L'émission "Touche pas à mon poste" (TPMP), animée par Cyril Hanouna, est souvent au centre de controverses. L'une des critiques récurrentes concerne la manière dont l'homosexualité est abordée dans l'émission. Cet article examine de près la représentation de l'homosexualité dans TPMP, en s'appuyant sur une étude menée par l'Association des Journalistes LGBT (AJL) et en analysant les différents aspects de cette question.
L'homosexualité comme source de "blagues"
Une grande partie des mentions de l'homosexualité dans TPMP se fait sous couvert de la "blague" de mauvais goût, souvent à caractère sexuel. L'AJL a relevé que sur 42 mentions faites à l'homosexualité durant le mois de novembre 2016, 28 étaient présentées comme des blagues.
Par exemple, le 7 novembre, le chroniqueur Camille Combal et Cyril Hanouna imitent un couple gay de manière caricaturale, semblant tout droit sorti de La cage aux folles. L’animateur prend des airs efféminés et déclare : « Je suis complètement ouvert, je suis complètement ouvert à la flagornerie. » Le 15 novembre, Jean-Michel Maire parle des homosexuels qui se cachent et utilise l'expression "avoir un balai dans le cul".
Ces "blagues" répétées contribuent à banaliser les stéréotypes et les préjugés envers les personnes homosexuelles.
Matthieu Delormeau : souffre-douleur de l'émission
Un membre de l'équipe de TPMP, Matthieu Delormeau, est particulièrement ciblé par les allusions à son homosexualité. Il est souvent réduit à sa seule sexualité à travers des blagues graveleuses, des remarques homophobes et même des menaces.
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Le 21 novembre, par exemple, les chroniqueurs parlent de l’émission Koh Lanta et de l’épreuve du poteau. Matthieu Delormeau donne son avis : « Ça n’a aucun intérêt. Ça vous dit de rester 30 minutes devant deux personnes debout sur un poteau ? » Jean-Michel Maire : « bah, tu restes bien deux heures sur une teub toi ! »
Le 2 novembre, les chroniqueurs disent à tour de rôle le nom d’une chanson sur laquelle ils ont déjà fait l’amour. Vient le tour de Matthieu Delormeau : « C’est une très jolie chanson, j’espère que vous aurez un jour l’occasion de l’entendre… » Hanouna, agressif : « Pas avec vous.
Ces remarques incessantes et souvent humiliantes peuvent avoir des conséquences néfastes sur la personne visée et contribuent à créer un climat de discrimination.
Conséquences pour les téléspectateurs LGBT
Si ces remarques peuvent parfois passer inaperçues, les téléspectateurs LGBT les entendent. Elles dessinent dans l’esprit du public ce qu’il est possible de faire chez soi, avec ses ami-e-s, au travail, au lycée : se moquer des personnes LGBT pour ce qu’elles sont, les transformer en animaux de foire sous couvert d’humour, les accepter (un peu) pour les humilier (beaucoup).
Même si Cyril Hanouna rabroue parfois les plus lourdingues de ses chroniqueurs et que Matthieu Delormeau assure être consentant, TPMP donne à voir des comportements de harceleurs de cour de récré, qui peuvent avoir des conséquences dévastatrices.
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Vision binaire des genres et autres discriminations
Au-delà de l'homophobie, TPMP véhicule également une vision extrêmement binaire des genres, perceptible tant dans les propos homophobes (qui moquent les marques dites de féminité chez les hommes) que dans les remarques sexistes assignant les femmes aux rôles d’objets esthétiques et sexuels.
Au cours du mois de novembre, l’Association des Journalistes LGBT (AJL) a relevé dans l’émission 20 remarques sexistes. Le 4 novembre, par exemple, une séquence met en scène deux rugbymen qui commentent l’émission et ses chroniqueuses. Remarque du premier : « Ah bah, je la prendrais bien Enora. Dans le vestiaire, mon gars, elle ferait pas la maligne, hein! » L’autre répond : « Ouais Valérie, je lui mettrais bien un bon plaquage, un bon plaquage comme le boudin à l’entraînement, tu vois ce que je veux dire ! »
De plus, des remarques à caractère transphobe et raciste ont également été relevées par l'association.
Responsabilité de l'émission
TPMP n'est pas la seule émission à véhiculer ce type de propos, mais par son audience importante et son public jeune, elle a une responsabilité particulière dans les imaginaires qu’elle offre, qu’elle le veuille ou non.
Exemples concrets tirés de l'émission
Voici quelques exemples concrets de propos tenus dans TPMP durant le mois de novembre 2016, relevés par l'AJL :
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- 2/11 : Les chroniqueurs donnent à tour de rôle le nom d’une chanson sur laquelle ils ont déjà fait l’amour. Vient le tour de Matthieu Delormeau : « C’est une très jolie chanson, j’espère que vous aurez un jour l’occasion de l’entendre… » Cyril Hanouna, agressif : « Pas avec vous.
- 3/11 : Cyril Hanouna demande: « c’est quoi vos qualités Matthieu Delormeau, si vous deviez vous vendre ? » Delormeau: « humour, sincérité… » Jean-Luc Lemoine l’interrompt : « la bitomanie! » Hanouna en riant: « la bitomanie !
- 4/11 : Cyril Hanouna demande avec combien de personnes Matthieu Delormeau a déjà couché. Delormeau : « j’ai couché avec 30 filles. » Hanouna : « mais avec des moustaches ? » Rires.
- 10/11 : Un petit concours de pétanque est organisé sur le plateau entre Cyril Hanouna et les chroniqueurs. Quand c’est à son tour de passer, Matthieu Delormeau dit : “Vous allez être surpris parce que je ne suis pas maladroit à ce truc-là.” Cyril Hanouna lui répond : “Je me doutais bien que vous seriez bon avec des boules.”
- 21/11 : Les chroniqueurs parlent de Koh Lanta et de l’épreuve du poteau. Matthieu Delormeau : « ça n’a aucun intérêt. Ça vous dit de rester 30 minutes devant deux personnes debout sur un poteau ? » Jean-Michel Maire : « bah, tu restes bien deux heures sur une teub toi ! »
Ces exemples illustrent la manière dont l'homosexualité est souvent abordée dans l'émission, à travers des blagues, des sous-entendus et des remarques dégradantes.
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