Introduction

L'alimentation des vaches laitières est un facteur déterminant de leur performance, tant en termes de production laitière que de reproduction. Comprendre et satisfaire les besoins nutritionnels des vaches, notamment en unités fourragères (UF) pour l'énergie et en protéines digestibles dans l'intestin (PDI), est essentiel pour optimiser l'efficacité de l'élevage. Cet article explore les besoins en UF et PDI des vaches Salers en lactation, en s'appuyant sur des études récentes et des recommandations pratiques.

Les Besoins Nutritionnels des Vaches Laitières : UF et PDI

Les unités fourragères (UF) et les protéines digestibles dans l'intestin (PDI) sont à la base du système d'alimentation français depuis 1978. L'UF mesure la valeur énergétique d'un aliment pour les ruminants, tandis que la PDI évalue la quantité de protéines réellement utilisables par l'animal après la digestion. Ces deux éléments sont cruciaux pour répondre aux besoins des vaches laitières, en particulier pendant la lactation, où les exigences nutritionnelles sont accrues.

Évolution du Système UF-PDI

Bien que le système UF-PDI ait été actualisé à plusieurs reprises (1988, 2002, 2007), il présente certaines limites. Il ne prend pas suffisamment en compte les interactions digestives entre les différents composants de la ration et est mal adapté aux régimes extrêmes. C'est pourquoi l'Inra a engagé la rénovation du système afin de prendre en compte de façon plus précise ces interactions. La valeur d'un aliment pourra varier en fonction de la composition de la ration et de l'animal qui la consomme.

Nouvelles Approches pour l'Évaluation des Besoins

Le projet Systali de l'Inra vise à améliorer la précision de l'évaluation des besoins nutritionnels en tenant compte des interactions digestives. Un nouvel indicateur, BalProRu (balance protéique du rumen), permettra de quantifier le déficit ou l'excès d'azote soluble dans le rumen et d'intégrer ses effets biologiques sur la digestibilité et la synthèse microbienne. Les valeurs indicatives UF et PDI des aliments seront conservées dans les nouvelles tables comme repères.

Étude de Cas : Alimentation Économique des Vaches Limousines en Lactation

Une étude menée à Thorigné d’Anjou a comparé les performances de vaches Limousines en lactation alimentées avec deux rations économes produites en autonomie sur la ferme. L’essai portait sur des vaches en vêlage d’automne pendant la phase de reproduction, c’est-à-dire au moment où les besoins sont les plus forts pour la lactation, la reprise de la cyclicité, et la croissance des primipares.

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Protocole Expérimental

Pendant trois ans, 90 lactations de Limousines ont été modélisées. Les vêlages se déroulant sur septembre et octobre, la période de reproduction va du 15 novembre au 15 janvier. Deux rations ont été testées :

  • Ration 1 : Foin de luzerne et foin de prairie à flore variée.
  • Ration 2 : Foin de luzerne et ensilage d’une association de céréales et protéagineux.

Ces deux rations apportaient la même quantité d’UF (autour de 10 UFL) et la même quantité de PDI. Les animaux étaient rationnés de manière à satisfaire leurs besoins stricts selon les recommandations Inra en fonction de leurs caractéristiques. À partir de la valeur des fourrages, la complémentation était ajustée.

Résultats de l'Étude

Les expérimentateurs ont mesuré la production laitière, la note d’état corporel des vaches, et la croissance des veaux. Les résultats ont montré que :

  • Soixante-dix jours après le vêlage, la production est de 7,5 litres de lait par jour en moyenne.
  • La production laitière n’a pas été différente selon le régime alimentaire.
  • La note d’état corporel des vaches n’a pas évolué pendant l’essai, et ceci pour les deux régimes.
  • Les performances de reproduction ont été très bonnes et identiques pour les deux lots de vaches.
  • Concernant les performances des veaux, l’essai n’a pas non plus mis en évidence de différence selon la ration des mères. Leurs croissances ont été similaires au niveau statistique (moyenne 1 147 g/j).

Implications pour l'Alimentation des Vaches Salers

Bien que l'étude ait été menée sur des vaches Limousines, les principes peuvent être appliqués aux vaches Salers, en tenant compte des spécificités de la race et des conditions d'élevage. L'étude confirme qu'il est possible de satisfaire les besoins nutritionnels des vaches laitières avec des rations économes produites sur la ferme, à condition de bien connaître la valeur nutritionnelle des fourrages et d'ajuster la complémentation en conséquence.

Optimisation de l'Alimentation des Vaches Salers en Lactation

Pour optimiser l'alimentation des vaches Salers en lactation, il est essentiel de prendre en compte les facteurs suivants :

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Besoins spécifiques des primipares

Les primipares ont des besoins nutritionnels différents de ceux des multipares. Elles ont encore des besoins de croissance et leur capacité d’ingestion est inférieure. Il leur faut une ration plus riche avec 1 UF supplémentaire. Pour les primipares en vêlage 24 mois, on va apporter encore 1 UF et 120 g de PDI supplémentaires.

Importance du démarrage du veau

Le démarrage du veau est essentiel. Cela commence par des vêlages faciles et une bonne prise de colostrum. Les six premiers mois de vie du veau sont primordiaux en termes de croissance. Ce qui n’est pas pris à ce moment-là n’est jamais rattrapé.

Adaptation de la ration en fonction des fourrages disponibles

Les conditions de croissance ont souvent été perturbées par la sécheresse. En fonction des types de sols, des précédents et des orages, les maïs étaient, au moment de la récolte, pauvres en grain ou déjà très secs. La digestibilité est correcte mais le profil des maïs est atypique. Ils sont plus riches en fibres (+11 % de NDF) mais pauvres en amidon (-19 %) par rapport à 2019. Les écarts observés entre quarts supérieurs et inférieurs traduisent une forte disparité. Les récoltes se sont faites dans de bonnes conditions, en une ou deux coupes, mais souvent plus sèches qu’en 2019. Les valeurs alimentaires sont bonnes et les taux de sucres élevés grâce au fort ensoleillement du printemps. Par contre, la minéralisation limitée diminue le taux de protéines.

Gestion des stocks de fourrages

Pour les élevages en ration foins uniquement, la préoccupation principale est de gérer les stocks pour attendre le printemps 2021. Les conseils proposés sont : la diminution des effectifs animaux pour garder les vaches les plus productives et sans problème sanitaire. Voir aussi pour réduire le nombre de génisses de renouvellement au nécessaire. La qualité des foins en bottes permet des productions de 18 à 20 kg de lait en moyenne avec une complémentation de 6 kg de concentré type VL20 -22 de MAT (2/3 céréales et 1/3 tourteau). Les foins ventilés peuvent permettre 22 à 26 kg de lait sur les débuts de lactation avec la même complémentation.

Surveillance de la ration

Les ensilages ouverts rapidement ou en cours de stabilisation peuvent voir leur profil se modifier dans les semaines à venir. Le niveau énergétique est à surveiller du fait du peu d’amidon dans les maïs et des taux de sucres élevés. Il faut ajouter des céréales ou du maïs grain si possible ou besoin, tout en surveillant les risques d’acidose. Les fourrages sont globalement secs donc éviter l’ajout de paille, le tri sera facile et la ration déconcentrée. Dans certains cas, l’ajout d’eau dans la ration peut améliorer les ingestions, à faire avec prudence, demandez à votre conseiller. Il est possible aussi de mettre un peu d’urée pour favoriser la flore microbienne dans le cas de manque de digestibilité. Les sucres très présents, favorisent la production de taux butyreux (TB) donc à surveiller dans les analyses tank, et à vérifier avant l’ajout de mélasse.

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Utilisation de coproduits

Pour les éleveurs en manque de stocks, les coproduits sont une alternative utile. Mais attention à leur disponibilité sur tout l’hiver et bien choisir ce qui est adapté aux autres aliments de la ration.

Efficacité Alimentaire : Un Indicateur Clé

L'efficacité alimentaire traduit la capacité d'une vache à transformer les kilos de matière sèche ingérée (MSI) en kilos de lait, à travers le ratio : kg de lait produit/kg de MSI. C'est un critère de suivi mois par mois. Le calcul est réalisé à partir d'une ingestion théorique. Une estimation plus précise de la MSI est possible en pesant la ration distribuée, puis les refus. Pour intégrer les taux de matière utile au calcul, le lait produit est converti en lait standard à 7 %.

Facteurs Influant sur l'Efficacité Alimentaire

Plusieurs facteurs peuvent influencer l'efficacité alimentaire, notamment :

  • La qualité du fourrage
  • Les conditions de logement
  • Le développement du rumen et des papilles ruminales

Conduite du Lot des Fraîches Vêlées

L'art de conduire le lot des fraîches vêlées consiste donc à maîtriser la vitesse de transit. Des repères faciles à observer permettent de rester vigilant : présence d'aliments peu ou pas dégradés dans les bouses ; moins de 60 à 70 % des vaches qui ruminent en dehors des heures de repas, ou encore moins de 50 coups de mâchoire à chaque régurgitation du bol alimentaire.

Ration Complète et Semi-Complète

Si plus de 75 % des vêlages sont regroupés sur six mois, la ration complète se justifie. Dans les faits, aucune ration ne permet d'atteindre une efficacité globale supérieure à 1,3 avec une forte proportion de vaches en fin de lactation, chez lesquelles la part des nutriments valorisés au profit des besoins d'entretien et de gestation est plus importante. En vêlages étalés et avec une proportion importante en début de lactation, la semi-complète ou l'allotement sont mieux adaptés pour piloter l'efficacité alimentaire.

Le Tarissement : Une Période Déterminante

Le tarissement est déterminant si l'on veut concilier santé et efficacité laitière en début de lactation. C'est un aspect souvent négligé, surtout au printemps et en été, lorsque les vaches sont "oubliées" en pâture pendant deux mois. Il faut maintenir le volume et l'activité du rumen, en vue de la lactation à venir. Tout au long de la période sèche, il s'agit de maintenir un apport de fibres et d'amidon.

Alimentation Pendant le Tarissement

  • Les deux premières semaines, viser une concentration de 0,7 UFL/kg de MS, 50 g de PDI/kg de MS pour une ingestion de 13 à 15 kg de MSI.
  • Les quatre semaines suivantes, viser 0,75 UFL/kg de MS et 60 à 65 g de PDI, avec une capacité d'ingestion de 11 à 13 kg de MS.
  • Deux semaines avant la mise-bas, l'ingestion passe à 9-11 kg de MS et la ration à 0,9 UFL/kg de MS pour 80 à 90 g de PDI.

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