Ginette Kolinka, une survivante de la Shoah, a surmonté le silence et la douleur pour témoigner de l'horreur des camps de concentration. Son histoire poignante est celle d'une femme qui, malgré les traumatismes subis, a trouvé la force de reconstruire sa vie et de partager son expérience avec les générations futures.
Une Enfance Parisienne Brisée par la Guerre
Ginette Kolinka habite toujours l’appartement de son enfance, dans le XIe arrondissement de Paris. Fille d'immigrés juifs d'Europe de l'Est, Ginette a vécu une enfance paisible dans le XIe arrondissement de Paris. Cependant, la Seconde Guerre mondiale a brutalement interrompu cette existence. Sa famille, en fuite pour échapper aux persécutions, a vu son logement pillé et occupé illégalement. Ironiquement, Ginette vit aujourd'hui entourée des meubles laissés par ceux qu'elle appelle « les collabos », une situation qu'elle accepte avec philosophie, se décrivant comme peu sentimentale.
L'appartement, rempli de souvenirs, témoigne de sa vie d'avant et d'après la guerre. Des tableaux, des plantes, des disques d'or de son fils Richard Kolinka, le batteur du groupe Téléphone, et des photos de famille ornent les murs. Parmi ces photos, celles de son père et de son petit frère rappellent la tragédie qui a frappé sa famille.
La Déportation et l'Horreur d'Auschwitz-Birkenau
Le 13 mars 1944, Ginette est raflée à Avignon, laissant derrière elle sa mère et ses cinq sœurs aînées. Elle ignore alors qu'elle est sur le point de vivre l'inimaginable. Déportée à Auschwitz-Birkenau, elle est confrontée à l'horreur absolue. Son père et son petit frère sont assassinés dès leur arrivée, le 16 avril 1944. Ginette, alors âgée de 19 ans, se sentira coupable de leur mort jusqu'à son dernier souffle, se reprochant de leur avoir conseillé de monter dans un camion pour se reposer.
Pendant quinze mois, elle endure la faim, les coups, les humiliations et la terreur constante des camps. Elle décrit une expérience où l'humanité est réduite à néant, où la survie dépend de la chance et parfois de compromissions morales. « On était tellement réduit à l’état de rien. Comment voulez-vous avoir du courage ou de la volonté ? J’étais un robot. »
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Ginette Kolinka a été marquée par l'humiliation physique subie en tant que femme. Elle se souvient avec douleur des douches collectives, de la nudité forcée et du manque d'hygiène. Elle décrit des femmes maigres, squelettiques et sales, obligées de se laver avec leur urine, une vision qui la hante encore aujourd'hui.
Elle insiste sur l'importance de ne pas idéaliser la vie dans les camps. « On veut apitoyer les gens avec les cheveux, les lunettes, mais on ne rend pas compte que derrière les cheveux, derrière les lunettes, il y avait quelqu’un, une personne. Et on ne se rend pas compte de la boue, de la saleté, de l’odeur épouvantable qui réglait à Birkenau. » Elle souligne également la violence et l'absence de solidarité entre les déportées, où la loi du plus fort régnait.
Le Silence et la Reconstruction
Après la guerre, Ginette Kolinka a longtemps gardé le silence sur son expérience. Les remords, les souffrances et la culpabilité étaient trop lourds à porter. Elle a préféré se concentrer sur la reconstruction de sa vie, se mariant en 1952 et donnant naissance à son fils Richard en 1953.
Elle a travaillé pendant quarante ans comme marchande de bonneterie sur les marchés, une activité qui lui a permis de subvenir aux besoins de sa famille. Elle a élevé son fils, a vu naître ses petits-enfants, dont Roman, le fils de Richard et Marie Trintignant, et ses arrière-petits-enfants. « J’ai été si heureuse ! » Elle estime avoir mené une vie normale en évitant de trop réfléchir au passé.
Pendant des années, Ginette n'a rien dit de son expérience, ni à son mari ni à ses sœurs. Au sein de sa famille, le silence était la règle. Même après la mort de son mari, son fils n'a jamais évoqué son père.
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La Nécessité du Témoignage
Ce n'est qu'au début des années 2000, devenue veuve et retraitée, que Ginette Kolinka a décidé de briser le silence. Elle a rejoint l'Union des déportés d'Auschwitz et a commencé à accompagner des voyages scolaires dans les camps. Depuis, elle n'a cessé de témoigner, coécrivant deux livres et multipliant les conférences dans les lycées et les collèges.
Son but n'est pas de faire ressentir l'horreur des camps, mais plutôt de transmettre la réalité de ce qui s'est passé. Elle insiste sur l'importance de se souvenir des victimes comme des individus, et non comme de simples statistiques. « Si je leur dis : « On était battus », ils imagineront peut-être leur mère en train de leur donner une gifle. Alors qu’une personne battue était à terre, évanouie ou morte. »
Ginette Kolinka est consciente de la chance qu'elle a eue de survivre. Elle se demande souvent pourquoi elle est encore là, alors que tant d'autres ont péri. Elle refuse de se considérer comme plus intelligente ou plus courageuse que les autres. Elle estime que sa survie est due à une combinaison de facteurs, dont la chance, l'absence de responsabilités familiales et sa capacité à se détacher émotionnellement de la réalité.
Une Vie Après l'Enfer
Malgré les traumatismes subis, Ginette Kolinka a réussi à construire une vie après l'enfer. Elle a trouvé l'amour, a fondé une famille et a connu le bonheur. Elle a également trouvé un sens à sa vie en témoignant de son expérience et en luttant contre l'oubli.
Elle a renoué avec d'anciennes compagnes d'infortune, comme Marceline Loridan-Ivens et Simone Veil, cette dernière lui ayant apporté un soutien moral précieux à Birkenau. Elle a également pu compter sur l'amour et le soutien de sa famille, notamment de son fils Richard, malgré les difficultés qu'il a pu lui causer dans sa jeunesse.
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Ginette Kolinka est une femme forte et résiliente, qui a su transformer la souffrance en un message d'espoir et de tolérance. Elle est un exemple pour les générations futures, nous rappelant l'importance de ne jamais oublier les horreurs du passé et de lutter contre toutes les formes de discrimination et de haine.
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