 %.

Il est important de noter que ces pourcentages sont calculés sur une base maximale de 70 000$ pour l'année 2015. Certaines entreprises peuvent compenser la différence perçue, principalement pour la partie "congé maternité".

Allaitement : encouragements et réalités

L'allaitement est la meilleure alimentation pour un bébé de moins de six mois, rappelle l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Au Québec, l'allaitement est recommandé (Encouragé ? Fortement conseillé ? Poussé ? Je ne sais pas trop quel mot employer…) aussi longtemps que possible.

La province canadienne verse une prestation spéciale d'allaitement aux mères bénéficiaires de l'aide sociale. Fixée à 37,5 dollars canadiens par mois en 1994, son montant actuel est désormais de 55 dollars (38,5 euros). Malgré ces aides, les mères aux revenus les plus faibles restent celles qui allaitent le moins dans la province.

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