Savoir que l’on est enceinte représente un heureux événement dans la vie d’un couple, particulièrement marquant dans la vie de la femme. S’il est vrai que la plupart des grossesses vont à terme, il n’en demeure pas moins que certaines grossesses sont interrompues avant leur terme : on parle alors de fausse couche. Faire une fausse couche est une triste réalité à laquelle personne n’aime faire face. Cet article vise à offrir un guide complet et bienveillant pour comprendre, traverser et surmonter une interruption de grossesse, qu'il s'agisse d'une fausse couche spontanée ou d'une interruption volontaire de grossesse (IVG). Nous aborderons les aspects médicaux, émotionnels et pratiques pour aider les femmes et leurs partenaires à faire face à cette épreuve difficile.
Comprendre la Fausse Couche Spontanée
Lorsque la grossesse n’évolue plus et que le fœtus est expulsé entre le premier et le cinquième mois de grossesse, on parle de fausse couche spontanée. Il est également important de différencier fausse couche spontanée précoce et la fausse couche tardive. En effet, la fausse couche précoce est lorsqu’un l’arrêt de grossesse a lieu au cours des 3 premiers mois. La fausse couche tardive (encore appelée avortement tardif) est une interruption non volontaire de la grossesse entre le troisième et le cinquième mois. Toute interruption et expulsion de grossesse au-delà de cinq mois (22 semaines d’aménorrhée - c’est à dire 22 semaines après l’arrêt des dernières règles) est qualifiée de “mort fœtale”. Ces précisions sont importantes à faire car la prise en charge et le traitement de chaque catégorie de fausse couche ne sont pas identiques.
Causes et Facteurs de Risque
Une fausse couche peut être causée par plusieurs éléments. On compte notamment les causes internes et les causes externes :
- Causes internes:
- Anomalies génétiques détectées au niveau de l’embryon (chromosomes mal répartis à l’issue de la fécondation).
- Anomalies pouvant ralentir le développement embryonnaire (notamment anomalies au niveau du cœur ou du système nerveux).
- Anomalies pathologiques (diabète non contrôlé, glande thyroïde, problèmes d’hormone, maladies immunitaires, cœliaque, coagulation sanguine, anomalies du col de l’utérus : fibromes, polypes, poly kyste ovariennes…) détectées au niveau du corps fragile de la mère.
- Infections telles que la toxoplasmose, la rubéole, la listériose ou le cytomégalovirus.
- Longue série de forte fièvre.
- Utilisation de produits chimiques.
- Causes externes:
- Consommation de certaines substances nocives (tabac, boissons alcoolisées, cocaïne, héroïne, amphétamine, excès du café, certaines plantes médicinales comme l’absinthe, l’armoise, le génépi, l’aloès, la cascara, la menthe pouliot, la sauge officinale…)
- L’âge des parents constitue également un facteur de risque de fausse couche. En effet, plus la mère est âgée, plus le risque de fausse couche est élevé (20 % pour les femmes de 35 ans ; 40 % pour les femmes de 40 ans et 80 % pour les femmes au-delà de 45 ans). Chez les hommes dont l’âge est supérieur à 40 ans, il existe un risque de fausse couche car on constate une augmentation du nombre de spermatozoïde anormale.
Signes et Symptômes
La fausse couche se manifestera par les signes suivants :
- Saignements (abondants ou non) du vagin. Le sang est d’abord rouge clair puis devient rouge foncé.
- Caillots de sang ou de tissus brunâtres.
- Fortes douleurs au niveau du dos ou au niveau du bas ventre.
- Absence brusque des symptômes et signes de grossesses (nausées, vomissements, tensions, douleurs des seins…)
En outre, certaines grossesses au début des 3 premiers mois peuvent être interrompues sans présenter de signes. Le fœtus est évacué au cours des premières menstruations. Pour une grossesse de plus de 3 mois, la fausse couche s’annonce généralement par une forte contraction (qui peut être comparée à une contraction d’accouchement).
Lire aussi: Apaiser la douleur des coliques chez l'adulte
Quand Consulter un Médecin ?
Il faut se rendre en consultation lorsque :
- Vous constatez un saignement vaginal abondant (à titre d’exemple, si celui-ci vous contraint à utiliser au moins deux serviettes hygiéniques en 1 heure).
- Lorsque vous ressentez de fortes douleurs au niveau du bas ventre, du dos ou de l’abdomen.
- Lorsque vous avez été victime d’une perte de conscience.
La téléconsultation n’est pas possible pour diagnostiquer les cas de fausses couches.
Traitements Médicaux
Trois types de traitements sont possibles pour faire face à une fausse couche.
- Traitements médicamenteux : Lorsqu’il s’agit d’une grossesse de moins de 10 semaines, l’interruption peut être traitée à l’aide du Misoprostol, accompagné d’antidouleurs et de médicaments contre la nausée. Certains médecins peuvent ajouter du fer pour compenser la perte de sang. Entre 12 heures et 24 heures après la prise de la dose recommandée par votre médecin, une menstruation abondante suivie de fortes douleurs est observée. Les jours suivants une menstruation normale sera également observée. Suivez les recommandations de votre médecin.
- Le curetage : C’est le traitement recommandé pour les grossesses entre 10 et 13 semaines. Il s’agit d’un traitement visant à expulser entièrement le fœtus et le placenta du ventre de la mère. Le curage permet d’éviter toute infection et hémorragie. Des médicaments de la catégorie des sédatifs et des antalgiques vous seront administrés pour vous permettre de supporter la douleur. Une observation de 24 heures à l’hôpital est exigée pour suivre l’évolution de l’état du patient.
- Fausse couche naturelle : Vous pouvez aussi décider d’attendre que le fœtus s’expulse naturellement sans intervention médicamenteuse. Faites-vous guider par votre gynécologue. Pour ce type de traitement, il peut être effectué une fausse couche naturelle sans médicament. Il s’agît d’une méthode très douloureuse et assez stressante. Le saignement dure longtemps. Vous devez prendre régulièrement votre température et faire objet de suivi par prises de sang. Le suivi peut être réalisé par échographie.
Comprendre l'Interruption Volontaire de Grossesse (IVG)
L'interruption volontaire de grossesse (IVG) est un droit pour les femmes en France. Elle peut être réalisée jusqu'à 14 semaines de grossesse (16 semaines d'aménorrhée). L'IVG peut être médicamenteuse ou chirurgicale, selon le terme de la grossesse et le choix de la femme.
Aspects Médicaux de l'IVG
- IVG médicamenteuse : Elle peut être réalisée jusqu'à 7 semaines de grossesse (9 semaines d'aménorrhée) en cabinet médical ou en centre de planification. Elle consiste en la prise de deux médicaments : le mifépristone (RU-486) qui interrompt la grossesse, et le misoprostol qui provoque des contractions pour expulser l'œuf.
- IVG chirurgicale : Elle est pratiquée dans un établissement de santé (hôpital, clinique) par aspiration ou curetage. Elle peut être réalisée jusqu'à 14 semaines de grossesse.
Suivi Médical Après une IVG
Après l’IVG les examens médicaux ont pour objectif de vérifier que la grossesse est bien interrompue. En plus de l’examen clinique qui peut être réalisé, si la consultation est en présentiel, le médecin ou la sage-femme pourra vous proposer de réaliser une prise de sang pour doser les β-hCG ou une échographie. Tous ces examens et consultations sont pris en charge à 100% par l’Assurance maladie sans aucune avance de frais que vous soyez majeure ou mineure.
Lire aussi: Comment refuser une assistante maternelle ?
Saignements Après une IVG
Les saignements après une IVG peuvent être un peu plus abondants que les règles habituelles dans les premiers jours. Ils durent de quelques jours à 3 semaines.
Retour des Règles Après une IVG
Après une IVG les règles reviennent généralement dans les 4 à 6 semaines. Cela peut varier en fonction du type de contraception que vous avez choisi d’utiliser et du moment où vous l’avez débutée. Avec une pilule oestro-progestative par exemple, les règles surviendront à la fin de la première plaquette. Avec un DIU hormonal les règles peuvent êtres irrégulières ou absentes.
Contraception Après une IVG
Au cours des différentes consultations effectuées pour réaliser l’IVG, vous recevez une information détaillée sur les méthodes contraceptives disponibles et pouvez échanger avec le médecin ou la sage-femme afin de choisir la contraception qui vous convient le mieux.
Aucune méthode n’est contre-indiquée après une IVG, sauf cas particulier.
Seuls les moyens de contraception nécessitant des manipulations vaginales (anneau vaginal, cape cervicale, etc.) ne sont pas recommandés immédiatement après l’intervention, pendant le premier cycle suivant l’IVG.
Lire aussi: vérifier le cœur de bébé
La contraception que vous avez choisie peut être mise en place dès la réalisation de l’IVG.
Le Deuil et l'Accompagnement Psychologique
Vivre une fausse couche ou une IVG est un véritable traumatisme pour certaines personnes. C’est une situation très difficile à vivre ainsi qu’un véritable deuil. Hommes et femmes ressentent du vide, de la déception, de la tristesse et parfois un sentiment de culpabilité. Le deuil à la suite d’une fausse couche doit se faire à deux. Le père et la mère doivent discuter, parler et se vider. Si l’émotion est trop forte et que le deuil tarde à partir, vous pouvez vous remettre à des professionnels ou des groupes de soutien qui vous aideront à surmonter cette situation.
Les Émotions Courantes
Une fausse couche peut déclencher un large éventail d'émotions, allant de la tristesse et de la déception à la colère et à la culpabilité. C’est pour certaines femmes un véritable deuil qui doit s’effectuer. Chaque femme réagit différemment à cette perte, et il est tout à fait normal de se sentir submergée par les émotions pendant cette période. L'instabilité émotionnelle peut être exacerbée par les hormones fluctuantes. La douleur va également dépendre de la manière dont chacun avait investi la grossesse. Certaines personnes, selon leur histoire personnelle, investissent très tôt leur grossesse. Elles s’imaginent rapidement leur futur bébé, achètent des vêtements pour lui, en parlent à leur entourage… La fausse couche, même précoce, peut alors être vécue avec intensité, engendrer un profond sentiment de perte et de deuil, car la femme peut avoir créé des liens affectifs avec le bébé à naître. Même si généralement cette douleur est plus forte lors d’une fausse couche tardive, il arrive que certains couples n’aient pas encore vraiment investi cette grossesse et vivent moins mal cette perte.
Impact sur le Couple
Les relations peuvent être altérées en raison d’un manque de communication, de compréhension, de libido… Il peut aussi y avoir de l’appréhension et de la peine à croiser d’autres femmes enceintes ou jeunes mères, surtout si celles-ci se trouvent dans l’entourage. Le bonheur des autres peut raviver la plaie et attrister le couple, attiser la jalousie…
Importance de l'Accompagnement
Il est fréquent que les femmes traversant une fausse couche se sentent isolées et qu'elles aient besoin de soutien. Elles peuvent se replier sur elles-mêmes, éprouvant des difficultés à partager leurs émotions avec leurs proches qui ne comprennent pas toujours leur souffrance. Ceci est d’autant plus vrai s’il y a un décalage de ressenti avec le futur père. Généralement, les futurs pères investissent la grossesse à partir du deuxième trimestre, quand le ventre de leur compagne s’arrondit et que les choses deviennent plus visibles et concrètes pour eux. Au cours d’une fausse couche précoce, ils peuvent être moins affectés que la future mère qui percevait déjà des sensations physiques bien réelles dans son corps (nausées, tensions dans les seins, douleurs dans le bas ventre…).
Comment Surmonter le Deuil
Face à cette fausse couche et aux conséquences physiques et morales qui l’accompagnent, il est conseillé avant tout de prendre le temps d’accuser le coup et de sentir comment on vit cet événement.
S’il y a des pleurs fréquents pendant plus de quinze jours, des troubles du sommeil, une perte d’appétit, un repli sur soi, c’est important de se faire aider par un psychologue.
Parler aux Enfants
Les enfants sont très instinctifs et ressentent la tristesse des parents. Ils peuvent se faire discrets, ou au contraire, manifester la tension qu'ils perçoivent en faisant du bruit pour se faire remarquer. Quel que soit leur âge, "il faut dire les choses sur ce que l'on vit, avec des mots qu'ils peuvent comprendre : "Maman est triste parce qu'elle avait un bébé dans le ventre et ce bébé n'est plus dans son ventre". Cette courte explication permettra à l'enfant de mieux comprendre le changement d'attitude de ses parents, sans penser qu'ils sont tristes à cause de lui, ou parce qu'il n'aurait pas été sage par exemple.
Ressources et Soutien
- Groupes de parole : Celui-ci rassemble des couples qui sont passés par cette épreuve et qui peuvent témoigner de ce qui les a aidés à la dépasser.
- Forums de discussion sur Internet : Pour partager sa peine à des tiers neutres.
- Psychothérapies : Un psychopraticien (si besoin épaulé d’un psychiatre) vous écoute, vous oriente et vous conseille afin de vous guider vers la voie du deuil.
- Centres de santé sexuelle (anciens centres de planification et d’éducation familiale) : Ils délivrent à titre gratuit des médicaments ou dispositifs contraceptifs aux mineures désirant garder le secret et aux personnes ne bénéficiant pas d’une couverture sociale.
- Associations : Comme le Planning familial, qui peuvent vous apporter un soutien important.
Après la Fausse Couche ou l'IVG : Reprise et Perspectives
Reprise des Activités Sexuelles
Dans les cas de fausses couches précoces, c'est-à-dire celles qui surviennent au cours du premier trimestre de grossesse, la plupart des femmes peuvent reprendre des activités sexuelles lorsque les saignements ont cessé et qu'il n'y a plus de douleur associée. Cependant, dans les cas de fausses couches tardives, celles qui se produisent au deuxième trimestre ou plus tard, le processus de guérison peut prendre plus de temps, et les recommandations médicales peuvent être différentes. Il est conseillé d’attendre une dizaine de jours avant la reprise des rapports sexuels avec pénétration après une IVG.
Anxiété et Inquiétude Concernant une Future Grossesse
Après une fausse couche, de nombreuses femmes peuvent ressentir de l'anxiété et de l'inquiétude concernant une éventuelle future grossesse. "Il n'y a aucune raison que cela recommence, mais rien ne peut non plus garantir le contraire à 100 %", Il est important de dire ce qui est, de se placer devant le grand mystère de la vie, d'éviter de se remettre trop en question pour éviter un sentiment de culpabilité, et plutôt de se poser la question de ce que cela nous fait vivre de prendre ce risque (selon notre estime de soi, notre foi en la vie, déjà avant la grossesse et encore davantage après l'arrêt de la grossesse).
Prévention des Fausse Couches Répétées
Lorsqu’un couple est confronté à plusieurs fausses couches précoces, l’impact est encore plus important. Ces fausses couches répétées doivent encore plus inciter à consulter d’une part un gynécologue pour déterminer les causes médicales à ces échecs répétés et d’autre part un psychologue pour être soutenus.
Comment éviter une fausse couche après une fécondation in vitro (FIV)
S’il est constaté une forte augmentation des cas de fausses couches après FIV, cela peut être évité en appliquant les mesures préventives suivantes :
- Réaliser l’hystérosalpingographie (HSG) pour connaître la forme et la situation de l’utérus.
- Réaliser la thrombophilie pour permettre d’anticiper la formation des caillots de sang dans l’utérus.
- Réaliser le test de réceptivité endométriale ER Map afin de confirmer la réceptivité de l’endomètre.
Si tous ces examens cliniques sont concluants, vous avez de grandes chances d’éviter une fausse couche après FIV.
Comment éviter une fausse couche précoce ?
- Faites-vous vacciner contre la rubéole et la grippe
- Faites-vous dépister couramment de la toxoplasmose
- Adoptez une alimentation saine et variée.
Comment éviter une fausse couche en début de grossesse ?
- Évitez la consommation de boissons alcoolisées
- Évitez les boissons issues des plantes médicinales à risque sur la grossesse
- Allez régulièrement aux contrôles et visites médicales de suivi.
tags: #comment #surmonter #une #ivg #ou #une
