Votre enfant a grandi et a franchi diverses étapes de développement, toutes plus importantes les unes que les autres. À 6 ans, un enfant entre dans une période charnière de son développement. Il n’est plus tout à fait un petit, pas encore un grand. Cette période correspond à ce que l'on appelle la « période de latence » : l'enfant n'est plus un tout-petit, il continue de grandir et de se construire mais il n'est pas encore arrivé au stade des grands bouleversements de l'adolescence. C'est également la période de « l'âge scolaire » : la vie en groupe y prend une importance croissante.
Développement émotionnel et social : trouver sa place dans le monde
Dès l'âge de 6 ans, l'enfant entre dans une phase où les émotions et les frustrations sont censées être mieux gérées, les pulsions du corps laissant désormais la place au cognitif : la possibilité d'entrer dans l'apprentissage scolaire. Libéré par toutes ces pulsions, il est désormais suffisamment en paix pour se concentrer, rester en place, à un pupitre, pendant de longues minutes, sans gigoter, enregistrer les dires de l'instit sans être perturbé par l'entourage.
En effet, la période des 6-11 ans est celle que nous voyons le plus en cabinet. C'est oublier que cette même période est celle de la sociabilisation, non pas celle de bébé auprès d'autres enfants, mais celle de l'enfant dans sa vie sociale. Il s'agit dès lors ici de trouver sa place dans le monde (des enfants). Dans son foyer, il est le centre du monde. Il s'est créé une image idéalisée de lui pour traverser sa petite enfance avec tous les renoncements et acquisitions qu'elle comporte. Il est Spiderman, Batman et parfois Hulk. A l'école primaire, il va rencontrer ou retrouver d'autres Spiderman, Batman et beaucoup de Hulk et il va devoir apprendre à en tenir compte. Non, là, il n'est pas le centre du monde. Il va devoir apprendre à faire avec les autres.
Désormais, sa vie sociale est à l'extérieur de la famille. Les prémisses de la maternelle deviennent la priorité en primaire. L'empathie, la compassion, tenir compte des désirs des autres et non plus uniquement des siens. La pudeur aussi. Car là aussi, il y a du changement. Il parle peut-être moins, conserve des secrets, ment parfois ou n'a plus envie de partager autant avec vous. Il préfère parfois, souvent, partager avec son/sa meilleur(e) ami(e). Il ne veut plus que vous l'accompagniez jusqu'à la grille, ne veut plus non plus vous tenir la main. Il ne faudrait pas qu'il soit vu dans une posture de petit enfant par d'autres. Votre enfant a quitté la petite enfance, il devient grand.
Ce n'est peut-être pas facile pour certain(e)s d'entre vous de le voir grandir, avec cette ambivalence de sentiment, car vous êtes fier(e)s de lui et de ses nouvelles capacités cognitives. C'est le moment aussi où finalement on découvre s'il a des facilités, des difficultés aux apprentissages scolaires, s'il a des bons comportements avec les autres élèves et avec l'instit. Oui qu'il est difficile d'être enfant, d'être parent. Je vous disais que c'est l'âge où il y a le plus de consultations chez les psys pour enfants. Vers les 8 ans environ, nous voyons parfois une phase dépressive. L'enfant constate que cela devient compliqué, l'école, les autres enfants, des chagrins d'amitié, son ami(e) d'enfance joue avec des autres et plus avec lui… Et il croit, à tort, que c'était mieux avant.
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A 8 mois de vie, le bébé constate qu'il ne fait plus un avec la mère, grâce aux présences et absences de la mère. Il peut alors se vivre comme un être unique ce qui génère aussi une phase dépressive courte. Être unique, sorti de la mère, c'est avoir une vie, exister en tant que tel mais c'est aussi se sentir fragile, vulnérable. Le bébé fait le deuil de sa vie intra-utérine pour avancer vers sa propre existence. Et bien, l'enfant, vers les 8 ans environ, c'est pareil. Sa vie se fait de plus en plus hors du foyer (vie intra-utérine), ce qui lui confère un début d'identité en dehors de ses parents. Il existe en dehors d'eux. Mais aussi, cela génère un sentiment de fragilité et de vulnérabilité.
Comment accompagner votre enfant ?
Comment l'accompagner ? Comment l'aider à sortir de la petite enfance, à devenir lui-même, à gérer ses peurs, ses doutes, sa nouvelle posture sociale ? En lui faisant confiance. Tout se joue avant 6 ans ? Non pas tout mais vous avez su, je n'ai aucun doute, lui donner des bases d'amour, de sécurité et de confiance en soi. Le regarder avec ce regard confiant, l'écouter dans ses péripéties quotidiennes sans les minimiser, lui raconter même vos souvenirs d'enfance avec les difficultés et solutions que vous aviez trouvées, voir avec lui quelles solutions il pourrait mettre en place, ne pas trop agir/interférer dans sa vie sociale qui se déroule, je le répète, désormais en dehors de vous, savoir ne pas être envahissant avec nos questions perpétuelles (ah qu'il est difficile de ne pas savoir), savoir aussi « écouter » son langage non verbal, ses postures, ses attitudes qui démontrent s'il se sent bien ou non. Et surtout, croire en ses capacités de faire face, qu'il saura traverser des possibles difficultés et l'aider lorsqu'il nous le demande ou que cela devient trop perturbant. Il doit pouvoir croire en l'adulte que vous êtes, que les adultes sont là pour aider les enfants tout en les laissant vivre leur vie d'enfant.
Développement intellectuel : l'âge de l'apprentissage et de la logique concrète
À 6 ans, les capacités intellectuelles des enfants se précisent. Ils apprennent à lire, à écrire, à compter. L’imagination de l’enfant est débordante. Il prend plaisir à inventer, à se raconter des histoires… et même à mentir. Il consacre une grande partie de son énergie aux apprentissages scolaires. Durant cette période, le cerveau est en constante construction : l'enfant ne pourra pas tout apprendre et comprendre en même temps, mais cela viendra progressivement avec du temps, de la manipulation et des explications.
Vers 7/8 ans, il va intégrer la notion de conservation : il va ainsi comprendre que deux quantités égales demeurent égales malgré une transformation apparente du moment que rien n'a été enlevé ou ajouté aux deux quantités en question (exemple : il va admettre qu'il y a autant d'eau dans un bac plat rectangulaire que dans une colonne, car rien n'a été enlevé ou ajouté). C'est le stade des opérations concrètes (puis formelles, d'environ 11 à 19 ans) où il apprend à manier les idées : il commence à utiliser une pensée logique seulement en situation concrète. Dans ce stade du développement cognitif, les enfants ne sont pas encore capables d'utiliser la pensée abstraite : appliquer leurs connaissances sur un thème qu'ils ne connaissent pas leur est encore compliqué. Pour pouvoir raisonner correctement et efficacement, ils ont besoin de manipuler. Ils posent beaucoup de questions : ils veulent comprendre les choses.
La théorie de Piaget et le développement cognitif
Jean Piaget a orienté ses recherches vers la construction de l’intelligence fondée sur le prolongement de l’adaptation organique sur le plan mental. « Tout individu est doté d’une structure interne qui tend à s’adapter au milieu environnant ». L’intelligence n’est pas innée, elle se construit lorsque l’enfant développe des schèmes (unités élémentaires de l’activité intellectuelle qui organise une action comme tirer, pousser…). Puis il réalise des opérations (classer) qui permettent d’approcher puis de concevoir l’abstraction lorsque les schèmes sont acquis. Les actions sont donc extériorisées puis intériorisées.
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Dans cette théorie constructiviste, l’évolution des individus est universelle et l’organisation cognitive propre à chaque période est intégrée selon un « emboîtement hiérarchique » à la période ultérieure. Durant la période préopératoire, l’enfant se sert de ses représentations mentales pour évoquer les objets absents grâce au langage et au dessin. Dans les espaces de jeu aménagés en classe (dînette, jeux de construction, marchande, déguisements…), il transforme le réel, communique, invente, imite, représente, agit… Ces jeux symboliques incarnent des moyens d’adaptation intellectuelle et affective. Les connaissances se construisent par confrontation avec une nouvelle situation. Les connaissances se construisent sur des connaissances antérieures. Il est donc nécessaire de tenir compte des représentations des élèves pour s’en servir comme point d’appui ou découvrir si elles ne font pas obstacle.
Développement physique et moteur : coordination et autonomie
Les enfants de 6 ans deviennent plus agiles. Ils courent, grimpent, nagent, font du vélo, et développent leur coordination. C’est aussi le moment où les dents de lait tombent. Petit bonus : un enfant de 6 ans peut attacher ses chaussures, plier ses vêtements et mettre les bons souliers au bon pied.
En ce qui concerne son développement moteur : l’enfant est beaucoup plus habile et coordonné dans ses mouvements, et il va continuer à progresser et à se perfectionner. La force s'accroît considérablement durant cette période et les enfants (surtout les garçons) aiment se confronter aux autres, se mesurer à des « rivaux » (avec un goût prononcé pour les jeux violents). La rapidité, la précision et l'endurance vont également se développer d'une manière très marquée et se manifester dans les jeux de compétition. Concernant le dessin, les représentations sont plus réalistes et l'enfant apprend petit à petit à respecter les perspectives et les proportions. C'est une période où les enfants grandissent plus vite et où apparaissent les premiers signes de la pré-puberté. Il est en mesure de tenir en équilibre sur un pied pendant quelques secondes. La latéralité s’établit. Il sait dorénavant se contrôler.
Développement du langage : un vocabulaire en expansion
À cet âge, le langage explose : l’enfant enrichit son vocabulaire, structure ses phrases, comprend mieux les nuances, l’humour, voire le sarcasme. Cette progression est essentielle pour les apprentissages scolaires, mais aussi pour renforcer sa confiance en soi. L’enfant possède un vocabulaire de plus de mille mots. Il est capable de suivre une histoire sans image, et de produire des demandes indirectes et des justifications. Il comprend par ailleurs les comparaisons et les différences. Ses phrases sont plus complexes et construites. Il marque aussi le temps et conjugue les verbes. L’enfant produit des énoncés de 5-6 mots et il comprend aux alentours de 2 500 mots.
La "crise des 6 ans" : affirmation de soi et besoin d'indépendance
Entre envies d’indépendance et besoin d’amour, l’enfant de 6 ans vit une période parfois éprouvante. Il ressent les choses intensément, mais ne sait pas toujours les exprimer ou les gérer. La fameuse « crise des 6 ans » est bien réelle. L’enfant peut devenir plus opposant, plus sensible, parfois plus fatigable. Il cherche à affirmer son identité : « C’est moi qui décide ! En anglais, on utilise d’ailleurs l’expression « Sassy 6 » pour décrire cette période de crise. Sassy signifie impertinent, culotté, voire insolent, mais dans un sens souvent affectueux. En français, on pourrait le traduire par « l’âge impertinent », ou parler d’un « petit insolent attachant de six ans ». Et cette ambivalence est tout à fait normale ! Elle reflète son chemin vers plus d’indépendance dans un monde encore insécurisant. Conseil d’expert : gardez votre calme, écoutez, nommez ses émotions et offrez-lui un cadre clair.
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Activités et jeux pour stimuler le développement cognitif
Le jeu, c’est le travail de l’enfance. Les jeux de rôle, les constructions, les activités créatives ou les jeux de plein air sont autant de moyens de soutenir son développement global. Grandir, à 6 ans, c’est éprouver beaucoup de contradictions : entre enfance et autonomie, entre le besoin de réassurance et l’envie de faire seul. Pour les parents, c’est souvent un défi.
Il est également primordial que les enfants puissent, durant cette période, s'ouvrir sur le monde qui les entoure et aller à la rencontre d'autres personnes (hors du cercle familial). L'enfant doit découvrir le monde et devenir autonome grâce à l'accompagnement de l'adulte.
Voici quelques exemples de jeux et activités à proposer aux enfants de 6 à 12 ans :
- Les grands jeux (jeux de piste, chasses aux trésors, cluedo, etc.), jeux de compétition (olympiades, rallyes, défis, etc.) et jeux de réflexion / logique (énigmes, charades, etc.).
- Les jeux coopératifs encouragent le travail en équipe, la pensée créative, la résolution de problèmes et permettent aux joueurs de réaliser que tout le monde peut gagner.
- Les activités sportives (jeux de ballon) et les jeux de baignade.
- Les activités de plein air (balades à la journée, camping, etc.) et de découverte d’un milieu (montagne, forêt, etc.).
- Les « ateliers cuisine » et autres activités dont l'objectif consiste à les responsabiliser dans les tâches de la vie quotidienne (top chef, un dîner presque parfait, etc.).
- Les activités manuelles et de bricolage (dessin, couture, bricolages avec objets de récup', customisation de vêtements, etc.).
- Les jeux de société qu’ils soient coopératifs, stratégiques, d'ambiance ou consacrés à la résolution d’une enquête. Grâce à eux, les enfants intègrent les notions de « vivre en groupe » : attendre son tour, écouter les autres, respecter des consignes précises, accepter de perdre, poursuivre le jeu jusqu'au bout, etc.
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