La rupture conventionnelle est un mode de rupture du contrat de travail à durée indéterminée (CDI) qui repose sur un accord mutuel entre l'employeur et le salarié. Elle se distingue du licenciement et de la démission, et est soumise à une procédure spécifique. Une question se pose fréquemment : est-il possible de conclure une rupture conventionnelle pendant le congé maternité ? Cet article détaille les conditions, la procédure, les droits et les pièges à éviter dans cette situation particulière.

Cadre Légal et Protection de la Salariée Enceinte

Le droit du travail accorde une protection particulière à la salariée enceinte contre le licenciement. Cette protection se manifeste sous deux formes :

  • Protection Absolue : Pendant toute la durée du congé maternité (incluant les éventuels congés pathologiques avant et après l'accouchement, dans la limite de deux semaines avant et quatre semaines après, ainsi que les congés payés pris immédiatement après le congé maternité), l'employeur ne peut licencier la salariée, quel que soit le motif. Il est toutefois possible, si l'employeur et la salariée sont d'accord, de rompre le contrat par rupture conventionnelle. À noter Pendant cette période, l'employeur ne peut pas non plus convoquer la salariée à un entretien préalable au licenciement.
  • Protection Relative : Elle s'étend de la déclaration de grossesse à l'employeur jusqu'au début du congé maternité, puis reprend pendant les 10 semaines suivant la fin du congé maternité ou des congés payés pris immédiatement après. Durant cette période, le licenciement n'est possible qu'en cas de faute grave de la salariée ou d'impossibilité de maintenir le contrat de travail pour un motif étranger à la grossesse (fermeture définitive de l'entreprise, par exemple).

Il est important de noter que la salariée n'a pas l'obligation d'informer son employeur de son état de grossesse. Cependant, cette information est indispensable pour bénéficier de la protection contre le licenciement. La salariée doit envoyer à son employeur un certificat médical justifiant de son état de grossesse. Le certificat mentionne la date présumée de l'accouchement. Ce courrier est envoyé par lettre recommandée avec avis de réception.

Rupture Conventionnelle et Congé Maternité : Ce Qu'il Faut Savoir

La Cour de cassation a validé la possibilité de conclure une rupture conventionnelle pendant le congé maternité (Cass. soc. 25 mars 2015). Ainsi, une rupture conventionnelle peut être signée pendant le congé maternité et pendant la période de 10 semaines qui suit la fin du congé de maternité. L'état de grossesse d'une salariée ne constitue donc plus un obstacle à la conclusion d'une rupture conventionnelle.

Cependant, cette possibilité est soumise à certaines conditions :

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  • Consentement Libre et Éclairé : La rupture conventionnelle doit reposer sur un accord mutuel et volontaire des deux parties. Tout vice de consentement (pression, menace, fraude) rendrait la rupture nulle. La salariée doit être en mesure de prendre une décision éclairée, sans subir de contrainte.
  • Absence de Fraude : La rupture conventionnelle ne doit pas masquer un licenciement déguisé, notamment si le motif de la rupture est lié à l'état de grossesse de la salariée.
  • Respect de la Procédure : La procédure de rupture conventionnelle doit être scrupuleusement respectée.

Procédure de Rupture Conventionnelle Pendant la Grossesse

La procédure de rupture conventionnelle pendant la grossesse est identique à la procédure classique :

  1. Entretiens Préalables : Au moins un entretien préalable doit être organisé pour discuter du projet de rupture conventionnelle. Il est conseillé de multiplier les entretiens pour permettre une réelle négociation. L'employeur et le salarié peuvent choisir d'être assistés lors des entretiens. Les assistants peuvent intervenir pour demander des explications à l’employeur ou au salarié. Le salarié peut être assisté par un salarié de l’entreprise, un représentant du personnel ou non. L’employeur peut se faire assister par un membre de l’entreprise ou un membre de son organisation syndicale d’employeurs.
  2. Convention de Rupture : La rupture doit être formalisée par écrit via une convention de rupture signée par les deux parties. Le formulaire de demande d'homologation est disponible sur le site service public. Il est conseillé de mentionner expressément l'absence de contrainte ou de pression dans le document de rupture.
  3. Délai de Rétractation : Un délai de rétractation de 15 jours calendaires (qui commence à courir le lendemain de la date de signature de la convention) doit être respecté. Pendant ce délai, chacune des parties peut se rétracter.
  4. Demande d'Homologation : La convention de rupture doit être soumise à la DREETS (Direction Régionale de l'Économie, de l'Emploi, du Travail et des Solidarités) pour homologation. La DREETS dispose de 15 jours ouvrables pour vérifier la conformité de la convention et s'assurer du respect des droits de la salariée. L'absence de réponse dans ce délai vaut acceptation tacite.

Droits et Indemnités de la Salariée Enceinte en Rupture Conventionnelle

Une salariée enceinte qui conclut une rupture conventionnelle a droit aux mêmes droits et indemnités qu'en situation normale :

  • Indemnité de Rupture Conventionnelle : L'indemnité de rupture ne peut être inférieure à l'indemnité légale de licenciement (article L1237-13 Code du travail) ou à l'indemnité conventionnelle si celle-ci est plus favorable. L'indemnité est calculée sur le salaire de référence avant le congé maternité, afin de ne pas pénaliser la salariée en raison de la suspension de son contrat.
    • L'indemnité légale de licenciement prévoit : 1/4 de mois de salaire brut par année d'ancienneté jusqu'à 10 ans et 1/3 de mois de salaire brut par année d'ancienneté après 10 ans.
    • Le salaire de référence est déterminé en prenant en compte, selon la formule la plus avantageuse : soit la moyenne mensuelle brute des 12 derniers mois, soit la moyenne mensuelle brute des 3 derniers mois (dans ce cas, les primes et gratifications exceptionnelles ou annuelles sont prises en compte en proportion du temps de travail effectué). Pour une salariée enceinte, il s’agit du salaire perçu avant la suspension du contrat : congé maternité ou un éventuel arrêt maladie. Cela évite que les indemnités journalières réduisent artificiellement le montant.
    • L'indemnité versée peut aussi être plus élevée si un accord amiable le prévoit, mais jamais en dessous du plancher légal.
  • Maintien des Droits Sociaux : La salariée conserve ses droits aux indemnités journalières de sécurité sociale (IJSS) si la rupture intervient avant ou pendant le congé de maternité.
  • Droit au Chômage : La rupture conventionnelle ouvre droit aux allocations chômage (ARE) après la fin du congé de maternité, sous réserve de remplir les conditions d'affiliation. La femme enceinte bénéficie des allocations chômage (ARE) après la fin de son congé de maternité, sous réserve d’avoir cotisé suffisamment. L’indemnisation s’ajoute aux droits aux IJSS perçus pendant la grossesse. Il est nécessaire de s'inscrire à France Travail (anciennement Pôle Emploi) pour percevoir ces allocations.
  • Primes et Avantages : Il est possible de négocier le maintien de certains avantages (mutuelle, téléphone, voiture de fonction) jusqu'à la fin du contrat.

Risques et Précautions à Prendre

La rupture conventionnelle pendant la grossesse comporte des risques pour l'employeur et pour la salariée :

  • Risques pour l'Employeur :
    • Annulation de la rupture conventionnelle en cas de vice de consentement, de pression exercée sur la salariée, de non-respect de la procédure ou d'absence d'homologation.
    • Condamnation prud'homale en cas de requalification de la rupture en licenciement sans cause réelle et sérieuse.
    • Coûts financiers importants en cas d'annulation de la rupture.
  • Risques pour la Salariée :
    • Acceptation d'une indemnité de rupture insuffisante.
    • Pression de l'employeur pour signer la rupture.
    • Difficulté à prouver un vice de consentement ou une fraude.

Pour sécuriser la rupture conventionnelle, il est essentiel de :

  • Documenter Chaque Étape : Conserver une trace écrite de tous les échanges, des entretiens et des négociations.
  • Négocier de Manière Équilibrée : Proposer une indemnité de rupture supérieure au minimum légal et des avantages complémentaires.
  • Éviter Toute Pression : S'assurer que la salariée prend sa décision librement et en toute connaissance de cause.
  • Faire Relire la Convention : Il est conseillé à l'employeur et à la salariée de faire relire la convention de rupture par un avocat spécialisé.
  • Vérifier l'Homologation : S'assurer que la DREETS a bien homologué la convention de rupture.

Exemples et Cas Particuliers

  • Une salariée en congé maternité perçoit 2 200 € brut avant son congé. L'indemnité de rupture conventionnelle devra être calculée sur cette base, en tenant compte de son ancienneté et des dispositions légales et conventionnelles applicables.
  • Une salariée dont le licenciement a été notifié sans que l'employeur ait connaissance de sa grossesse peut transmettre un certificat médical dans les 15 jours suivant la notification pour obtenir l'annulation du licenciement. Passé ce délai, elle ne peut plus faire valoir ce droit. Le courrier est envoyé par lettre recommandée avec avis de réception ou remis contre récépissé. Le licenciement n'est pas annulé si le motif de licenciement est une faute grave ou une impossibilité de maintenir le contrat.
  • Une salariée saisit la juridiction prud’homale afin que lui soient octroyés des dommages et intérêts pour licenciement nul, au motif que la rupture conventionnelle a été conclue durant les périodes de suspension du contrat de travail auxquelles la salariée a le droit au titre du congé maternité et pendant les quatre semaines suivant l’expiration de celui-ci. La haute Cour confirme la validité de la rupture conventionnelle pendant les périodes de suspension du contrat de travail liées au congé maternité.

Démarches Administratives et Informations Utiles

  • Déclarer sa Grossesse à France Travail (Pôle Emploi) : Il est possible de déclarer sa grossesse en ligne, dans son espace personnel, dans la rubrique "Mon dossier", puis "Je déclare un changement de situation" dans la zone "Ma situation": vous pourrez alors déclarer votre Maternité.
  • Inscription à France Travail (Pôle Emploi) Après un Congé Maternité : Le dernier jour de votre congé maternité, vous pouvez vous réinscrire à France Travail et toucher le chômage.
  • Indemnités Journalières de Sécurité Sociale (IJSS) : Votre caisse d'Assurance Maladie vous versera vos indemnités toutes les deux semaines. Pendant que vous touchez cette indemnité, vous ne touchez plus le chômage.
  • Congé Maternité et Chômage : L'allocation chômage (ARE) est versée chaque mois. Le congé maternité compte pour le chômage.
  • Obtenir le Congé Maternité : Il suffit d'informer votre employeur de votre grossesse. La loi n'impose aucun délai : vous pouvez la déclarer quand vous le souhaitez.
  • Service Gratuitservice : Les informateurs qui vous répondent appartiennent au ministère chargé du travail.

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