L'histoire des "bagnes pour enfants" en France, et plus particulièrement des colonies pénitentiaires agricoles, révèle une oscillation constante de la société entre protection et répression de sa jeunesse délinquante. Ces établissements, qui ont fleuri du XIXe siècle à la première moitié du XXe siècle, sont nés d'une volonté de réformer les jeunes délinquants, mais ont souvent dégénéré en lieux de châtiments et de labeur harassant.

Genèse et fondements des colonies pénitentiaires

L'idée d'une justice spécifique pour les mineurs a germé au début du XIXe siècle, avec le Code Napoléonien posant les bases en 1810. La première incarnation concrète de cette idée fut la Petite Roquette en 1836, la première prison destinée aux enfants. L'objectif était de séparer les jeunes détenus des adultes afin d'éviter la "contamination du vice et du crime". Cependant, la surpopulation carcérale a rapidement conduit à un dévoiement de cet objectif initial, avec un isolement total des enfants dans des cellules individuelles.

Face aux limites de l'enfermement carcéral, des maisons de correction baptisées colonies agricoles pénitentiaires ont émergé à partir de 1839. La philosophie sous-jacente était d'éloigner les jeunes délinquants de la ville et de leur milieu familial jugé néfaste, en leur offrant une formation professionnelle dans un environnement plus serein à la campagne. L'accent était mis sur le travail, le collectif et l'encadrement pour redresser les enfants et les remettre sur le droit chemin.

Frédéric-Auguste Demetz, figure emblématique de cette époque, a fondé en 1839 la colonie agricole et pénitentiaire de Mettray, près de Tours. Humaniste convaincu, il souhaitait sortir les mineurs délinquants des prisons sordides et leur assurer une éducation de base ainsi qu'une formation professionnelle. Demetz a mis en place une approche novatrice en créant une "école des contremaîtres" pour former des éducateurs capables d'encadrer les jeunes colons.

L'essor des colonies et leurs dérives

La loi du 5 août 1850 a officialisé l'existence des colonies pénitentiaires pour enfants et adolescents, encourageant ainsi leur création. À cette époque, on comptait déjà trente-quatre colonies en France, dont seulement cinq publiques. Ces établissements se sont multipliés, avec des modèles agricoles, maritimes ou industriels, certains ouverts et d'autres carcéraux.

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Malgré les intentions initiales, les colonies pénitentiaires ont rapidement dévié de leur objectif. Elles sont devenues des lieux isolés, soumis à une discipline stricte et à des journées de travail exténuantes. L'instruction élémentaire était souvent négligée, et la violence disciplinaire était courante. Les conditions de vie étaient particulièrement difficiles, avec des punitions sévères telles que l'envoi au mitard, la camisole de force et la privation de nourriture.

À la fin du XIXe siècle, la société a commencé à craindre la jeunesse, en particulier les bandes de jeunes perçues comme de plus en plus violentes. Les théories sur l'hérédité du crime ont renforcé l'idée que le redressement des mineurs délinquants était impossible, ce qui a conduit à un durcissement des conditions de détention dans les colonies.

La remise en cause et les réformes

Après la Première Guerre mondiale, le regard porté sur la jeunesse a changé, et les colonies pénitentiaires ont suscité une vague d'indignation. Des incidents tels que la révolte de la colonie de Belle-Île-en-mer en 1934 ont mis en lumière les conditions inhumaines qui y régnaient. La presse a dénoncé les "bagnes d'enfants", ce qui a abouti à une première série de réformes.

L'ordonnance du 2 février 1945 a marqué un tournant décisif en consacrant la primauté de l'éducation sur la répression. Cette ordonnance a créé le juge des enfants et a mis en avant la protection, l'assistance, la surveillance et l'éducation des mineurs délinquants. Cependant, il faudra attendre les années 1970 pour que cette priorité à l'éducation se traduise concrètement dans les faits.

Exemples de colonies pénitentiaires

Mettray : Fondée en 1839 par Frédéric-Auguste Demetz, la colonie de Mettray est considérée comme la première institution de ce type en France. Elle visait à sortir les mineurs délinquants des prisons et à leur offrir une éducation et une formation professionnelle. L'approche de Demetz était novatrice, avec la création d'une "école des contremaîtres" pour former des éducateurs.

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Belle-Île-en-Mer : Créée en 1880, la colonie de Belle-Île-en-Mer a accueilli de jeunes délinquants dans un environnement insulaire. Les conditions de vie y étaient particulièrement dures, avec une discipline de fer et des sévices physiques et psychologiques. La colonie a été rendue célèbre par l'évasion de 56 colons en 1934, qui a inspiré à Jacques Prévert le poème "La Chasse à l'enfant".

L'Îlet à Guillaume (Réunion) : Fondée en 1864 par les missionnaires de la congrégation du Saint-Esprit, cette colonie pénitentiaire a accueilli plus de 3000 enfants en 15 ans. Les enfants étaient soumis à une discipline très stricte et étaient forcés de travailler à la construction de bâtiments. Des fouilles archéologiques récentes ont permis de mieux comprendre le fonctionnement de cette colonie.

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