Charles Perrault, figure marquante du XVIIe siècle, est surtout connu pour ses contes de fées qui ont traversé les âges. Cependant, son œuvre ne se limite pas à ces récits enchanteurs. La préface de 1695, qui introduit ses contes, est un document essentiel pour comprendre sa vision de la littérature et sa place dans la querelle des Anciens et des Modernes. Cet article se propose d'analyser en profondeur cette préface et son importance dans l'œuvre de Perrault.

Aperçu de l'œuvre de Perrault

Avant d'aborder la préface, il est important de situer l'œuvre de Perrault dans son contexte. Il a écrit plusieurs contes en vers, dont "Griselidis", "Peau d'Âne" et "Les Souhaits ridicules". Ces contes, bien que présentés comme des divertissements pour enfants, abordent des thèmes complexes tels que la patience, l'inceste et les conséquences de l'irréflexion.

"Griselidis" : Une épreuve de patience

"Griselidis" raconte l'histoire d'un prince misogyne qui épouse une bergère, Griselidis, et la soumet à des épreuves cruelles pour tester sa patience et son obéissance. Griselidis accepte toutes les épreuves, même la perte de ses enfants, sans se plaindre. Finalement, le prince, touché par sa patience, la reconnaît comme une épouse digne de lui.

"Peau d'Âne" : Un conte sur l'inceste

"Peau d'Âne" aborde un thème plus sombre : l'inceste. Un roi, après la mort de sa femme, veut épouser sa propre fille, qui est devenue magnifique. Pour échapper à ce destin, la princesse demande l'aide de sa marraine la fée, qui lui conseille de demander des cadeaux impossibles. Finalement, elle s'enfuit sous une peau d'âne et vit comme une pauvresse jusqu'à ce qu'elle rencontre un prince.

"Les Souhaits ridicules" : Une leçon sur l'irréflexion

"Les Souhaits ridicules" est un conte plus léger qui met en scène un bûcheron, Blaise, à qui Jupiter accorde trois vœux. Par manque de réflexion, Blaise gâche ses vœux en demandant d'abord du boudin, puis en souhaitant que le boudin lui pende au nez, et enfin en souhaitant que sa femme retrouve son nez.

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La Préface de 1695 : Une Clé pour Comprendre Perrault

La préface de 1695 est un texte essentiel pour comprendre l'œuvre de Perrault. Elle offre un aperçu de ses préférences littéraires, de sa vision du conte et de sa position dans la querelle des Anciens et des Modernes.

Une description de l'œuvre

Perrault utilise la préface pour exposer ses préférences littéraires. Il exprime son amour pour le folklore français et son intérêt pour les contes qui traitent des problèmes des enfants. L'importance du lien parent-enfant est mise en avant, souvent avec des thèmes de ressentiment.

Un style binaire

Perrault rédige sa préface en utilisant le rythme binaire, créant un effet de double et d'écho, à l'image des contes qui sont un miroir de l'humanité.

L'éloge des contes populaires

Perrault fait l'éloge des contes populaires, affirmant qu'ils enseignent la morale, le bien et le mal. Il prétend que ses propres fables méritent d'être mieux racontées que la plupart des contes anciens, en particulier ceux de la Matrone d'Éphèse et de Psyché, car ils mettent l'accent sur la morale.

Un manifeste en faveur des Modernes

La préface est surtout un manifeste en faveur des Modernes. Perrault s'oppose à Boileau et critique les Anciens, affirmant que les contes méritent d'être mieux racontés. Le modernisme apparaît comme étant de plus en plus en accord avec les contes, et Perrault assure même que les contes sont supérieurs à la grande littérature.

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Il affirme qu'il ne faut pas respecter les traditions, mais parvenir à capter son auditoire et dépasser les Anciens.

Les Caractéristiques du Conte selon Perrault

Perrault définit également les caractéristiques du conte dans sa préface et dans ses œuvres.

Un récit court et populaire

Un conte est un texte généralement court, une histoire issue de la culture populaire, souvent transmise oralement avant d'être rédigée. Les contes de Perrault sont une version littéraire des histoires populaires, mais il reconnaît qu'il n'est pas l'inventeur de ces histoires et qu'il existe d'autres versions, notamment chez les frères Grimm.

Un cadre spatio-temporel indéfini

L'époque et le lieu du récit sont indéfinis. Presque tous les contes de Perrault commencent par "Il était une fois", plongeant le lecteur dans le passé sans préciser le pays ou le lieu de l'histoire.

Une morale explicite

Les contes de Perrault comportent tous une morale, rédigée sous la forme d'un poème. La morale explique quelle leçon le lecteur doit tirer de l'histoire. Par exemple, dans "Griselidis", l'auteur fait comprendre qu'une jeune femme respectable et honorable doit obéir en tout à son époux. Dans "Peau d'Âne", il dénonce l'inceste. Dans "Les Souhaits ridicules", il met en garde contre les envies ridicules et encourage à la réflexion.

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Analyse de Contes Spécifiques

"Les Souhaits ridicules" : Une Farce Grotesque

"Les Souhaits ridicules" est l'un des contes les plus étranges et les moins traditionnels de Perrault. Le merveilleux est convoqué avec la présence du dieu Jupiter. C'est un texte court qui relève de la farce voire du grotesque, et donc très comique.

Les personnages sont âgés, médiocres et ridicules. On ne peut pas les plaindre, puisqu'ils semblent mériter leur situation. Ils n'évoluent pas, et la moralité du conte est assez étonnante, laissant entendre qu'aucune évolution n'est possible pour la classe modeste et que les pauvres méritent leur situation à cause de leur bêtise.

La Famille et le Mariage dans "Griselidis" et "Peau d'Âne"

Dans "Griselidis", Perrault met en scène des châteaux et des princes dans une époque non définie. Le jeune homme ne fait pas confiance aux femmes et épouse une bergère, socialement inférieure à lui, qui accepte de lui obéir en tout. Elle supporte toutes les épreuves, et à la fin, le prince la considère enfin parfaite. Ce conte peut être critiqué pour sa morale misogyne.

Dans "Peau d'Âne", le merveilleux est présent grâce à la fée, aux robes merveilleuses et à l'âne magique. Le conte aborde le thème de l'inceste, et la jeune femme doit fuir son père et vivre pauvrement avant de pouvoir épouser un prince. Le conte prône le mariage entre un jeune homme et une jeune femme.

Le Frontispice des Contes : Une Préface en Images

Les frontispices des contes de Perrault et de Mme d'Aulnoy sont des éléments essentiels du dispositif narratif. Ils ne jouent pas seulement un rôle décoratif, mais constituent des pièces essentielles qui encouragent certaines appropriations et guident la lecture.

Le Frontispice des Histoires ou Contes du temps passé

Le frontispice des Histoires ou Contes du temps passé synthétise une série de fictions portant sur l'origine des contes, son énonciation et sa réception. Il représente le conte comme un genre intime et privé, se déroulant dans un cadre familial et nocturne.

La scène de contage au coin du feu deviendra par la suite topique. Le conte est donné comme un genre féminin, pratiqué par une femme, Ma Mère l'Oye. Le jeune homme assis devant le feu semble incarner D'Armancour, le collecteur des contes.

Le conte est présenté comme un genre oral, raconté de mémoire par une paysanne. La destination du recueil est aristocratique et enfantine, mais le lecteur est invité à pénétrer dans le secret des familles et à écouter Ma Mère l'Oye.

Le cartouche des "Contes de ma mère l'oie" peut être interprété comme un commentaire ironique mettant en évidence l'absurdité de ces histoires invraisemblables. Enfin, le frontispice est crypté et entretient une connivence avec un certain public habile à déchiffrer des messages énigmatiques.

Les Frontispices des Contes de Mme d'Aulnoy

Les frontispices des contes de Mme d'Aulnoy offrent différentes perspectives sur la situation d'énonciation. Une femme âgée aux allures de vieille fée pointe un livre précieux orné d'illustrations. Une mère tient le rôle de la conteuse, s'adressant à son petit dernier sous le regard attentif des aînées. Une vieille femme à lunettes lit le livre des "contes des fées". Enfin, une femme entourée d'enfants est occupée à embobiner un écheveau de laine.

Ces images mettent en avant le rôle des femmes dans la transmission des contes et soulignent la diversité des contextes dans lesquels ces histoires sont racontées.

La Querelle des Anciens et des Modernes

Perrault a été un acteur majeur de la querelle des Anciens et des Modernes, qui a divisé le monde littéraire français à la fin du XVIIe siècle. Les Anciens, comme Boileau, défendaient l'imitation des auteurs classiques grecs et romains, tandis que les Modernes, comme Perrault, affirmaient la supériorité de la littérature moderne.

Perrault, un Moderne convaincu

Perrault était convaincu de la supériorité de son époque sur l'Antiquité. Il pensait que les Modernes avaient dépassé les Anciens dans les sciences, les arts et la littérature. Il critiquait l'imitation servile des Anciens et prônait l'originalité et l'innovation.

Les contes, une arme dans la querelle

Perrault a utilisé ses contes comme une arme dans la querelle des Anciens et des Modernes. Il affirmait que ses contes, issus de la tradition populaire, étaient supérieurs aux fables antiques car ils étaient plus moraux et plus adaptés à son époque. Il voulait prouver qu'on pouvait faire de la littérature précieuse à partir d'une matière réputée vulgaire, à condition de la travailler stylistiquement.

La Morale des Contes : Une Question Complexe

La morale des contes de Perrault est une question complexe qui a suscité de nombreux débats. Certains critiques ont souligné le caractère moralisateur et parfois misogyne de ses contes, tandis que d'autres ont insisté sur la subtilité et l'ambiguïté de ses leçons.

Une morale adaptée à son époque

Il est indéniable que les contes de Perrault contiennent un sens moral et beaucoup d'« instructions cachées ». Cependant, il est important de replacer ses contes dans leur contexte historique. Perrault écrivait pour un public de cour, et sa morale reflétait les valeurs et les préoccupations de son époque.

Des interprétations multiples

La morale des contes de Perrault peut être interprétée de différentes manières. Certains contes, comme "Griselidis", peuvent sembler prôner l'obéissance et la soumission des femmes, mais d'autres, comme "Peau d'Âne", dénoncent l'inceste et l'abus de pouvoir.

Il est donc important de lire les contes de Perrault avec un regard critique et de tenir compte de leur complexité et de leur ambiguïté.

La Postérité de Perrault

L'œuvre de Perrault a connu une immense popularité dès sa publication et continue d'être lue et adaptée aujourd'hui. Ses contes ont inspiré de nombreux artistes, écrivains, compositeurs et cinéastes.

Une influence durable

Les contes de Perrault ont marqué l'imaginaire collectif et ont contribué à façonner notre vision du monde. Des personnages comme Cendrillon, le Petit Chaperon rouge et Barbe bleue sont devenus des figures emblématiques de la culture occidentale.

Des adaptations multiples

Les contes de Perrault ont été adaptés de nombreuses fois au théâtre, à l'opéra, au cinéma et à la télévision. Ces adaptations témoignent de la richesse et de la complexité de son œuvre, qui continue de fasciner et d'inspirer les générations successives.

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