Claude Villers, de son vrai nom Claude Marx, né en juillet 1944 en Seine-et-Marne, fut un homme de radio aux multiples talents, passant avec aisance de l'humour à la nostalgie, du voyage à la poésie. Son parcours atypique, marqué par une constante recherche de nouveauté, en a fait une figure emblématique de France Inter.
Des Débuts Modestes à l'Assistant de José Artur
Issu d'une famille ouvrière, Claude Villers exerça divers petits métiers, allant même jusqu'à être catcheur, avant de devenir pigiste pour la presse Del Duca (Paris Jour, Ici Paris), obtenant ainsi sa carte de presse. En 1966, Radio Luxembourg devint RTL, et Claude Villers fut recruté par France Inter, la station rivale, en tant qu'assistant de José Artur pour son Pop Club. Il préparait les émissions, contactait les invités et gérait l'agenda du célèbre animateur.
L'Aventure Américaine et le Retour en Force
Déçu, Claude Villers partit aux États-Unis, mais Roland Dhordain lui proposa de devenir correspondant de la station là-bas. Il revint en France en 1971 pour remplacer José Artur au Pop Club, celui-ci ayant été mis à pied pour avoir insulté une nièce de Franco. Villers assura l'intérim avec son ami Pierre Lattès pour la partie musicale, un domaine où ses compétences étaient plus limitées.
L'Éclosion d'un Talent : "Pas de Panique" et Autres Émissions
À partir de 1972, Claude Villers anima ses propres émissions, dont "À plus d’un titre" et "Histoire de voir", où il dressait déjà des portraits d'artistes en fonction des programmes télé du soir. En septembre 1973, il créa "Pas de panique" avec Patrice Blanc-Francard et Olivier Nanteau, une émission satirique avec un feuilleton désopilant, "Les aventures d’Adolphe, le petit peintre Viennois", des parodies brocardant les grands noms de la radio et de la presse, et "Le musée de Pas de panique", où Villers dévoilait son goût pour les vieilles chansons oubliées.
De 1975 à 1977, il anima "Marche ou rêve", une émission de voyages dans la France profonde où toutes les initiatives originales, libertaires et écologiques étaient décrites et encouragées. L'été, Villers laissait le micro à des amis comme Pierre Perret, Yves Simon ou Eddy Mitchell.
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Les Années Difficiles et le Triomphe avec "Le Tribunal des Flagrants Délires"
En 1978, la droite remporta les élections législatives, entraînant des changements à France Inter. Villers anima le 7-9, puis une autre émission avec Blanc-Francard ("Banzaï"), qui ne dura pas, avec un jeune chroniqueur du nom de Nicolas Hulot pour une séquence moto ("La poignée dans le coin").
En 1979, il anima un talk-show nocturne, "Comme on fait sa nuit on se couche", mais son heure de gloire et de célébrité arriva en 1980 avec "Le tribunal des flagrants délires", un tribunal pour rire avec Pierre Desproges pour l'accusation, Luis Rego pour la défense, et où les invités se succédaient à la barre.
L'Après-"Tribunal" : Diversification et Retour aux Sources
Le 10 mai 1981, Villers anima la fête à la Bastille après l'élection de Mitterrand. Jean-Noël Jeanneney, le PDG de l'époque, ne lui confia plus d'émission, et il fit un peu de télévision à FR3 avant de livrer des programmes clé en main pour des radios libres sous l'égide de PCV (Productions Claude Villers).
En 1985, il fonda avec Pierre Lattès Pacific FM, mais la radio fut rachetée par le groupe Baudecroux (NRJ, Fun Radio…), et il se recasa à RMC comme directeur des programmes. C'est Ève Ruggieri qui se souvint de lui et lui confia une émission de service public sur Inter avant de retrouver les tribunaux pour rire et "Bienvenue au paradis", toujours avec Luis Rego mais sans Desproges, décédé, remplacé par Dominique Jamet.
Il retrouva là sa veine comique et continua avec "Le Vrai-faux journal", parodie réussie de journal radiophonique qui n'hésitait pas à égratigner la Mitterrandie et ses serviteurs. Villers changea de genre et de format comme il changeait de chemise, toujours à la recherche de nouveauté et incapable de s'installer dans une émission.
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La Retraite et l'Héritage
Il occupa une case le dimanche après-midi avec "Je vous écris du plus lointain de mes rêves", une émission qui combinait interviews, voyages et poésie. L'émission se termina en 2004, et il prit sa retraite à 60 ans après s'être vu refuser une dernière proposition : un rendez-vous consacré aux grands reportages qu'il aurait animé avec le journaliste Nicolas Poincaré.
Claude Villers écrivit beaucoup : récits de voyage, essais, biographies… En rêveur d’Amérique, il fut toujours fasciné par ce pays sur lequel il était intarissable. On le convia parfois au micro de France Inter où sa voix était désormais difficilement audible, dans des séquences d'auto-célébration comme lors du cinquantième anniversaire de la maison de la radio, en 2013. Il était devenu une caution pour une station qui s'était bien appauvrie depuis la disparition ou le retrait des grands anciens.
Un Homme de Radio Inoubliable
Claude Villers laissa une empreinte indélébile dans le paysage radiophonique français. Son humour, sa curiosité, son ouverture d'esprit et son amour des mots en ont fait une figure attachante et respectée. Son parcours, marqué par des succès éclatants et des moments plus difficiles, témoigne d'une personnalité riche et complexe, toujours en quête de nouveaux horizons.
France Inter : Une Histoire Riche et Variée
France Inter, la radio qui a vu éclore le talent de Claude Villers, a elle aussi une histoire riche et variée. Née en 1963, la station a su évoluer au fil des décennies, tout en conservant sa ligne éditoriale axée sur l'information, la culture et la gaieté.
Les Années Fondatrices
France Inter est née en 1963, année de l’inauguration de la Maison de la Radio. Le nom France Inter arrive en 1963, année de l’inauguration de la Maison de la Radio, un bâtiment à l’architecture un peu spéciale, dite “la maison ronde” dans le 16ème arrondissement de Paris. France Inter s’appelait avant cela RTF Inter : RTF pour Radio Télévision Française qui regroupait alors 3 radios, Inter donc, RTF Promotion et RTF Haute Fidélité. Alain Pierrefitte fut chargé par le Général de Gaulle de moderniser et réorganiser tout cela en donnant une ligne éditoriale forte et singulière à chacune. Le dossier Inter fut confié à Roland Dhordain, considéré comme le père fondateur de France Inter. RTF Inter devint la chaîne grand public, "la chaîne de l’information, de la gaité et des conseils pratiques”. Roland Dhordain impulsera également le changement de nom, ce sera France Inter, sur choix du public après un concours ouvert ; les deux cousines Promotion et Haute-Fidélité seront rebaptisées France Culture et France Musique.
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L'Ère des Émissions Mythiques
Dès ses débuts, France Inter a su se démarquer grâce à des émissions originales et novatrices. "Pop Club", animée par José Artur, fut l'une des premières émissions à s'intéresser à la culture musicale anglo-saxonne et à inviter des artistes dans des lieux insolites. "Radioscopie", créée par Jacques Chancel, a marqué l'histoire de la radio en donnant la parole à des personnalités de tous horizons. "L’Oreille en coin", émission alliant reportages, canulars écrits et jeux, a bouleversé les codes et formé nombre de noms de la radio.
L'Évolution de la Matinale
En 1982, France Inter se lança dans la bataille de l'information avec sa tranche matinale, animée par Philippe Caloni et Gérard Courchelle. L'idée révolutionnaire à l'époque était d'ajouter de la musique, ce qui fonctionna, associé au fameux journal de 8h. Au fil des années, la matinale a évolué, changeant de noms et de formats, mais en conservant toujours son objectif d'informer et de divertir les auditeurs.
L'Ouverture aux Radios Libres et aux Nouvelles Voix
Sous François Mitterrand, les radios libres ont fait leur apparition, permettant à de nouvelles voix de se faire entendre. France Inter a suivi le mouvement en proposant des émissions comme "Adrénaline", destinée aux jeunes, et "Le Pont des artistes", qui a révélé de jeunes talents musicaux. "Là-bas si j’y suis", créée par Daniel Mermet, a donné la parole aux révoltés et aux enthousiastes de la planète.
L'Attention Portée aux Enfants
France Inter a toujours accordé une place importante aux enfants dans sa programmation. "Les P'tits Bateaux", émission de questions-réponses pour les enfants, est devenue un rendez-vous incontournable. La station propose également des histoires pour enfants, que ce soit à travers des émissions comme "L’as-tu lu mon p’tit loup" ou des podcasts comme "Une histoire et… Oli".
Le "Jeu des 1000 Euros" : Une Institution
Le "Jeu des 1000 euros", plus ancienne émission de France Inter, est une véritable institution. Créée il y a plus de 70 ans, l'émission a traversé les époques et les monnaies, tout en conservant son principe simple et efficace : poser des questions de culture générale aux auditeurs et leur faire gagner des prix.
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