L'œsophagite est une inflammation de la muqueuse de l'œsophage, le tube reliant la bouche à l'estomac. Chez le nourrisson, elle est souvent liée au reflux gastro-œsophagien (RGO), mais peut aussi avoir d'autres causes. Bien que le terme médical puisse inquiéter, l'œsophagite n'est pas aussi fréquente qu'il n'y paraît et peut être traitée efficacement.

Comprendre le RGO et les régurgitations

Il est important de distinguer les régurgitations normales du RGO pathologique et de l'œsophagite. Le fait qu’un nourrisson régurgite correspond à une forme d’immaturité du fonctionnement du tube digestif et non de l’anatomie. Le bébé a des organes parfaitement formés, c’est un trouble fonctionnel. Même si les régurgitations peuvent être importantes, bien souvent, elles ne dérangent pas votre bébé, ne le font pas pleurer, ne gênent pas son sommeil ni sa croissance. La survenue de régurgitations ne signifie pas que votre enfant n’a pas digéré ce qu’il vient de manger, mais est liée à l’immaturité de sa fonction digestive, aux quantités ingérées, les positions ou l’agitation. Au fur et à mesure que le bébé grandit, la fonction digestive mature et les régurgitations tendent à diminuer pour disparaître aux alentours de l’âge de la marche.

Les régurgitations physiologiques sont des manifestations bénignes du RGO, même si elles paraissent inquiétantes aux parents, et ne relèvent d’aucun traitement médicamenteux.

Causes de l'œsophagite chez le bébé

Plusieurs facteurs peuvent contribuer à l'œsophagite chez le nourrisson :

  • Reflux gastro-œsophagien (RGO) pathologique: Les remontées acides de l'estomac irritent la muqueuse de l'œsophage, provoquant une inflammation. Une œsophagite : brûlure de l’œsophage par l’acidité gastrique et la pepsine (enzyme de l’estomac qui digère les protéines).
  • Préparation incorrecte des biberons: Une concentration excessive de lait en poudre peut irriter l'œsophage.
  • Ingestion de produits caustiques: L'ingestion accidentelle de produits ménagers, tels que l'eau de Javel, peut causer des lésions graves à l'œsophage. Une œsophagite peut découler d'un accident domestique grave, tel que l'ingestion d'un produit caustique qui dégrade, voire détruit, les tissus vivants, par exemple un produit ménager tel que l'eau de javel.
  • Allergies alimentaires: L'allergie aux protéines de lait de vache (APLV) peut provoquer une inflammation de l'œsophage.
  • Œsophagite à éosinophiles: Cette forme d'œsophagite est due à une réaction inflammatoire causée par un allergène. Une forme particulière est l'œsophagite à éosinophiles, du nom de cellules participant au processus immunitaire. Cette œsophagite se caractérise par une réaction inflammatoire due à un allergène. L’APLV est la plus fréquente chez le nourrisson et va nécessiter un régime d'éviction spécifique pour traiter cette œsophagite.
  • Facteurs liés à l'alimentation: Un bébé doit boire 130 à 150 ml / kg de lait par jour pour subvenir à ses besoins énergétiques. À ce rythme, l’estomac du nourrisson est tellement distendu qu’une partie du lait fait obligatoirement pression sur le sphincter responsable de RGO. Et qui dit régurgitation dit, parfois, régurgitation de liquide gastrique acide par la même occasion.

Symptômes de l'œsophagite chez le bébé

Les symptômes de l'œsophagite peuvent varier d'un bébé à l'autre. Il est important de noter que toutes les régurgitations ne sont pas des symptômes d'œsophagite. Autrement dit, un bébé qui régurgite et qui pleure en prenant son biberon ne signifie pas qu’il est atteint d’une œsophagite. Cependant, certains signes doivent alerter les parents :

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  • Ralentissement de la croissance: Le bébé a du mal à s'alimenter et ne prend pas de poids correctement. Votre bébé présente un ralentissement de la croissance, du fait d’une gêne importante à l’alimentation et d’une diminution des rations bues.
  • Pleurs fréquents pendant les biberons: Le bébé semble souffrir pendant les repas. Il pleure souvent pendant les biberons et a des troubles du sommeil.
  • Troubles du sommeil: L'inconfort lié à l'œsophagite perturbe le sommeil du bébé.
  • Problèmes respiratoires: La survenue ou l’aggravation de maladies respiratoires par micro-inhalation directe de liquide gastrique dans les bronches : bronchiolites à répétition, bronchites à répétition, asthme du nourrisson, etc.
  • Problèmes ORL: La survenue ou l’aggravation de maladies ORL : aggravation d’un stridor congénital. A noter que le stridor congénital est souvent bénin, mais dans certains cas, un RGO pourra aggraver le stridor et nécessiter une prise en charge médicamenteuse. Le stridor est un bruit rauque survenant à l’inspiration et particulièrement audible lors des tétées et des pleurs. Le RGO pourrait être responsable de pharyngites gênantes à répétition avec difficultés alimentaires, d’otites à répétition ou otites chroniques séro muqueuses, etc.
  • Présence de sang dans les régurgitations: C'est un signe important qui nécessite une consultation médicale rapide. Le symptôme majeur, qui amène le plus souvent les pédiatres à soupçonner fortement une œsophagite, est la présente de sang (même sous forme de traces) dans les régurgitations du bébé.
  • Difficultés à s'alimenter: En cas de RGO sévère, l’enfant peut refuser de se nourrir.
  • Pleurs : L’enfant peut être irritable ou pleurer de manière inexpliquée, notamment après la prise d’un biberon ou d’un repas.

Diagnostic de l'œsophagite chez le bébé

Le diagnostic de l'œsophagite repose sur plusieurs éléments :

  • Examen clinique: Le médecin évalue les symptômes et l'état général du bébé. Le diagnostic du RGO repose principalement sur l’observation des symptômes par les parents et l’évaluation clinique par un médecin.

  • Observation des symptômes: Les parents jouent un rôle essentiel en décrivant les symptômes observés chez leur bébé.

  • Examens complémentaires: Dans certains cas, des examens peuvent être nécessaires pour confirmer le diagnostic et évaluer la gravité de l'œsophagite.

    • pH-métrie: Cet examen mesure l'acidité dans l'œsophage pendant une période de 24 heures. existe-t-il un RGO ? La pH-métrie1 est l’examen de référence. le reflux est-il responsable de la pathologie et des symptômes observés ? La pH-métrie apporte la réponse si le tracé montre que les chutes du pH œsophagien (par remontée acide de l’estomac vers l’œsophage) sont en relation directe avec les symptômes observés (toux, pleurs, malaise).
    • Endoscopie oesogastroduodénale: Cet examen permet de visualiser directement l'œsophage et de prélever des échantillons pour analyse. existe-t-il une œsophagite ? L’endoscopie oesogastroduodénale3 permet le diagnostic direct des lésions inflammatoires d’œsophagites. À l’aide d’appareils prévus pour l’enfant, et avec une petite caméra, on regarde si l’œsophage en effet contient de petites zones d’ulcérations. Si le ou la pédiatre soupçonne une œsophagite, et dans certaines situations spécifiques, il ou elle peut demander la réalisation d'une endoscopie (ou fibroscopie) pour observer directement l’œsophage à l’aide d’une petite caméra. Il s’agit toutefois d’un geste invasif dont la balance bénéfices-risques doit être bien évaluée en amont. L’endoscopie est réalisée sous anesthésie générale. Des prélèvements peuvent également être effectués pour analyse.

Traitements de l'œsophagite chez le bébé

Le traitement de l'œsophagite dépend de la cause et de la gravité de la condition.

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  • Mesures hygiéno-diététiques: Ces mesures sont essentielles pour réduire les régurgitations et protéger l'œsophage. En cas de reflux gastro-œsophagien chez le nourrisson, les mesures hygiéno-diététiques constituent le premier traitement recommandé. Elles consistent à adapter l’alimentation et les habitudes quotidiennes de votre bébé pour limiter les remontées acides.
    • Préparation des biberons: Respectez les doses recommandées et assurez-vous que le lait est bien dissous. bien préparer les biberons : respectez les doses recommandées par votre sage-femme ou votre médecin. Soyez vigilant au moment de la préparation : commencez par verser la bonne quantité d’eau dans le biberon (30 ml d’eau par dose de lait infantile), et ajoutez ensuite progressivement la poudre dans l’eau.
    • Positionnement du bébé: Après le repas, maintenez votre bébé en position verticale ou semi-assise pendant une trentaine de minutes. adapter la position de bébé : après le repas, maintenez votre bébé en position verticale ou semi-assise pendant une trentaine de minutes (ne le couchez pas directement). Pour limiter la pression sur l’estomac, privilégiez également des vêtements amples (notamment autour du ventre). surélever légèrement (10 à 15°) la tête du lit.
    • Rot: Faites faire un rot à votre bébé après chaque repas pour éliminer l'air avalé. ne pas oublier le rot : que votre enfant soit nourri au sein ou au biberon, assurez-vous qu’il expulse bien l’air avalé après chaque repas (vous pouvez aussi faire des pauses pendant le biberon ou la tétée). Faire faire un rot systématique après chaque repas permet d’évacuer l’air avalé et de réduire la pression intra-abdominale.
    • Alimentation: Dans certains cas, le médecin peut recommander un changement de lait ou l'introduction d'aliments solides. Enfin, dans certains cas, le médecin peut recommander un changement de lait. Il n’est indiqué que dans les cas de reflux pathologique avéré, lorsque les mesures hygiéno-diététiques ont échoué et que le bébé souffre de complications. Si les reflux sont gênants pour l’enfant - et ont amené les parents à consulter -, le médecin commence par donner quelques conseils pratiques. S’il suspecte une intolérance ou une allergie aux protéines de lait de vache, le médecin peut aussi proposer aux parents d’essayer un lait spécifique (hypoallergénique, ou sans lactose), pendant deux à quatre semaines. Si cela ne suffit pas à réduire le RGO, il est possible d’épaissir le lait infantile (avec une poudre épaississante ou des céréales adaptées à l’âge de l’enfant), ou d’utiliser un lait anti-reflux. Le médecin peut aussi conseiller de commencer la diversification alimentaire (avec l’introduction d’aliments solides). Pour cela vous pouvez utiliser des spécialités vendues en pharmacie (Magic mix®, Gumilk®, Gelopectose®). les “laits AR“, plus épaissis, vendus exclusivement en pharmacie et faisant partie des denrées alimentaires destinées à des fins médicales spéciales (DADFMS) et donc soumis à une règlementation spécifique. Il existe 3 types de laits AR, soit par l’ajout d’amidon (plus de 2 g/100 ml), soit par l’ajout de caroube, soit par un mix des 2 épaississants. Les laits AR amidon peuvent entraîner une constipation modérée et les laits AR caroube plutôt un ramollissement des selles (et parfois une augmentation de l’émission de gaz).Les laits AR mixtes auraient moins d’effets secondaires. Au niveau des protéines, une forte proportion de caséine (80%) par rapport aux protéines solubles (C/PS) participe à la limitation des régurgitations.
    • Rythme des repas: Donner les repas très tranquillement en faisant des pauses pour faciliter les rots.
  • Médicaments: Dans les cas plus graves, des médicaments peuvent être prescrits pour réduire l'acidité gastrique et protéger l'œsophage. Le principal traitement de l’œsophagite dépend bien évidemment de la cause de cette pathologie. Le plus souvent, il s'agit d'un traitement médicamenteux, qui consiste en la prescription d'un médicament inhibiteur de la pompe à protons. La molécule se lie à cette pompe, qui est alors détruite, ce qui diminue la production d’acide dans l’estomac. Des médicaments anti-acides (des alginates comme le Gaviscon ® ou le Gel de Polysilane, notamment) peuvent également être prescrits, à la place ou en parallèle d’un inhibiteur de la pompe à proton, pour protéger l'œsophage en agissant comme un pansement gastrique.
    • Alginate de sodium (Gaviscon®): Ce médicament forme un gel visqueux qui limite la fréquence et le volume des reflux. L’alginate de sodium (Gaviscon®) : gel visqueux qui vise à limiter la fréquence et le volume de ce qui est reflué de l’estomac vers l’œsophage ; il permet aussi une atténuation des douleurs liées à l’acidité refluée en s’interposant entre la muqueuse œsophagienne et le liquide gastrique. Ce médicament est efficace (à condition de le donner avant les repas) et sans effets secondaires mis à part la possibilité d’une légère constipation.
    • Inhibiteurs de la pompe à protons (IPP): Ces médicaments réduisent la production d'acide dans l'estomac. Des inhibiteurs de la pompe à protons (IPP), comme l’oméprazole, prescrits uniquement sur avis médical en cas d’œsophagite sévère. La HAS rappelle que ces traitements doivent être utilisés avec prudence chez les nourrissons. les IPP: ésoméprazole (Inexium®), oméprazole (Mopral®), etc. Leur autorisation de mise sur le marché débute à 12 mois, donc chez le plus petit, ils seront prescrits hors AMM et donc après étude précise par le médecin des bénéfices / effets secondaires. Ne pas écraser l’IPP s’il est prescrit sous forme de granules contenues dans un sachet ou une gélule. L’utilisation prolongée d’un IPP sans diagnostic certain de RGO est déconseillée. Les effets secondaires des IPP, survenant dans plus de 14 % des cas, doivent être mis en balance avec leurs bénéfices. Ainsi ces médicaments doivent être utilisés pendant des durées limitées, et pas en première intention, et toujours associés aux mesures diététiques et de puériculture. Ce type de traitement sera arrêté en cas d’inefficacité après 1 à 2 semaines ou en cas d’effets secondaires.
    • Autres médicaments: Le dompéridone (Motilium® Péridys®), le métoclopramide (Primpéran®), la métopimazine (Vogalène®) sont de moins en moins utilisés car ils ont une efficacité très discutée et ne sont pas dénués d’effets secondaires…Les contre-indications sont importantes et la Dompéridone n’est plus du tout prescrite avant l’âge de 2 ans.
  • Traitement de l'APLV: Un lait spécifique (hydrolysat extensif de protéines du lait de vache ou hydrolysat de protéines du riz) pour les enfants allergiques aux protéines du lait de vache sera prescrit dans cette hypothèse pendant 2 à 4 semaines, Il s’agit d’un test diagnostique d’éviction, suivi d’une réintroduction.

Quand consulter un médecin ?

Il est important de consulter un médecin si votre bébé présente les symptômes suivants :

  • Régurgitations fréquentes et abondantes
  • Pleurs excessifs et irritabilité
  • Difficultés à s'alimenter et à prendre du poids
  • Troubles du sommeil
  • Problèmes respiratoires ou ORL
  • Présence de sang dans les régurgitations

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