La question de l'avortement en Chine est complexe, intimement liée à son histoire démographique, à ses politiques de contrôle des naissances et à ses traditions culturelles. Cet article explore les statistiques de l'avortement en Chine, les politiques qui l'ont influencé, les conséquences démographiques qui en résultent et les débats actuels autour de cette pratique.
Un Aperçu Historique du Contrôle des Naissances en Chine
La Chine a longtemps été confrontée à des défis démographiques majeurs. La Chine se voyait tellement mal partie avec une population en augmentation constante qu’en 1979, il fut interdit d'avoir plus d'un seul enfant. Cette politique dite de l’enfant unique a été mise en place de façon très autoritaire avec force sanctions dissuasives. Cette obligation a même été poussée à son paroxysme avec des politiques de stérilisation ou d’avortements forcés, pour permettre à certaines provinces de rentrer dans les quotas imposés. Des procès ont eut lieu, intentés par des femmes qu’on a forcées à avorter à quelques jours de l’accouchement.
D’abord très stricte, cette loi s’est légèrement assouplie en 2013 avant d'être officiellement abolie le 29 octobre 2015. Depuis juin 2021, les couples chinois sont autorisés à avoir trois enfants. Si la Chine reste le pays le plus peuplé au monde, son taux de fécondité décroit. Il est passé de 1,6 enfant par femme en 2016, à 1,3 en 2020.
Statistiques de l'Avortement en Chine : Un Bilan Chiffré
Depuis plusieurs décennies, l’avortement a largement été utilisé pour limiter la croissance démographique. Selon les statistiques gouvernementales, 336 millions d’IVG ont été pratiquées entre 1971 et 2013. Le nombre d'avortements a culminé entre 1982 et 1992 à plus de 10 millions par an, avec des pics à plus de 14 millions en 1983 et 1991, précise le ministère de la santé. Au total, 56 % des femmes en âge de procréer ont subi une interruption "volontaire" de grossesse dans les années 1980. Ces interventions, qui sont restées à un niveau élevé (9,7 millions de 2014 à 2018, soit 51 % de hausse par rapport à 2009-2013), malgré l'assouplissement de la politique familiale.
Les Facteurs Influençant le Recours à l'Avortement
Plusieurs facteurs ont contribué à ce recours massif à l'avortement.
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- La politique de l'enfant unique: Cette politique, mise en œuvre de manière coercitive, a conduit à des avortements forcés et à une préférence pour les garçons.
- La préférence pour les garçons: Dans la Chine confucéenne, un descendant mâle est d’autant plus important que c’est lui qui devra s’occuper de ses parents devenus vieux. De plus, la famille doit constituer à sa fille une dot ruineuse pour que celle-ci, une fois mariée quitte le domicile familial pour rejoindre sa belle-famille. Donc, de tout temps, a existé une tradition «noyade de filles». Les nourrissons de sexe féminin étaient noyés dans la rivière voisine, quand la famille comptait déjà trop de filles. Avec la politique de l’enfant unique, la nécessité d’avoir un garçon ne laisse pas la place à la naissance de plusieurs filles. Elles sont donc sacrifiées au profit des mâles. Cette préférence a conduit à l’IVG sélective avait conduit à un déséquilibre massif : 30 millions d’hommes de plus que les femmes. Il naît près de 118 garçons pour 100 filles en Chine, environ 117 en Azerbaïdjan ou près de 115 en Arménie, d’après des données recueillies autour de 2010.
- Le manque d'accès à la contraception: Un cinquième des avortements concerne des jeunes filles de moins de 30 ans, dont beaucoup, célibataires, n'ont pas accès à un mode de contraception subventionné et cherchent à éviter le déshonneur.
Conséquences Démographiques et Sociales
Les conséquences de ces politiques et pratiques sont profondes.
- Déséquilibre démographique: Conséquence directe, un déséquilibre homme-femme est maintenant patent. Il manque près de 60 millions de filles. Les premiers enfants «uniques», avec une grosse majorité de garçons, sont maintenant en âge de se marier et donc confrontés à cette pénurie de femmes. Un quart de ces hommes est condamné au célibat faute de partenaires potentielles. Avec les dangers que génère une telle frustration (viols, violences en tout genre). Nombre d’hommes ont désormais du mal à trouver une épouse.
- Vieillissement de la population: En plein débat sur la politique de limitations des naissances, les autorités chinoises dressent le bilan de décennies de contrôle. La limitation des naissances pour tous et la politique de l'enfant unique pour les citadins depuis le début des années 1980 ont permis selon Pékin d'éviter quelque 400 millions de naissances supplémentaires dans le pays le plus peuplé du monde, qui comptait 1,354 milliard d'habitants à la fin de l'année dernière. A moyen terme, la Chine devra cependant assouplir le contrôle des naissances à cause du vieillissement rapide de sa population et de la diminution de sa population active, soulignent démographes et analystes.
- Impact sur les femmes: En 2018, les autorités sanitaires chinoises avaient averti que l’avortement « était nocif pour le corps des femmes et risquait de provoquer l’infertilité ».
Un Revirement Politique ? La Limitation de l'Avortement
Pékin a réaffirmé dans un plan d’action officiel l’objectif de “réduire le nombre d’avortements”, ce qui a provoqué beaucoup de questionnements. Les fortes variations historiques dans la politique de contrôle des naissances y sont pour quelque chose. Le régime communiste effectue un revirement complet en limitant le recours à l'avortement. Une décision mal perçue par nombre de femmes.
Officiellement, cette mesure vise à "l'amélioration de la santé reproductive des femmes". Mais beaucoup y voient une façon radicale de remédier à une chute de la natalité qui inquiète les autorités. Les autorités chinoises ont entrepris une campagne contre la sélection et la suppression (par avortement) des embryons féminins.
Toutefois, à peine émis, ce nouveau système suscite des résistances, de la part d’une opinion publique qui a mûri et s’est renforcée depuis les années 70, quand le Parti avait lancé sa politique de planning familial. Sur les réseaux sociaux, les critiques vont bon train : un internaute dénonce l’atteinte aux droits reproductifs et cite « La servante écarlate », série américaine de science-fiction où l’Etat a pris le contrôle complet des fonctions reproductives des femmes.
Les Débats Actuels et les Perspectives d'Avenir
Le débat fait rage sur la poursuite de la politique de limitations des naissances, alors que la Chine est confrontée à un vieillissement rapide de sa population. En mai dernier, le gouvernement chinois a autorisé les familles à avoir trois enfants et cherche désormais des mesures incitatives. Comme le souligne Feng Yuan, membre d’une ONG féministe à Pékin, interrogée par le New York Times, la volonté de réduire le nombre d’avortements avait déjà été mentionnée en 2011. “Ce n’est pas une politique nouvelle. Mais les gens n’y prêtaient pas attention. Cela reflète le fait qu’avec les pressions récentes pour faire plus d’enfants, les gens ont un nouveau regard sur les textes.”
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Il est normal que les femmes s'inquiètent, relève Li Ying, avocate de Pékin spécialisée dans les droits des femmes. Elles veulent pouvoir prendre leur propre décision en matière de procréation, sans être limitées par une loi ou par un règlement.
La Fécondité en Chine : Une Analyse Démographique Approfondie
Contrairement à la perception de Malthus et de ses contemporains, la fécondité chinoise dans son ensemble ne fut probablement pas beaucoup plus élevée que la fécondité européenne, alors que la fécondité conjugale était, de manière significative, plus faible. Des études démographiques récentes ont retracé des mesures de la fécondité jusqu’au XIIIe siècle basées sur des généalogies chinoises rétrospectives. Des mesures plus fiables, issues des archives de la noblesse impériale des Qing, sont disponibles à partir du XVIIe siècle, ainsi que des registres de ménage datant du XVIIIe siècle.
Cette faible fécondité conjugale est l’un des traits les plus distinctifs du système démographique chinois. Avant 1800, la fécondité conjugale européenne était beaucoup plus élevée, surtout dans les groupes d’âge plus jeunes, et déclina plus lentement. La faible fécondité était typique du mariage de l’élite, y compris le mariage polygame. La fécondité calculée pour les pères monogames de la noblesse impériale Qing ne dépassait pas la fourchette de 4 et 5,5 enfants entre 1700 et 1840. Même les pères polygames de l’élite avaient un niveau de fécondité de 6 à 10 naissances, comparable seulement à celui des pères monogames en Occident.
La faible fécondité chinoise était le résultat de trois mécanismes démographiques : une union tardive, un arrêt précoce et de longs intervalles entre les naissances. À la lumière de la population historique la mieux documentée, la noblesse impériale Qing, l’écart en 1800 entre l’âge du père lors de son premier mariage (21) et son âge à la naissance de son premier enfant (24) était de trois ans. Dans l’Europe de la prétransition, l’intervalle entre le mariage et la première naissance n’était que de 15 mois. Même au début des années 1950 en Chine, l’intervalle moyen entre le mariage et la première naissance était de 34 mois à l’échelle nationale et de près de 40 mois dans les populations rurales ciblées.
Nonobstant leur union tardive, les couples chinois cessaient d’avoir des enfants beaucoup plus tôt que les couples en prétransition en Occident. Dans la noblesse impériale, par exemple, l’âge moyen de la dernière naissance était seulement de 33,8 ans chez les épouses d’un mariage monogame et de 34,1 ans chez les épouses d’un mariage polygame. Par contraste, l’âge moyen de la dernière naissance dans l’Europe historique se situait habituellement autour de 39 ans.
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En outre, jusqu’aux années 1970, les intervalles entre les naissances étaient beaucoup plus longs en Chine qu’en Europe, en moyenne trois ans ou plus.
Comme conséquence de la naissance retardée du premier enfant, de l’arrêt précoce des enfantements et de l’espacement prolongé des maternités, un couple chinois dans le passé avait au moins deux ou trois naissances de moins qu’un couple occidental marié.
La contrainte conjugale chinoise provient d’une tradition culturelle de contrainte charnelle encore plus ancienne (Hsiung, à paraître). Il y a plus de deux millénaires, Lao zi et Mencius soutinrent que pour développer l’esprit (xin) et l’âme (shen) et pour nourrir la vie (yangsheng), il était nécessaire de contrôler ses désirs physiques (yu). Le désir sexuel est le plus important des désirs physiques. Une abondante littérature sur le besoin de limiter l’activité sexuelle existe et ce, depuis aussi longtemps que le Ier millénaire avant J.-C. En particulier, les Chinois croyaient que le sperme contenait une force vitale appelée qi et que des éjaculations excessives conduisaient à l'épuisement. Les activités sexuelles demandaient donc à être régulées afin de favoriser la santé et peut-être de prolonger la vie. Vers le VIIIe siècle, un des consensus établis depuis déjà longtemps dans la littérature médicale concernait la fréquence du coït masculin : pas plus de trois fois par mois pour de jeunes adultes ; moins de deux fois par mois pour des adultes d’âge moyen et une fois par mois tout au plus pour les gens âgés.
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