Les chauves-souris, ces créatures nocturnes souvent mal comprises, jouent un rôle essentiel dans nos écosystèmes. Cet article vise à éclairer le processus complexe et fascinant de leur reproduction, un aspect souvent méconnu de leur biologie. Bien que le grand public peine souvent à mesurer la diversité de ce groupe d’animaux, ce ne sont pas moins de 1400 espèces qui sont connues dans le monde, réparties en 175 genres.

Statut de Protection des Chauves-Souris

Il est crucial de noter que toutes les espèces de chauves-souris sont protégées au niveau national depuis 1976 par l’article L.411-1 du Code de l’Environnement et par arrêté ministériel du 23 avril 2007, ainsi que son arrêté modificatif du 15 septembre 2012. Cette protection s'étend à leurs habitats de reproduction et d'hibernation, soulignant l'importance de leur conservation.

Un Cycle de Vie Rythmé par les Saisons

La vie des chauves-souris est intimement liée aux saisons, se déroulant en quatre phases distinctes : l'hibernation, le transit printanier, la mise bas et le transit automnal. Elles utilisent un réseau de lieux où s’installer en fonction de la période et de leurs besoins.

La Sortie de l'Hiver et le Transit Printanier

Au printemps, les chauves-souris sortent de leur torpeur hivernale et commencent à quitter leurs quartiers d’hiver pour se diriger vers des lieux plus chauds, où elles forment des groupes d’individus. C'est également la deuxième phase de la reproduction, la fécondation. Les chauves-souris entrent dans une période de gestation qui varie selon les espèces de 55 à 75 jours. Enfin, c’est de nouveau une période de déplacements : vers les gîtes de mise-bas pour les femelles, et d’estivage pour les mâles et les immatures.

La Période Estivale et la Mise Bas

Au début de l’été, les chiroptères recherchent des endroits obscurs, chauds et tranquilles. Pour la mise bas et l’élevage des jeunes, les femelles se regroupent dans un lieu offrant tout ce qu’il faut pour assurer un maximum de chance à leurs progénitures. Le plus souvent, ceux-ci sont occupés fidèlement années après années, parfois depuis des décennies. Dans les gîtes de reproduction, les femelles vont former des nurseries et mettre bas leur unique petit de l’année, pour s’en occuper jusqu’à son émancipation au mois d’août. A partir de ce moment, les colonies de reproduction commencent à se disperser. Elles se regroupent en colonies pour donner naissance à leur unique petit de l’année qu’elles élèveront en nurserie. Les nouveau-nés restent accrochés sur le ventre de leur mère une dizaine de jours puis restent dans le gîte pendant que leur mère part chasser. Ils se rassemblent en grappe pour maintenir une température élevée et sont allaités par leur mère qui revient au gîte toutes les 2 à 3 heures. Ils atteignent leur taille adulte et apprennent à voler en quelques semaines seulement.

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Pour pouvoir élever leur jeune, les femelles de chauves-souris sont très exigeantes dans le choix du gîte. Celui-ci doit présenter un microclimat très chaud, une quiétude absolue et des zones de chasse rentables à proximité. Selon les espèces, on les retrouve ainsi dans les combles, toitures ou fissures des maisons, derrière les volets mais également sous les ponts, dans des arbres creux ou sous des écorces d’arbres. Les colonies de reproduction peuvent aller de quelques dizaines à plusieurs centaines de femelles! Facilement dérangées ou détruites, elles sont d’une grande vulnérabilité.

Le Transit Automnal et la Constitution des Réserves

Arrivée en automne, peu avant d’entrer en phase d’hibernation, les chauves-souris constituent des réserves de graisse qui leur permettront de résister aux rigueurs de l’hiver. Les chauves-souris, isolément ou en essaims, entreprennent des déplacements qui les conduisent vers leurs quartiers d’hiver. À partir de fin août, les chauves-souris adultes vont commencer à quitter leur gîte d’été. Cette période de déplacements entre les gîtes estivaux et hivernaux est propice aux rencontres entre mâles et femelle. Certaines espèces vont se regrouper dans des sites dits de swarming, qui correspondent à des grands rassemblements de chauves-souris permettant un brassage génétique important lors des accouplements. Afin d’éviter les naissances pendant la période de disette, les femelles ont recours à l’ovulation différée et conservent le sperme dans leur appareil génital pendant tout l’hiver. La fécondation n’aura donc lieu qu’au printemps.

Pour certaines espèces comme la pipistrelle de Nathusius, c’est également la période de migration. Les chauves-souris profitent des derniers insectes pour finaliser leurs réserves d’énergie et prospectent pour trouver le gîte qu’elles utiliseront pour passer l’hiver.

L'Hibernation : Une Stratégie de Survie

L’hiver, afin d’économiser ses réserves énergétiques, la chauve-souris diminue ses fonctions métaboliques. Elle entre en léthargie : le rythme cardiaque diminue considérablement, la respiration se ralentit (jusqu’à des apnées de 90 minutes) et la chute de la température corporelle est importante. La réactivation du métabolisme en sommeil entraîne une importante dépense d’énergie. Pour pallier le manque de nourriture, les chauves-souris entrent dans une phase d’hibernation qui correspond à un état d’hypothermie régulée. Les animaux ralentissent leur métabolisme jusqu’à des niveaux très bas, abaissant graduellement la température de leurs corps, leur fréquence respiratoire et leur rythme cardiaque. Ils ne se nourrissent plus pendant plusieurs mois et puisent donc dans les réserves accumulées pendant l’été.

Pour passer l’hiver, les chauves-souris ont besoin d’un gîte leur offrant de l’obscurité, du calme, une température stable ne descendant jamais en dessous de 0°C et un taux d’humidité assez élevé. Les cavités sont donc un lieu de choix mais on retrouve également des individus hibernant dans des arbres creux ou des fissures, notamment de maisons chauffées. L’hibernation est une période où les chauves-souris sont extrêmement vulnérables. Chaque réveil les oblige à puiser beaucoup d’énergie dans leurs réserves qui risquent de s’épuiser avant le printemps si elles sont trop dérangées et peut conduire à leur mort.

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La Maturité Sexuelle et l'Accouplement

La maturité sexuelle est ce stade de développement où un organisme devient capable de se reproduire. Chez les chauves-souris, la maturité sexuelle varie considérablement selon les espèces et les conditions environnementales. Pour la plupart des espèces de chauves-souris, la maturité sexuelle est atteinte entre la première et la troisième année. Chez une petite espèce comme la pipistrelle commune (Pipistrellus pipistrellus), bien connue en France, la longévité est supérieure à 17 ans et les femelles atteignent la maturité sexuelle pendant la première année. La chauve-souris égyptienne de taille moyenne Rousettus aegyptiacus, qui vit en Afrique du Nord, devient sexuellement mature à l’âge de 9 mois. Le grand rhinolophe (Rhinolophus ferrumequinum), lui, est sexuellement mature vers 2 à 3 ans. Ces indications sont valables pour les femelles.

La plupart des chauves-souris ont des saisons de reproduction bien définies, souvent synchronisées avec les saisons d'abondance alimentaire. Dans les régions tempérées, la saison de reproduction se déroule généralement en automne. Cela concerne les chauves-souris qui vont rester sur le territoire. L'accouplement n’est pas monogame. Il faut comprendre que les mâles et les femelles vivent séparément pendant toute la période estivale. Ce n’est qu’à l'automne que les deux sexes se retrouvent dans un même lieu. Cela se fait juste avant la période d’hibernation. Il n’y a pas de réelle sélection d’un partenaire. Cela s'appelle un accouplement de promiscuité. Les chauves-souris ont finalement peu de temps pour s’accoupler. Des espèces choisissent de migrer pour faire face à la pénurie de nourriture en Europe pendant la saison froide. Les migrations se font le plus souvent selon un axe Nord-Est / Sud-Ouest. La distance que cela représente varie entre quelques centaines de kilomètres et 2000 km. La plupart des espèces migratrices possèdent des ailes longues et étroites particulièrement adaptées au vol rapide au-dessus de la canopée. Le fait que ces espèces aillent chercher des lieux plus cléments pour vivre les conduit à avoir plus fréquemment deux petits par an, alors que les espèces qui hibernent n’en ont qu’un (en dehors des rares cas de gémellité, cette situation étant la plus courante parmi les pipistrelles et les noctules).

Les accouplements ont lieu en automne, au moment où les individus des deux sexes ont accumulé le maximum de réserves énergétiques peu avant le repos hivernal. Dans la plupart des cas, l’ovulation et la fécondation ne se produiront pourtant qu’au printemps, les gamètes du mâle étant conservées tout l’hiver dans le corps de la femelle. Cette stratégie évite aux femelles une trop grande dépense d’énergie au printemps pour les accouplements, et leur permet aussi d’adapter très précisément l’ovulation et la fécondation aux ressources alimentaires disponibles aux premiers beaux jours, pour assurer au jeune le maximum de chances de survie.

Particularités de la Reproduction chez les Chauves-Souris

Les chauves-souris présentent des adaptations reproductives uniques.

  • La Fécondation Différée: Pour les espèces que nous connaissons le mieux, c’est-à-dire celles qui restent sur notre territoire, nous savons que si l’accouplement se déroule en automne, le développement embryonnaire ne démarre en réalité qu’après l’hibernation. Les femelles conservent le sperme dans leurs voies génitales ; l’ovulation et la fécondation ne se déclenchent qu’à la fin de la léthargie hivernale. L’accouplement a lieu de l’automne au début de l’hiver. Pour pratiquement toutes les espèces, les spermatozoïdes déposés par le mâle, sont stockés et conservés intacts par la femelle, pendant toute la période d’hibernation. La fécondation débute au printemps. La femelle du Minioptère de Schreibers déroge à ce comportement ; chez elle, l’ovule fécondé immédiatement est stocké jusqu’au printemps.
  • La Gestation et la Mise Bas: La durée de la gestation varie également selon les espèces. En général, elle dure de 40 à 60 jours, avec des exceptions. Citons la roussette de Malaisie (Pteropus vampyrus), espèce de chauves-souris géantes frugivores vivant en Asie du Sud-Est, dont la gestation dure de 140 à 192 jours. Pour mettre bas, la plupart des chauves-souris se regroupent pour former des colonies de femelles. Pour la mise bas, les chauves-souris se regroupent en colonies composées majoritairement de femelles : le choix des gîtes est lié à la température nécessaire aux naissances. A leur naissance, les petits n’ont pas encore de poils, ils s’accrochent au ventre maternel lors des périodes de chasse ou bien restent dans le gîte. C’est pourquoi il leur faut des gîtes exposés au sud avec des températures élevées. Les essaims jouent également un rôle de régulateur de la température : les chauves-souris se réchauffent ainsi entre elles. Le Minioptère de Schreibers forme d’importantes colonies de reproduction. Les jeunes (tous roses à la naissance - voir photo ci-après) se regroupent au centre de l’essaim en « nurseries » et les femelles les allaitent.
  • Le Développement des Petits: A la naissance, la chauve-souris s'agrippe avec ses pattes au plafond de la grotte, ses ailes lui permettant de récupérer le nouveau-né. Le petit est nu et aveugle. Le vol est inné mais le petit ne peut que ramper (après quelques jours) car ses ailes sont trop peu développées pour le soutenir dans les airs. Mais globalement, le développement des petits est rapide. Seules les femelles s’occupent des petits. Rappelons que les chauve-souris ont deux mamelles et donc qu’elles allaitent. Lorsque la mère doit chasser, elle confie son petit à une autre femelle. La reconnaissance filiale se fait à l'odeur.

Menaces et Conservation

Notons qu’une telle stratégie de reproduction présente des points faibles. Le fait de combiner grande longévité (beaucoup de chauves-souris vivent une cinquantaine d’années) et une fécondité faible permet aux chauves-souris de se préserver de certains aléas climatiques. Mais les capacités de renouvellement des populations sont faibles. Aussi, si une population est fortement affectée par une mortalité brutale de nombreux adultes, elle aura des difficultés à retrouver rapidement son niveau d’origine.

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En effet, ces espèces sont menacées par la disparition de leurs gîtes liée à la rénovation des bâtiments anciens, le traitement chimique des charpentes, la coupe d’arbres creux… Le dérangement des colonies peut être fatal aux colonies. L’été, il peut entrainer la désertion des sites de mise-bas. Les chauves-souris sont très sensibles à l’évolution des paysages. Les chauves-souris colonisant tous les milieux, leur disparition est révélatrice non seulement de la raréfaction des grands espaces naturels, mais aussi d’une détérioration générale de notre environnement.

Cohabitation avec les Chauves-Souris

Plusieurs espèces de chauves-souris peuvent se reproduire dans une habitation, même occupée. On peut citer par exemple la pipistrelle commune, la sérotine commune, ou encore le petit rhinolophe. Rappelons qu’elles sont totalement inoffensives pour l’homme, qu’elles ne s’accrochent pas dans les cheveux et que les cas de transmission de maladies sont plus que rarissimes. Les petites nuisances que leur présence peut provoquer sont en général liées à l’accumulation de déjections (guano) sur les planchers des combles, des taches ou des infiltrations d’urine si les individus sont nombreux, et parfois des cris émis par les jeunes.

Il est possible de conserver une colonie dans ses combles en évitant ces désagréments, et il est même envisageable de cohabiter avec les chauves-souris, lorsque les combles sont aménagés en nouvelles pièces de vie par exemple, en créant une zone de confinement, qui assurera aux chauves-souris tranquillité et accès à l’extérieur de la maison, mais évitera les petits inconvénients liés à leur présence. Ainsi, avec une simple bâche posée sur le sol d’un grenier non utilisé, on pourra recueillir le guano sous la colonie, éviter l’amoncellement des déjections et les taches d’urine, et valoriser ensuite le guano comme engrais naturel dans le jardin ! Dans le cas où les combles doivent être aménagés, des zones peuvent être réservées aux chauves-souris par la pose d’interplanchers ou de cloisons spécifiques, dont les découpes parfaitement jointives le long des solives et des planchers empêchent les infiltrations et les mouvements d’individus vers l’intérieur de la maison. Une « chiroptière », petite trappe d’accès vers l’extérieur, leur assure la liberté de circulation et l’indépendance vis-à-vis du propriétaire.

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