La césarienne, une intervention chirurgicale consistant à extraire l'enfant par une incision de la paroi abdominale et de l'utérus, est un sujet sensible pour les femmes du monde entier, particulièrement celles expatriées. Les taux de césariennes varient considérablement d'un pays à l'autre, certains affichant des chiffres excessivement élevés, tandis que d'autres peinent à atteindre les niveaux nécessaires. À l'échelle mondiale, une tendance à la hausse de cet acte chirurgical se confirme, soulevant des questions quant aux raisons et aux conséquences de cette évolution.

Une Augmentation Globale des Taux de Césariennes

Le recours à la césarienne a connu une augmentation significative au fil des décennies. En France, la proportion de naissances par césarienne a doublé entre 1980 et 2005, passant de 10 % à environ 20 %. Depuis 2005, le taux est relativement stable, se maintenant autour de 20-21 %. Ainsi, environ un enfant sur cinq naît par césarienne dans le pays.

Cette tendance n'est pas propre à la France. Aux États-Unis, près d'un bébé sur trois naît par césarienne, et de nombreux autres pays affichent des taux bien supérieurs aux 15 % recommandés par l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS). En Amérique du Sud, des pays comme le Mexique, le Chili et la Colombie dépassent largement les 30 % d'accouchements par césarienne. La Turquie, quant à elle, enregistre un taux de plus de la moitié des accouchements (53,1 %) réalisés par césarienne. Le Brésil détient le record du pays pratiquant le plus de césariennes.

Une étude publiée en octobre a révélé que le nombre de naissances par césarienne a presque doublé en quinze ans dans le monde. En République dominicaine, au Brésil, en Égypte, en Turquie, au Venezuela, au Chili, en Colombie ou en Iran, plus de 40 % des enfants naissent ainsi. Sur la planète, le nombre de naissances par césarienne est passé de 12 % à 21 % entre 2000 et 2015, dépassant même 40 % dans 15 pays. L'OMS estime qu'entre 10 et 15 % des césariennes sont absolument nécessaires pour des raisons médicales.

Facteurs Influant sur les Taux de Césariennes

Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette augmentation des taux de césariennes.

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  • Facteurs médicaux :

    • Procréation médicalement assistée (PMA) : Le développement de la PMA entraîne une augmentation du nombre de grossesses multiples, qui sont plus souvent associées à des césariennes.
    • Grossesses tardives : L'âge moyen des mères à l'accouchement a augmenté, ce qui peut entraîner des complications plus fréquentes nécessitant une césarienne.
    • Antécédents de césarienne : Une femme ayant déjà subi une césarienne a plus de chances d'en subir une autre lors d'une grossesse ultérieure.
    • Présentation du siège : Un fœtus se présentant par le siège peut rendre l'accouchement par voie basse plus difficile, conduisant à une césarienne.
    • Autres complications : Des complications telles que l'hypertension sévère, le diabète gestationnel et les accouchements prématurés peuvent également augmenter le risque de césarienne.
    • Changement des pratiques médicales : Les pratiques médicales ont évolué, avec une approche plus interventionniste des accouchements longs. Autrefois, il était admis qu'une journée puisse se passer entre le début des contractions et la naissance.
  • Facteurs non médicaux :

    • Préférences maternelles : Certaines femmes peuvent préférer une césarienne par peur de la douleur de l'accouchement par voie basse ou des conséquences potentielles sur leur corps, comme un prolapsus ou une incontinence.
    • Organisation des soins : L'organisation des soins, notamment la programmation des accouchements et l'absence de garde sur place, peut influencer la décision de pratiquer une césarienne.
    • Craintes médico-légales : Les obstétriciens peuvent être incités à pratiquer des césariennes par crainte de poursuites judiciaires en cas de complications lors d'un accouchement par voie basse.
    • Facteurs socio-économiques : Dans certains pays, les taux de césariennes varient en fonction du revenu de la personne, les femmes les plus aisées ayant plus souvent recours à cette intervention.
    • Manque de compétences : Dans certains pays, à force de pratiquer des césariennes, les obstétriciens ne sont plus compétents dès qu’il s’agit d’un accouchement compliqué par voies naturelles.

Jane Sandall, de King’s College London, estime que si certaines femmes font le choix d’une césarienne, c’est généralement par « peur de l’accouchement, parfois après une première expérience traumatisante ».

Césarienne en France : chiffres clés et disparités

En France, 21,4 % des bébés naissent par césarienne, un chiffre stable depuis 2016. Ce taux est supérieur aux 15 % recommandés par l'OMS. Une naissance sur 5, presque une naissance sur 4 pour les primipares, se fait par césarienne.

Une étude de la Fédération Hospitalière de France (FHF) a mis en évidence des disparités importantes du taux de césariennes entre les établissements, allant de 9 % à 43 %. Les établissements publics affichent un taux de 17,5 %, tandis que les établissements privés à but lucratif proposent en moyenne un taux de 19,6 %.

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Impacts et conséquences de la césarienne

Bien que la césarienne soit aujourd'hui un mode de naissance très répandu, elle n'est pas sans conséquences.

  • Risques pour la mère : La césarienne est une intervention chirurgicale qui comporte des risques pour la mère, tels que des douleurs post-opératoires, une cicatrisation longue et parfois problématique, des infections, des hémorragies, des thromboses et un risque de mortalité maternelle multiplié par 3,5 par rapport à un accouchement par voie basse. Elle peut également augmenter le risque d’avoir un utérus cicatriciel (augmentation du risque hémorragique, de placenta mal positionné; etc). Le taux de mortalité maternelle en France est estimé autour de 3,4 pour 100 000 naissances. Selon les données 2016-2018 de Santé Publique France et de l'Inserm, le taux de mortalité maternelle est de 8,5 décès pour 100.000 naissances dans les 42 jours suivant l'accouchement.
  • Risques pour l'enfant : La césarienne peut augmenter le risque de difficultés respiratoires pour le bébé.
  • Impacts psychologiques : Huit femmes sur dix déclarent avoir vécu leur césarienne comme traumatique. Une femme sur deux souffre de dépression post-partum. Plus de 90% n’ont bénéficié d’aucun parcours de soins dédié après la maternité. Près de 50% des répondantes à une enquête ont été diagnostiquées ou pensent avoir fait une dépression post-partum.

L’enquête menée par la start-up Wounded Women est la première étude sociale d’envergure sur “le vécu et les impacts sociaux, économiques et médicaux de la césarienne sur la vie des femmes en France”.

Améliorer la prise en charge des césariennes

Face à ce constat, il est essentiel d'améliorer la prise en charge des césariennes, en mettant en place des mesures pour informer les femmes enceintes, les accompagner avant, pendant et après l'intervention, et prendre en compte les aspects physiques et psychologiques de cette expérience.

Wounded Women et un collège d’experts proposent 30 recommandations concrètes pour transformer l’expérience des femmes avant, pendant et après une césarienne, parmi lesquelles :

  • Informer systématiquement toutes les femmes enceintes sur la possibilité d’une césarienne, même si elle n’est pas prévue initialement.
  • Proposer une visite du bloc opératoire à toutes les femmes enceintes.
  • Permettre au co-parent d’être présent lors de la naissance par césarienne.
  • Appliquer un parcours de soins post-césarienne.

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