L'interruption volontaire de grossesse (IVG) est une réalité à laquelle de nombreuses femmes sont confrontées. En France, malgré une large gamme de méthodes contraceptives disponibles, le nombre d'IVG reste stable. Cet article vise à explorer les comportements contraceptifs avant et après une IVG, en mettant en lumière les erreurs d'utilisation, les méthodes privilégiées et les implications psychologiques potentielles.

Contexte et Enjeux de l'IVG en France

Malgré l'accès à diverses méthodes de contraception, le nombre d'interruptions volontaires de grossesse (IVG) en France demeure une préoccupation constante. Les chiffres récents montrent une stabilité, voire une augmentation, soulignant la nécessité d'une compréhension approfondie des comportements contraceptifs et des facteurs qui influencent les choix des femmes en matière de contraception. En 2023, 243 600 IVG ont été enregistrées en France.

État des Lieux des Comportements Contraceptifs

Une étude observationnelle menée à la maternité régionale universitaire de Nancy a permis d'analyser les pratiques contraceptives avant et après une IVG. Les résultats révèlent des tendances significatives.

Contraception Pré-IVG : Prédominance de la Pilule et Lacunes

Avant une IVG, la pilule contraceptive est la méthode la plus couramment utilisée, suivie par le préservatif masculin. Cependant, une proportion non négligeable de femmes (près d'un quart) ne recourent à aucune contraception. L'utilisation de dispositifs intra-utérins (DIU) et d'implants reste marginale.

L'étude souligne également que la quasi-totalité des femmes ayant recours à une IVG ont commis des erreurs contraceptives dans les trois mois précédant la grossesse non désirée. Ces erreurs incluent des oublis de pilule, une utilisation incorrecte du préservatif ou l'interruption de la contraception.

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Contraception Post-IVG : Une Évolution des Pratiques

Après une IVG, on observe un changement notable dans les comportements contraceptifs. L'utilisation de DIU et d'implants augmente considérablement, devenant la méthode de choix pour la moitié des femmes. L'utilisation de la pilule reste importante, tandis que l'absence de contraception diminue significativement. Le recours au préservatif recule également.

Les Erreurs Contraceptives : Un Facteur Déterminant

Les erreurs contraceptives sont fréquentes avant l'avortement. Une étude a révélé que 22,5 % des patientes ont oublié leur pilule au cours du dernier cycle. De plus, 32 % des femmes ne font rien après avoir oublié leur pilule, tandis que 39 % lisent la notice et 28 % demandent conseil à un professionnel de santé. Ces oublis sont particulièrement fréquents au début du cycle, période la plus critique en termes de risque de grossesse.

Dans près de la moitié des cas, une erreur d’utilisation de la méthode contraceptive générerait une grossesse non prévue. Ainsi, l’oubli de pilule, et donc la mauvaise observance, serait la deuxième cause d’IVG, derrière l’absence de contraception. Sur les 5 millions de françaises qui prennent la pilule, seulement un tiers n’a jamais oublié de la prendre. Plus de 2 sur 10 l’oublient une voire plusieurs fois par mois.

Impact Psychologique de l'IVG

Contrairement à certaines idées reçues, l'IVG n'est pas à l'origine de troubles psychologiques spécifiques. Le vécu d'une IVG est personnel et varie d'une femme à l'autre. Le contexte de sa réalisation et l'accompagnement autour de l'IVG peuvent avoir un impact psychologique. Les discours moralisateurs ou culpabilisants peuvent contribuer au mauvais vécu d'une IVG. Un accompagnement psychologique par un professionnel peut être mis en place si vous en ressentez le besoin.

Fertilité et IVG : Démêler le Vrai du Faux

Le risque d’infertilité est souvent pointé comme une complication à long terme de l’interruption volontaire de grossesse. Ce risque n’est pas lié à la réalisation de l’IVG en tant que telle mais peut être une conséquence des éventuelles complications qui y sont associées (infection, lésions au niveau de l’utérus lors de l’aspiration, etc). Toutefois, ces complications sont rares quand l’IVG est réalisée dans des conditions sécurisées (personnel formé, matériel stérile, établissement équipé, etc.) comme c’est le cas en France. Le risque de survenue de complications lors de la réalisation d’une IVG n’est pas supérieur à celui d’un avortement spontané ou d’une grossesse menée à terme.

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Questions Fréquentes Après une IVG

Après une IVG, il est naturel de se poser de nombreuses questions. Voici quelques réponses aux interrogations les plus courantes :

Examens Médicaux Post-IVG

Après l’IVG les examens médicaux ont pour objectif de vérifier que la grossesse est bien interrompue. En plus de l’examen clinique qui peut être réalisé, si la consultation est en présentiel, le médecin ou la sage-femme pourra vous proposer de réaliser une prise de sang pour doser les β-hCG ou une échographie. Tous ces examens et consultations sont pris en charge à 100% par l’Assurance maladie sans aucune avance de frais que vous soyez majeure ou mineure.

Saignements Post-IVG

Les saignements après une IVG peuvent être un peu plus abondants que les règles habituelles dans les premiers jours. Ils durent de quelques jours à 3 semaines.

Disparition des Symptômes de Grossesse

Les symptômes de grossesse (nausées ou sensibilité des seins) disparaissent généralement quelques jours après l’IVG médicamenteuse ou instrumentale. Un test de grossesse peut rester positif jusqu’à trois semaines après une IVG. C’est la visite de contrôle qui permettra de confirmer que l’IVG a fonctionné.

Retour des Règles

Après une IVG les règles reviennent généralement dans les 4 à 6 semaines. Cela peut varier en fonction du type de contraception que vous avez choisi d’utiliser et du moment où vous l’avez débutée. Avec une pilule oestro-progestative par exemple, les règles surviendront à la fin de la première plaquette. Avec un DIU hormonal les règles peuvent êtres irrégulières ou absentes.

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Reprise des Rapports Sexuels

Il est conseillé d’attendre une dizaine de jours avant la reprise des rapports sexuels avec pénétration après une IVG. En effet, si le col de l’utérus n’est pas refermé il existe un risque que des germes puissent remonter du vagin vers l’utérus et soient à l’origine d’une infection. Pour les mêmes raisons il est également recommandé de ne pas utiliser de tampons durant cette période. Si vous ne souhaitez pas de grossesse il est nécessaire d’utiliser une contraception dès la reprise des rapports sexuels après une IVG (une grossesse est possible même avant la reprise de vos règles).

Choix de la Contraception Post-IVG

Au cours des différentes consultations effectuées pour réaliser l’IVG, vous recevez une information détaillée sur les méthodes contraceptives disponibles et pouvez échanger avec le médecin ou la sage-femme afin de choisir la contraception qui vous convient le mieux. Aucune méthode n’est contre-indiquée après une IVG, sauf cas particulier. Seuls les moyens de contraception nécessitant des manipulations vaginales (anneau vaginal, cape cervicale, etc.) ne sont pas recommandés immédiatement après l’intervention, pendant le premier cycle suivant l’IVG.

Moment du Début de la Contraception

La contraception que vous avez choisie peut être mise en place dès la réalisation de l’IVG. Un dispositif intra-utérin (au cuivre ou à la progestérone) peut être posé immédiatement après la réalisation de l’IVG instrumentale (sauf en cas d’épisode infectieux) ou lors de la visite de suivi pour une IVG médicamenteuse. Une contraception hormonale, œstroprogestative (pilule, patch transdermique) ou progestative (pilule, implant, injection intra musculaire) peut être débutée : le jour même ou le lendemain d’une IVG instrumentale ; le jour de la prise de misoprostol - prise du 2e médicament - pour une IVG médicamenteuse. Les préservatifs externes (dits masculins) ou internes (dits féminins) peuvent être utilisés dès la reprise des rapports sexuels. Ce sont les seuls contraceptifs qui protègent des infections sexuellement transmissibles, dont le VIH-Sida.

Remboursement de la Contraception

Sont remboursables par l'Assurance maladie : certaines pilules contraceptives ; les implants contraceptifs hormonaux ; les progestatifs injectables ; les dispositifs intra-utérins (DIU) ou stérilets ; les diaphragmes ; certaines marques de préservatifs externes (masculins). Pour les femmes de moins de 26 ans avec une couverture sociale, ces contraceptifs sont délivrés en pharmacie sur prescription médicale avec une prise en charge à 100% et sans avance de frais. Concernant les préservatifs externes, ils sont pris en charge à 100% pour tous et toutes jusqu'à 26 ans, sans ordonnance. Le parcours de contraception pour toutes les personnes mineures est protégé par le secret. Pour les femmes de plus de 26 ans, ces contraceptifs sont remboursés à 65 % par l'Assurance maladie dans les conditions habituelles. Les centres de santé sexuelle (anciens centres de planification et d’éducation familiale) délivrent à titre gratuit des médicaments ou dispositifs contraceptifs aux mineures désirant garder le secret et aux personnes ne bénéficiant pas d’une couverture sociale.

Suites d'une IVG

Il est normal de subir certains désagréments pendant les premiers jours ou les premières semaines qui suivent une IVG médicamenteuse, chirurgicale ou instrumentale. Cela peut inclure des saignements, des contractions, des douleurs abdominales ou lombaires, des désagréments hormonaux, des diarrhées ou nausées causées par les antibiotiques (uniquement en cas d’IVG chirurgicale par aspiration ou d’avortement instrumental), et une tension mammaire et/ou engorgement (lait). Si vous souffrez d’un ou de plusieurs effets secondaires, il faut toujours en informer votre médecin traitant.

L'IVG Médicamenteuse : Une Option Courante

L’IVG médicamenteuse est une méthode d’avortement qui peut se pratiquer jusqu’à la fin de la 7ème semaine de grossesse, soit 9 semaines après le début des dernières règles. Elle consiste à provoquer une fausse couche en prenant 2 médicaments différents : la mifépristone (MYFEGINE) qui interrompt le développement de la grossesse et le misoprostol (GYMISO) qui provoque l’expulsion de la grossesse. La prise de misoprostol est déconseillée par voie vaginale par les laboratoires (risque de douleurs abdomino pelviennes plus fréquentes).

Déroulement et Suivi de l'IVG Médicamenteuse

Les saignements de la patiente lors d’une interruption de grossesse médicamenteuse peuvent survenir entre 30mn et 3 jours après la prise de médicament. Dans la grande majorité des cas, ils surviennent dans les 2 à 4 heures après la prise du 2ème médicament, le misoprostol. Dans 5% des cas, ces saignements surviennent dès la prise de la mifépristone (prévoir des protections menstruelles dès ce moment). La prise de misoprostol est toujours nécessaire car il peut rester des résidus de grossesse qu’il est important d’évacuer. Les saignements qui s’ensuivent, plus ou moins importants peuvent durer de 10 à 20 jours. Ils sont comparables ou plus abondants que les règles, plus épais avec des caillots (qui proviennent de la muqueuse utérine). Leur abondance dépend du stade de la grossesse et sont souvent plus abondants après 7 SA (semaines d’aménorrhées) c’est-à-dire 5 semaines de grossesse. On peut parfois voir une boule blanche gélatineuse qui correspond à l’œuf appelé aussi le sac ovulaire dans les saignements.

Le contrôle de l’efficacité de l’IVG médicamenteuse est indispensable car il existe entre 1 à 5% d’échec et ou de complications. Ce contrôle peut se faire par une échographie de contrôle ou par une prise de sang de dosage d’hormones de grossesse (Bêta HCG). Le résultat de cette prise de sang sera encore positif même si l’IVG a fonctionné. La vérification du fonctionnement de l’IVG médicamenteuse peut se faire par comparaison des dosages BHCG pré et post IVG. Lorsque le taux de Bêta HCG (dosage d’hormones de grossesse dans le sang), est inférieur à 2000 mUI/ml 2 semaines après l’IVG cela veut dire que l’avortement à fonctionné. Si le taux de Bêta HCG est supérieur au taux initial : la grossesse est évolutive et l’ivg par médicament n’a pas fonctionné. Les règles reviennent généralement 4 à 6 semaines après l’IVG, selon la méthode contraceptive mise en place. Des complications peuvent parfois survenir jusqu’à un mois après l’IVG si la consultation de contrôle n’a pas été réalisée dans de bonnes conditions ou pas faite du tout.

Douleur et Complications Possibles

Pratiquer une IVG par médicaments peut entraîner des douleurs plus ou moins fortes et qui sont très variables selon les femmes. Ces douleurs sont liées aux contractions que fait l’utérus pour expulser l’œuf. Des anti-douleurs (antalgiques de la famille des anti inflammatoires non stéroïdiens couplet avec des anti-douleurs de niveau 2 disponible eux sur ordonnance) sont prescrits systématiquement par le ou la médecin ou sage-femme qui suit l’IVG et la prise de ces cachets est recommandée en prévention de la douleur 30 mn avant la prise de misoprostol. Il peut arriver dans certains cas, que des complications surviennent parfois jusqu’à 1 mois après l’IVG. Ces complications peuvent se présenter sous formes de symptômes d’infection (fièvre à 38°qui dure plus de 24h après la prise de misoprostol), des douleurs différentes de celles des règles, des pertes inhabituelles en couleur et odeur. Il peut survenir également des effets indésirables (douleurs, fièvre, vomissements, diarrhées, maux de tête, vertiges, malaises, frissons et bouffées de chaleur) insoutenables et/ou qui persistent plus de 24h. Dans ce cas, la femme doit se rendre aux urgences avec la fiche de liaison IVG que la personne professionnelle de santé lui a donné.

Impact sur la Fertilité et la Santé Mentale

Avoir recours à un ou plusieurs avortements médicamenteux dans sa vie n’entraine pas de risque d’infertilité, n’a aucune conséquence sur la fertilité et ne diminue pas la fécondité, contrairement à certaines idées reçues. Les femmes qui pratiquent une IVG médicamenteuse ne développent pas non plus de troubles psychologiques systématiques post-IVG comme une dépression ou un comportement suicidaire si elles n’en avaient pas avant et elles ne seront pas forcément traumatisées. Chaque femme va vivre l’IVG de manière singulière et si elle ressent le besoin de partager ses sentiments et d’en parler, elle pourra demander à être reçue en entretien individuel.

Contre-Indications

Le risque principal d’une IVG médicamenteuse est le risque d’hémorragie. La Grossesse Extra Utérine (GEU) est une contre-indication à l’IVG médicamenteuse. Elle peut être repérée aux signes cliniques ainsi qu’avec la surveillance du dosage des BHCG. Cependant, en l’absence de facteurs de risque et de symptômes, une grossesse de localisation indéterminée ne contre-indique pas la prise des médicaments pour l’IVG. A contrario, les symptômes possibles d’une grossesse intra utérine peuvent être des seins tendus, des douleurs qui ressemblent aux douleurs de règles ou aux syndromes pré-menstruels, des nausées. Enfin, il existe d’autres contre-indications à pratiquer une IVG médicamenteuse comme les corticothérapies à long terme, porphyrie, troubles de la coagulation, insuffisance surrénale.

Évolution des Pratiques Contraceptives en France

En France, les pratiques contraceptives évoluent, surtout depuis 2013 et la mise à l’index des pilules de troisième et quatrième générations. La crise médiatique et le déremboursement de certaines d’entre elles ont incité beaucoup de femmes à changer de contraception et à se tourner vers d’autres méthodes. «Les comportements ont changé, confirme le Dr Lydia Marié-Scémama, gynécologue à Boulogne Billancourt, ces changements se sont produits dans le cadre d’un contexte particulier : il y a eu en même temps une véritable campagne anti pilule et le remboursement de l’IVG, le tout quelque temps après l’affaire Mediator… De plus, l’IVG est devenue pour certaines un moyen de contraception, ce qui est dramatique. Pourtant, tout le monde est revenu sur les dangers liés à la pilule.

Les gynécologues ont donc récemment observé une baisse nette de l’utilisation de la pilule. Une observation confirmée par les études Fecond 2010/2013, enquête nationale menée à deux reprises (2010 et 2013) par l’Inserm et l’Ined. Les chiffres de ces études soulignent que le recours à la pilule est passé de 55% en 2000 à 50% en 2010, puis à 41% en 2013. «La baisse de 9% de l’utilisation de pilule entre 2010 et 2013, chiffres Inserm, est énorme, souligne le Dr Lydia Marié-Scémama. Ce changement s’est fait au profit d’autres méthodes que je qualifie d’écolos qui ne sont pas fiables du tout.». La diminution du recours à la pilule est particulièrement importante chez les plus jeunes (moins de 30 ans).

La Pilule à Schéma Continu : Une Solution pour Améliorer l'Observance

Pour lutter contre la mauvaise observance et limiter le recours à la contraception d’urgence ou l’IVG, la prescription de pilule à schéma continu est de plus en plus utilisée. En systématisant la prise, il permet de limiter les risques d’oubli.

L’étude Coraliance a montré que les oublis, qui se produisaient majoritairement au premier jour ou à la première semaine de prise, pouvaient être moins nombreux lorsque les femmes passaient d’une plaquette de 21 comprimés actifs à une plaquette de 28 comprimés (21 actifs et 7 inactifs). Le fait de ne pas interrompre la prise entre deux cycles pourrait être bénéfique puisque le moment de la reprise de la plaquette, après un arrêt de plusieurs jours, serait bien la période critique d’oubli.

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