L'aménorrhée, définie comme l'absence de règles, est une condition qui peut susciter de l'inquiétude chez les femmes en âge de procréer. Bien que l'aménorrhée ne soit pas toujours grave, elle mérite une attention particulière, surtout si elle persiste sur plusieurs mois ou années. Cet article vise à explorer les causes possibles de l'aménorrhée post-pilule, ainsi que les éléments essentiels de son diagnostic et de sa prise en charge.

Introduction à l'Aménorrhée

L'aménorrhée est classée en deux catégories principales :

  • Aménorrhée primaire : Absence de règles chez une jeune fille qui n'a jamais eu de menstruations. Un bilan est nécessaire à partir de l’âge de 13 ans en l’absence de développement mammaire, ou après l’âge de 15 ans en cas de développement mammaire.
  • Aménorrhée secondaire : Absence de règles pendant plus de trois mois chez une femme qui avait auparavant des cycles menstruels réguliers. Devant une aménorrhée secondaire, la grossesse est toujours à éliminer.

Il est essentiel de distinguer ces deux types d'aménorrhée car leurs causes et leurs approches diagnostiques peuvent différer.

Aménorrhée Post-Pilule : Une Cause Fréquente d'Aménorrhée Secondaire

L'arrêt de la pilule contraceptive est une cause fréquente d'aménorrhée secondaire. Après l'arrêt de la pilule, le corps a besoin de temps pour rétablir son équilibre hormonal naturel. Ce processus peut entraîner des fluctuations du cycle menstruel, y compris l'absence d'ovulation ou de règles, une condition connue sous le nom d'aménorrhée post-pilule ou syndrome post-pilule.

Le Syndrome Post-Pilule

Dans le cas du syndrome post-pilule, l'absence de règles peut durer jusqu'à six mois si les saignements se font attendre plus de huit semaines après l'arrêt de la pilule. Dans la plupart des cas, l'ovulation et les règles reprennent d'elles-mêmes ; il est rare que l'aménorrhée post-pilule dure plus de neuf mois. Les premières règles naturelles ainsi que les symptômes naturels d’ovulation devraient se rétablir au plus tard trois mois après les effets de l’arrêt de la pilule.

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Symptômes Associés à l'Arrêt de la Pilule

Outre l'aménorrhée, l'arrêt de la pilule peut entraîner d'autres symptômes, tels que :

  • Saignements intermédiaires et spotting : Ces saignements sont un signe que le taux d'hormones ne s'est pas encore rétabli correctement.
  • Cycles menstruels prolongés : Une comparaison de la longueur des cycles a montré que la longueur des cycles après l'arrêt de la pilule était nettement plus longue que celle du groupe de comparaison. Toutefois, des cycles réguliers jusqu’à 35 jours sont considérés comme tout à fait normaux.
  • Modifications de la peau : Les réactions de la peau telles que les boutons sont tout à fait normales. Chaque pilule contenant l’œstrogène synthétique éthinylestradiol fait apparaître moins de boutons et les cheveux graissent rapidement.
  • Chute de cheveux : L’arrêt de la prise de la pilule prive soudainement le corps d’hormones qu’il a pris naturellement pendant une longue période. Cela peut entraîner la chute des cheveux chez de nombreuses femmes.

Causes Non Hormonales de l'Aménorrhée

Il est important de noter que l'aménorrhée peut également être causée par des facteurs non hormonaux. La courbe de température est biphasique, l'hCG est négatif, le test à la progestérone est négatif. Le récepteur utérin est atteint, l'axe gonadotrope n'est pas perturbé, il n'existe donc pas de troubles hormonaux associés. Parmi ces causes, on retrouve :

Sténose Cicatricielle du Col Utérin

Secondaire à une électrocoagulation du col trop appliquée ou à une intervention chirurgicale, conisation ou amputation du col. L'aménorrhée s'accompagne souvent de douleur menstruelle par rétention. Le test à la progestérone est négatif mais peut déclencher des douleurs pelviennes. Le diagnostic est confirmé par un orifice ponctiforme ou absent, non cathétérisable par l'hystéromètre. Le traitement consiste à cathétériser le canal endocervical et à agrandir l'orifice sténosé (trachéloplastie).

Synéchie Isthmique

L'aménorrhée s'installe après un épisode de la vie génitale : IVG, curetage, hémorragie des suites de couches ayant nécessité la vérification de l'utérus. Une synéchie isthmique étendue, son mécanisme fait alors intervenir des phénomènes réflexes. Le diagnostic repose sur l'hystéroscopie. Le traitement est chirurgical et consiste à effondrer la synéchie sous hystéroscopie.

Causes Hormonales de l'Aménorrhée

Les causes hormonales de l'aménorrhée sont diverses et peuvent impliquer différents niveaux de l'axe hypothalamo-hypophyso-ovarien.

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Insuffisance Ovarienne Prématurée (Ménopause Précoce)

L'aménorrhée s'accompagne de bouffées de chaleur dans 50 % des cas et l'examen clinique peut retrouver une hypoœstrogénie clinique. Le test aux progestatifs est négatif. Le diagnostic est affirmé par un taux de FSH très élevé confirmé par 2 dosages faits à un mois d'intervalle. Plusieurs causes sont invoquées : chirurgicales (ovariectomie), toxiques (chimiothérapie, radiothérapie, la galactosémie. Un traitement substitutif œstroprogestatif est nécessaire pour éviter des troubles trophiques, une involution des organes génitaux, des troubles sexuels et une ostéoporose.

Syndrome des Ovaires Polykystiques (SOPK)

Une aménorrhée secondaire succédant à une spanioménorrhée. Une stérilité anovulatoire et 2 volumineux ovaires réguliers sans trace d'ovulation, de couleur blanc nacré à la cœlioscopie. Androgènes élevés (androstènedione (2 à 3 fois la normale) et la testostérone. Les gonadotrophines sont normales ou basses. L'œstradiol est en général effondré.

Atteinte Hypothalamo-Hypophysaire

En cas de prolactine élevée, on pratique un test à la TRH sur prolactine (PRL). En cas de prolactine normale, un test à la LHRH peut-être réalisé pour évaluer la profondeur de l'hypogonadisme hypogonadotrophique, et un bilan endocrinien des autres axes complète les explorations.

Syndrome de Sheehan

Dans sa forme complète, il réalise une insuffisance hypophysaire globale par nécrose ischémique du lobe antérieur, secondaire à un accouchement hémorragique. Cliniquement : absence de montée laiteuse et de retour de couches, puis altération de l'état général avec asthénie. Le bilan endocrinien confirme l'atteinte des différentes sécrétions de l'antéhypophyse avec une TSH basse, des gonadotrophines basses ou normales non réactivées sous GnRH, prolactine souvent indétectable. Le traitement est substitutif. Des formes frustres sont le plus souvent rencontrées. Elles se traduisent par une aménorrhée secondaire associée à des troubles endocriniens discrets.

Hypophysite

Elle réalise un tableau voisin et se caractérise par la positivité des auto-anticorps antihypophyse.

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Tumeurs Hypophysaires

Elles entraînent une aménorrhée par compression ou par destruction des cellules hypophysaires. Le syndrome tumoral est souvent au premier plan. Le pronostic est grave, lié à la tumeur. En cas d'adénome vrai ou macroadénome, l'aménorrhée est souvent associée à une galactorrhée, des céphalées et des troubles visuels. Biologiquement : élévation importante de la prolactine > 100 ng/ml. Le diagnostic est confirmé par la radiographie du crâne qui montre une érosion de la selle turcique. Le traitement des adénomes à prolactine vrais est chirurgical. Le plus souvent il s'agit d'un microadénome mesurant moins de 10 mm de diamètre. Le diagnostic radiologique est plus difficile, il faut alors recourir à l'examen IRM de l'hypophyse. Le traitement est médical. Le pronostic est bon et la fécondité ultérieure non modifiée.

Hyperprolactinémie Iatrogène

Elles entraînent une aménorrhée-galactorrhée isolée.

Diagnostic de l'Aménorrhée

La première étape du diagnostic consiste à éliminer une grossesse. L'interrogatoire permet d'évaluer la régularité des cycles menstruels depuis l'adolescence, la prise de médicaments, des troubles du comportement alimentaire et l'activité physique.

L'examen clinique permet d'évaluer le développement mammaire et de rechercher des signes d'hyperandrogénie. Il est souhaitable de mesurer la taille, le poids, de calculer l'IMC et d'apprécier l'évolution du poids au cours des derniers mois.

Le bilan biologique initial comporte les dosages de la gonadotropine chorionique humaine (hCG) plasmatique, de l'hormone de stimulation folliculaire (FSH), de l'hormone lutéinisante (LH), de l'estradiol, de la prolactine. La testostéronémie totale est associée s'il existe des signes cliniques d'hyperandrogénie, à type d'acné ou d'hirsutisme.

Un saignement dans les deux semaines suivant l'arrêt du progestatif indique que le test est positif ; il signe la présence d'un utérus et d'une imprégnation estrogénique normale. En revanche, il est négatif dans les circonstances suivantes : imprégnation estrogénique trop faible, grossesse, aménorrhée d'origine utérine.

L'échographie pelvienne est particulièrement informative lorsqu'elle est réalisée par voie vaginale. Cet examen permet de préciser la présence, la taille et la position des gonades et l'existence ou non d'un utérus, ainsi que la taille de celui-ci.

Prise en Charge de l'Aménorrhée

La prise en charge de l'aménorrhée dépend de sa cause sous-jacente.

Aménorrhée Post-Pilule

Dans la plupart des cas, l'aménorrhée post-pilule se résout spontanément en quelques mois. Cependant, il est important de surveiller l'évolution du cycle menstruel et de consulter un médecin si les règles ne reviennent pas dans un délai raisonnable.

Autres Causes d'Aménorrhée

Le traitement des autres causes d'aménorrhée dépend de la pathologie sous-jacente.

  • Sténose cicatricielle du col utérin : Le traitement consiste à cathétériser le canal endocervical et à agrandir l'orifice sténosé (trachéloplastie).
  • Synéchie isthmique : Le traitement est chirurgical et consiste à effondrer la synéchie sous hystéroscopie.
  • Insuffisance ovarienne prématurée : Un traitement substitutif œstroprogestatif est nécessaire pour éviter des troubles trophiques, une involution des organes génitaux, des troubles sexuels et une ostéoporose.
  • Syndrome des ovaires polykystiques (SOPK) : La prise en charge du SOPK peut inclure des modifications du mode de vie, des médicaments pour réguler le cycle menstruel et des traitements pour améliorer la fertilité.
  • Atteinte hypothalamo-hypophysaire : Le traitement dépend de la cause de l'atteinte hypothalamo-hypophysaire.

Conseils pour les Femmes Arrêtant la Pilule

Si vous envisagez d'arrêter la pilule contraceptive, voici quelques conseils :

  • Terminez la plaquette de pilule en cours : Il est conseillé de terminer le blister actuel de la micropilule (pilule progestative-œstrogène) ou de la pilule combinée.
  • Soyez patiente : Le moment où le cycle naturel reprend après l'arrêt de la pilule varie d'une femme à l'autre.
  • Surveillez vos cycles : Mesurez votre température corporelle basale et analysez vos saignements pour mieux comprendre votre cycle.
  • Utilisez une contraception alternative : Dès que vous arrêtez la pilule, il y a un risque de grossesse. Utilisez une contraception alternative si vous ne souhaitez pas tomber enceinte.
  • Consultez un professionnel de santé : Si vous avez des inquiétudes concernant votre cycle menstruel après l'arrêt de la pilule, consultez un médecin ou un gynécologue.

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