Johannes Brahms, dont la devise était « Frei aber froh », libre mais heureux, est l'un des compositeurs les plus importants de la période romantique de la musique classique. Bien que célèbre pour sa 3e symphonie, dont le thème a été repris par Serge Gainsbourg et Yves Montand, et popularisé par le roman « Aimez-vous Brahms » de Françoise Sagan, c'est sa Berceuse op. 49 n°4 qui a conquis le cœur du monde entier. Cette mélodie, simple et enfantine, continue d'endormir des millions d'enfants chaque nuit, plus de 150 ans après sa composition.
Un compositeur passionné et libre
Homme passionné, tant dans ses relations amicales qu'amoureuses, et libre comme l'air, Brahms est resté fidèle tout au long de sa vie. Sa proximité avec Clara et Robert Schumann, tous deux compositeurs, a marqué un tournant dans sa carrière. C'est à Clara Schumann qu'il doit son succès à travers l'Europe, car après l'internement de Robert Schumann, Brahms s'est consacré à aider la famille de son ami jusqu'à son décès en 1856.
Malgré les critiques de son rival Richard Wagner, Brahms n'a jamais laissé personne indifférent, ni par sa personnalité ni par sa beauté. Entier et doté d'un franc-parler, il est resté malicieux et animé par son âme d'enfant jusqu'à la fin de sa vie, un trait qui transparaît dans sa musique.
L'histoire d'une berceuse
En 1859, alors âgé de vingt-six ans, Johannès Brahms vit une brève romance avec Bertha Porubsky, âgée de dix-sept ans. Bien que leur histoire ait été rapidement interrompue par la famille de Bertha, elle a donné naissance à la magnifique Berceuse op.49 n°4 que Brahms compose pour la naissance du deuxième enfant de Bertha, en 1868. Connue sous le nom de « Berceuse de Brahms Bonsoir, bonne nuit », cette partition est devenue l'une des plus célèbres berceuses de la musique classique.
La mélodie cache un secret : dans l'accompagnement au piano, Brahms a tissé les notes d'une vieille chanson populaire que Bertha lui chantait autrefois. C'était sa façon de lui dire « je me souviens ». Le titre original allemand est « Wiegenlied », qui signifie simplement « chanson de berceau ».
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Les multiples facettes de la Berceuse
La Berceuse de Brahms existe en trois versions magnifiques : française « Berceuse de Brahms », allemande originale « Wiegenlied » et anglaise « Lullaby and Goodnight ». La version originale composée par Brahms en 1868 garde toute sa poésie en allemand. « Guten Abend, gut’ Nacht » signifie simplement « Bonsoir, bonne nuit » - une formule tendre qui ouvre ce moment suspendu entre veille et sommeil. La version anglaise « Lullaby and Good Night » est celle que le monde entier connaît. Elle ajoute un second couplet absent de l’original allemand, évoquant les anges qui veillent sur l’enfant endormi. L’adaptation française conserve l’esprit apaisant de l’original tout en s’adressant directement au « cher trésor ». Les mots sont simples, presque enfantins, pour que les tout-petits puissent les comprendre.
Le rythme de la berceuse, ni trop lent, ni trop rapide, correspond naturellement à celui d'un cœur au repos. L'absence de surprises et de notes qui sursautent rassure l'enfant, car son cerveau anticipe ce qui vient. Quelle que soit votre culture, votre langue, vous reconnaissez cette mélodie comme une berceuse. Elle transcende les frontières.
Pourquoi la Berceuse de Brahms est-elle si spéciale ?
Plusieurs paramètres contribuent à la popularité et à l'efficacité de la Berceuse de Brahms. Son accompagnement en forme de balancier, sa mélodie simple, lumineuse, répétitive et hypnotique, sa douceur et sa lenteur en font une musique idéale pour faciliter l'endormissement.
La mélodie douce que l'on retrouve dans toutes les boîtes à musique et mobiles de bébé à travers le monde, est parfaite pour endormir votre enfant, créer un rituel du coucher apaisant, et partager une tradition musicale qui réconforte les tout-petits depuis le XIXe siècle.
Brahms : plus cigale que fourmi
Brahms était loin d'être avare. Il fait souvent preuve d'une grande générosité envers ses proches, et fait don de ses droits d'auteur à ses parents. L'argent semble avoir peu d'importance pour lui. Dans une lettre destinée à son ami le compositeur Anton Dvorak, il déclare : « Je n’ai pas d’enfant, je n’ai aucun souci de famille, veuillez donc considérer ma fortune comme la vôtre ».
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Un esprit sain dans un corps (presque) sain
Bon vivant et robuste - bien qu'amateur de cigare et de café, Brahms est connu pour être à la fois un intellectuel et un sportif. Le compositeur, doté d'une grande vivacité physique et d'une santé de fer, est capable de marcher pendant des heures durant, épuisant son entourage.
L'héritage de Brahms
Si sa musique a longtemps divisé, aujourd'hui son talent n'est plus à démontrer. En France, il devient populaire grâce au film d'Anatole Litvak « Aimez-vous Brahms », sorti en 1961, avec Ingrid Bergman, Yves Montand et Anthony Perkins.
Il existe des mélodies qui traversent le temps sans jamais vieillir. La Berceuse de Brahms est de celles-là. Vous la connaissez forcément. Même si vous ne savez pas qu'elle s'appelle ainsi, vous l'avez entendue. Dans les boîtes à musique, les mobiles de berceau, les films, les publicités.
Les dernières années
Sa veine créatrice réamorcée, Brahms revient à ses chères pages chorales et à son piano, alter ego négligé depuis ses Fantaisies op. 76 et Rhapsodies op. 79. L’été 1892 à Ischl, le Viennois d’adoption engage une série de vingt pièces lyriques, allusives ou véhémentes, qu’il nomme par-devers lui « Wiegenlieder meiner Schmerzen » (Berceuses de ma douleur), affecté qu’il est par la disparition de plusieurs intimes.
En 1894, trois ans avant sa mort, Brahms compose sa dernière œuvre de musique de chambre : les deux Sonates pour clarinette et piano op.120. Clara Schumann s’éteindra deux ans après, en mai 1896. Brahms lui écrit peu de temps avant sa mort : « Si vous croyez devoir attendre le pire, accordez-moi quelques mots, avec lesquels je peux venir voir s’ouvrir encore les beaux yeux, avec lesquels beaucoup se refermera pour moi ».
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Tout proche de sa fin, Brahms demande à ce qu’on lui serve un verre de vin. Un vin du Rhin qu’il aime particulièrement. Il boit tout doucement et lance, non pas « c’est bon » mais « c’est beau ». Ce seront les dernières paroles d’un homme qui aimait la vie et la consacra à l’art et à la beauté.
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