La magie de l’accouchement réside en grande partie dans l’incertitude du moment où il surviendra. Cependant, certaines situations, comme des préoccupations médicales ou un dépassement de terme, peuvent rendre nécessaire un déclenchement artificiel de l’accouchement. Le déclenchement de l’accouchement, ou induction, consiste à provoquer artificiellement le début du travail pour permettre la naissance du bébé. Il peut être réalisé grâce à des techniques médicales ou mécaniques, en fonction de l’état du col de l’utérus et des indications spécifiques.

Raisons du déclenchement de l'accouchement

Si la plupart du temps l’accouchement est spontané, dans certains cas, pour des raisons médicales ou personnelles, la naissance doit être provoquée ou accélérée par des méthodes artificielles. Le déclenchement artificiel des contractions de l’utérus peut être proposé par le médecin pour répondre à un impératif médical. Mais le travail peut également être provoqué - sous certaines conditions - sans indication médicale précise. On parlera alors de déclenchement pour des raisons de convenance, ou d’accouchement programmé.

Déclenchement pour raisons médicales

Ce cas de figure n’est envisagé que si la poursuite de la grossesse est susceptible d’avoir une incidence sur la santé de la future maman et/ou du bébé à naître. Plusieurs situations peuvent ainsi nécessiter le déclenchement du travail:

  • Dépassement du terme: Le fait de dépasser la date prévue du terme de la grossesse n’est pas une indication à proprement parler pour déclencher un accouchement. On parle de terme dépassé à partir de 41 semaines et 6 jours d’aménorrhée (41+6 SA). Passé ce délai, le risque de complications augmente légèrement, ce qui peut justifier un déclenchement. Durant cette période, des visites de contrôle régulières permettent de s’assurer que votre bébé a suffisamment de liquide amniotique et que tout se passe bien. Le déclenchement de l’accouchement ne sera préconisé que si la durée du dépassement excède les 6 jours ou si le corps médical juge que la poursuite de la grossesse entraîne un risque pour l’enfant ou pour la femme enceinte.
  • Rupture prématurée de la poche des eaux: Lorsque la rupture des membranes survient avant le début du travail, le déclenchement artificiel est généralement entrepris dans un délai maximum de 2 jours, car le risque infectieux pour le bébé augmente considérablement. Avant ce délai, si le liquide est clair, votre température normale, et votre bébé actif, il est possible d’attendre quelques heures avant de vous rendre à la maternité.
  • Diabète gestationnel mal contrôlé: Lorsque le diabète gestationnel est mal contrôlé, un déclenchement avant terme peut être proposé, idéalement après 39 SA, pour limiter les risques pour vous et votre bébé.
  • Petit poids fœtal: Si la croissance de votre bébé semble ralentir ou que son bien-être est compromis, un déclenchement peut être discuté.
  • Hypertension pendant la grossesse: Dans ces cas, un déclenchement ou une césarienne peut être proposé pour protéger la santé de la mère et du bébé.
  • Cholestase gravidique: Si les taux d’acides biliaires deviennent trop élevés, cela peut présenter un risque pour le bébé.
  • Pas assez de liquide (oligohydramnios): Cette situation peut parfois être améliorée par une bonne hydratation.
  • Plaquettes basses: Des plaquettes basses, c’est-à-dire en dessous de 50 000/mL, peuvent justifier un déclenchement pour éviter tout risque hémorragique pendant l’accouchement.

Déclenchement pour raisons de convenance

En France, les accouchements ne sont pas programmés par « confort » pour la femme enceinte, mais bien pour éviter les complications de grossesse. À titre d’exemple, le déclenchement de l’accouchement est souvent programmé dans le cadre des grossesses gémellaires ou multiples qui présentent plus de risques que les grossesses « classiques ». Néanmoins, ce type d’accouchement artificiel ne peut être pratiqué que si les conditions médicales et techniques à sa réalisation sont réunies :

  • Grossesse avancée à 39 semaines minimum (8 mois et demi)
  • Utérus non cicatriciel
  • Col favorable (col ramolli et un peu ouvert)…

Il est important de préciser que, jusqu’au dernier moment, la future mère garde le droit de refuser le déclenchement de son accouchement.

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Méthodes de déclenchement de l'accouchement

Pour provoquer l’accouchement en provoquant les contractions utérines qui permettront au travail de débuter, les équipes médicales disposent de différentes techniques. Mais c’est au médecin gynécologue que revient la décision finale du choix de la méthode employée. Il devra toutefois en informer sa patiente et lui expliquer son fonctionnement, ses avantages et ses inconvénients. La méthode de déclenchement est choisie en fonction de plusieurs critères, tels que l’état de maturation du col, la santé de la mère et du bébé, ainsi que le contexte médical. Aucune méthode n’est universellement meilleure qu’une autre : l’efficacité dépend de chaque situation.

Méthodes mécaniques

  • Le décollement des membranes: Il s’agit d’une méthode relativement simple puisqu’elle consiste à décoller doucement la membrane qui compose le sac amniotique dans lequel baigne le bébé, de la paroi de l’utérus. Pour ce faire, le médecin ou la sage-femme introduit un doigt à l’intérieur du col utérin. Chez certaines femmes enceintes, la technique s’avère particulièrement efficace et déclenche des contractions dans les 48h suivant la manipulation. Pour d’autres, en revanche, le décollement des membranes occasionne des douleurs, une sensation d’inconfort, voire des saignements. Cela s’explique par le fait que cette méthode va provoquer une irritation de l’utérus et des contractions de faible intensité qui ne permettront pas de déclencher le travail. Il est à noter que l’on doit toujours vous demander votre consentement et qu’on ne peut pas procéder à cette méthode sans vous avoir consulté au préalable. Avantages : Peut initier le travail sans médicament. Inconvénients : Méthode souvent inconfortable pouvant entraîner des saignements et un léger risque d’infection.
  • La rupture artificielle des membranes (amniotomie): Lorsque le bébé est engagé dans le col utérin dilaté à 2 cm minimum, le médecin gynécologue-obstétricien peut décider de procéder à une rupture des membranes, autrement dit de rompre la fameuse « poche des eaux ». Après avoir déterminé son positionnement, le praticien utilise une sorte de petit crochet pour « trouer » la membrane. Si la procédure peut s’avérer inconfortable pour la future maman, elle n’est en revanche pas douloureuse et permet bien souvent de déclencher des contractions dans les heures qui suivent. Inconvénients : Augmentation du risque d’infection et d’intensité des contractions.
  • Le déclenchement de l’accouchement par ballon (sonde de Foley): Pour cette technique, le professionnel de santé utilise un ballonnet. Celui-ci est placé au niveau du col utérin où il sera délicatement gonflé avec de l’eau stérilisée. Le ballon ainsi positionné va exercer une pression sur le col, ce qui va favoriser mécaniquement sa dilatation et son effacement. Cette technique n’est généralement pas douloureuse. Certaines femmes rentrent même chez elles avec le dispositif en place en attendant que le travail débute, ce qui peut prendre plusieurs heures. Avantages : Approche non médicamenteuse. Cette méthode n'est pas recommandée en routine dans le déclenchement artificiel du travail d'après la HAS.

Méthodes médicales

  • Le déclenchement de l’accouchement avec des prostaglandines: Cette méthode est assez couramment employée chez les femmes enceintes dont le col utérin reste totalement fermé ou très peu ouvert. Les prostaglandines font, en effet, partie des hormones sécrétées par l’organisme au cours de l’accouchement. Pour démarrer le travail et préparer le col, des prostaglandines de synthèse sont donc introduites au sein du col. Après avis de l’équipe médicale, le déclenchement de l’accouchement peut ainsi être opéré au moyen d’un gel ou d’un tampon imbibé par l’hormone. Par son action, le dispositif va contribuer à la maturation et au raccourcissement du col de l’utérus. C’est une méthode de déclenchement qui peut être utilisée si votre col est fermé. Précautions : Risque d’hyperstimulation utérine ou de stimulation du système digestif. En cas de déclenchement par les prostaglandines E2 en application vaginale, un monitorage fœtal continu doit être réalisé pendant au moins 2 heures. L’utilisation des prostaglandines E2 est préférable à l’utilisation de l’ocytocine pour le déclenchement du travail quand le col est immature.
  • Le déclenchement de l’accouchement avec de l’ocytocine: Après le déclenchement de l’accouchement par ballon, rupture des membranes ou gel de prostaglandines, les médecins disposent d’une dernière arme pour engager le travail : l’ocytocine. Cette hormone naturellement produite par l’organisme de la femme enceinte au moment de l’accouchement déclenche les contractions de l’utérus. Pour un déclenchement artificiel, l’ocytocine de synthèse est administrée par voie intraveineuse. Les médecins ont recours à des doses minimes, car l’hormone peut provoquer des contractions très intenses et particulièrement douloureuses chez certaines femmes. C’est la raison pour laquelle une surveillance accrue et un monitorage attentif du bébé seront mis en œuvre. Pour atténuer la douleur ressentie, une anesthésie péridurale est proposée dès que le travail et la dilatation du col utérin le permettront. L’oxytocine est une hormone administrée pour déclencher ou renforcer les contractions utérines. Inconvénients : Cette méthode nécessite un monitorage continu, ce qui peut restreindre la mobilité de la patiente pendant le travail. Les contractions provoquées par l’ocytocine de synthèse sont souvent plus intenses que celles d’un travail spontané. De plus, elle n’est pas recommandée lorsque le col est fermé, car son efficacité dépend d’un col déjà préparé. Bien que l’ocytocine de synthèse agisse sur les contractions, elle ne traverse pas la barrière du cerveau et ne déclenche pas la libération naturelle d’endorphines, ces puissants anti-douleurs produits par le corps pour atténuer les sensations liées aux contractions. La dose maximum recommandée d’ocytocine est de 20 milli-unités par minute.

Autres méthodes

  • Tampon Propess: Une autre technique consiste à placer un tampon dans le vagin (tampon Propess), qui va diffuser des hormones prostaglandines pour provoquer des contractions et ainsi le déclenchement du travail. Des brûlures vaginales peuvent aussi être ressenties après l'application. Dès lors que le travail a débuté, le tampon est retiré.
  • Misoprostol: La prise de misoprostol par voie orale contient de la prostaglandine et favorise un relâchement du col utérin. Le misoprostol (prostaglandine E1) et la mifépristone n’ont pas d’Autorisation de mise sur le marché (AMM) pour le déclenchement artificiel du travail.

Durée du déclenchement de l'accouchement

La durée d’un déclenchement d’accouchement peut varier considérablement d’une femme à l’autre. La durée peut varier selon les cas, mais un déclenchement dure en moyenne générale entre 24 et 48 heures. En fonction du type de déclenchement choisi, l'accouchement peut se produire dans un laps de temps qui va de quelques heures à 72 heures. En moyenne, la durée d'un déclenchement est de 48 heures.

Le processus comprend généralement les étapes suivantes :

  1. Accueil et examen: Vous serez d’abord accueillie à la maternité, avant de procéder à un examen qui précédera le début de l’enclenchement de l’accouchement.
  2. Observation et phase de pré-travail: Lors du choix de la méthode d’induction, que ce soit la pose d’un ballonnet, l’administration de comprimés, ou l’utilisation de tampons ou de gels de prostaglandines, une période d’observation est nécessaire. Cette phase dure en moyenne entre 6 et 8 heures, mais peut être prolongée si nécessaire.
  3. Début du travail: Une fois cela effectué, vous serez surveillée, avant d’être conduite en salle de naissance une fois votre col prêt à s’ouvrir et que le travail commence. Lorsque les contractions deviennent régulières et efficaces, le travail en salle de naissance commence. La durée est toujours variable, selon chaque maman et chaque bébé. En général, il est important de noter qu’un déclenchement est souvent plus long qu’un accouchement spontané, car les contractions doivent être induites.

Risques et considérations

Le déclenchement de l’accouchement n’est pas sans risques. Il peut provoquer une médicalisation plus importante de l’accouchement. Le travail peut être plus long, plus fatiguant et les contractions, plus douloureuses, pour la future maman.

  • Accouchement par césarienne: Parfois le déclenchement ne marche pas, le col n'a pas bougé donc il y a un risque de césarienne. Dans l’accouchement déclenché, comme dans l’accouchement spontané, il peut se produire des contractions excessives de l’utérus ou un arrêt de la dilatation du col qui nécessite une césarienne.
  • Hypercinésie de fréquence: Dans d'autres cas, la future maman ressent trop de contractions d'un coup, on parle alors d'hypercinésie de fréquence.
  • Hypertonie utérine: Des contractions trop intenses ou prolongées peuvent survenir, ce qui peut entraîner une souffrance fœtale.
  • Rupture utérine: Chez les grandes multipares (≥ 5 accouchements antérieurs), le déclenchement du travail par l’ocytocine peut être associé à une augmentation du risque de rupture utérine. Un déclenchement artificiel du travail, pour une indication maternelle oufœtale, peut s’avérer nécessaire chez une femme ayant un utérus cicatriciel. Le déclenchement artificiel du travail reste une option raisonnable, mais le risque potentiel de rupture utérine qui y est associé doit être discuté avec la patiente.
  • Douleur accrue: Le travail provoqué par un déclenchement s’avère plus douloureux que celui d’un accouchement spontané. Cela s’explique par l’apparition parfois brutale des contractions et leur intensité accrue, particulièrement avec l’ocytocine ou les prostaglandines.
  • Mobilité limitée: Le déclenchement, quelle que soit la méthode utilisée, implique généralement un monitorage continu du fœtus afin de surveiller sa tolérance aux contractions et contraint donc la mobilité, pourtant essentielle lors de l’accouchement.
  • Risque d'infection: La rupture prématurée de la poche des eaux avant le début du travail peut parfois entraîner une infection chez l’enfant.

Alternatives naturelles

Si un déclenchement médical n’est pas indispensable, il existe des méthodes naturelles pour favoriser le début du travail.

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  • Capsules d’huile d’onagre: L’huile d’onagre (500 mg) est riche en précurseurs de prostaglandines, substances qui aident à la maturation du col.
  • Relation sexuelle: Le sperme contient des prostaglandines naturelles qui aident à assouplir le col, tandis que l’orgasme peut stimuler les contractions utérines.
  • Marche: On conseille souvent aux futures mamans de marcher, car la marche provoque un peu de contractions.
  • Tisane de feuilles de framboisier: Boire plusieurs fois par jour de la tisane de feuilles de framboisier.
  • Bain chaud: Prendre un bain chaud.
  • Manger épicé: Manger épicé.

Bien que ces méthodes soient naturelles, il est essentiel de consulter un professionnel de santé avant de les mettre en pratique.

Aspects émotionnels et psychologiques

Le déclenchement de l’accouchement peut susciter des préoccupations émotionnelles pour certaines futures mamans. L’inquiétude liée à la douleur, la déception de ne pas vivre un accouchement spontané ou l’incertitude concernant le processus sont des sentiments fréquents.

Si cet acte reste à l’appréciation des professionnels de santé, aucune décision ne sera prise sans discussion préalable avec la future mère. Elle sera donc en mesure de poser toutes les questions qu’elle souhaite. Le soutien de l’entourage et de l’équipe médicale joue un rôle essentiel pour atténuer ces craintes et aider les mères à se sentir rassurées et en sécurité.

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