Les naissances prématurées, définies comme celles survenant avant 37 semaines d’aménorrhée (SA), sont un sujet de préoccupation croissante en France. Selon l’Inserm, la prématurité est passée de 5,9 % des naissances en 1995 à 7,4 % en 2010. Chaque année, entre 50 000 et 60 000 enfants naissent prématurément. Cet article explore les causes et les conséquences de la naissance de très petits bébés, en mettant en lumière les défis auxquels ils sont confrontés et les progrès réalisés dans leur prise en charge.
Définition et stades de la prématurité
Un enfant est considéré comme prématuré s’il naît avant 37 semaines d’aménorrhée, soit 8 mois et demi de grossesse. Il existe différents niveaux de prématurité :
- Prématurité moyenne: Naissance entre la 32e et la 36e semaine d’aménorrhée révolue (7 mois à 8 mois de grossesse).
- Grande prématurité: Naissance entre la 28e et la 32e SA (6 mois à 7 mois de grossesse).
- Très grande prématurité: Naissance avant 28 semaines, soit en deçà de 6 mois de grossesse.
Il faut savoir qu’un enfant naît à terme à 41 SA.
Causes de la prématurité
Environ 70 % des naissances prématurées sont spontanées, dues à des contractions précoces dont la cause est rarement identifiée, ou encore à la rupture prématurée des membranes fœtales (ces ruptures étant parfois d’origine infectieuse). Les autres naissances prématurées sont provoquées et ont le plus souvent lieu par césarienne. Il s’agit alors d’une décision médicale : une naissance prématurée peut être décidée en raison d’un risque majeur pour la santé du fœtus ou de la mère en cours de la grossesse.
Plusieurs facteurs de risque peuvent également contribuer à la prématurité :
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- L’âge de la femme: Plus il est élevé, plus le risque augmente.
- La consommation de tabac pendant la grossesse: Elle multiplie par trois le taux de prématurité.
- Des conditions socio-économiques défavorables.
- Le stress.
- Grossesses multiples: Le taux de naissances prématurées est plus élevé en cas de grossesses multiples.
- Facteurs médicaux : L’hypertension artérielle sévère représente environ 20% des motifs d’accouchements avant 32 semaines de grossesse. Certaines infections (génito-urinaires ou généralisées), des anomalies de l’utérus et/ou du placenta (comme le placenta prævia qui peut se compliquer d’une hémorragie), un diabète maternel ou encore un hématome rétro-placentaire (décollement prématuré du placenta accompagné d’un hématome).
Caractéristiques et vulnérabilité des bébés prématurés
Lorsqu’un bébé naît prématurément, il ne ressemble ni ne se comporte comme un bébé né à terme. Un bébé né à terme pèse en moyenne environ 3,17 kg à la naissance, et un nouveau-né prématuré peut peser 2,26 kg, voire moins.
Né plus tôt que prévu, le corps du bébé prématuré n’a pas eu le temps de se développer pour être prêt à la vie en-dehors de l’utérus. La plupart de ses organes sont immatures, pas suffisamment formés pour fonctionner de façon autonome. Plus la prématurité est grande, plus l’immaturité des organes l’est également. Les complications les plus graves concernent principalement le cerveau, les poumons, le tube digestif et l’œil.
Immaturité des organes et systèmes :
- Immaturité pulmonaire: Les poumons des enfants nés prématurés sont immatures, principalement parce qu’ils ne produisent pas encore (ou pas suffisamment) de surfactant. Cette substance, indispensable au bon fonctionnement des alvéoles pulmonaires, est produite par les poumons à partir de la 32e semaine en moyenne.
- Immaturité du système nerveux central: Si la mise en place des structures cérébrales a lieu dans les premiers mois de la grossesse, le développement du cerveau, sa maturation, et l’établissement de l’ensemble des connexions nerveuses ont principalement lieu au troisième trimestre. La naissance prématurée vient donc fragiliser ce processus.
- Immaturité digestive: Plus un enfant est prématuré, plus il présente une immaturité immunitaire et fonctionnelle au niveau de l’intestin, ainsi que des troubles du microbiote intestinal.
- Immaturité hépatique.
- Immaturité rénale.
- Immaturité de la peau.
- Immaturité de la régulation thermique.
Problèmes de santé courants chez les bébés prématurés :
- Syndrome de détresse respiratoire: Un trouble de la respiration lié à l’immaturité des poumons du bébé.
- DBP (Dysplasie Broncho-Pulmonaire) ou maladie pulmonaire chronique: Un terme utilisé pour décrire les bébés qui ont besoin d’oxygène pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois.
- Apnée: Une pause temporaire (plus de quinze secondes) dans la respiration qui est courante chez les bébés prématurés.
- Rétinopathie du prématuré: Une maladie des yeux dans laquelle la rétine n’est pas complètement développée.
- Jaunisse: Se produit lorsqu’un produit chimique appelé bilirubine s’accumule dans le sang du bébé.
Prise en charge médicale des bébés prématurés
Dès leur naissance, les bébés prématurés sont pris en charge dans un service de néonatologie. Différents soins techniques, d’hygiène et de confort personnalisés leur sont prodigués. Ils nécessitent une médecine particulièrement précise, en raison de la surveillance de tous les instants qui doit être mise en place. Les prématurés extrêmes et grands prématurés sont accueillis en service de réanimation néonatale. Ils sont ensuite orientés vers les soins intensifs, puis en service de néonatalogie quand leur état de santé est stable.
Équipements et soins spécifiques :
- Incubateur fermé ou couveuse: Ce « berceau fermé » en plastique transparent reproduit le plus fidèlement possible les conditions de vie intra-utérine du nouveau-né.
- Ventilateur (ou respirateur): Il donne au bébé le débit d’oxygène dont il a besoin, grâce à un système de ventilation assistée ou artificielle.
- Moniteurs (ou scopes): Ceux-ci affichent en permanence le rythme cardiaque, la fréquence respiratoire, la pression artérielle et le taux d’oxygène sanguin du bébé.
- Sonde naso-gastrique.
- Cathéters.
- Surfactants artificiels : Peuvent être utilisés pour traiter les bébés atteints du syndrome de détresse respiratoire.
Surveillance et prévention :
- Surveillance neurologique renforcée (électroencéphalogramme et imagerie), à la recherche d’anomalies neurologiques précoces.
- Surveillance de la fonction pulmonaire pour repérer les éventuelles apnées (pauses respiratoires) qui sont fréquentes en cas de naissance avant 34-36 semaines de grossesse.
- Surveillance cardiaque.
- Administration de corticoïdes dans les 10 jours précédents la naissance permet d’accélérer la maturation pulmonaire du fœtus, et dans certains cas d’éviter des difficultés respiratoires et cérébrales néonatales ainsi que des décès.
Développement et conséquences à long terme
La majorité des bébés prématurés ont un développement physique et moteur normal. Cependant, les enfants nés prématurément ont tendance à être plus courts et plus légers que les enfants nés à terme. Si ces bébés ont été très malades, cela peut parfois affecter leur croissance jusqu’à l’âge de 12 ans.
Défis potentiels :
- Retards de langage: Comparés aux enfants nés à terme, les enfants très prématurés ont en moyenne plus de difficulté à parler et à comprendre ce qu’on leur dit.
- Déficience motrice légère: Environ 40% des enfants très prématurés ont une déficience motrice légère.
- Infirmité motrice cérébrale: Le risque d’infirmité motrice cérébrale est plus élevé chez les bébés très prématurés dont le cerveau n’est pas complètement développé.
- Problèmes dentaires: Les bébés prématurés sont plus susceptibles d’avoir des problèmes dentaires que les bébés nés à terme.
- Troubles de la sociabilité ou des émotions: Si un enfant a des troubles de la sociabilité ou des émotions, cela signifie qu’il a du mal à s’adapter à son environnement, à suivre des règles et à entrer en connexion avec d’autres enfants et adultes.
- Troubles sensoriels: Les bébés prématurés sont plus susceptibles que les bébés nés à terme d’avoir des déficiences auditives ou visuelles.
- Autisme : D’après une étude américaine, les enfants nés prématurément auraient cinq fois plus de risques de souffrir d’autisme que ceux d’un poids normal nés à terme.
Suivi et interventions précoces :
Il est important de surveiller de près le développement d’un enfant prématuré. Les recommandations pour une prise en charge en intervention précoce sont souvent basées sur des examens effectués en unité de soins intensifs néonatals. L’âge corrigé peut être très utile si vous vous inquiétez du développement de votre enfant.
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Soutien aux parents
La prématurité bouleverse la façon dont la parentalité se construit après la naissance. Le raccourcissement inattendu de la durée de la grossesse impacte une période au cours de laquelle l’attachement naît et grandit. Après la naissance, l’hospitalisation de l’enfant, la séparation d’avec sa mère imposée par les soins, et sa grande fragilité influencent le processus d’attachement et celui de parentalité au sein du couple. De leur côté, les parents peuvent en effet souffrir d’inquiétude, de culpabilité, d’anxiété ou de dépression et d’un sentiment d’isolement par rapport à la situation vécue. Ces difficultés peuvent impacter la qualité de la relation entre les parents et leur enfant.
Importance de la présence parentale et des soins de développement :
La prise en charge des enfants nés prématurés doit intégrer la protection de leur développement, notamment cérébral, en limitant le stress lié à l’environnement des unités néonatales et aux soins dans le plus grand respect de leurs rythmes veille/sommeil. Les soins de développement permettent d’individualiser au mieux cette prise en charge après une observation attentive du nouveau-né prématuré par les soignants. Ces programmes visent aussi à redonner aux parents une place prépondérante, en favorisant notamment leur présence (le « zéro séparation ») et un contact direct grâce au peau à peau.
Hypotrophie : une condition associée
Certains bébés présentent un petit gabarit in utero ou à la naissance. Ces bébés sont dits hypotrophes. Le terme d’hypotrophie n’est plus employé depuis une dizaine d’années, le corps médical parle davantage d’enfant petit pour l’âge gestationnel. Selon le Manuel MSD, le terme d'hypotrophie désigne un bébé qui « peut sembler maigre avec une diminution de la masse musculaire et du tissu adipeux sous-cutané ».
Causes de l’hypotrophie :
- Dysfonctionnement du placenta : on parle d’insuffisance placentaire.
- Pré-éclampsie, maladie de la grossesse liée au placenta, qui entraîne une mauvaise vascularisation du fœtus durant la grossesse.
- Des maladies liées à certaines infections dont la plus recherchée est l'infection à CMV. Sans oublier la rubéole, dont la prévention est faite par la vaccination dans l'enfance.
Conséquences et prise en charge :
Les conséquences de l'hypotrophie vont dépendre du terme de naissance. Il existe un risque de complications peu sévères liées au petit poids de naissance, motivant une surveillance particulière dès la naissance. Les plus fréquentes sont l'hypothermie parce que ces bébés ont moins de capacité à réguler leur température, ils sont aussi plus sujets à faire des hypoglycémies car ils ont des réserves en glycogène insuffisantes à la naissance, ainsi que des hypocalcémies.
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