Benjamin Godard, compositeur français prolifique du XIXe siècle, reste méconnu du grand public malgré un catalogue riche de plus de 300 œuvres. Parmi celles-ci, la "Berceuse" de son opéra Jocelyn est sans doute la plus célèbre. Cet article propose une analyse approfondie de cette pièce emblématique, en la replaçant dans son contexte historique et artistique, et en explorant les raisons de sa popularité durable.
Genèse de Jocelyn : Un opéra controversé
Il a fallu plusieurs années de patience aux librettistes Victor Capoul (l’ancien ténor), Armand Silvestre, et au compositeur Benjamin Godard pour que Jocelyn soit porté à la scène. En effet, le livret adapté du poème d’Alphonse de Lamartine, mettant en scène l’amour impossible d’un prêtre et d’une jeune fille au temps de la Révolution, a été source de nombreuses discussions morales. C’est finalement le directeur de La Monnaie de Bruxelles qui prit ce risque et profita du succès de cet opéra où le tout Paris s’était déplacé pour assister à la première le 25 février 1888. Les quatre actes, ou huit tableaux, reprennent fidèlement les moments forts du poème et se succèdent sans pour autant être liés entre eux par les lieux ou la temporalité. Ainsi, ce que certains considérèrent comme une force du livret, car permettant de varier les atmosphères et trompant l’ennui, fut reproché par d’autres pour le manque d’unité générale en résultant.
La musique de Godard : Élégance et sensibilité
La musique de Benjamin Godard fit couler moins d’encre car les défenseurs de la musique française y retrouvèrent la « grâce », l’« élégance » et la « distinction » propres au style national. De fait, la Berceuse de Jocelyn au deuxième acte, dernier vestige que l’on peut écouter, révèle une partition sans prise de risque, mais finement réalisée et particulièrement sensible.
Godard a vécu l'âge d'or de la fin du XIXe siècle, où fleurissaient de grands compositeurs français, comme Saint-Saëns, Bizet, Massenet, Fauré et Debussy, qui va finir par l'évincer avec son approche plus moderne, analyse Emmanuel Pélaprat. Godard était néanmoins reconnu par ses pairs, même étrangers. A Paris, il a rencontré Tchaïkovski. Et il a correspondu avec le Norvégien Grieg, l'auteur de la célèbre suite symphonique Peer Gynt.
Analyse musicale de la Berceuse
La "Berceuse" de Jocelyn est un air pour ténor d'une grande douceur et d'une mélancolie touchante. Elle se caractérise par :
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- Une mélodie simple et expressive : La ligne mélodique est fluide et facile à retenir, ce qui a contribué à sa popularité.
- Une orchestration délicate : Godard utilise des instruments tels que la harpe et les cordes pour créer une atmosphère intime et rêveuse.
- Une harmonie sans surprise, mais efficace: L'harmonie est classique, mais elle soutient parfaitement l'expression des sentiments.
Un succès populaire et durable
Le succès de cet air nous parvient par la multitude des transcriptions qui en ont été faites. « On la trouve notamment sur de nombreuses compilations de disques pour enfants, ainsi que sur beaucoup de disques classiques. » « Après sa mort, les soldats la chantaient même dans les tranchées pendant la guerre 1914-1918, précise le spécialiste. Et plus tard, Tino Rossi en a même enregistré une version. »
Benjamin Godard : Un compositeur à redécouvrir
Benjamin Godard ? Inutile de faire un sondage pour savoir que seuls les mélomanes connaissent l'existence de son œuvre prolifique élaborée en 45 ans d'existence. Les autres feront peut-être un lien avec l'étang Godard, situé dans la Forêt de Montmorency et ils auront raison. C'est à Taverny qu'il a grandi, dans le château du Haut-Tertre avec son père qui a été maire de Taverny de 1855 à 1859. L'enfant s'est vite révélé surdoué et, à 15 ans, il avait déjà plusieurs sonates pour piano et violon à son actif ! Au bout du compte il a écrit… plus de 300 œuvres. C'est dans le Val d'Oise qu'il a donc trouvé sa principale source d'inspiration. Il aimait beaucoup Taverny et l'anecdote raconte qu'il a même tenu les grands orgues de l'église de Taverny. Puis, à 30 ans, il quittera la vie tabernacienne pour s'installer à Villiers Adam, mais, dix ans plus tard, il revient dans la Vallée de Montmorency en s'installant à Montlignon pour la fin de sa vie.
En 2015, on ne peut écouter qu'une infime poignée d'enregistrements des Å?uvres de Benjamin Godard. Un compositeur à la fois romantique et très moderne pour son époque, auteur de beaucoup de musique de chambre et plusieurs opéras. En 46 ans d'existence, ce prolifique artiste « a pourtant écrit plus de 300 partitions, qu'il réalisait très facilement avec une très puissante inspiration mélodique », assure le musicologue, professeur d'université et concertiste Emmanuel Pélaprat, le spécialiste de Benjamin Godard en France. « Un vrai surdoué qui avait déjà produit à 15 ans plusieurs impressionnantes sonates pour piano et violon. Très attaché à sa ville d'enfance, il a même tenu les grandes orgues de l'église de Taverny. »
Les dernières années de sa vie, Benjamin Godard les passe de l'autre côté de la forêt de Montmorency, à Montlignon, où il emménage en 1890. Mais, atteint de la tuberculose, il se rend à Cannes (Alpes-Maritimes) pour se soigner. Il n'en reviendra jamais, emporté par la maladie en 1895. « Il sortira bientôt de l'oubli, estime le musicologue. D'ailleurs, aujourd'hui, les musiciens le redécouvrent. En France, une dizaine de disques de ses Å?uvres sont actuellement en préparation pour les deux ans à venir.
A Taverny, où il est enterré et où il a grandi au milieu du XIXe siècle dans le château du Haut-Tertre aujourd'hui disparu, une rue porte son nom. Ainsi qu'un square, où l'on peut admirer sa statue.
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