Il est difficile pour un Montois d’imaginer qu’on ne puisse pas connaître le Doudou. Difficile de concevoir que les mots car d’or, chinchin, lumeçon ou chambourlette puissent ne rien évoquer. Plus difficile encore d’accepter qu’on ait jamais pu mettre les pieds à Mons. Parce que Mons, pour un Montois, c’est le centre du monde. Cet article explore la richesse du Doudou de Mons, une fête populaire ancrée dans les traditions ancestrales, ainsi que la thématique du "doudou" de l'enfant, objet transitionnel par excellence, à travers le prisme de la chanson et de la psychologie infantile.

La Ducasse de Mons : Plus qu'une Fête, une Identité

Ayant lieu durant le weekend de la Trinité, cette fête populaire basée sur des traditions ancestrales est marquée par la procession des reliques de Sainte-Waudru, patronne de la ville, et par la reconstitution symbolique du combat de Saint-Georges contre le dragon. Sans être de la région, je n’avais que vaguement entendu parlé d’elle. Je me souvenais de quelques images aperçues dans un JT ou d’un ami à l’univ qu’on traitait volontiers d’inconscient parce qu’il interrompait son blocus à quelques jours des examens pour aller faire la fête dans sa ville. Il était temps que j’y mette les pieds pour tenter de comprendre la ferveur des Montois à chaque évocation de leur Doudou.

Immersion au Cœur de la Fête

« C’est mon berceau, j’ai le sentiment d’être issu charnellement de ce territoire. C’est le samedi en fin d’après-midi que j’ai retrouvé Pierre, à hauteur de la rue des Trois Boudins. Joueur du tambour dans la procession et puis dans l’orchestre qui accompagne le combat, Pierre est né et a grandi à Mons. « C’est mon berceau, j’ai le sentiment d’être issu charnellement de ce territoire ». Le Doudou, ça fait 15 ans que Pierre y participe activement et chaque année c’est le même rituel, la même effervescence « La semaine qui précède la Ducasse, je suis incapable de faire quoi que ce soit » me confie-t-il. On marche en direction de la Grand’Place. Celle-ci est remplie de stands et de bars. Pierre m’offre ma première bière et me présente à ses amis : « C’est ma chambourlette ». Je ne sais pas si je dois me sentir insulté mais il me rassure. « C’est le nom qu’on donne aux non-Montois qui viennent au Doudou pour la première fois. » On trinque tous ensemble « Bonne Ducasse ! J’observe cette cité médiévale pleine de dédales et de maisons anciennes. Si dans le reste du monde, c’est à Noël ou à Halloween qu’on sort les décorations, à Mons, c’est pendant ce weekend de fête. Le combat de Saint-Georges contre le dragon, dit Lumeçon, est partout : en figurine dans les vitrines, imprimé sur les t-shirts, dans les produits dérivés des vendeurs ambulants. Chapeaux effet épines de dragon, boucles d’oreilles ou bavoirs pour bébé, ce weekend, il faut être « doudou ». Le folklore local est profondément ancré et fait le lien entre tous les Montois. Un type essaie de me vendre un foulard rouge et blanc, couleurs de la ville. À ce moment, à côté de nous un fût de bière explose et gicle comme un geyser, arrosant tout le monde. Me voici baptisé. « C’est bon, tu peux venir à la messe maintenant !

Sainte-Waudru et le Rituel de la Châsse

Il est presque 20h et la collégiale est bondée. Cela fait plusieurs heures que les gens attendent, gardant leur place comme des cerbères. Cette grande église gothique fut érigée en l’honneur de Sainte-Waudru. Fondatrice et patronne de la ville, cette femme du 7ème siècle est celle à qui l’on dédie ces jours de Ducasse. Sans elle, Mons n’aurait jamais existé. Alors on la respecte et on la considère comme une amie. Différents personnages costumés se succèdent dans la nef alors que l’orgue rythme les temps forts de la célébration de son souffle puissant. Sur le visage des enfants se lit une excitation mêlée d’appréhension. Personne n’oserait faire le malin alors que doucement la « châsse » (ndlr : reliquaire contenant le corps de la Sainte) est descendue du socle où elle trône habituellement. À la fin de la cérémonie, les gens se jettent littéralement dessus. Il faut la toucher, la caresser, l’embrasser pour certains. Jamais je n’avais vu une telle dévotion en Belgique. Relevant plus de la superstition que de la bigoterie, cet élan commun et ludique est émouvant. Il est précieux de pouvoir jouer le jeu de l’enchantement et de se laisser aller à lui. « Tu veux bien me prendre en photo avec Waudru ? » Le couple pose et sourit, je clique. On se prend en selfie devant les os de la Sainte, on frotte des mouchoirs sur les reliquaires pour en faire des amulettes porte-bonheur. Morte il y a 14 siècles, Waudru semble plus vivante que jamais. À mon tour, je pose la main sur le coffre en laiton doré, sait-on jamais.

La Montée du Car d'Or et la Tension Collective

Dimanche, 8h. Les places devant la collégiale sont déjà réservées. C’est là qu’à midi aura lieu la montée du Car d’Or. Ce char d’apparat conduira le reliquaire de Sainte-Waudru à travers la ville. C’est l’un des moments forts de la procession. « S’il ne monte pas, c’est un an de malheur qui s’abattra sur nous ». Dans les vestiaires, Pierre revêt son costume processionnel d’inspiration Renaissance. Avec son groupe, ils sont l’un des premiers à ouvrir la procession. « Mon plaisir c’est de regarder les gens dans les yeux, de leur donner le spectacle qu’ils attendent. » C’est vrai que ces coups de tambours ont quelque chose de solennel. Quand on les voit arriver, frappant en rythme au milieu de ce décor de rues moyenâgeuses, on a le cœur qui se serre. Les différents groupes défilent, processionnant de multiples reliques de saints à travers la cité. Mais c’est près de la collégiale que l’ambiance est la plus forte. Les gens se motivent pour la montée du Car d’Or. Encore et encore, ils chantent l’air du Doudou. C’est du titre de cette chanson que vient le nom affectueux de la Ducasse. Cet hymne glorieux, chanté en wallon, résonne à n’en plus finir et te rentre dans la tête que tu le veuilles ou non. De toute façon, il est impossible de ne pas se laisser aller à l’enthousiasme qui règne alors. Ça frappe dans les mains, ça crie. Et puis le Car d’Or arrive en contrebas de la collégiale et le temps semble se suspendre quelques instants. Les chevaux s’élancent au galop. Il faut que le car d’or arrive en haut de la pente. Pour le soutenir dans sa course, c’est toute une foule qui se joint à l’effort et court derrière lui. Lorsqu’il atteint son but, les gens explosent dans une joie délirante. Pourtant, il reste encore une inquiétude. Celle de savoir si Saint-Georges vaincra le dragon. C’est le deuxième temps fort de cette Ducasse.

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Le Lumeçon : Un Combat Symbolique

Le combat commence. Pour les vaillants compressés à la corde, tout peut alors être arraché : le crin de la queue du dragon, les vessies des Diables, les feuilles des Hommes Sauvages. Et lorsque la queue s’abat sur la foule, c’est toute la pression qui converge vers celle-ci, chacun tentant coûte que coûte d’en arracher le poil sacré, objet de toutes les convoitises. Les corps se serrent, les muscles se tendent. De mon balcon, j’ai l’impression d’être César regardant des gladiateurs. Heureusement, il règne également une vraie entraide qui génère un puissant sentiment d’appartenance collective. Ils sont dans cette galère ensemble et ils en sortiront victorieux. Après une demi-heure de combat, extrêmement bien scénarisé et riche en symboles, le dragon s’effondre. Saint-Georges a triomphé. La joie est totale : le bien a vaincu le mal, la lumière a anéanti les ténèbres. Comme un signe d’approbation, le soleil revient taper les nuques. Le public se jette dans l’arène pour ramasser tout ce qui aurait été laissé derrière par les acteurs. Chaque objet ayant participé au combat est sacré et serait porteur de vertus miraculeuses. Ceux qui ont tenus à la corde sont épuisés. Je suis impressionné par leurs chaires liquéfiées, leurs mines hagardes et leurs vêtements déchirés. Le combat les a mis en transe : transfigurés en pure énergie animale, leurs corps semblent avoir été possédés. Près de l’arène, je retrouve la mère de Pierre. Elle a récupéré du crin, offert par ceux qui sortaient de l’arène. Elle m’en noue gravement un brin autour du poignet. Me voilà moi aussi protégé. Ce poil, c’est la preuve tangible que le miracle a eu lieu : l’ordre a bien vaincu le désordre. On avance ensemble vers le kiosque où Pierre a joué durant le combat. « Alors, ça t’a impressionné ? » Oui, ça m’a fortement remué. Il sourit. Je regarde la place, ces familles rassemblées, ces amis qui trinquent, tous ces corps épuisés mais heureux. En cet instant, je veux bien y croire : Mons est le centre du monde.

Le Doudou de l'Enfant : Un Refuge Émotionnel

Qui n’a jamais eu de doudou ? Je crois que tout le monde en a déjà eu un dans sa vie. Un doudou qui était là, à tous les moments précieux de notre enfance (et parfois même durant notre vie d’adulte), qui nous a accompagné, aidé, aimé… Et que nous avons à notre tour choyé, adoré, transporté, baladé, engueulé… Et avec qui nous avons joué, chanté, parlé… Ce doudou c’est le compagnon de tous les enfants, celui qui les suit, qui les soutient, qui les rassure lorsque papa et maman ne sont pas là. Tout simplement qui est là lorsqu’ils se retrouvent tout seuls dans le noir au moment du coucher. C’est celui qui sent mauvais, mais qu’on n’a pas le droit de laver, sinon ce n’est plus notre doudou. Parfois on lui fait des misères en le prenant pour notre enfant ou notre parent et on lui fait jouer tous les rôles possibles et imaginables pour créer une relation, un jeu, une sécurité. Ce doudou, c’est notre seul refuge, le seul à qui l’on puisse parler de ce qui ne va pas, dire que papa et maman sont bien méchants de nous avoir punis ! Qu’il est gentil ce doudou, à supporter nos cris ! Qu’il est aimable ce doudou de supporter nos larmes qui le mouillent tout entier ! Si l’on regarde notre doudou, on voit tellement de choses ! Ce doudou, c’est aussi celui qui accepte que l’on le suce, qu’on le lèche, qu’on lui bave dessus. Et oui, le doudou supporte tout, c’est pour cela qu’il est notre meilleur copain durant notre enfance. Plus qu’un ami, c’est celui qui vous écoute et qui ne répétera jamais ce que vous lui avez confié, pas même à ses copains les peluches ! Il est toujours là, sauf quand maman nous a profondément TRAHI et a mis doudou dans la machine à laver ! Oh horreur ! Ce ne sera plus jamais mon doudou !

Le Doudou : Objet Transitionnel et Développement de l'Enfant

En tant que professionnel de la petite enfance, le doudou est quelque chose d’important à prendre en compte dans l’évolution de l’enfant, à tout âge. Il est parfois indispensable au bon développement de l’enfant. En tant que future auxiliaire de puériculture, je vais être amenée à accompagner des enfants qui ont un doudou et qui à un moment donné de leur vie vont sentir ce besoin de l’avoir près d’eux. Je pense qu’il est important de laisser un enfant avoir un doudou, d'autant en situation de soin, et qu’en tant que professionnel de la petite enfance, nous sommes là pour l'accompagner, le rassurer et le faire évoluer, avec ou sans doudou !

La Chanson "Est-ce que les doudous vont au ciel ?" : Une Réflexion sur la Mort et l'Enfance

Je suis tombée sur la chanson de Cendrio, s’intitulant « Est-ce que les doudous vont au ciel ? » et j’ai eu envie de la partager. La question « est-ce que les doudous vont au ciel ? » soulève plusieurs questionnements. Elle permet de se positionner sur ce qu’est le doudou en lui-même, à quoi il sert et pourquoi il est si important pour les enfants et même les adultes. Pourquoi nous avons tant de mal à nous en détacher ? Mais cette question fait également écho à une autre thématique que développe Cendrio dans sa chanson : celle de la mort. La mort du doudou ? La mort de l’enfant ? La mort de l’ENFANCE ? Lorsque le doudou est perdu par un enfant, ou lorsqu’il décide tout simplement de ne plus s’en servir en tant que tel, n’est-ce pas une forme de séparation, voire même de deuil ? Est-ce que les doudous vont au ciel ? Les retrouverons-nous lorsque nous mourrons nous aussi ? La chanson de Cendrio reflète bien ces questionnements et il reprend tous les sujets que j’ai abordé en début d’article : leur odeur, leur amour, la séparation…Il est bien difficile de faire face à cette séparation et on le voit bien : lorsque l’enfant a perdu son doudou, ou qu’il l’a tout simplement oublié chez papi et mamie, ou chez le copain ! La mort du doudou ? La mort de l’enfant ?

Ce qui me plaît aussi dans cette chanson, c’est que l’on se rend compte que, même en étant adulte, si notre doudou revenait, on le reprendrait comme avant ! C’est ce que dit le chanteur,"Je laisse toujours ma fenêtre ouverte des fois qu’il voudrait reparaître" ! Bien que le fait de parler du ciel pour les doudous soit une façon de parler de la mort de celui-ci, il y a toujours l’espoir de le retrouver un jour, ce qui, pour moi, fait écho au fait que nous retrouvons les personnes lorsque nous allons au ciel. Le doudou de la chanson ne serait-il pas en fait une façon de dire « un jour, nous retrouverons les personnes mortes ? » Finalement, si on a l’impression au premier abord que cette chanson est triste, je la trouve plutôt joyeuse et avec une fin heureuse puisque l’on se rend compte que nous retrouverons notre doudou ! Magique !

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Cette chanson m’a fait réfléchir sur un sujet que je ne pensais même pas aborder en écrivant cet article ! La mort et, au-delà, la mort d'un enfant… En effet, lorsque j’ai recherché sur internet « Est-ce que les doudous vont au ciel ? » afin de vous donner le lien de ce clip, je suis tombée complètement par hasard sur un autre lien, auquel je ne m’attendais pas. Peut-être que certains d’entre vous l’ont déjà vu. Il s’agit d’un documentaire daté de 2011 et réalisé par Bernard Dal Molin et Michèle Dal Molin. Ce petit film qui s'intitule également "Est-ce que les doudous vont au ciel", d’une durée de 52 minutes, retrace l’expérience de quatre familles lors du décès de leur enfant à la suite d’une maladie. C’est un documentaire poignant et très émouvant qui nous permet de voir, du point de vue des parents, comment vivre l’accompagnement dans la maladie et dans la mort de son enfant. Je fais le lien avec la chanson de Cendrio qui, de la même façon, parle d’une mort certaine, d’une séparation, d’un combat mené dans la vie, par les enfants, par les parents.

Au-delà du Doudou : Musique Zeuhl et Autres Combats

L'article s'étend brièvement sur le concept de la musique Zeuhl, un genre musical complexe et souvent associé au groupe Magma. Bien que distincte de la thématique principale du Doudou, cette section souligne la diversité des expressions culturelles et des "combats" artistiques.

La Zeuhl : Un Univers Musical à Part

« Comment cela ? Je ne suis pas au courant de cela. » Telle fut la réponse, cinglante, sans appel et un brin roublarde, de Christian VANDER, fondateur du groupe MAGMA, à une question posée lors d’un entretien-fleuve (publié dans le numéro d’automne 1994 de feu Crystal Infos) et qui portait sur sa connaissance d’un mouvement musical zeuhl en France. Et pourtant, en France, surtout dans les années 1970/1980, bon nombre de groupes ont été affublés de l’étiquette « zeuhl » parce qu’ils ont peu ou prou exploité des caractéristiques esthétiques propres à la musique de MAGMA. Mais faut-il voir en la zeuhl un simple style de musique ? Dans ce même entretien accordé à Crystal Infos, Christian VANDER a rappelé que « MAGMA, c’est MAGMA, mais la zeuhl c’est encore autre chose » et que si musique zeuhl il y a, celle-ci « n’a jamais encore été jouée », balayant ainsi d’un autre revers de baguette tout lien entre l’œuvre vandérienne et les émules qu’elle a engendrés. Selon VANDER, le terme zeuhl désigne en effet « une sorte de matériau en vibration qui aurait mémorisé tous les sons et tout ce que l’on peut capter ou concevoir… ». Des rééditions de disques de groupes français labellisés zeuhl, effectuées par les labels de pointe Musea et Soleil Zeuhl, sont venues à point nommé pour mettre en évidence toute la complexité du débat sur la légitimité ou non de cette descendance à se faire passer pour les « enfants de la zeuhl ».

À la base, il faut rappeler que le terme « Zeuhl » a été inventé par Christian VANDER. Par ce terme, ce dernier définissait moins un style musical qu’une « une sorte de mémoire cosmique en relation avec l’univers, qui aurait mémorisé tous les sons existants dans les profondeurs de notre esprit » (sic). Musique du cosmos, musique céleste, musique des sphères… la Zeuhl a une dimension panoramique et, dans l’esprit de VANDER, ne peut en aucun cas être rangée dans une boîte.

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