La dorsalgie, ou mal de dos, est un problème courant chez les chevaux, qu'ils soient athlètes équestres ou qu'ils vivent au pré. Cette douleur, localisée entre le garrot et la région lombaire, peut affecter les structures osseuses, articulaires, musculaires ou ligamentaires du dos. Même une dorsalgie légère peut avoir un impact significatif sur le confort de vie et les interactions quotidiennes du cheval. Il est donc essentiel de comprendre les causes, les symptômes et les traitements disponibles pour assurer le bien-être de nos équidés.

Anatomie et biomécanique du dos du cheval

Le dos du cheval est une structure complexe et vivante, bien plus que simplement "l'endroit où l'on pose la selle". Il est composé de deux parties principales de la colonne vertébrale :

  • Les vertèbres thoraciques (18 au total), qui portent les côtes.
  • Les vertèbres lombaires (généralement 6), plus massives, situées entre le dos et la croupe.

Ces vertèbres sont reliées par des disques, des ligaments solides et entourées de couches de muscles profonds (qui stabilisent) et superficiels (qui assurent le mouvement). Le ligament nuchal, partant de la tête et descendant le long de la colonne, et le ligament supra-épineux, son prolongement sur le dos, fonctionnent comme un système de suspension naturelle, allégeant les tensions, surtout lorsque le cheval garde la tête basse longtemps.

Le dos du cheval est le centre névralgique de tout son corps, reliant l'avant et l'arrière, amortissant les chocs, soutenant le cavalier et jouant un rôle essentiel dans le confort et la performance. Un dos qui fonctionne bien permet au cheval de s'arrondir sous la selle, d'engager ses postérieurs et de prendre de l'amplitude sans forcer. La mobilité fine entre chaque vertèbre permet une souplesse globale.

Lorsqu'un cheval se déplace, son dos bouge comme une vague, se fléchissant, s'étirant et se tordant légèrement selon le type de mouvement. Si le dos est rigide, contracté ou douloureux, le cheval aura du mal à se mouvoir librement.

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Causes de la dorsalgie chez le cheval

La dorsalgie n'est pas une maladie en soi, mais un symptôme ayant de multiples origines, parfois entremêlées. Ces causes sont les plus fréquentes, notamment chez les chevaux de loisir, montés ou non.

Selle mal adaptée

La selle est souvent le premier suspect lorsqu'un cheval montre des signes de gêne au niveau du dos. Une selle mal adaptée peut :

  • Comprimer les apophyses vertébrales.
  • Créer des points de pression localisés (surtout au niveau du garrot ou des lombaires).
  • Bloquer la mobilité des épaules ou du dos.

Mauvaise pratique de l'équitation

Un cheval qui travaille sans engagement des postérieurs, avec un dos creux ou figé, accumule des tensions musculaires et articulaires. Les erreurs fréquentes incluent :

  • Travail excessif en extension d'encolure mal conduit, où le cheval "plonge" sur les épaules avec un dos relâché.
  • Manque de variété dans le travail, entraînant des raideurs et une perte de tonicité.
  • Cavalier déséquilibré ou mains trop dures, reportant les tensions sur le dos et la nuque du cheval.
  • Absence d'échauffement ou de récupération, favorisant les microtraumatismes.
  • Rythme inadapté, où un cheval peu entraîné est sollicité de manière intense et ponctuelle.

Traumatismes

Un glissement au paddock, un choc contre une barre, une chute au montoir peuvent provoquer :

  • Des entorses vertébrales.
  • Des blocages articulaires (notamment au niveau des facettes articulaires).
  • Voire des micro-fractures.

Ces lésions ne concernent pas toujours directement le dos : une atteinte d'un autre segment (membres, bassin) peut entraîner des compensations qui, à terme, sollicitent et fatiguent la colonne.

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Faiblesse musculaire

Un dos insuffisamment musclé, ou sollicité de manière inadaptée, finit par se tendre pour maintenir la posture. Cela se rencontre notamment chez les chevaux travaillant avec un dos creux, sans réel engagement des postérieurs, ou supportant un cavalier en déséquilibre.

Douleurs d'origine nerveuse

Certains chevaux présentent des douleurs d'origine nerveuse, liées à :

  • Une inflammation chronique des nerfs spinaux, souvent secondaire à une irritation mécanique.
  • Une compression dans les trous de conjugaison vertébraux, par exemple en cas de malformation, d'arthrose ou de contracture musculaire importante.
  • Ou une hypersensibilité nerveuse induite par le stress, les tensions ou une douleur ancienne mal gérée.

Ces douleurs sont diffuses, changeantes, non localisées et sans signe net à l'examen orthopédique.

Autres causes

  • Déséquilibres de croissance ou manipulations inappropriées chez le poulain : Des dorsalgies précoces peuvent résulter de ces facteurs.
  • Mode de vie inadapté à l'âge, à la morphologie ou au tempérament du cheval : L'usure ne vient pas uniquement de l'effort athlétique, mais peut aussi découler d'un mode de vie inadapté.
  • Pathologies spécifiques : Des affections comme le conflit de processus épineux (kissing spines) ou l'arthrose peuvent être à l'origine de dorsalgies.

Symptômes de la dorsalgie chez le cheval

La dorsalgie chez le cheval est souvent discrète, progressive et silencieuse. Le cheval peut exprimer son mal de dos sans aucun symptôme locomoteur franc. Les signes sont souvent comportementaux, voire émotionnels :

  • Irritabilité au travail, défenses dès la détente, agacement sur des exercices connus.
  • Apathie ou manque d'entrain.
  • Nervosité, explosivité ou réactivité, surtout aux transitions ou changements de direction.
  • Refus de s'arrondir, de céder dans la nuque ou d'engager les postérieurs.

Chez certains chevaux, cela se traduit par des mimiques très claires :

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  • Oreilles couchées au montoir ou à l'effort.
  • Queue fouettante.
  • Raideur soudaine en cours de séance.

Un changement de comportement qui ne correspond pas au tempérament habituel du cheval est souvent un signal d'alerte. Le pansage et la manipulation sont des moments révélateurs. Un cheval en bonne santé apprécie qu'on le brosse ou qu'on pose les mains sur lui.

Autres signes à surveiller :

  • Sensibilité inhabituelle au pansage, parfois associée à une zone de chaleur ou à une déformation.
  • Agressivité au moment de seller ou de sangler.
  • Baisse de performance.
  • Raideur au travail.
  • Appréhension à l'obstacle (précipitation, refus).
  • Dos qui se creuse, manque d'engagement.
  • Défenses monté (ruades, saut de mouton).

Diagnostic de la dorsalgie chez le cheval

Lorsqu'un cheval manifeste une gêne ou une douleur au niveau du dos, il est important de déterminer s'il s'agit d'un problème sérieux ou d'une simple raideur passagère. Un examen clinique bien conduit permet, dans de nombreux cas, de mieux cerner l'origine de la douleur sans recourir immédiatement à des examens lourds ou coûteux. L'observation en statique, la palpation ciblée, l'évaluation de la locomotion et l'analyse du travail monté ou à la longe constituent une base solide pour orienter la prise en charge.

La première étape du diagnostic repose sur l'observation et le toucher. Dans certains cas, pour préciser une suspicion ou explorer un point particulier, le vétérinaire peut recommander des examens complémentaires :

  • La radiographie aide à visualiser la forme et l'alignement des vertèbres.
  • L'échographie permet de voir les muscles, ligaments et articulations.
  • La scintigraphie, l'IRM ou le scanner sont plus rares, mais utiles pour certains diagnostics complexes.

Le dos est une zone où se croisent beaucoup d'influences : travail, posture, matériel, émotions, santé générale. Il est donc normal que plusieurs professionnels puissent être impliqués dans le diagnostic.

Traitements de la dorsalgie chez le cheval

Lorsqu'un cheval présente des douleurs ou des tensions au niveau du dos, il n'y a pas lieu de céder à la panique. La dorsalgie n'est ni une fatalité, ni une situation irréversible. Dans la grande majorité des cas, une prise en charge progressive et cohérente permet d'obtenir une nette amélioration, parfois même un retour complet au confort.

L'essentiel est d'avancer par étapes, en s'appuyant sur l'observation, l'adaptation du travail et, si besoin, l'accompagnement de professionnels.

Interventions complémentaires

Lorsque les douleurs persistent malgré des ajustements de base, il est pertinent de recourir à des interventions complémentaires. L'ostéopathie, la physiothérapie ou certaines techniques de massage peuvent aider à relâcher les tensions, à redonner de la mobilité aux articulations et à restaurer un fonctionnement musculaire harmonieux.

Parallèlement, une rééducation progressive et adaptée est souvent nécessaire. Cela peut passer par du travail à pied, en longe avec enrênements légers et bien utilisés, ou par des exercices de gymnastique visant à renforcer le dos et les abdominaux. Le but est d'apprendre au cheval à se porter correctement, en limitant les compensations qui entretiennent la douleur. Un suivi régulier, avec des bilans posturaux et une adaptation du programme en fonction des progrès, permet de consolider les résultats et d'éviter les rechutes.

Traitement médical

Lorsque la douleur est particulièrement intense, chronique ou qu'elle ne s'améliore pas malgré un repos ciblé et une rééducation adaptée, le recours médical peut devenir nécessaire. Le vétérinaire peut prescrire des anti-inflammatoires non stéroïdiens (comme la flunixine ou la phénylbutazone) pour réduire l'inflammation et calmer rapidement la douleur. Dans certains cas, des antalgiques spécifiques ou des infiltrations vertébrales peuvent être proposés.

Ces traitements ont l'avantage d'agir vite, de soulager le cheval et de permettre parfois de relancer un travail de fond. Cependant, ils ne traitent pas l'origine du problème. Leur rôle est de créer une fenêtre de confort, afin de mettre en place une rééducation adaptée. Le vétérinaire peut également mettre en place un protocole de suivi : repos contrôlé (souvent en liberté, mais dans des conditions sécurisées), remise en mouvement progressive, bilans réguliers. En cas de pathologie identifiée (kissing spines, arthrose), des examens d'imagerie peuvent être réalisés pour suivre l'évolution et affiner la stratégie. Ce suivi médical s'intègre toujours dans une logique de remobilisation progressive, adaptée aux capacités du cheval et à son niveau de tolérance.

D'autres options thérapeutiques incluent :

  • Les infiltrations, qui consistent à injecter des anti-inflammatoires de manière ciblée au niveau des lésions.
  • La mésothérapie, qui consiste à injecter un anesthésique local dans la peau pour un relargage progressif, bloquant ainsi le signal de douleur venant de structures plus profondes.
  • La perfusion de tiludronate (Tildren), qui a montré son efficacité dans une étude sur les douleurs de dos chez le cheval, notamment lors de pathologies articulaires.
  • Les ondes de choc, qui peuvent également être une option thérapeutique.

Remise en mouvement progressive

Pour qu'un cheval retrouve confort et mobilité, il est nécessaire d'introduire une phase de remise en mouvement progressive. Le travail à pied, lorsqu'il est conduit avec méthode, constitue un outil essentiel de cette rééducation. Consacrer 10 minutes de mobilisation à pied avant chaque séance montée permet de préparer la musculature posturale, d'échauffer le dos en douceur et de limiter le risque de sursollicitation. Ce temps d'activation améliore non seulement le confort immédiat, mais aussi la qualité du travail qui suit.

Il ne s'agit pas de faire tourner le cheval sur de petits cercles en longe (une pratique qui peut être délétère pour les articulations et le dos) mais de privilégier de simples exercices progressifs : marche en main sur de grandes lignes droites, incurvations douces sur de larges cercles, transitions pas-trot favorisant la descente d'encolure, ou encore passages de barres au sol pour solliciter l'engagement des postérieurs. Même courte, cette routine contribue à améliorer la souplesse, à renforcer la sangle abdominale et à soutenir la colonne vertébrale.

Adaptation du matériel

L'inadéquation de la selle est une des premières causes de dorsalgie. Une selle adaptée présente une gouttière large bien dégagée, des matelassures épousant le dos du cheval sans point de pression, et surtout elle ne bouge pas (d’avant en arrière notamment). L’amortisseur est loin de résoudre tous les problèmes. La plupart des modèles utilisés augmentent les points de pressions.

Adaptation du travail

La façon de travailler le cheval est primordiale dans la gestion des problèmes de dos. Le travail à pied est très intéressant pour les chevaux dorsalgiques. Il peut commencer par du stretching puis l’emploi des longues rênes offre de nombreuses possibilités. Cet échauffement peut se faire en longe, afin de ne pas mettre de poids sur le dos du cheval à froid. La position de l’encolure a un rôle important dans la flexion de l’ensemble du rachis. L’échauffement longé ne devra donc pas être un défouloir, mais bien un travail de poussée postérieure en extension d’encolure, pour favoriser la mise en tension de l’arc formé par la colonne vertébrale. Cependant, l’enrênement ne doit avoir qu’un rôle d’orientation du cheval dans la bonne direction. Certains chevaux ne tolèrent pas du tout les enrênements ou mettent beaucoup de temps à les accepter.

Pour le travail monté, l’échauffement au pas est primordial. Il doit durer au moins 15 minutes, et là encore l’extension de l’encolure et la mise en tension du dos doivent être recherchés. Attention, il ne s’agit pas d’une mise sur la main artificielle avec une encolure arrondie et un dos creux. La détente se poursuivra de préférence au galop. En effet, le galop provoque moins de contractions musculaires que le trot. Une fois le cheval détendu au pas et au galop, la séance pourra se poursuivre normalement.

Produits de soin

Certains produits de soin peuvent venir soutenir le confort locomoteur du cheval, notamment lors de raideurs passagères, de récupération après l’effort ou simplement en entretien. C’est le cas de gels rafraîchissants associant des extraits de plantes reconnues (arnica, menthe poivrée, eucalyptus citronné, lavande, romarin…) à des actifs aux propriétés circulatoires, décontractantes et apaisantes. Ils s’utilisent facilement au quotidien, en massage localisé après une séance, une manipulation ou une longue marche, sur des zones sensibles ou tendues (base de l’encolure, région lombaire, jarret…), pour favoriser la récupération et soutenir une meilleure mobilité, notamment chez les chevaux plus âgés ou à la musculature fragile.

Prévention de la dorsalgie chez le cheval

La prévention est essentielle pour éviter l'apparition de dorsalgies chez le cheval. Voici quelques mesures à prendre :

  • Adapter le matériel : Choisir une selle adaptée à la morphologie du cheval et veiller à son bon entretien.
  • Adopter une équitation juste : Privilégier un travail respectueux de la biomécanique du cheval, en favorisant l'engagement des postérieurs et en évitant les tensions inutiles.
  • Mettre en place une routine d'échauffement et de récupération : Préparer les muscles avant l'effort et favoriser la détente après le travail.
  • Varier le travail : Proposer des exercices diversifiés pour solliciter l'ensemble de la musculature.
  • Surveiller l'état général du cheval : Être attentif aux signes de douleur ou de gêne et consulter un vétérinaire en cas de doute.
  • Assurer un suivi régulier : Faire appel à un ostéopathe ou un physiothérapeute pour détecter et corriger les tensions musculaires et articulaires.
  • Adapter l'alimentation : Veiller à ce que la ration soit équilibrée et adaptée à l'activité du cheval.

Coup de sang (Myosite) : Une cause spécifique de dorsalgie

Le "coup de sang", également appelé myosite d'effort ou rhabdomyolyse à l'exercice, est une affection musculaire qui peut se manifester par des douleurs dorsales intenses. Il s'agit d'une inflammation des muscles consécutive à la dégradation d'un grand nombre de cellules musculaires.

Causes du coup de sang

  • Effort excessif : Exercice trop intense pour le niveau d'entraînement du cheval, échauffement insuffisant, reprise du travail après une période de repos.
  • Facteurs alimentaires : Ration trop riche en sucres par rapport au niveau d'exercice.
  • Facteurs environnementaux : Températures froides, déshydratation.
  • Prédisposition génétique : Certaines races, comme les Pur-sang anglais et les trotteurs, sont plus susceptibles de développer des myosites récurrentes.

Symptômes du coup de sang

  • Raccourcissement de la foulée.
  • Raideur et refus de travailler ou d'avancer.
  • Muscles de la croupe et du dos très durs à la palpation.
  • Fréquence cardiaque et respiratoire élevées.
  • Urine de couleur marron (dans les cas les plus graves).

Traitement du coup de sang

Le traitement doit être mis en place rapidement pour limiter les lésions, calmer la douleur et aider les reins à éliminer les déchets. Il comprend généralement :

  • Repos strict dans un grand box avec une litière épaisse.
  • Perfusion intraveineuse de grandes quantités de fluide isotonique pour aider les reins à éliminer les déchets toxiques.
  • Administration d'anti-inflammatoires non stéroïdiens pour calmer la douleur.

Prévention du coup de sang

  • Adapter l'exercice au niveau d'entraînement du cheval.
  • Assurer un échauffement adéquat avant le travail.
  • Éviter les jours de repos au box sans exercice.
  • Fournir une alimentation équilibrée, pauvre en sucres et riche en lipides.
  • Veiller à une hydratation suffisante, surtout en hiver.
  • Limiter le stress chez les chevaux nerveux.
  • Supplémenter en antioxydants (vitamine E, sélénium).

Syndrome de Shivering

Le syndrome de Shivering, ou maladie des tremblements, est une affection neuromusculaire idiopathique qui peut également affecter le dos du cheval. Les symptômes principaux sont des tremblements soudains et récurrents des postérieurs et de la queue, des spasmes musculaires involontaires de l’arrière-main, une faiblesse de performance et une atrophie musculaire. Bien qu'il n'existe pas de remède, certaines mesures peuvent soulager la souffrance du cheval, comme éviter le stress, maintenir un poids sain et assurer un exercice quotidien.

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