L'avortement en Thaïlande est un sujet complexe, marqué par des évolutions législatives récentes, des considérations religieuses et des défis persistants en matière d'accès. Bien que des progrès aient été réalisés en matière de légalisation, la stigmatisation et les obstacles pratiques demeurent des préoccupations majeures.

Évolution Législative Récente

Auparavant illégaux sauf en cas de viol ou de menace pour la vie de la mère, les avortements ont été autorisés jusqu’à douze semaines par une loi de février 2021. En septembre 2022, le délai légal pour les IVG a été étendu de douze à vingt semaines de grossesse, assouplissant ainsi l’accès des femmes enceintes à cette procédure médicale. Selon un communiqué officiel, « l’interruption de grossesse ne sera pas considérée comme un crime ». Auparavant, l’avortement était passible d’une amende pouvant atteindre plus de 260 dollars ou de six mois de prison, voire des deux.

Cependant, les femmes enceintes de plus de douze semaines mais moins de vingt, devront « consulter des conseillers médicaux afin de disposer de toutes les informations avant de décider d’interrompre la grossesse ».

Contexte Culturel et Religieux

L’avortement demeure un sujet sensible dans le pays à majorité bouddhiste, notamment suite à la découverte dans un temple, en 2010, d’environ deux milles fœtus avortés illégalement. De nombreux Thaïlandais, y compris parmi des membres du gouvernement, des médias ou des forces de police, sont encore persuadés que l’avortement est complètement illégal dans leur pays.

Le bouddhisme ne dit rien sur l’avortement mais précise que tuer est interdit. Les gens sont donc fortement opposés aux avortements.

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La Réalité de l'Avortement en Thaïlande

En réalité de nombreux IVG sont réalisés en toute légalité, à condition de bien connaitre la loi et de savoir l’utiliser. Face à une population souvent peu informée, l’interruption volontaire de grossesse dans un cadre médicalisé et légal, ou IVG, reste à ce jour peu pratiquée, et difficilement acceptée dans la culture thaïlandaise.

En mars 2012, l’annonce publique de l’avortement du mannequin thaïlandais, Pilawan Areerob, il y a quelques mois à Bangkok, relance le débat de société sur un sujet qui reste tabou en Thaïlande. Dans sa déclaration, le mannequin du magazine masculin Maxim, plus connu sous le nom de « Muay Maxim », a annoncé avoir été incité à avorter par son ancien compagnon, le célèbre Howard Hang célèbre chanteur thaïlandais- taiwanais. L’intérêt médiatique pour son histoire et le débat qui en a découlé ont suscité entre autres la condamnation de la jeune femme.

Cadre Juridique et Exceptions

Le code criminel thaïlandais prévoit, dans les sections 301 à 305, que l’avortement doit être reconnu comme un délit éligible à des sanctions d’après le système judiciaire thaïlandais. Cependant, si la grossesse est due, ou liée à une affaire de viol ou d’abus sexuel, ou si le fœtus est médicalement en danger, l’interruption volontaire de grossesse devient alors légale.

Cette dernière section stipule aussi que toute intervention effectuée sur ordre médical pour protéger la santé physique et psychologique de la femme ne peut être reconnu comme une offense à la loi.

Défis d'Accès et Refus Médicaux

Cette dernière stipulation, peu connue du grand public, est pourtant un élément clé du problème. En effet, comme l’explique Nattaya Boonpakdee, coordinatrice de la « Fondation de la défense de la santé des femmes », au Bangkok Post, en Thaïlande, « Une femme ne peut pas simplement entrer dans un hôpital et demander une IVG. Elle doit passer par un médecin qui lui accordera une autorisation. »

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Cependant, les médecins refusent généralement d’accorder cette requête, pour des raisons d’éthique ou de crainte d’enfreindre la loi. Mais le plus souvent, leur refus est surtout lié à la religion, basée sur le principe que prendre une vie est un péché.« Même si refuser le traitement médical légal d’un patient est, dans les standards internationaux, un affront à l’éthique, pour de nombreux directeurs de centres médicaux, c’est une question de croyances personnelles. »explique Mme Boonpakdee. C’est pour cette raison que parfois même avec l’accord du médecin, les centres médicaux ne donnent pas l’autorisation à ce dernier pour opérer. Contraignant les patientes à se tourner vers des méthodes moins légales, et surtout plus dangereuses. Ce qui revient à dire que si ces femmes ne connaissent pas les bonnes personnes, les probabilités sont fortes qu’elles ne trouveront pour pratiquer leur IVG que des conditions déplorables, dangereuses, voire mortelles.

Pour celles qui ne souhaitent pas prendre de tels risques, la grossesse non désirée devient la seule issue. Ainsi, un sondage du Conseil de la Population de 2002 rapporte que 45 femmes enceintes sur 100 disent ne pas se sentir prête à devenir mère.

Prévalence de l'Avortement en Thaïlande

Les dernières études de la Fondation de la défense de la santé des femmes sur le sujet datent de 1999. On comptait alors plus de 45 000 femmes souffrantes suite à un avortement à complications, et plusieurs centaines de milliers pour qui tout s’était bien passé. En moyenne, entre 300 000 et 400 000 avortements illégaux auraient lieu chaque année en Thaïlande, comparativement à 220 000 de nature légale en France, un pays avec environ la même population (à noter que ce chiffre ne prend pas en compte le nombre de femmes qui partent avorter dans les pays voisins). Entre 12 et 15% seraient des adolescentes.

Des chiffres prouvant que l’avortement, accepté ou non, est bel et bien devenu une pratique courante en Thaïlande ces dernières années.

Efforts de Sensibilisation et Défense des Droits

« La priorité aujourd’hui est que toutes les femmes qui pourraient être confrontées à un tel choix soient au courant de leurs droits et de leurs possibilités, notamment pour éviter des actes désespérés qui peuvent avoir lieu dans certains cas de grossesses non désirées »a déclaré M. Mechai, propriétaire du restaurant Cabbage & Condoms et du planning familial affilié à ce dernier à Bangkok. Il a cependant admit que le sensationnalisme des médias thaïlandais sur le sujet rendait à ce stade toute évolution impossible.

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« La société doit donner l’opportunité aux femmes de sortir de l’ombre et de parler de leurs points de vue sur ce sujet, a-t-il ajouté. Je suis attristé par l’ignorance évidente des faits actuels, qui dénonce bien le problème auquel font face les femmes de notre société. »

En novembre 2010, la découverte macabre de 2000 foetus morts ans un temple avait brièvement relancé le débat sur une légalisation de l’avortement

Réactions et Défis Persistants

Suite au scandale du mannequin Maxim, de nombreux bloggeurs thaïs n’ont pas hésité à exposer leur colère sur le web, dénonçant entre autres le caractère ridicule d’une situation dans laquelle la jeune femme, son ex-ami, et l’établissement qui aurait pratiqué l’avortement, sont présentés comme « les méchants », et la police, celle qui puni et fait respecter la loi, comme le « héro » de l’histoire.

« Nous parlons ici de la loi obsolète qui tue plus de 1000 femmes par an. Elles meurent parce que la loi les empêche d’avoir accès à des services médicaux sécurisés afin de mettre fin à leur grossesse non désirée. Elles sont ensuite obligées de se tourner vers des médicaments dangereux pour provoquer elle-même l’interruption de grossesse. Souvent, cette dernière n’est pas terminée et les femmes subissent des complications parfois mortelles. Et personne ne réussit à faire modifier la loi, parce que la société croit que conserver l’apparence de la morale vaut plus que de sauver la vie de ces femmes. »

Inégalités d'Accès et Soutien Associatif

En Thaïlande, l’interruption volontaire de grossesse est devenue légale jusqu'à 12 semaines en février 2021, puis, sous certaines conditions, jusqu’à 20 semaines en octobre 2022. Mais "des inégalités persistent", souligne Kritaya Archavanitkul, professeure à l'université Mahidol et coordinatrice du réseau Choices Network Thailand. "Il y a des services d'IVG dans 39 des 77 provinces thaïlandaises. "Le coût d'une IVG varie de 5 000 bahts ‒ 15 fois le salaire minimum journalier ‒ à 20 000 bahts. Selon Tamtang, 64% des personnes que le groupe accompagne ont un budget inférieur à 2 000 bahts. "Il est difficile pour elles d'emprunter de l'argent, elles doivent mentir", poursuit Nisarat Jongwisan.

Tendances Mondiales et Comparaisons

On estime à 50 millions chaque année le nombre d’avortements dans le monde. Les régimes soviétiques ont été les précurseurs, légalisant l’IVG dès les années soixante, avec des taux records (en moyenne deux avortements pour une naissance). Dans les années 70, les pays dit développés ont suivi. Aujourd’hui, les pays récalcitrants, comme la Pologne ou l’Irlande en Europe, et de nombreux pays en voie de développement, subissent de plus en plus de pressions. Depuis les légalisations diverses depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, plus d’un milliards d’avortements légaux ont été réalisés dans le monde.

En Europe, une grossesse sur cinq se termine par un avortement (18,5%). On compte en moyenne 1,2 millions d’avortements par an rien que dans l’Europe des 27. Selon le Center for Reproductive Rights, 40% des femmes en âge de se reproduire vivent dans des Etats où l'interruption volontaire de grossesse (IVG) est interdite ou fortement limitée.

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