Les chauves-souris, créatures nocturnes souvent mal comprises, jouent un rôle essentiel dans nos écosystèmes. En tant que seuls mammifères capables de vol actif, elles présentent des adaptations uniques, notamment en matière de reproduction et d'allaitement. Cet article explore en profondeur l'allaitement chez les chauves-souris, son importance pour la survie des jeunes, et les implications de ce processus dans un contexte environnemental en évolution.

Biologie et Reproduction des Chauves-Souris

La chauve-souris n’est ni un rongeur ni un oiseau. C’est bien un mammifère, mais c’est le seul capable de voler. Ses ailes ne sont pas couvertes de plumes, mais faites d’une toile de peau tendue entre ses doigts longs et fins. Sans cela, la chauve-souris serait même plus proche du singe que des rongeurs. Comme preuve supplémentaire, cet animal ne pond pas des œufs comme les oiseaux, les reptiles et les poissons. La femelle donne bien naissance à des petits, sortis vivants et tout frais de son ventre. La chauve-souris appartient à l’ordre des chiroptères (du grec "cheir", qui veut dire "main", et "pteron", "aile").

Contrairement aux idées reçues, les chauves-souris ne sont pas des rongeurs volants. Elles appartiennent à l'ordre des chiroptères, un groupe diversifié avec plus de 1200 espèces à travers le monde. En France, nous trouvons des pipistrelles, petites mangeuses d’insectes. Elles vivent dans les cavernes, dans les forêts et en ville, dans les combles de certaines maisons. Ce qui compte, c’est que leur refuge soit sûr et à l’abri de la lumière, pour pouvoir hiberner et donner naissance.

La reproduction des chauves-souris est caractérisée par un faible taux de fécondité. Les chauves-souris donnent naissance à 1, exceptionnellement 2, petit(s) par an : leur fécondité est très faible. Cela peut s’expliquer par un nombre de prédateur limité, l’élevage par un seul parent, et, est compensé par une grande longévité. La maturité sexuelle, c’est-à-dire le moment où l’être vivant à la capacité de se reproduire, intervient entre 1 et 3 ans chez les chauves-souris. Tout dépend de l’espèce. Mâles et femelles ne vivent pas toute l’année ensemble et ne sont pas monogames. Celles qui hibernent n’en ont qu’un seul, alors que celles qui migrent vers des zones plus clémentes pendant la saison froide en font plutôt deux. Chez la pipistrelle, la gestation dure environ 1 mois et demi. Une chauve-souris ne donne naissance qu’une fois par an, à un seul bébé (deux, c’est possible, mais rare). Elle accouche tête en bas. Elle récupère son petit avec ses ailes, tandis que le bébé s’agrippe instinctivement au pelage de sa mère. Il reste cramponné ainsi des semaines.

L’accouplement ayant eu lieu à l’automne, les mâles sont exclus et vivent isolés. Les femelles, quant à elles, choisissent avec minutie le lieu de leur nurserie pour élever leur petit. Ces lieux aux conditions multifactorielles sont impossibles « à imiter » avec de simples nichoirs. La gestation dure entre 40 et 60 jours en moyenne, même si elle peut être beaucoup plus longue chez certaines espèces et peut dépasser les 150 jours. Avant la mise-bas, les femelles chauves-souris se regroupent en colonies, appelées « nurseries », qui peuvent être sous les toits, dans des combles, dans des arbres, etc. C’est ce qui va leur offrir une protection plus importante contre les prédateurs, mais aussi mieux stabiliser les conditions de chaleur et d’humidité du lieu, essentielles au développement des petits. Lorsqu’une femelle doit partir chasser pour se nourrir, une autre peut ainsi aussi veiller sur sa progéniture.

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Le petit peut peser le tiers du poids de sa mère à la naissance. C’est énorme, et en même temps une jeune chauve-souris nouvellement née, ne pèse pas 2 grammes et à la taille d’une grosse abeille pour la pipistrelle par exemple. Les bébés naissent nus et aveugles. Ils passent la plupart du temps accrochés au ventre ou aux flancs de leur mère. Au départ, ils ne peuvent en effet que ramper. Il faudra attendre que leurs ailes se développent pour pouvoir assurer un bon soutien dans les airs et leur permettre de voler. Il ne leur faudra que quelques semaines pour atteindre la maturité.

L'Allaitement : Un Investissement Crucial pour la Survie des Jeunes

Les chauves-souris sont des mammifères. Les femelles possèdent des glandes mammaires pour nourrir leurs jeunes avec du lait. La durée de l'allaitement est très longue et les petits tètent jusqu'à ce qu'ils atteignent la taille de leur mère. Le sevrage intervient vers la fin du mois d'août, lorsqu'ils sont eux-mêmes en capacité de voler et chasser. Si les conditions météorologiques deviennent mauvaises, si les insectes se font rares, la lactation chez la femelle diminue. La mortalité des petits en bas âge peut alors devenir catastrophique (jusqu'à 70% de perte).

Pendant ce temps, la mère allaite son petit. La durée varie suivant les espèces, mais l’allaitement peut aller de 1 à 3 mois. Les jeunes sont allaités jusqu’à leur émancipation au bout de 4 à 6 semaines ce qui coïncide avec la fin de l’apprentissage du vol et ainsi la possibilité de se nourrir seul.

L'allaitement est une période critique pour le développement des jeunes chauves-souris. Le lait maternel fournit tous les nutriments essentiels à leur croissance rapide, notamment les protéines, les graisses et les sucres nécessaires à leur développement musculaire et à leur métabolisme élevé. Le lait maternel est le premier et le meilleur des alicaments ! Au contraire, l’emballage du lait de femme, en plus d’être esthétique, est réutilisable à l’infini !

De plus, il transmet des anticorps qui renforcent leur système immunitaire encore immature. Suite à des évolutions dues au partage et à la duplication de gènes, deux de ces enzymes anti-microbiens, XOR (xanthine oxidoreductase) et le lysozyme, ont développé des rôles supplémentaires dans l’épithélium mammaire, entraînant la sécrétion de gouttelettes de gras, la présence d’une protéine de petit-lait et de sucre, et l’accumulation d’eau. Les mammifères sont les seuls êtres vivants à nourrir leurs petits grâce à un fluide nutritif complexe élaboré dans des glandes cutanées élaborées. Et en devenant une nourriture, il a gardé ses propriétés anti-infectieuses d’origine, et son rôle de constructeur du système immunitaire.

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N’ayant pas de réserves, et peu d’expérience, les jeunes sont particulièrement vulnérables à ce moment de leur vie, où les conditions météo peuvent être redoutables. Lorsque les femelles sortent pour se nourrir, elles laissent leurs nouveau-nés qui s’agglutinent les uns contre les autres pour limiter les pertes caloriques (thermorégulation sociale).

Les Défis de l'Allaitement dans un Environnement Agricole en Mutation

En 2020, une étude conduite à l’échelle internationale montre que parmi les causes de disparition des chauves-souris, l’agriculture se situe en deuxième position, après la déforestation (Frick et al, 2020). En France hexagonale, les trois quarts des espèces fréquentent les milieux agricoles, or, ces espaces ont été transformés au cours du 20ème siècle : mécanisation, multiplication de l'utilisation des intrants chimiques de synthèse, remembrement des parcelles pour les agrandir, conversion des prairies, disparition des haies… Si la mise en place de l’agriculture intensive pendant la période d'après-guerre était justifiée par les besoins de l’époque, aujourd’hui, on documente largement les effets délétères de ces transformations pour la biodiversité associée à ces espaces… qui occupent plus de 50 % de la superficie (28 millions d’hectares sur 55 au total) !

Les pratiques agricoles intensives, telles que l'utilisation massive de pesticides, la destruction des habitats naturels (haies, prairies), et la simplification des paysages, ont des conséquences désastreuses sur les populations de chauves-souris. Si certaines espèces ont un fort taux de fécondité et que leurs populations peuvent rétablir leur effectif après une perturbation ayant entrainé de la mortalité, ce n’est pas le cas des chauves-souris. Leur faible fécondité ne permet pas de compenser aisément la mortalité occasionnée par des causes qui ne cessent de se multiplier. Elles sont donc particulièrement sensibles aux dégradations de leur environnement.

Les chauves-souris sont sensibles à l’hétérogénéité spatiale : la diversité des cultures dans l’espace (l'hétérogénéité de composition) et comment elles sont organisées dans l’espace (l'hétérogénéité de configurations). Pourquoi ? Parce que suivant les paysages, la disponibilité en proie n’est pas identique au cours du temps. La variété des pratiques agricoles aboutissant à la production agricole, du travail du sol aux doses d’application d’engrais ou de pesticides en passant par le type de cultivars et la densité des semis par exemple, fait qu’il est bien difficile de mener des études discriminant des pratiques favorables ou défavorables pour les chauves-souris. « Isoler » une pratique des autres pour en mesurer l’effet relève d’un réel défi.

Impact des Pesticides

Les pesticides, en particulier, représentent une menace directe pour les chauves-souris allaitantes et leurs petits. Faire revenir des chauves-souris dans des parcelles traitées par des pesticides peut avoir des conséquences néfastes sur la santé des populations, et constituer un piège écologique (un environnement attractif mais délétère). Ce point majeur doit être pris en compte. Les femelles s’empoisonnent au contact du bois et contaminent à leur tour leur petit par allaitement, accroissant la mortalité dans la colonie. Leur utilisation est donc à proscrire.

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Les chauves-souris insectivores peuvent consommer jusqu'à 120 % de leur poids en insectes en une seule nuit ! La diminution des populations de chauves-souris causait une perte de 3,7 à 50,3 milliards de dollars par an au secteur agricole, à cause des pesticides qu'il faut utiliser pour compenser leur rôle de régulation des ravageurs (Boyles, 2011). Or, la compensation par les pesticides s’avère délétère, et pas que pour les insectes.

Perte d'Habitats et Fragmentation du Paysage

Outre les pesticides, la perte d'habitats et la fragmentation du paysage agricole rendent plus difficile pour les chauves-souris de trouver des proies et des sites de repos appropriés. Aussi, la plupart des espèces de chauves-souris utilisent les haies et des lisières pour se déplacer dans un paysage constitué de différentes zones de chasse et de différents gîtes. La probabilité pour que le grand rhinolophe franchisse une trouée qui dépasse les 25 mètres tombe déjà à 0,5. (Pinaud et al. Installer une mare dans une parcelle est également un moyen d’amener des chauves-souris à venir y chasser, notamment la noctule commune et la pipistrelle pygmée. Activité des chauves-souris en l'absence et présence d'une mare située à différentes distances d'une haie : au sein de la haie (0m) elle est quasiment équivalente.

La destruction des haies et des zones boisées réduit les corridors de déplacement des chauves-souris, les empêchant d'accéder à des sources de nourriture éloignées. De plus, la simplification des paysages agricoles, avec des monocultures intensives, réduit la diversité des insectes disponibles, affectant la qualité de l'alimentation des chauves-souris et donc la production de lait pour leurs petits.

Le Rôle Crucial des Chauves-Souris dans la Régulation des Ravageurs

Malgré les défis auxquels elles sont confrontées, les chauves-souris jouent un rôle essentiel dans la régulation des populations d'insectes nuisibles aux cultures. Elles sont donc particulièrement sensibles aux dégradations de leur environnement. On estime que, pendant les périodes d'allaitement, les chauves-souris insectivores peuvent consommer jusqu'à 120 % de leur poids en insectes en une seule nuit !

Plusieurs études sur différents types de culture ont permis de mettre en évidence un phénomène de synchronicité : lorsqu’une population de ravageur augmente, le temps que les chauves-souris passent à les chasser pour se nourrir augmente également. Des expérimentations, plus couteuses (et donc moins nombreuses), ont montré que les rendements sont meilleurs lorsqu’il y a des chauves-souris : Ce sont des « méthodes d’exclusion » qui consistent à construire d’énormes cages autour des parcelles pour éviter que les chauves-souris puissent venir chasser au-dessus des cultures. L'expérimentation avec des cages excluant les chauves souris (courbes bleues) et des parcelles accessibles (courbes marrons) montre que lorsque les chauves-souris sont exclues, le nombre de larves de pyrale par plantes (figure A) comme les dommages occasionnés sur les cultures (figure B) sont plus importants.

En consommant de grandes quantités d'insectes, les chauves-souris contribuent à réduire les dommages aux cultures et à limiter le recours aux pesticides. De plus, elles ciblent une grande variété d'insectes, y compris ceux qui sont résistants aux insecticides.

Mesures de Conservation et d'Amélioration des Habitats

Face au déclin des populations de chauves-souris, il est crucial de mettre en œuvre des mesures de conservation efficaces et d'améliorer leurs habitats. Toutes les chauves-souris présentes en Europe sont protégées, inscrites sur la liste rouge de l’IUCN. Au niveau international, européen, et national, les chauves-souris bénéficient d’un régime de protection total. Pour rappel, toutes les espèces de chauves-souris sont protégées par la loi en France. La législation interdit la perturbation intentionnelle (ainsi que la destruction, la mutilation, la capture, la naturalisation, le transport, la vente et l’achat) des chauves-souris, ainsi que l’altération de leurs aires de repos et de leurs sites de reproduction.

Voici quelques actions possibles :

  • Réduction de l'utilisation des pesticides : Promouvoir des pratiques agricoles alternatives, telles que la lutte biologique et l'agroécologie, qui réduisent la dépendance aux pesticides et préservent la biodiversité. Les produits toxiques pour le traitement des charpentes et les pesticides sont nocifs pour les chauves-souris.
  • Préservation et restauration des habitats naturels : Maintenir et restaurer les haies, les prairies, les zones boisées et les zones humides dans les paysages agricoles pour offrir aux chauves-souris des sites de repos, de chasse et de reproduction.
  • Création de corridors écologiques : Aménager des corridors écologiques, tels que des bandes enherbées et des plantations d'arbres, pour relier les différents habitats et permettre aux chauves-souris de se déplacer plus facilement.
  • Installation de gîtes artificiels : Installer des gîtes artificiels, tels que des nichoirs à chauves-souris, pour compenser la perte de sites de repos naturels. Gîtes d'été Un exemple : projet pour une construction neuve dans une école communale(pignon sud)Comble et pignon à Chauves-sourisExposition au sud Volets en bois imputrescible, couleur sombre (pour capter la chaleur). Largement ajourés, avec tôle galvanisée derrière (augmentation de l'effet thermique). Fermeture sur 3 cotés, en U renversé, pour éviter les courants d'air. Les Chauves-souris rentrent par le bas, planche rugueuse. Un volet est décalé de 2cm du mur, l'autre est décalé de 5cm, pour faciliterl'accueil d'espèces diversifiées.
  • Sensibilisation et éducation : Informer et sensibiliser le public, les agriculteurs et les décideurs politiques sur l'importance des chauves-souris et les menaces auxquelles elles sont confrontées. Avoir des chauves-souris chez soi est le signe d’un environnement de qualité.

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