L'infertilité, touchant un couple sur quatre en France, se définit comme l'incapacité d'obtenir une grossesse après douze mois de rapports sexuels réguliers non protégés. Parmi les causes d'infertilité, l'endométrite chronique, une inflammation continue de l'endomètre, joue un rôle non négligeable, particulièrement chez les patientes ayant connu des échecs répétés d'implantation embryonnaire ou des fausses couches à répétition. Dans 10% des cas d'infertilité, aucune cause n'est trouvée. Cet article explore le rôle de la biopsie de l'endomètre dans les protocoles de FIV, en mettant en lumière son importance pour le diagnostic et l'amélioration des résultats des traitements de procréation assistée.
L'Endométrite Chronique : Un Obstacle à l'Implantation Embryonnaire
L'endométrite chronique est une pathologie retrouvée chez jusqu’à 10% des femmes, bien que ce pourcentage soit beaucoup plus élevé chez les patientes ayant eu des échecs répétés d’implantation d’embryons ou chez les patientes ayant subi des fausses couches à répétition (10-67%). Souvent asymptomatique, elle peut se manifester par des douleurs pelviennes chroniques. Cette inflammation est provoquée par une réaction dans l’endomètre. Le diagnostic de l'endométrite chronique repose sur l'histopathologie de l'endomètre, nécessitant une biopsie pour analyse. La présence de plasmocytes, un type de cellule sanguine inflammatoire, est recherchée, avec l'aide d'un marqueur spécifique, le CD138. L'hystéroscopie peut également révéler des signes d'alerte, comme la présence de micropolypes.
L'endométrite chronique peut compromettre la réceptivité endométriale, un facteur clé pour l'implantation embryonnaire. Cette inflammation chronique provoque des changements immunitaires et empêche le changement nécessaire de l’endomètre de se produire pendant la fenêtre d’implantation, nous parlerions donc d’un endomètre avec sa réceptivité modifiée. Compte tenu de son impact sur les résultats des traitements de procréation assistée, la recherche de cette pathologie est essentielle chez les patientes présentant des échecs d'implantation répétés ou des avortements spontanés à répétition. Sa découverte nécessite un traitement antibiotique pendant 14 jours.
La Biopsie de l'Endomètre : Protocole et Objectifs
La biopsie de l'endomètre est un prélèvement de la muqueuse endométriale. Elle peut être réalisée soit par une biopsie endométriale dirigée lors d’une hystéroscopie, soit bien effectuer une biopsie de l’endomètre lors de la consultation médicale. La biopsie d’endomètre est réalisée par votre médecin de la reproduction en consultation. Elle est effectuée à l'aide d'une pipelle de Cornier, insérée dans l'utérus après une échographie par voie vaginale. Une fois la pipelle dans l’utérus, on active la tigelle d’aspiration et l’on fait un petit mouvement de va et vient dans l’endomètre pour aspirer ce dernier. L'acte dure environ une minute et peut provoquer des douleurs similaires à celles des règles. Le prélèvement est ensuite disposé dans un tube de RNAlater (fourni par MatriceLab).
Elle doit être réalisée en fenêtre d’implantation (qui débute après la fenêtre de transfert d’embryons). La date de la biopsie doit donc être programmée avec le médecin qui réalisera ce prélèvement car elle dépend pleinement de votre cycle. Il est conseillé de réaliser la biopsie en cycle substitué quelque soit la régularité de votre cycle. La biopsie sera réalisée après au moins 10 jours d’œstrogènes seuls et 7 jours d’œstrogènes et progestérone (ou entre 6 et 9 jours après le début de la progestérone). Le traitement vous sera prescrit par votre gynécologue. Les œstrogènes sont à commencer le 1er jour du cycle (1er jour des règles) Pour les personnes n’ayant pas de cycle votre médecin pourra vous prescrire de prendre la pilule pendant 1 mois (afin de recréer un cycle) puis de débuter les œstrogènes le 1er jour des règles. La biopsie peut néanmoins être réalisée en cycle naturel 8 à 11 jours après le pic de LH ou 9 à 12 jours après déclenchement par ovitrelle. Il est important de contrôler le cycle afin d’être sur de la bonne phase du cycle soit par dosage de la progestérone 48h avant la biopsie (>8ng/ml) , soit par dosage du pic de LH, soit par la date de déclenchement par ovitrelle. Ces éléments seront à communiquer sur le bilan à joindre avec le prélèvement. Si la biopsie n’a pas été faite selon les recommandations définies ci-dessus, l’analyse ne pourra être faite.
Lire aussi: Comprendre la biopsie endométriale après une fausse couche
Les prélèvements et les documents doivent être envoyés au laboratoire MatriceLab Innove par voie postale dans les enveloppes fournies ou par transporteur spécialisé pour les patientes ayant eu une hépatite guérie. Nous recommandons de faire un envoi rapide afin que la biopsie nous arrive sous 48h maximum. Un double de ce compte-rendu avec les éventuelles recommandations thérapeutiques sera adressé à votre médecin. La prochaine tentative de FIV peut être envisagée au plus tôt 2 mois après la biopsie (délai d’obtention des résultats + éventuel traitement préconisé) mais doit surtout être réalisée dans les 6 mois suivant la biopsie. L’état immunitaire utérin est susceptible de varier au cours de la vie et peut être influencé par de nombreux facteurs. Le présent profil immunitaire utérin est donc valide pour les 6 mois à venir en l’absence d’événement intercurrent majeur (intervention chirurgicale utérine, grossesse, infection pelvienne). Dans ce cas les analyses ne seront pas facturées. Il conviendra de reprendre rendez-vous avec votre médecin pour refaire une nouvelle biopsie en laissant passer un cycle complet.
Les objectifs de la biopsie sont multiples :
- Diagnostic de l'endométrite chronique : La biopsie permet de détecter la présence de plasmocytes, confirmant ainsi l'inflammation de l'endomètre.
- Évaluation de la réceptivité endométriale : Des tests comme le test ERA (Endometrial Receptivity Analysis) analysent l'expression de 238 gènes pour déterminer si l'endomètre est réceptif à l'implantation embryonnaire. Développé par le laboratoire Igenomix, le test ERA consiste à pratiquer une biopsie de l’endomètre et à analyser l’expression de 238 gènes. Quand les cellules entrent dans la phase de réceptivité optimale, les gènes s’activent ou se désactivent selon un code qui peut être déchiffré. Si le test est «réceptif», le transfert d’embryon aura lieu pendant le prochain cycle menstruel, au jour correspondant.
- Analyse immunologique de l'endomètre : Le test MatriceLab (UTIMPRO test) vise à mieux comprendre l’immunologie de l’endomètre pour repérer des biomarqueurs et proposer un traitement afin de rétablir l’équilibre utérin et favoriser l’implantation embryonnaire. Grâce à plus de 10 ans de recherche académique, nous avons développé un test diagnostic reposant sur l’analyse de plusieurs biomarqueurs. La détermination du profil immunitaire utérin de chaque patiente a pour but de comprendre les mécanismes ayant pu participer à l’échec d’implantation ou à la fausse couche. Sur la base de ces analyses, nous proposons aux médecins la stratégie thérapeutique la plus adaptée à chaque patiente. Il permet d'évaluer l'environnement immunitaire utérin et de personnaliser les traitements en conséquence. L’équipe MatriceLab poursuit ses travaux de recherche et développement pour lutter contre l’infertilité et accompagner les patientes et les couples dans leurs projets de vie.
Le Scratching Endométrial : Une Technique Complémentaire
De plus en plus de médecins ont recours à une technique nommée « scratch de l’endomètre », ou « scratching » pour optimiser les FIV. Comme son nom l’indique, il est question d’effectuer un « curetage » de la partie située à l’intérieur de l’utérus, où l’embryon est déposé dans le but de s’implanter. En règle générale, le scratching endométrial est pratiqué sur les patientes qui ont multiplié les traitements sans parvenir à déclencher une grossesse. Pour réaliser cette technique, le gynécologue fait usage d’une canule relativement fine et destinée à entrer dans la cavité utérine. Le scratching endométrial peut générer de légères douleurs, à l’image de celles engendrées par les menstruations. Grâce à la technique du scratching endométrial, il a déjà été observé de légères améliorations lors de l’implantation de l’embryon. Elle permettrait effectivement d’aider l’endomètre à s’activer grâce à l’activation des protéines qui s’y trouvent.
Le scratching endométrial consiste à provoquer une légère irritation de l'endomètre avant la FIV. Bien que les mécanismes exacts ne soient pas entièrement compris, on pense que cette technique stimule la libération de facteurs de croissance et améliore la réceptivité endométriale. Plusieurs études cliniques ont déjà permis d’observer des taux de réussite plus élevés dans le cadre des traitements pour les patientes qui subissent des échecs d’implantation.
Impact sur les Traitements de FIV et les Taux de Succès
La biopsie de l'endomètre, associée à des analyses ciblées, permet d'identifier des anomalies endométriales susceptibles de compromettre l'implantation embryonnaire. En corrigeant ces anomalies par des traitements adaptés (antibiotiques pour l'endométrite, modulation immunitaire), il est possible d'améliorer significativement les chances de succès de la FIV.
Lire aussi: FIV : comprendre la biopsie de l'endomètre
Une étude présentée par le docteur Nathalie LEDEE a montré que la personnalisation des soins basée sur l'analyse immunologique de l'endomètre permettait d'améliorer les taux de grossesse à terme et de réduire les fausses couches spontanées. Dans cette étude, 78,3 % des patientes présentaient une dérégulation de l’environnement immunitaire de leur endomètre. Elles ont donc bénéficié d’une personnalisation du soin adapté à leur situation : suractivation ou, au contraire, sous-activation des cellules « natural killer ». D’autre part, les auteurs de l’étude ont pu mettre en évidence une importante réduction des fausses couches spontanées. Avec la biopsie, elles étaient présentes à 18,5 %, contre 42,4 % auparavant.
Les résultats obtenus par MatriceLab sur une cohorte de 1811 femmes en échecs d’implantation embryonnaire en FIV-DO ou présentant des fausses couches à répétitions montrent également l'intérêt de l'analyse immunologique de l'endomètre et de la personnalisation des traitements. Chez ces femmes nous avons trouvé une dérégulation de l’environnement immunitaire dans 81,5 % des cas.
Précautions et Contre-indications
Il est primordial de prendre le temps de remplir correctement ces informations afin d’éviter tout retard dans le traitement des analyses et d’avoir un résultat personnalisé. Nous rappelons que tout envoi doit contenir les résultats négatifs des sérologies du VIH, de l’hépatite B et C datant de moins d’un an au jour de la biopsie. Ces résultats sont indispensables pour justifier du caractère non infectieux de l’envoi et pour que les analyses puissent débuter.
MatriceLab n’est actuellement pas habilité à recevoir ni traiter des prélèvements positifs pour le VIH, l’hépatite B et l’hépatite C.
Si le prélèvement n’est pas interprétable (mauvaise phase du cycle, quantité ou qualité insuffisantes..), les analyses ne seront pas facturées.
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Eviter l’envoi en fin de semaine ou veille de jours fériés.
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