L'inscription de la liberté de recourir à l'interruption volontaire de grossesse (IVG) dans la Constitution française a suscité des débats passionnés et révélé des divergences profondes au sein de la classe politique. Si le texte a été adopté à une large majorité, le vote contre de certains parlementaires, notamment des femmes, interroge et met en lumière la complexité de la question de l'avortement.
Un vote contre l'IVG : des raisons multiples
Lors du Congrès à Versailles, le 4 mars, députés et sénateurs se sont prononcés sur l'inscription de l'IVG dans la Constitution. Le résultat fut sans appel : 780 voix pour, 72 contre et 50 abstentions. Parmi les 72 parlementaires ayant voté contre, près de la moitié étaient des femmes, une statistique qui peut surprendre au regard de la nature du texte, fruit d'un long combat pour le droit des femmes à disposer de leur corps.
Plusieurs arguments ont été avancés pour justifier ce vote. Certains parlementaires, à l'instar de Brigitte Micouleau, sénatrice LR, ont affirmé que l'IVG n'était pas menacée en France et qu'ils se battraient avec fermeté pour qu'elle soit maintenue si tel était le cas. Cet argument a toutefois été balayé par le ministre de la Justice lui-même.
D'autres ont justifié leur vote en soulignant que l'inscription dans la Constitution ne garantissait pas, dans les faits, l'effectivité de ce droit. Françoise Dumont, également membre des Républicains, avait avancé la même raison lors du vote au Sénat, estimant que « le constitutionnaliser ne facilitera pas l’accès des femmes aux soins, ce qui est le vrai problème ! »
La clause de conscience : un point de friction
Un autre argument avancé par certaines sénatrices et députées opposées au texte est la mise en danger de la clause de conscience des professionnels de santé. La sénatrice LR Chantal Deseyne a ainsi voté contre le texte, tout en se disant favorable à l'avortement. Elle craint que les groupes communistes, écologistes et LFI ne se battent pour la suppression de cette clause de conscience, garantie par l'article R4127-47 du Code de la Santé Publique.
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L'IVG : un droit menacé ?
Si l'IVG est légale en France depuis 1975, grâce à la loi Veil, son accès reste parfois difficile pour certaines femmes. Des freins persistent, comme le manque d'informations claires, les tentatives d'immixtion dans la décision des femmes, le manque de praticiens pratiquant l'IVG et le manque d'infrastructures.
Selon un baromètre Ifop pour le Planning familial publié fin septembre, plus de huit femmes sur 10 (82%) ayant avorté rapportent toujours l'existence de freins. Après la découverte d'une grossesse non planifiée, la première difficulté décrite par les femmes est de trouver des informations claires sur l'avortement.
En dépit de l'extension, en 2017, du délit d'entrave à l'information sur l'IVG aux sites internet, des groupes opposés à l'avortement continuent d'influencer, en ligne, les femmes cherchant des renseignements. Alors que la loi Veil garantit en théorie une liberté de choix, de nombreuses femmes décrivent des tentatives d'immixtion dans leur décision, en faveur ou en défaveur de l'avortement.
De plus, le manque de médecins volontaires et la fermeture de centres IVG ces dernières années rendent l'accès à l'avortement difficile dans certaines régions. Le délai moyen pour un premier rendez-vous avec un professionnel de santé en vue d'une IVG était de 7,4 jours en 2019, selon le ministère de la Santé, contre cinq jours recommandés par la Haute Autorité de santé. Pour respecter ce délai, certaines patientes sont obligées de se rendre à plusieurs dizaines, voire centaines, de kilomètres de chez elles. Chaque année, "entre 3 000 et 5 000 femmes" se rendent à l'étranger car elles ont appris leur grossesse trop tardivement ou n'ont pas réussi à trouver un rendez-vous à temps, pointe le rapport parlementaire de 2020.
Le tabou de l'avortement : un obstacle persistant
Cinquante ans après la loi Veil, l'avortement reste un sujet tabou dans la société française. De nombreuses femmes ayant avorté n'en parlent pas à leur entourage, par honte ou par peur d'être jugées. "Je n'ai pas dit à ma belle-mère que j'avais avorté. J'ai senti que c'était inabordable, elle n'aurait pas compris", raconte ainsi Julie, qui a recouru à une IVG en 2018, alors qu'elle avait déjà deux enfants. "Je me suis sentie, et me sens encore, honteuse, renchérit Salomé.
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Pour "arrêter de stigmatiser l'avortement par rapport aux autres actes médicaux", le Planning familial réclame, entre autres, "l'abolition de la clause de conscience spécifique sur l'IVG", explique Sarah Durocher. Cette dernière souhaite également l'organisation d'une nouvelle campagne nationale sur l'IVG et la contraception, alors que la dernière date de 2015.
Le témoignage de Brigitte Bardot et d'autres personnalités
Avant la loi Veil, les avortements se faisaient de manière clandestine, dans des conditions souvent dangereuses pour les femmes. De nombreuses stars ont été traumatisées par leur avortement à l’époque. D’autres ont failli y perdre la vie, comme Line Renaud, ou Brigitte Bardot.
Brigitte Bardot a raconté son avortement alors qu'elle était encore une adolescente, lycéenne, dans une interview à Rolling Stone, en 2014 : "J'ai cru mourir en apprenant ma grossesse. Je n'étais pas prête, je n'avais strictement rien à offrir à cet enfant".
D'autres personnalités ont également témoigné de leur expérience, comme Whoopi Goldberg, Lena Dunham, Nicki Minaj, Michelle Williams, Uma Thurman, Line Renaud, Valérie Damidot et Capucine Anav. Pour certaines, avoir recours à l’avortement était une nécessité. Trop jeunes, pas prêtes, elles ont choisi d’avorter et ne l’ont jamais regretté. “J’ai avorté quand j’étais jeune, et c’est la meilleure décision que j’aie jamais prise. Tant pour moi que pour le bébé dont je ne voulais pas et pour lequel je n’étais pas prête, sur le plan émotionnel, psychologique et financier”, a témoigné l’actrice Jameela Jamil qui milite pour ce droit.
L'IVG : un droit toujours menacé dans le monde
Constitutionnalisé en France, mais néanmoins attaqué de toutes parts, l’accès à l’IVG est un combat toujours d’actualité. A l’international, bien des exemples nous prouvent qu’un droit qui a été accordé peut être enlevé. Pourtant, les interdictions ou restrictions à l’accès à l’IVG n’ont jamais diminué le nombre d’avortements. En revanche, elles augmentent considérablement le taux de mortalité des femmes qui avortent. “Selon l’OMS, les avortements non sécurisés sont la troisième cause de mortalité maternelle à travers le monde, et chaque année, 7 millions de femmes sont hospitalisées suite à un avortement non sécurisé”, peut-on lire sur le site du Planing Familial.
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Café Joyeux : entre inclusion et accointances réactionnaires
Le Café Joyeux est une chaîne de coffee-shops qui emploie des personnes en situation de handicap. Si l'initiative est encensée pour son message de tolérance et de vivre ensemble, elle suscite également des interrogations en raison des accointances réactionnaires des fondateurs, Yann et Lydwine Bucaille Lanrezac.
Le couple est proche de la Communauté de l’Emmanuel, un mouvement catholique conservateur sur les mœurs, mais extrêmement libéral du point de vue économique. De plus, leur fonds de dotation, Émeraude Solidaire, a financé des organisations pro-vie et opposées à l’égalité des droits des couples homosexuels, comme Alliance Vita et la fondation Jérôme-Lejeune.
Si le Café Joyeux se garde bien d’aborder les questions politiques en public, ces accointances suscitent des critiques, notamment de la part du Collectif lutte et handicaps pour l’égalité et l’émancipation (CLHEE), qui dénonce un "handi-washing" et une façon pour les réseaux religieux de faire du prosélytisme.
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