L'avortement chez les bovins est défini comme l'expulsion d'un fœtus mort-né ou succombant dans les 48 heures suivant la naissance. Ce phénomène affecte tous les élevages et peut avoir des conséquences économiques et sanitaires significatives. La vigilance et la recherche des causes sont donc primordiales pour la gestion de la santé du troupeau.

Importance de la Déclaration et du Diagnostic

Seulement un éleveur sur quatre déclare les avortements de son élevage à son vétérinaire sanitaire. Cependant, cette déclaration est obligatoire pour les élevages de ruminants, notamment pour la surveillance de la brucellose, une maladie réglementée aux conséquences potentiellement graves. Chaque avortement, même isolé, doit être signalé. L'État prend en charge le déplacement, la visite, les prélèvements et les analyses pour la recherche de la brucellose dès le premier avortement. En cas d'avortements à répétition ou d'infertilité, une visite d'élevage est essentielle pour identifier l'origine du problème, surtout si aucun agent infectieux n'a été mis en cause.

Des analyses, directement sur l'avorton, peuvent s'avérer très utiles pour établir un diagnostic précis. En cas d’avortements successifs, les vétérinaires recommandent de faire des analyses sérologiques et par PCR du placenta ou de l’avorton. Des frais pris, en partie, en charge par les GDS.

Causes de l'Avortement Bovin

Les causes d'avortements bovins sont variées, allant des infections aux problèmes alimentaires, en passant par les traumatismes physiques. On distingue les causes infectieuses (dues à des agents pathogènes) des causes non infectieuses. Les avortements en série sont le plus souvent dus à des maladies contagieuses qui peuvent provoquer des pertes importantes.

Causes Infectieuses

Parmi les causes infectieuses les plus fréquentes, on retrouve :

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  • Néosporose: C'est aujourd'hui la première cause d'avortements bovins en France, responsable de 10 à 15 % des cas. Provoquée par un parasite, Neospora caninum, elle se transmet via les chiens, renards ou de mère à veau. Les avortements surviennent le plus souvent entre le 3e et le 9e mois de gestation.
    • Contamination Horizontale: Le parasite est transmis à la vache par un canidé (chien ou renard) qui s'est contaminé en mangeant les placentas ou les avortons de vaches porteuses. Le canidé héberge la forme adulte du parasite et élimine les "œufs" dans ses excréments.
    • Contamination Verticale: La vache pleine se contamine sans avorter. Le parasite se loge alors dans l'organisme du fœtus, et le veau naît vivant mais porteur de la maladie.
  • Fièvre Q: C'est une zoonose bactérienne causée par Coxiella burnetii. Elle provoque des avortements, plutôt en fin de gestation, des infections de l’utérus et des métrites. Elle a un impact fort sur la fertilité des animaux. Les animaux infectés peuvent excréter des bactéries par les sécrétions vaginales, le placenta, le lait et les excréments. Les bactéries peuvent être mises en suspension dans l'air, seules ou avec des poussières.
  • BVD (Diarrhée Virale Bovine): Souvent associée à des problèmes d'infertilité et digestifs, la BVD peut également causer des avortements. Les vaccins actuels sont efficaces contre les différentes souches de virus BVD qui circulent en France. Ils évitent les problèmes cliniques dus à la maladie et limitent la circulation virale. Avec notamment des naissances de veaux faibles ou malformés (atrophie du cervelet ou des yeux, cataracte, déformation des membres).
  • Salmonellose: Les salmonelles engendrent généralement des diarrhées, parfois hémorragiques chez le veau et l’adulte. Des avortements peuvent également survenir, indépendamment ou non des cas de diarrhée. Ils ont lieu en général dans la 2e moitié de la gestation. Les animaux se contaminent par l’intermédiaire d’eau ou d’aliments souillés par de la terre et surtout par des déjections d’autres animaux de leurs congénères (les volailles et les oiseaux peuvent être des sources de salmonelles). Les salmonelles sont contagieuses à l’homme par voie orale.
  • Chlamydiose Abortive: Les troubles de la reproduction sont attribuables à Chlamydia abortus et parfois Chlamydia pecorum et Chlamydia psittac. Ces signes ne sont pas spécifiques : rétentions placentaires, métrites, avortements et mises bas prématurées de veaux chétifs, infertilité et pathologies respiratoires chez la vache.
  • Listériose: Les avortements dus à Listeria monocytogenes sont rares chez les bovins (moins de 1 %) généralement en fin de gestation, mais ils peuvent se produire en série et s’accompagner de cas de méningites et de mortalités dans le troupeau. Très résistantes dans le milieu extérieur, les listeria sont des bactéries très fréquentes dans l’environnement. Listeria monocytogenes est aussi pathogène chez l’homme avec des risques chez la femme enceinte.
  • Ehrlichiose: L’ehrlichiose est la plus fréquemment rencontrée (26,2 % des recherches facultatives).

Causes Non Infectieuses

Bien que moins fréquentes, les causes non infectieuses peuvent également provoquer des avortements :

  • Traumatismes Physiques: Un traumatisme subi par la mère, surtout en fin de gestation, peut entraîner un avortement.
  • Problèmes Alimentaires: Des carences nutritionnelles ou une alimentation de mauvaise qualité peuvent affecter la gestation.
  • Anomalies Fœtales: Des anomalies génétiques ou développementales du fœtus peuvent provoquer son expulsion.

Prévention et Mesures de Contrôle

La prévention des avortements bovins repose sur plusieurs axes :

  • Biosécurité:
    • Isoler la femelle qui a avorté pour limiter la contamination des congénères et de son environnement.
    • Conserver les produits de l’avortement (placenta et avorton) à l’écart des autres animaux (chiens…) en attendant la visite du vétérinaire qui effectuera les prélèvements.
    • Par mesures de biosécurité, le box de vêlage et l’ensemble du matériel de vêlage doit être nettoyé et désinfecté.
    • Veiller à l'hygiène des locaux (désinfection des cases de vêlages et nurseries, abreuvoirs, murs, tubulaires, et vides sanitaires,…), de l’eau de boisson et des aliments qui doivent éviter d’être souillés par d’autres animaux (chiens, chats, volailles, oiseaux, rats,…).
    • Le compostage peut être efficace pour désinfecter les litières contaminées par certaines bactéries, tout comme le traitement des lisiers à la cyanamide calcique.
  • Gestion de la Néosporose:
    • Empêcher les chiens (et autres carnivores) d’accéder à la nourriture, à l’eau, aux aires d’alimentation, et surtout aux délivrances ou avortons.
    • Si peu de vaches séropositives : réforme de la ou des lignées concernées à court terme.
  • Vaccination:
    • La vaccination des génisses contre la Fièvre Q est une mesure médicale importante.
    • La vaccination est possible contre les souches S. Typhymurium et S. Dublin de la salmonellose et réduit les signes cliniques.
    • Les vaccins actuels sont efficaces contre les différentes souches de virus BVD qui circulent en France. Ils évitent les problèmes cliniques dus à la maladie et limitent la circulation virale.
  • Alimentation: Assurer une alimentation équilibrée et de qualité pour les vaches, en particulier pendant la gestation.
  • Surveillance et Diagnostic:
    • Déclaration obligatoire de tout avortement au vétérinaire sanitaire.
    • En cas d'avortements à répétition, contacter le vétérinaire pour des prises de sang et des prélèvements.
    • Analyses sérologiques et par PCR du placenta ou de l’avorton en cas d’avortements successifs.
  • Autres Mesures:
    • Lors d’avortements en série : consulter le vétérinaire.
    • Le lait des femelles avortées doit être écarté de la consommation humaine et animale jusqu’à un résultat négatif en brucellose et jusqu’à l’arrêt des écoulements vaginaux.
    • Les avortons et les délivrances doivent être rapidement collectés avec des gants et à mettre à l'équarrissage (et à l’abri des chiens ou d’autres animaux). Par ailleurs, les femmes enceintes doivent éviter de s’en approcher, et plus généralement éviter d’être présentes lors des vêlages.

Cadre Légal et Surveillance

Le cadre légal concernant les avortements bovins est principalement lié à la surveillance de la brucellose, une maladie réglementée dont la France est indemne. La déclaration des avortements est obligatoire dans ce cadre. L’État prend en charge le déplacement, la visite, les prélèvements et analyses pour la recherche de la Brucellose dès le premier avortement.

Le Rôle des GDS (Groupements de Défense Sanitaire)

Les GDS jouent un rôle crucial dans la surveillance et la prévention des avortements bovins. Ils proposent des kits de diagnostic pour les avortements répétés et prennent en charge une partie des frais d'analyse. Le GDS43 propose « le kit avortement » à ses adhérents se trouvant dans cette situation. Les maladies inclues dans ce kit sont issues du travail fourni par le dispositif national OSCAR (Observatoire et Suivi des Causes d’Avortements chez les Ruminants). Sa finalité est d'améliorer la connaissance des causes infectieuses des avortements, afin d'adapter les mesures de diagnostic, de prévention et de lutte.

Impact Économique et Importance du Diagnostic

Chez les ruminants, les avortements, quelle qu’en soit la cause, entraînent des pertes économiques, parfois importantes. Il est donc essentiel de poser un diagnostic précis pour mettre en place les mesures de contrôle appropriées. Une fois le diagnostic établi, le vétérinaire et le GDS pourront conseiller au mieux sur les mesures les plus appropriées à mettre en place dans l’élevage.

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Zoonoses et Précautions Sanitaires

Certaines maladies abortives sont transmissibles à l’homme (zoonoses). La Fièvre Q, causée par la bactérie Coxiella burnetii, est une zoonose qui se transmet principalement par voie aérienne à un grand nombre d'animaux (vaches, moutons, chiens, chats, tiques, faune sauvage,…). Dans la majorité des cas, la maladie passe inaperçue, mais elle se manifeste régulièrement par des avortements durant le dernier tiers de la gestation, des mises-bas prématurées, de la mortalité des jeunes par pneumonie parfois associée à des problèmes d’infertilité et de métrites. L'excrétion de la bactérie est particulièrement importante autour de l'avortement, dans les produits de la parturition (avorton, délivrance) ou dans les sécrétions vaginales. De ce fait, les femmes enceintes et les personnes fragiles doivent éviter les contacts avec les animaux dans les fermes concernées. Le risque d’infection humaine par consommation de lait cru ou de produits laitiers frais au lait cru provenant d’animaux infectés par la fièvre Q est considéré comme minime voire quasi nul.

Le lait d’une vache ayant avorté ne doit pas être consommé. Les avortons et les délivrances doivent être rapidement collectés avec des gants et à mettre à l'équarrissage (et à l’abri des chiens ou d’autres animaux). Par ailleurs, les femmes enceintes doivent éviter de s’en approcher, et plus généralement éviter d’être présentes lors des vêlages. Les éleveurs laitiers ayant diagnostiqué un cas d’avortement dû aux salmonelles doivent informer leur laiterie et retirer les lots de lait cru ou de fromages dans l’attente d’analyses complémentaires. S’il y a eu au moins deux cas de salmonellose bovine dans l’élevage en deux mois, il faut renseigner l’information sur la chaîne alimentaire (case à cocher), sur la fiche ASDA du bovin.

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