La naissance d'un enfant est un événement universellement célébré, mais la manière dont elle est vécue et ritualisée varie considérablement d'une culture à l'autre. L'Afrique, avec sa diversité ethnique et culturelle, offre un riche éventail de traditions de naissance, chacune reflétant les valeurs, les croyances et les pratiques spécifiques de la communauté. Cet article explore certaines de ces traditions fascinantes, mettant en lumière la signification et l'importance de ces rituels pour les familles et les communautés africaines.

Rituels de protection et d'intégration du nouveau-né

Dans de nombreuses cultures africaines, les premiers jours de la vie d'un enfant sont considérés comme une période vulnérable, où le nouveau-né est exposé à des dangers physiques et spirituels. Des rituels spécifiques sont donc mis en place pour protéger l'enfant et l'intégrer dans la communauté.

Le lien mère-enfant au Maroc

Au Maroc, dans l’ethnie des Aït Khebach, au sud-est du Maroc, les premiers jours de l’enfant sont considérés comme une période de latence durant laquelle sa vie est menacée. Pour le protéger, le lien avec sa mère est privilégié, comme s’ils ne formaient encore qu’une seule et même personne. Pendant sept jours, la mère et l’enfant sont tenus à l’écart, parés de manière identique. Leurs visages sont maquillés de khôl, leurs pieds et leurs mains trempés dans du henné, et tous deux sont coiffés d’un carré de linge blanc maintenu en bandeau serré. Ce lien exclusif cesse au septième jour, lors du rituel sacrificiel qui marque l’entrée de l’enfant dans sa famille paternelle. Lors d’une fête qui réunit famille et amis, le père de l’enfant égorge un mouton et sa grand-mère paternelle prononce le prénom du nourrisson pour la première fois. L’enfant garde son bandeau blanc, la mère peut alors enlever le sien.

Ces rituels sont également considérés par les Aït Khebach comme des subterfuges pour tromper le Jnûn.

Le massage traditionnel au Sénégal : le "damp"

Au Sénégal, le « damp », ce massage traditionnel des nourrissons, est une pratique courante. L’enchaînement est toujours le même. La masseuse commence par toucher l’enfant, avec une paume ferme et des doigts enveloppants, puis le frictionne, le lisse, le tapote avec différents ingrédients. Le beurre de karité d’abord, réputé renforcer la peau et empêcher les microbes de pénétrer l’organisme. Puis l’huile de touloucouna, un arbre de Casamance, qui « lutte contre les mauvais sorts », selon Aminata. Ensuite, on commence à étirer le nourrisson, doucement, en le prenant par la tête, puis par les bras. On le place sur le ventre, on joint ses mains derrière son dos, tel un bandit qu’on neutralise, les pieds en arrière. Dans le pays, nul n’échappe à ces gestes, gages d’un meilleur développement. Selon le docteur Meissa Fèye, chef du service de pédiatrie de l’hôpital principal de Dakar, « c’est une kinésithérapie de mobilisation neurophysiologique. Les nerfs et les muscles sont stimulés et les fonctions psychomotrices testées. En fait, on fait faire aux membres les gestes qu’ils devront faire pendant toute la vie de la personne », fait-il remarquer. « Ici, on dit que, si un enfant n’est pas “dampé”, il reste mou et peu endurant, explique Aminata. Et en jouant au foot, il se cassera quelque chose. »

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Cette séance de toucher est un moment de communication privilégié avec le bébé même si, très tonique, cette pratique est souvent désagréable pour le nourrisson qui est secoué et étiré. Mais Renée-Marcelle, qui se veut rassurante, estime qu’« il ne faut pas avoir pitié du bébé, parce que c’est bon pour lui ». Pour elle, faire sauter le bébé en l’air permet d’influer sur la psychologie de l’enfant qui sera ainsi « moins émotif, aura moins peur et sera plus dégourdi ».

Ce massage serait aussi l’occasion de remodeler le corps du nourrisson, selon les desiderata de la mère. Pour les filles, « je fais des mouvements de haut en bas pour affiner au niveau des reins et faire descendre les formes vers les fesses, raconte Aminata, en accompagnant sa parole de gestes éloquents pour faire apparaître les rondeurs appréciées par la société sénégalaise. Pour les garçons, au contraire, elle appuie sur les fesses « pour qu’elles ne soient pas trop grosses à l’âge adulte » et le pubis est lissé vers le haut pour ne pas qu’il descende par la suite. Chaque partie du corps est appréhendée pour sa fonction symbolique. Selon le sociologue Lamine Ndiaye, professeur titulaire de sociologie et d’anthropologie à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, le corps du nourrisson est « modelé suivant un modèle social déterminant, temporellement valorisé ».

En même temps que son corps, c’est l’identité de l’enfant qui est structurée par ces gestes. Cette « corporisation » est en fait une sorte de rituel de passage dans le processus de socialisation de l’enfant. Le nourrisson prend conscience de son corps, s’identifie et se détache définitivement de celui de sa mère. Si le « damp » est si important, c’est parce qu’il fait entrer l’enfant en tant qu’individu dans la famille et dans la société. Un rite essentiel.

Le rasage des cheveux au Pakistan

Une tradition pakistanaise (qui existe également dans d’autres pays musulmans) veut qu’un « aqiqah » ait lieu sept jours après la naissance du bébé. Lors de cette cérémonie, le bébé est nommé et ses cheveux sont rasés. L'équivalent du poids de sa chevelure est distribué en or ou en argent aux plus pauvres, comme pour indiquer à l'enfant que, dès sa naissance, il est généreux. En outre, cette coutume sert à dégager son crâne pour y laisser pénétrer l’air et la lumière, la tête étant le siège de la raison, de la connaissance et de la conscience.

Croyances et pratiques relatives à la conception

Les traditions africaines ne se limitent pas aux rituels post-naissance. Certaines cultures ont des croyances et des pratiques spécifiques liées à la conception elle-même.

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La chanson de la conception en Namibie

Selon les Himbas, tribu du Nord de la Namibie, la date de naissance d’un enfant n’est pas celle de sa venue au monde mais celle du jour où l’idée de sa conception a germé dans l’esprit de sa mère. Lorsqu’une femme souhaite avoir un enfant, elle se rend seule au pied d’un arbre et reste silencieuse jusqu’à ce qu’elle « entende » le chant de cet enfant à venir. Elle retourne alors auprès de son compagnon et lui apprend ce chant, qu’ils chanteront ensemble lorsqu’ils essaieront de le concevoir. Un Himba entendra toute sa vie la musique de sa naissance : sa communauté la lui chantera à chaque étape importante de sa vie, à la puberté, lors de son mariage et à ses funérailles.

La paternité multiple en Amérique du Sud

Dans bon nombre de sociétés sud-américaines, comme celles des Indiens Guayaki (au Paraguay) ou Motilones (à la frontière entre le Venezuela et la Colombie), une croyance veut que le sperme de plusieurs hommes soit nécessaire pour faire un bébé. Les femmes ont donc des relations sexuelles avec plusieurs hommes de leur communauté, afin de multiplier les qualités dont sera pourvu l'enfant. L'un pour son courage, l'autre pour sa force physique, un autre encore pour sa gentillesse.. Pas de jaloux ! Une fois le nouveau-né venu au monde, il sera élevé par les différents pères potentiels. La mortalité infantile est particulièrement basse au sein de ces communautés : ces enfants aux pères multiples sont mieux nourris que les autres, puisque leurs géniteurs divers participent tous à son éducation et son épanouissement.

En Colombie et au Vénézuela, la croyance des amérindiens Baris (appelés également les Motilones) va justement dans ce sens. Selon eux, un enfant ne naît pas du sperme d’un seul et unique homme, mais il peut s’imprégner de l’ADN, des qualités et du caractère de plusieurs individus mâles. C’est ensuite l’accumulation de ces gènes dans la femme qui permet de créer le nouveau petit être. Selon les Baris, une future mère aimante et responsable se doit d’avoir plusieurs relations avec les hommes de sa communauté lorsqu’elle est enceinte, pour faire profiter à son enfant des qualités de ces hommes (meilleur chasseur, meilleur conteur, meilleur amant, etc.). Une fois que le nouveau-né vient au monde, la paternité est divisée entre tous ceux qui ont participé à sa conception.

Traditions alimentaires et soins post-partum

L'alimentation de la mère et du nouveau-né est un aspect essentiel des traditions de naissance africaines. Des aliments spécifiques sont prescrits pour favoriser la guérison de la mère, stimuler la production de lait et assurer la santé du bébé.

De nombreuses ethnies préfèrent même « cacher » leur enfant dans la maison et son nom est le plus souvent tenu secret. Les bébés sont grimés, voire noircis de cire, ce qui susciterait moins la convoitise des esprits. Au Nigéria, par exemple, on n’admire pas son enfant. Au contraire, il est déprécié. Un grand-père peut même s’amuser à dire en riant : « Bonjour vilain ! Oh que tu es vilain ! », à l’enfant qui en rit, sans forcément comprendre.

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En Afrique, le sein des femmes est toujours accessible, à tout moment, aux enfants non sevrés. Ils peuvent ainsi téter selon leur envie ou simplement jouer avec la poitrine maternelle.

Les mères des sociétés traditionnelles introduisent assez rapidement d’autres aliments que le lait maternel pour nourrir leur enfant. Bouillie de mil, de sorgho, de manioc, petits morceaux de viandes, ou de larves riches en protéines, les mamans mastiquent elles-mêmes les bouchées avant de les donner à leur petit. Ces petites « becquées » se pratiquent partout dans le monde, des Inuits aux Papous.

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