Le développement moteur est un processus continu d’acquisition et d’évolution des fonctions du mouvement chez l’enfant, influencé par chaque expérience sensorielle et motrice. Comprendre et évaluer ce développement est crucial, surtout chez les nourrissons susceptibles de présenter des lésions cérébrales précoces. Cet article se propose d'explorer les étapes du bilan neuromoteur chez le nourrisson, son importance, ainsi que les interventions possibles en cas de troubles détectés.
Introduction au développement moteur
Le développement moteur se définit comme l’apparition et l’évolution des fonctions de mouvement au cours de la croissance de l’enfant. Chaque expérience que vit l’enfant génère une collection d’informations sensitives, sensorielles et de mouvements lui permettant petit à petit d’acquérir de nouvelles compétences motrices. Chaque acquisition motrice sert de base à la construction de l’acquisition suivante. Le développement moteur suit donc un processus d’acquisition globalement similaire d’un enfant à l’autre. De cette manière, on propose des échelles d’évaluations de la motricité en fonction de l’âge de l’enfant, afin de situer son évolution.
L'importance du bilan neuromoteur
L'examen cérébromoteur du jeune enfant tente d'appréhender l'ensemble des capacités motrices d'un enfant susceptible d'avoir des lésions cérébrales précoces. Il est pratiqué avec des objectifs différents en fonction de l'âge et des étapes de son évolution. Chez le tout-petit, il cherche à affirmer la normalité. Une fois franchie l'étape diagnostique, il précise les potentialités, les déficiences et les incapacités.
Le bilan kiné pédiatrique est un examen réalisé par un kinésithérapeute spécialisé dans la prise en charge des enfants. Cette évaluation vise à détecter d’éventuels troubles de développement moteur chez l’enfant, qui pourraient avoir des conséquences à long terme sur son développement.
Suivre le développement psychomoteur de son bébé amène à se poser bon nombre de questions : est-ce qu’il se développe normalement ? Que faire pour l’accompagner au mieux ? Le développement psychomoteur combine le développement psychique (intellectuel, comportemental, sensoriel, affectif) de l’enfant et son développement moteur (posture, motricité, coordination). À la naissance, le cerveau du nouveau-né n’est pas encore à maturité. L’hérédité, l’environnement, la qualité des relations de l’enfant avec son entourage… sont autant d’éléments qui vont conditionner son développement. La maturation neurologique s’effectuera d’autant mieux que le bébé évoluera dans un milieu stimulant et sécurisant.
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Les étapes du développement psychomoteur
Au cours des trois premières années de l’enfant, ses capacités psychomotrices se développent très rapidement. Il faut quand même garder à l’esprit que chaque enfant progresse à son rythme. Les étapes du développement psychomoteur du bébé évoluent progressivement avec son âge.
- De 0 à 4 mois: À sa naissance, le bébé possède des mouvements automatiques involontaires dits « archaïques ». Ce sont des réflexes qui apparaissent pendant la vie fœtale. Par exemple, le bébé serre très fort sa main lorsqu’on met un doigt dans sa paume. Ces réflexes innés disparaissent peu à peu jusqu’à l’âge de 2 mois. À cet âge, le petit possède ensuite des réflexes plus volontaires. Il s’intéresse de plus en plus à son environnement. Il tourne sa tête pour suivre des objets ou fait de vrais sourires en réponse à un adulte. Au cours du 1er mois, votre bébé distingue les contrastes. Il est sensible aux sons et reconnaît votre odeur quand vous le tenez contre vous. Il commence à « accrocher » et fixer son regard. Certains de ses mouvements sont des réflexes et involontaires. le réflexe d’agrippement est également très présent (= grasping). Votre bébé sert fortement vos index placés dans chacune de ses mains, au point que vous pourrez le relever en position assise. Dans un même temps, il n’est pas capable de lâcher volontairement ce qu’il a agrippé. Le réflexe de marche automatique et le réflexe de grasping ne préparent ni à la marche ni à la préhension volontaire : ils doivent même disparaitre pour que ces dernières se mettent progressivement en place. Au cours du 2ème mois, votre bébé commence à émettre quelques vocalises (aaa, eee…) exprimant son plaisir : ce sont ses toutes premières expressions langagières. Si vous lui souriez, il commence à vous sourire en retour : la meilleure façon d’accrocher son regard est de le regarder « les yeux dans les yeux ». Il peut également suivre des yeux votre doigt ou un objet si vous les placez à bonne distance de son visage et si vous le déplacez lentement. Il tient sa tête droite lorsqu’il est tenu dans les bras en position assise et suit du regard en tournant la tête et les yeux. Les périodes d’éveil sont plus fréquentes, il s’intéresse de plus en plus à son environnement, commençant à vous regarder de loin. Il découvre son corps et regarde ses mains qui s’ouvrent de plus en plus facilement. Pendant le 1er trimestre, votre bébé a besoin de contacts et de bercements sécurisants.
- De 4 à 8 mois: Les mouvements du bébé se coordonnent de mieux en mieux. Vers 5 mois, il sait se tourner sur le ventre lorsqu’il est couché sur le dos. Aussi, il peut tenir sa tête sans soutien et se tenir sur ses mains et ses bras lorsqu’il est posé sur le ventre. Vers 6 mois, le bébé apprend à se servir de ses mains et à ramper. Il est capable également de se tenir assis tout seul sans aide.
- De 8 à 12 mois: Après avoir pu explorer sa motricité au sol, pendant ces quelques mois, le bébé est prêt pour l’acquisition de la station debout. C’est le moment le plus attendu des parents. Mais, il ne faut pas se précipiter et laisser au bébé le temps qu’il faut pour se progresser. En général, un enfant commence à marcher entre 10 à 18 mois. Vers 9 mois, il connaît son prénom et tourne la tête lorsque quelqu’un l’appelle.
- De 12 à 18 mois: Vers l’âge de 12 mois, la motricité de l’enfant s’enrichit, ce qui lui permet d’explorer son corps avec plus d’efficacité. Il se perfectionne sur le plan psychomoteur. Non seulement il peut contrôler son corps et ses mouvements, mais il interagit également avec ses mouvements. Il est capable de mieux en mieux à tenir son équilibre et à maitriser la marche. Il commence même à courir. C’est pendant cette période également que l’enfant enrichit ses interactions sociales. Il s’affirme, prend du plaisir et s’oppose.
- De 2 à 3 ans: Il s’agit de la période où les compétences de l’enfant s’affinent. Il va utiliser toutes ses compétences pour développer ses premiers apprentissages scolaires. Sa personnalité et son caractère commencent à se dessiner. Son intelligence se développe de plus en plus. Il réfléchit et reproduit le comportement qu’il voit chez l’adulte.
Déroulement du bilan neuromoteur
Le bilan neuromoteur comporte deux parties : l'évaluation fonctionnelle et l'examen physique.
Évaluation fonctionnelle : Elle se fait par l'interrogatoire des parents et l'observation directe de l'enfant. L'enquête fonctionnelle précise l'évolution de l'autonomie motrice et du langage. Elle contribue au dépistage des troubles de la mimique, de la motricité oculaire, de la vision et de l'audition. Elle précise les anomalies de l'alimentation dominées par le risque de fausses routes trachéales, l'évolution de la continence salivaire et sphinctérienne. Elle recherche enfin des complications : douleur, altération de l'état général.
- Le kinésithérapeute va effectuer un entretien avec les parents afin de comprendre les antécédents médicaux de l’enfant et d’évaluer son développement moteur actuel.
Examen physique : Il procède par étapes : examen au repos, mobilisation passive, examen de la motricité dans diverses situations, bilan perceptif et orthopédique.
- L’enfant sera soumis à différents tests tels que des tests de positionnement, des tests de force musculaire, des tests de coordination, des tests d’équilibre, des tests de réflexes, etc. Ces tests permettront de détecter d’éventuels troubles moteurs et de déterminer le niveau de développement moteur de l’enfant.
- Les tests de positionnement : ces tests permettent d’évaluer la qualité du positionnement de l’enfant (assis, debout, couché). Le kinésithérapeute pourra ainsi détecter d’éventuelles anomalies de posture.
- Les tests de force musculaire : ces tests permettent d’évaluer la force musculaire de l’enfant. Le kinésithérapeute pourra ainsi détecter d’éventuelles faiblesses musculaires.
- Les tests de coordination : ces tests permettent d’évaluer la coordination des mouvements de l’enfant. Le kinésithérapeute pourra ainsi détecter d’éventuelles difficultés de coordination.
- Les tests de réflexes : ces tests permettent d’évaluer les réflexes de l’enfant. Le kinésithérapeute pourra ainsi détecter d’éventuelles anomalies de réflexes.
- Les tests de tonicité : ces tests permettent d’évaluer la tonicité musculaire de l’enfant. Le kinésithérapeute pourra ainsi détecter d’éventuelles hypertonies ou hypotonies musculaires.
- Les tests de mobilité articulaire : ces tests permettent d’évaluer la mobilité articulaire de l’enfant. Le kinésithérapeute pourra ainsi détecter d’éventuelles limitations de mobilité.
- Les tests de perception spatiale : ces tests permettent d’évaluer la perception spatiale de l’enfant. Le kinésithérapeute pourra ainsi détecter d’éventuelles difficultés de perception spatiale.
- Les tests de marche : ces tests permettent d’évaluer la marche de l’enfant. Le kinésithérapeute pourra ainsi détecter d’éventuelles anomalies de la marche.
- Les tests d’évaluation de la motricité fine : ces tests permettent d’évaluer la motricité fine de l’enfant. Le kinésithérapeute pourra ainsi détecter d’éventuelles difficultés de manipulation d’objets.
- Les tests de langage : ces tests permettent d’évaluer la compréhension et l’expression verbale de l’enfant. Le kinésithérapeute pourra ainsi détecter d’éventuelles difficultés de langage.
Il est crucial de comparer les bilans successifs et de les référer aux aptitudes de l'enfant normal d'âge équivalent.
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Troubles pouvant être détectés lors du bilan
Un trouble psychomoteur désigne des expressions symptomatiques, corporelles et comportementales d’un enfant. Il peut être d’origine neurologique, psychologique, relationnelle ou psychique. Il peut avoir un impact significatif sur l’autonomie et l’apprentissage social de l’enfant.
- Trouble d’acquisition de la coordination: Le trouble de coordination motrice correspond à un trouble neurodéveloppemental. Il s’agit d’un trouble du geste. Lorsqu’un enfant présente ce trouble, il manque de précision pour effectuer des gestes complexes. Ce dysfonctionnement provoque une différence entre les enfants du même âge en termes d’acquisition motrice et d’autonomie. Il peut également affecter les relations sociales de l’enfant.
- Trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDA/H): Le TDA est un trouble cognitif qui se traduit par un déficit attentionnel et une impulsivité, accompagnés ou non d’une hyperactivité. Ce trouble doit être identifiable durant les 6 premiers mois de vie de l’enfant, et cela dans toutes les situations et tous les lieux. Autrement dit, le diagnostic de TDA/H ne peut être posé si l’enfant se comporte de manière adaptée dans un lieu ou une situation. Faites attention de ne pas confondre un TDA/H et une agitation psychomotrice réactionnelle ou un état anxieux.
- Trouble de l’image du corps ou dysmorphophobie: Lorsque l’enfant présente une dysmorphophobie, il a une insatisfaction face à son apparence physique. Cela affecte son estime de soi et son aisance relationnelle.
- Troubles du spectre autistique (TSA): Le TSA est un trouble qui affecte à la fois les acquisitions motrices, langagières et cognitives de l’enfant. Il se traduit souvent par une difficulté de communication et l’apprentissage des codes sociaux. Ainsi, il peut provoquer un retard de développement. Ce trouble regroupe les différents types d’autisme, qui va de l’autisme de Kanner (absence de langage, déficit relationnel, etc.) à l’autisme d’Asperger (autisme de haut niveau).
- Troubles neurologiques ou moteurs: Les troubles neurologiques ou moteurs correspondent à une perte d’autonomie importante sur le plan cognitif ou moteur. Cela peut être lié au syndrome du bébé secoué, syndrome génétique ou maladies neurodégénératives.
Rôle du kinésithérapeute pédiatrique
Cléa Secci est kinésithérapeute pédiatrique. Elle exerce en libéral dans le cabinet Ortho-Pedia, à orientation neuro-orthopédique, et a également une activité hospitalière en réanimation néonatale / néonatologie et de consultations pluridisciplinaires dédiées à la plagiocéphalie. Cléa Secci est kinésithérapeute pédiatrique. Elle accompagne bébés, enfants et adolescents porteurs de troubles neurologiques, orthopédiques, respiratoires et de l’oralité dans leur rééducation. Passionnée par le développement des enfants, elle a suivi de nombreuses formations courtes après l’obtention de son diplôme de kinésithérapeute. Des formations enrichissantes et lui permettant de proposer les prises en charge les plus complètes aux patients. Sur son compte Instagram, elle fait découvrir différentes facettes de son métier et diffuse des messages pour sensibiliser les parents.
Dans le cas où l’évaluation a mis en évidence que l’enfant ne manifeste pas les comportements moteurs attendus pour son âge ou ne les réalise pas de la façon normale, quel qu’en soit la cause, une rééducation doit être débutée. Le kinésithérapeute pédiatrique réalise donc un bilan global de l’enfant, prenant en compte le niveau moteur et la croissance orthopédique à partir duquel il tire les axes de travail pour la rééducation. Ainsi, on établit les objectifs de rééducation. Différentes techniques de guidage et de facilitations peuvent être proposées et enseignées aux parents pour poursuivre l’entraînement au quotidien et optimiser la rééducation. Le cabinet de kinésithérapie regorge de matériel adapté aux plus petits et aux plus grands, pour les accompagner dans leur développement. Le kinésithérapeute conseille également les parents sur le choix des jeux et installations, afin d’être en adéquation avec les besoins développementaux de l’enfant au quotidien et de poursuivre la rééducation à la maison lorsque c’est possible.
Retard à tenir la tête, à agripper des objets, se mettre sur le ventre ou à se mettre à quatre pattes… le développement psychomoteur de l’enfant ne fait pas forcément selon nos attentes. Ces situations peuvent être inquiétantes pour les parents. Il est alors indispensable de stimuler l’enfant afin de l’accompagner avec lors de ces étapes essentielles à son développement. Dans ce cas, il existe ce qu’on appelle kinésithérapie pédiatrique. Il s’agit d’une discipline paramédicale qui prend en charge différentes pathologies rencontrées chez le nourrisson, l’enfant et l’adolescent. Le rôle du kinésithérapeute est essentiellement de rétablir les aptitudes physiques et psychiques de l’enfant. Il utilise dans ce cas diverses techniques de massage, d’entraînement et de stimulation neurologique. La kinésithérapie veille au bon développement physique et psychologique de votre bébé. Elle se présente sous plusieurs formes.
- Stimulation du développement moteur: La durée d’évolution vers les différents stades du développement moteur varie d’un bébé à l’autre, car chaque bébé progresse à son rythme. Si certains sont beaucoup plus en avance, certains présentent un retard par rapport à la moyenne. C’est à ce moment qu’intervienne la kinésithérapie pédiatrique afin de stimuler le développement du bébé. Le kinésithérapeute soumet le bébé à de nombreux tests adaptés à son âge. L’objectif de ces tests est d’évaluer ses réactions et ses mouvements, mais également de déterminer les méthodes et la durée de la rééducation appropriées. Pour la plupart des bébés, quelques séances suffisent pour améliorer sa manière de bouger, alors que d’autres nécessitent un suivi plus long. Quelle que soit la durée de la rééducation, la séance reste un moment ludique et de plaisir. Ainsi, la participation des parents a une grande importance, car l’application des petites astuces que le kinésithérapeute propose permet d’optimiser la rééducation.
- Kinésithérapie psychomotrice: La rééducation psychomotrice prend en charge: la motricité globale du bébé, la motricité fine, l’agitation motrice et le contrôle moteur, les praxies (faire des lacets, s’habiller…), le graphisme et l’écriture, l’orientation dans le temps, le schéma corporel. Ces problèmes se rencontrent en cas de trouble d’acquisition de la coordination. Les séances sont individuelles et se déroulent également de façon ludique. Elles consistent généralement en des expériences motrices et sensori-motrices. Chaque séance dure 30 minutes et au nombre d’une ou deux séances par semaine.
Bénéfices de la kinésithérapie pédiatrique
La kinésithérapie pédiatrique présente plusieurs bienfaits pour votre tout-petit. Elle est basée par des techniques douces et efficaces. Elle permet de suivre le développement psychomoteur de votre bébé. Elle améliore un certain nombre de déformations. Le kinésithérapeute vous donne également des conseils sur les bonnes habitudes à adopter pour que le développement de votre enfant soit optimal. En plus de la prise en charge, si le kinésithérapeute remarque le moindre problème qui n’est pas dans son domaine, il vous oriente vers le médecin capable de le traiter. En effet, le suivi médical du bébé devra être systématiquement assuré par une équipe de professionnels de santé.
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Conclusion
Le bilan neuromoteur du nourrisson est un outil essentiel pour évaluer le développement moteur et détecter précocement d'éventuels troubles. Une intervention rapide et adaptée, notamment par la kinésithérapie pédiatrique, peut grandement améliorer le devenir de l'enfant. Il est donc crucial de rester attentif aux étapes du développement et de consulter un professionnel en cas d'inquiétude. Un suivi pluridisciplinaire se met alors en place afin de comprendre ce qui cause ces troubles moteurs et d’accompagner l’enfant et sa famille. Lorsque l’altération des fonctions physiques, sensorielles, mentales et/ou cognitives est caractérisée définitive ou durable et qu’elle entraîne une limitation dans la réalisation des activités présentes et futures de l’enfant, on parlera alors de handicap.
En conclusion, la kinésithérapie semble une approche très efficace en cas de trouble du développement psychomoteur du bébé.
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