L'interruption volontaire de grossesse (IVG) est un droit fondamental pour les femmes. Cependant, la répétition de cet acte, surtout dans un court laps de temps, soulève des questions importantes sur les risques potentiels pour la santé physique et psychologique. Entre 2 et 5 % des femmes connaissent plusieurs fausses couches consécutives.

Fausses couches à répétition : causes et solutions

On parle de fausses couches à répétition lorsqu'une femme subit au moins deux avortements spontanés successifs. La moitié des fausses couches répétées sont liées à des anomalies chromosomiques. Les causes peuvent être variées, allant d'anomalies chromosomiques à des problèmes utérins ou hormonaux. Face à cette situation, il est crucial de comprendre les causes sous-jacentes pour envisager des solutions adaptées.

Causes possibles des fausses couches à répétition

  • Anomalies chromosomiques: Elles peuvent être accidentelles lors de la fécondation ou portées par l'un des membres du couple. Une consultation génétique avec établissement du caryotype sanguin peut être envisagée.
  • Anomalies utérines: Utérus cloisonné, bicorne, synéchies ou endométriose peuvent gêner l'implantation de l'œuf et entraîner un avortement spontané. Des examens d'imagerie (échographie ou IRM pelvienne) permettent de détecter ces problèmes.
  • Dérèglements hormonaux: Une augmentation de la prolactine, un déficit en œstrogènes/progestérone ou un problème de thyroïde peuvent provoquer des fausses couches répétitives. Un bilan hormonal doit être réalisé au 3e jour du cycle.
  • Causes immunologiques: Le système immunitaire de la mère produit des anticorps qui rejettent l’embryon.
  • Facteurs masculins: En cas de fausses couches à répétition, l’homme doit lui aussi passer des examens.

Traitements possibles

En fonction des résultats des examens, plusieurs traitements sont possibles :

  • Anomalies génétiques, chromosomiques ou utérines: Une fécondation in vitro peut être proposée.
  • Dérèglement hormonal: Un traitement à base d’hormones spécifiques prescrites à un certain moment du cycle peut régler le problème.
  • Absence de causes identifiées: De l’aspirine (75 mg par jour) ou un anticoagulant (Héparine) peuvent être prescrits dès le début de la grossesse.

Risques liés à des IVG répétées

Risques physiques

Si l'IVG est réalisée dans de bonnes conditions, elle n'a généralement pas d'impact direct sur la fertilité. La fertilité revient rapidement après un avortement, c'est pour cette raison que l'utilisation d'une contraception doit être envisagée dès le premier jour de l'interruption de la grossesse, si besoin. Cependant, des études suggèrent qu'il existe un risque accru de complications lors de grossesses ultérieures après plusieurs IVG, notamment :

  • Prématurité: Une étude finlandaise a montré que le risque de naissance prématurée augmente après chaque IVG et devient significatif après la deuxième intervention. Pour 1 000 femmes n’ayant pas avorté, trois d’entre elles donneront naissance à un bébé avant 28 semaines. Le risque augmente à 4 femmes pour celles ayant avorté une fois, à 6 pour celles en ayant fait deux et à 11 pour celles en ayant fait 3 ou davantage.
  • Hypotrophie fœtale: Le risque d’hypotrophie est majoré pour les femmes ayant fait trois avortements ou plus, surtout dans le cas d’IVG chirurgicales.
  • Infections: Les femmes ayant avorté ont un risque plus grand de chorio-amniotite, d’infection perpartum et d’infections néonatales.
  • Lésions de l'endomètre: L’aspiration endo-utérine peut endommager l’endomètre, entraînant des anomalies de placentation et d’accouchements prématurés.
  • Cancer du col utérin: Les femmes ayant eu plus de deux IVG sont confrontées à un risque relatif de x 4,92 fois supérieur d’avoir un cancer du col utérin.

Risques psychologiques

Contrairement à certaines idées reçues, il n'existe pas de pathologie psychologique spécifique au décours d'une IVG. L'impact psychologique de l'avortement est vécu de manière différente par chacune. Cependant, il est important de reconnaître que l'IVG peut être une expérience émotionnellement difficile pour certaines femmes. Il est possible de demander à bénéficier de la consultation psycho-sociale proposée (et obligatoire pour les mineures). Il est également possible de se tourner vers les associations qui peuvent apporter un soutien important. A plus long terme, un accompagnement psychologique par un professionnel peut également être mis en place. Des sentiments de culpabilité, de tristesse ou d'anxiété peuvent survenir, surtout si l'avortement est répété.

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Dans un travail de recherche pour sa thèse de médecine générale en 2023, Armelle Poupard, fervente partisane du droit à l’avortement, a interrogé dix femmes ayant recours d’une manière répétée à l’avortement (entre 2 et 7 IVG au moment de l’entretien). Les raisons invoquées pour faire le choix de l’avortement ne diffèrent selon que les femmes ont déjà fait des IVG ou non. Comment une femme se retrouve-t-elle plusieurs fois dans une situation où elle se sent obligée de choisir l’avortement ?

  • Plusieurs femmes ont été confrontées à des effets indésirables avec différentes méthodes de contraception hormonales ou avec le DIU au cuivre (stérilet), et ont décidé d’arrêter ces méthodes. Certaines se sont tournées vers le préservatif masculin, qui est peu fiable, ou vers la méthode du calendrier, qui est l’ancêtre des méthodes naturelles de régulation des naissances actuelles, mais qui est très peu fiable, contrairement aux méthodes de régulation naturelle des naissances actuelles (parfois appelées à tort « contraception naturelle »), lorsqu’on les apprends avec l’aide de conseillers en fertilité.
  • La charge de la contraception repose presque entièrement sur les femmes, qui peuvent trouver cela très lourd. Souvent, les hommes tiennent pour acquis que la contraception est l’affaire des femmes, et souvent aussi, les conséquences d’un échec de contraception sont l’affaire des femmes. Là encore, les méthodes naturelles ont beaucoup à apporter aux mentalités modernes. Les problèmes liés à la contraception sont donc clairement une cause majeure dans le parcours de ces femmes faisant des IVG à répétition. Les moyens de contraception proposés aux femmes sont soit néfastes pour la santé, soit peu efficaces.
  • Plusieurs des femmes suivies pour ce travail de recherche étaient atteintes de maladies chroniques, physiques ou psychiques (deux femmes souffrant de dépression).
  • Sur les dix femmes interrogées pour ce travail de recherche, cinq ont subi des violences conjugales. Le Dr Pascale Pissochet explique qu’il existe une forme d’addiction à l’avortement. Le fait même d’avoir souffert à cause d’une IVG peut inciter certaines femmes à reproduire cet acte, pour essayer de changer ce qu’elles ont vécu, ou pour se donner la preuve que ce n’est pas un acte grave.

Contraception et IVG : points essentiels

Il est crucial de souligner que l'IVG ne doit pas être considérée comme une méthode de contraception à part entière. Au contraire, il est essentiel de mettre en place une contraception efficace après une IVG pour éviter de nouvelles grossesses non désirées.

Importance de la contraception

Dans un peu plus de deux cas sur trois, les femmes qui ont recours à une IVG utilisaient un moyen de contraception qui n'a pas fonctionné (rupture de préservatif, oubli de pilule, etc.). Les grossesses non prévues sont en effet souvent liées à un problème dans l’usage de la contraception. Le moyen de contraception que vous choisissez doit être celui qui correspond le mieux à votre mode de vie. Si celui-ci ne vous convient pas (ou plus), vous pouvez en changer.

Options contraceptives

De nombreuses options contraceptives sont disponibles, allant des méthodes hormonales (pilule, implant, stérilet hormonal) aux méthodes non hormonales (préservatifs, stérilet en cuivre, méthodes naturelles). Il est important de discuter avec un professionnel de santé pour choisir la méthode la plus adaptée à votre situation personnelle.

Soutien et accompagnement

Face à une grossesse non désirée ou à des IVG répétées, il est essentiel de rechercher un soutien et un accompagnement adaptés.

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Numéros et associations utiles

  • Numéro vert national « IVG, contraception, sexualités » : Pour obtenir des informations et des conseils.
  • Planning Familial : Pour un accompagnement personnalisé et des consultations médicales.

Consultation psycho-sociale

La consultation psycho-sociale est proposée avant et après l'IVG pour aider les femmes à faire face aux émotions et aux difficultés éventuelles.

Lire aussi: Accès à l'IVG pour les mineures

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