Le cancer colorectal, qui englobe les cancers du côlon et du rectum, représente un problème de santé publique majeur en France. Il se positionne comme l'une des formes de cancer les plus fréquemment diagnostiquées, touchant aussi bien les hommes que les femmes. Comprendre cette maladie, ses symptômes, ses causes et ses facteurs de risque est essentiel pour améliorer le dépistage, la prévention et les traitements.
Qu'est-ce que le cancer colorectal ?
Le cancer colorectal se développe à partir des cellules qui tapissent la paroi interne du côlon ou du rectum. Le plus souvent, les tumeurs malignes proviennent d’une tumeur bénigne, appelée polype adénomateux, qui évolue lentement et finit par devenir cancéreuse. Ce développement anarchique des cellules fait suite à une mutation génétique.
Prévalence et Impact
En France, le cancer colorectal touche plus de 45 000 personnes par an et en tue près de 17 000. Il constitue la troisième cause la plus fréquente de cancer et la deuxième cause de décès par cancer. C’est la première cause d’hospitalisation pour cancer en France.
Symptômes du cancer colorectal
Les cancers colorectaux restent longtemps asymptomatiques. Ainsi, lorsque les symptômes apparaissent, ils sont souvent le signe d’une maladie déjà évoluée. Il est donc crucial de connaître les signes d'alerte qui doivent inciter à consulter un médecin généraliste ou un hépato-gastroentérologue :
- Du sang dans les selles (rectorragies)
- Toute modification récente du transit abdominal qui perdure (constipation ou diarrhée inhabituelles, présence de glaires)
- Des douleurs abdominales inhabituelles
- Des difficultés à exonérer
Diagnostic
Plusieurs examens permettent de diagnostiquer le cancer colorectal :
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- Le toucher rectal: Il permet de diagnostiquer un cancer du rectum s’il est situé à moins de 8 cm de l’anus. Il permet en particulier d’évaluer la taille d’une tumeur rectale et sa distance par rapport au sphincter.
- La coloscopie: La coloscopie a pour objectif de permettre au médecin de visualiser la muqueuse de la paroi intestinale du patient. La coloscopie classique consiste à introduire par l’anus, sous anesthésie générale de courte durée, un endoscope, qui est un tube souple muni d’une caméra vidéo et d’une pince permettant d’effectuer des prélèvements. L’examen ne peut être réalisé dans de bonnes conditions que si le côlon a été au préalable « préparé ». La coloscopie virtuelle par scanner ou coloscanner est proposée lorsque la coloscopie classique n’est pas conclusive ou pas possible : personnes âgées et/ou fragiles, contre-indication à l’anesthésie générale, crainte du patient, troubles de la coagulation… Elle ne nécessite qu’une préparation colique légère la veille de l’examen, dure une dizaine de minutes et est réalisée sans anesthésie. Bien que le coloscanner soit aujourd’hui très performant, il n’est pas aussi efficace que la coloscopie classique, en particulier parce qu’il ne permet pas de geste chirurgical. Quel que soit le type de coloscopie réalisée, c’est l’aspect des anomalies observées et l’analyse des prélèvements qui permet de confirmer ou d’infirmer le diagnostic de cancer colorectal. Afin de permettre une visualisation optimale des parois intestinales, il est important de nettoyer les intestins des matières qui s’y trouvent. Pour cela, deux jours avant l’examen, le patient doit adopter un régime sans résidus, c’est-à-dire sans fruits, sans légumes et sans viandes grasses. L’anesthésie générale pratiquée lors de la coloscopie permet que celle-ci soit indolore.
- Dosage de l’antigène carcino-embryonnaire (ACE): Une analyse appelée « dosage de l’antigène carcino-embryonnaire » (ACE) peut être prescrite dans le cadre du bilan d’extension. L’ACE est une protéine normalement présente dans l’organisme mais elle peut être produite en excès par certaines cellules cancéreuses. Ainsi, un taux normal d’ACE dans le sang n’exclut pas un cancer mais un taux anormalement élevé peut être corrélé à la présence d’une tumeur cancéreuse.
- Scanner: C’est une technique d’investigation utilisant les rayons X qui permet d’obtenir des images en coupes et en 3 dimensions de l’abdomen, y compris de l’intestin et du rectum, de la région pelvienne et du thorax. Réalisé de façon systématique, le scanner sert à bien repérer l’emplacement des lésions sur le tube digestif et surtout, à voir s’il existe des anomalies, même très petites, au niveau des organes voisins.
- TEP-scan: un TEP-scan (Tomographie à Émission de Positons) en cas de suspicion de cancer métastatique.
- Examen anatomopathologique et recherche de mutations génétiques: L’analyse par un anatomopathologiste du prélèvement réalisé par coloscopie permet de confirmer le diagnostic de cancer, mais aussi de connaître les caractéristiques de la tumeur : par exemple, si c’est un adénocarcinome et de quel type, mais aussi s’il est « bien différencié » ou « indifférencié », ce qui détermine sa rapidité d’évolution. De plus, on recherche aujourd’hui certaines particularités génétiques favorisant les tumeurs colorectales comme une mutation des gènes RAS ou BRAF ou encore une instabilité microsatellitaire (MSI).
Facteurs de Risque
Plusieurs facteurs peuvent augmenter le risque de développer un cancer colorectal :
Âge
Comme pour la plupart des cancers, l’âge est un facteur de risque important de cancer colorectal. Avant 40 ans, les cancers colorectaux sont rares. Le risque augmente à partir de 50 ans et s’accroît jusqu’à 80 ans. Il n’y a pas d’âge mais chez l’homme comme chez la femme, le risque de la maladie commence à s’élever à partir de 50 ans.
Facteurs Génétiques et Héréditaires
Dans 15 % des cas, le cancer colorectal survient dans un contexte de prédisposition familiale. Le risque est particulièrement accru lorsqu’un ou plusieurs proches au premier degré (père, mère, frère ou sœur) ont été touchés par cette maladie, surtout avant l’âge de 50 ans. Un facteur génétique existe dans principalement deux formes de cancers colorectaux : la polypose adénomateuse familiale (mutation du gène APC) et le syndrome de Lynch (cancers colorectaux héréditaires sans polypose (HNPCC, caractérisé par des anomalies sur des gènes (MSH2, MSH6 et MLH1, PMS2 et EPCAM) codants pour les protéines de réparation de l’ADN). Certaines maladies génétiques (polyposes adénomateuses familiales) qui entraînent un risque considérable de cancer (porteurs du gène muté). La polypose adénomateuse familiale, liée à la mutation de gènes (APC, MUYTH) responsable de l’apparition de centaines, voire de milliers de polypes colorectaux à l’âge adulte. Le syndrome de Lynch, ou cancer héréditaire du côlon sans polypose, se caractérise par des anomalies de gènes dont la fonction est de corriger des mutations conduisant au développement d’un cancer : on parle d’instabilité microsatellitaire (MSI).
Alimentation
Les facteurs de risque de cancer colorectal liés à l’alimentation sont les plus étudiés, donc les mieux connus des facteurs de risque de la maladie. Aujourd’hui, les recherches s’accordent sur le fait que la consommation de viande rouge (en particulier de boeuf), de viande transformée (par salaison, fumage…) et de charcuterie augmente le risque de cancers colorectaux. Elle ne devrait pas dépasser 500 g de viandes hors volailles - ce qui est pourtant le cas de 40 % des hommes en France - et 150 g de charcuterie par semaine. On estime qu’en 2015, 5 600 cas de cancers colorectaux pouvaient être attribués à la consommation de charcuterie. Concernant les facteurs nutritionnels augmentant le risque de cancer, le rôle délétère de la viande rouge et les charcuteries est consolidé selon l’INCa, avec un quart de la population exposée au risque de cancer colorectal qualifié de "convaincant" (≥ 500g de viande rouge/semaine et/ou ≥ 50g de charcuterie/jour). À l’inverse, les fibres contenues dans les céréales complètes diminuent le risque de cancers colorectaux, tout comme les produits laitiers, grâce au calcium qu’ils contiennent. Pour les aliments riches en fibres, leur capacité à diminuer le risque de cancer du côlon et du rectum est qualifié de « probable » par l’INCa (Institut national du cancer) en 2017 et de convaincante pour les américains (WCRF/ACR 2017-World Cancer reserch fund/American institute for Cancer Research).
Surpoids et Obésité
Le risque de cancer du côlon augmente régulièrement à partir du surpoids (IMC supérieur à 25 kg/m2). Il s’élève encore davantage en cas d’obésité (IMC supérieur à 30 kg/m2). Il est entendu que la part de graisse du corps compte plus que l’IMC, qui peut être élevé chez des sportifs. D’après une méta-analyse et des études de cohortes, le pourcentage d’augmentation de risque de cancer colorectal est estimé à 41% pour les individus présentant un Indice de Masse Corporelle (IMC) >30 kg/m², par rapport aux individus ayant un IMC < 23 kg/m². Elle est plus importante pour le cancer du côlon que pour le cancer du rectum. Dans la surcharge pondérale et a fortiori l’obésité, le développement de ces cancers est favorisé par l’inflammation systémique générée par le tissu adipeux (la graisse) par l’intermédiaire de substances pro-inflammatoires, de facteurs de croissance et d’estrogènes.
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Sédentarité
Un comportement sédentaire avec de longues stations assises est également un facteur de risque établi de cancer du côlon. À l’inverse, la pratique d’une activité physique diminue le risque de cancer du côlon : jusqu’à 40 à 50 % par rapport aux personnes sédentaires, en fonction de la régularité et de l’intensité de l’effort, une activité légère apportant déjà des bénéfices. Des études montrent un effet protecteur de l’activité physique, avec une réduction du risque de 40 à 50 % avec un effet dose-réponse (Simons, 2013 ; Boyle, 2012). Cet effet bénéfique semble être lié à l’accélération du transit intestinal réduisant l’exposition de la muqueuse digestive aux cancérogènes d’origine alimentaire. De plus, l’activité physique contribue de manière probable à diminuer le risque de prise de surpoids et d’obésité, eux-mêmes facteurs de risque de cancer colorectal. La sédentarité constitue ainsi des facteurs de risque du cancer colorectal.
Consommation d'alcool
La consommation de boissons alcoolisées est une cause convaincante de cancer colorectal. La consommation d’alcool augmente le risque de cancer colorectal à partir de 2 verres par jour, en particulier chez les hommes, et d’autant plus qu’elle est ancienne. Le vin, la bière ou les alcools forts sont concernés de la même manière.
Tabagisme
Des indications suffisantes de cancérogénicité chez l’homme (Groupe 1 du CIRC) ont été mises en évidence entre le tabagisme et les cancers colorectaux (Liang, 2009). Le tabagisme augmente modérément le risque de cancer colorectal, en particulier de cancer du rectum. Arrêter le tabac, qui augmente le risque de nombreux cancers.
Exposition à l'amiante
Plusieurs études suggèrent une association entre une exposition à l’amiante en milieu professionnel et la survenue de cancer colorectal, en particulier de cancer du côlon.
Dépistage
Le dépistage est le maître-mot dans le cancer colorectal. Avec près de 45 000 nouveaux cas et 18 000 décès par an, le cancer colorectal se place au troisième rang des cancers les plus fréquents et reste le second le plus meurtrier en France. Un paradoxe pour un cancer qui dispose d’un dépistage particulièrement efficace, avec la guérison de neuf cancers sur dix lorsqu’ils sont détectés à un stade précoce. 16,5 millions d’hommes et de femmes, assurés de 50 à 74 ans sont conviés tous les deux ans au dépistage du cancer colorectal. Chaque intéressé reçoit par courrier une invitation au dépistage, pris en charge à 100 % par l'Assurance Maladie. Malgré cela, seul un Français concerné sur trois se fait dépister et la situation ne semble pas s’améliorer. Avec un taux de 33,5 % sur la période 2016/2017, on est encore loin du seuil minimum de 45 % et du taux de 60 % "recommandé" en Europe. Tous les deux ans, l’Assurance Maladie invite les personnes âgées de 50 à 74 ans à commander gratuitement un kit de dépistage en ligne pour réaliser le test à domicile en toute simplicité. Ce kit peut également être obtenu auprès d’un médecin ou d’un pharmacien. L’examen est rapide, facile à effectuer et entièrement pris en charge.
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Niveaux de risque et dépistage
Trois niveaux de risque de développer un cancer colorectal existent : moyen, élevé ou très élevé. Avant l’âge de 50 ans, le risque étant faible, il n’est pas question de dépistage. Passé cet âge, le risque est soit "moyen" soit "élevé". Sans symptôme ni antécédent personnel ou familial de cancer colorectal ou d’adénome colique avancé (polype > 1 cm) ni de maladie inflammatoire du côlon, le risque est qualifié de « moyen », c’est-à-dire un risque de 4 % de développer ce type de cancer. Globalement, 75-80 % des cancers du côlon surviennent chez ces personnes à risque « moyen ». Environ 15 à 20 % des cancers colorectaux surviennent chez des personnes à risque « élevé » et 5 % chez celles à risque « très élevé ». Le risque est qualifié d’« élevé » en cas d’antécédents familiaux avant l’âge de 65 ans et/ou personnels de polype ou de cancer colorectal. En cas d’antécédents familiaux de cancer colorectal, le risque individuel augmente avec le nombre de cas et leur proximité (parents au premier degré). Les sujets à risque élevé ou très élevé doivent avoir une coloscopie. Cet examen visuel du côlon par l'intermédiaire d’un endoscope introduit par l’anus est l’examen de référence pour le diagnostic des polypes et des cancers du côlon. Les sujets à risque moyen se voient proposer une recherche de sang microscopique dans les selles, et une coloscopie si cette recherche est positive. Avec la première génération de tests fécaux (Hemoccult®), il a été montré que le dépistage organisé réduisait la mortalité par cancer colorectal. Il est simple à réaliser et consiste à prélever chez soi un seul échantillon de selles au moyen d’un kit de prélèvement et à l'envoyer dans les cinq jours au laboratoire de biologie médicale indiqué. Les résultats sont obtenus dans les quinze jours. Elle est donc réservée aux personnes « à risque élevé » ou « à risque très élevé » et aux 4 % des personnes à risque moyen mais ayant un test de dépistage FIT positif. Elle est bien sûr indiquée chez les patients ayant des symptômes évocateurs d’une tumeur colorectale (voir signes d’alarme).
Traitement
Le traitement du cancer colorectal dépend du stade de la maladie, de la localisation de la tumeur et de l’état général du patient.
- Si le polype est trop volumineux, on procède à la résection chirurgicale de la partie du côlon où siège la tumeur. Selon l’analyse de la pièce opératoire et en l’occurrence si les ganglions sont touchés, une chimiothérapie adjuvante (postopératoire) est proposée.
- Dans le cas spécifique de la localisation rectale de la tumeur, lorsque celles-ci sont situées près de l’anus et donc difficile à enlever, une radio-chimiothérapie avant l’exérèse (dite néoadjuvante) est la règle. Vu le haut risque de récidive, la chirurgie du rectum doit être réalisée dans des centres experts à gros volume d’activité.
- Certaines métastases, en particulier hépatiques et pulmonaires, peuvent être traitées de manière curative par exérèse chirurgicale sous certaines conditions (nombre, taille, localisation), avec ou sans chimiothérapie. Lorsque c’est impossible, le traitement devient palliatif. Sa finalité est de faire régresser voire disparaître les métastases, sans pour autant envisager la guérison et d’améliorer le confort de survie et l’espérance de vie. Les thérapeutiques à disposition sont les chimiothérapies souvent associées aux thérapies dites ciblées car concentrées sur les cellules cancéreuses. Ces anticorps monoclonaux « anti-cancer » sont principalement le bevacizumab, le cetuximab, le panitumumab, chacun étant spécifique d’un mécanisme précis.
Un défi majeur dans le traitement des cancers colorectaux avancés est l’apparition de chimiorésistance, un phénomène où les cellules cancéreuses deviennent résistantes aux traitements.
Stomie
Une stomie est un orifice créé de toutes pièces afin d’évacuer les selles lorsque ça n’est plus possible par les voies naturelles. L’intestin est alors relié au ventre, les selles étant recueillies dans une poche collée autour de la stomie. La colostomie suite à l’amputation du rectum et une partie de l’anus est loin d’être systématique et le plus souvent temporaire. Cela concerne essentiellement les cancers du rectum trop proches de l’anus pour pouvoir rétablir la continuité du transit. Des colostomies sont aussi mises en place de façon temporaire à l’occasion de perforations ou d’abcès de l’intestin dans l’intention de protéger les sutures.
Recherche
Vanessa Dehennaut, Professeure des Universités et chercheuse au sein de l’équipe “Sénescence, fibrose et cancer” dirigé par Corinne Abbadie (CANTHER) étudie notamment le rôle d’une voie métabolique (la O-GlcNAcylation) dans l’induction et l’échappement à la sénescence des cellules cancéreuses coliques en réponse à la chimiothérapie.
Espérance de vie
Un peu plus de la moitié des personnes malades sont encore en vie 5 ans après le diagnostic. L’espérance de vie avec un cancer colorectal dépend principalement du stade de la maladie au moment du diagnostic, de la réponse au traitement et de l’état général du patient.
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