L'avortement spontané, terme médical préféré à "fausse couche", désigne l'interruption involontaire d'une grossesse avant que le fœtus ne soit viable. On distingue l'avortement spontané précoce (avant 14 semaines d'aménorrhée) et l'avortement spontané tardif, qui survient entre la 14ème et la 22ème semaine d'aménorrhée. Cet article se concentre sur l'avortement spontané tardif, ses causes, ses manifestations et les options de prise en charge.
Définition et Prévalence
La fausse couche tardive correspond à l'arrêt ou à l'expulsion d'une grossesse entre la fin du premier trimestre (14 SA) et le début du seuil de viabilité du fœtus (22 SA), ce qui correspond environ au cinquième mois de grossesse. Bien moins fréquente que la fausse couche précoce, la fausse couche tardive reste un phénomène rare et extrêmement minoritaire, concernant environ 1% des grossesses.
Causes de l'Avortement Spontané Tardif
Les causes de la fausse couche tardive sont différentes de celles des fausses couches précoces. Bien que certaines grossesses s'arrêtent de manière tardive pour des raisons inexpliquées, plusieurs facteurs peuvent être impliqués.
- Anomalies chromosomiques de l'embryon: L'hypothèse la plus probable serait une anomalie chromosomique de l'embryon.
- Béance cervico-isthmique: La cause la plus fréquente de fausse couche tardive avec expulsion ou menace d'expulsion du fœtus, est "une béance cervico-isthmique, c'est-à-dire un col de l'utérus qui n'est pas suffisamment compétent d'un point de vue mécanique et qui s'ouvre trop facilement sous l'influence de l'augmentation de la pression dans l'utérus.
- Infections: Une infection, qu'elle soit vaginale ou systémique (comme une grippe avec forte fièvre non prise en charge), peut provoquer l'ouverture du col et conduire à une fausse couche tardive. Des infections vaginales à répétition (vaginose bactérienne, mycose, etc.) peuvent aussi aboutir à l’ouverture du col et à une fausse couche.
- Dysfonctionnement du placenta: Un dysfonctionnement placentaire peut être à l'origine d'une fausse couche tardive.
- Malformations utérines: Une malformation de l'utérus (utérus à fond arqué, utérus cloisonné ou utérus bicorne, par exemple) ou une anomalie de la cavité utérine peut être en cause.
- Bouleversements hormonaux: Des bouleversements hormonaux peuvent être un facteur de risque.
- Anomalies de la coagulation sanguine: Des anomalies de la coagulation sanguine peuvent contribuer à la fausse couche tardive.
- Maladies générales de la mère: Certaines maladies de la jument, telles que des coliques sévères, la grippe, la piroplasmose ou encore la leptospirose par exemple, peuvent provoquer l'avortement. Pour tenter de l’éviter, il est impératif de diagnostiquer et traiter le plus rapidement possible la maladie en question. Attention cependant, car certains médicaments peuvent également provoquer l’avortement.
Facteurs de Risque
Plusieurs facteurs peuvent augmenter le risque de fausse couche tardive :
- Âge maternel avancé ou « extrême » : (moins de 16 ans ou plus de 35 ans).
- Antécédents: Un antécédent de fausse couche tardive ou d’accouchement prématuré.
- Privation de sommeil.
- Tabagisme.
- Béance cervicale: Lorsque le col n’est pas tout à fait fonctionnel.
- Malformation utérine.
- Antécédent de trachélectomie: (ablation chirurgicale du col de l’utérus).
- Col court ou encore un col ouvert: (avec ou sans la poche des eaux dans le vagin).
Symptômes et Diagnostic
Une fausse couche tardive ou une menace de fausse couche tardive se manifeste essentiellement par une pesanteur et des douleurs au niveau du ventre, liées au fait que le col s'est ouvert sans que la patiente ait eu la perception de ses contractions. Les symptômes d'un avortement spontané tardif sont principalement :
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- Saignements vaginaux abondants: Des saignements par voie vaginale (métrorragies) plus ou moins abondants, de couleur rouge vif ou marron, mais aussi par l'expulsion de caillots de sang ou de tissus brunâtres. Il faut savoir que la fausse couche tardive peut être silencieuse et ne s'accompagner d'aucun saignement.
- Contractions utérines douloureuses: Des douleurs du bas ventre (douleurs pelviennes) ou du dos. Elles peuvent mimer les douleurs de règles.
- Rupture de la poche des eaux: Parfois, la poche des eaux se rompt, entraînant la perte de liquide amniotique et l'expulsion du fœtus.
- Disparition des signes de grossesse: Les signes de grossesse tels que les nausées ou la tension au niveau des seins disparaissent souvent au décours de l'épisode.
Le diagnostic repose sur :
- Examen clinique: Un examen au spéculum permet de vérifier l'état général de l'utérus. Dans le cas d'un avortement spontané avéré, le col de l'utérus peut être mou et dilaté.
- Échographie: Une échographie est indispensable pour confirmer l'arrêt de la grossesse et l'absence d'activité cardiaque fœtale. Elle permet également de déterminer si l'expulsion a eu lieu ou non. À l’échographie, le fœtus n’a plus d’activité cardiaque, la grossesse est arrêtée.
Prise en Charge de l'Avortement Spontané Tardif
La prise en charge d'une fausse couche tardive dépend du contexte clinique et des préférences de la patiente.
- Attente spontanée: La patiente peut choisir d'attendre quelques jours que la fausse couche se déroule naturellement et spontanément.
- Traitement médicamenteux: Il est désormais recommandé de recourir à un traitement médicamenteux pour aider le corps à expulser l'embryon ou le fœtus. Le traitement médicamenteux consiste à prendre des comprimés de misoprostol, une molécule ayant pour but de provoquer des contractions de l'utérus pour l'expulsion en quelques heures des tissus embryonnaires. Les saignements peuvent parfois durer quelques jours après.
- Curetage par aspiration: Un curetage par aspiration, sous anesthésie générale, peut être réalisé pour aspirer le contenu de l'utérus. Elle consiste en l'aspiration du contenu de l'utérus à l'aide d'une canule introduite par les voies naturelles (vagin et col de l'utérus), sous anesthésie régionale ou générale. L'intervention dure environ 20 minutes. Après 16 semaines d’aménorrhée, le curetage par aspiration n’est plus possible. Il est alors nécessaire de procéder à un véritable accouchement.
Prévention
Bien qu'il ne soit pas toujours possible d'éviter une fausse couche tardive, certaines mesures peuvent être prises pour réduire les risques :
- Suivi médical régulier: Un suivi médical rigoureux pendant la grossesse est essentiel pour détecter et traiter rapidement tout problème potentiel.
- Traitement des infections: Les infections vaginales ou autres doivent être traitées rapidement.
- Arrêt du tabac: Le tabagisme est un facteur de risque connu de fausse couche.
- Cerclage du col: En cas de béance cervico-isthmique connue ou suspectée, un cerclage du col de l'utérus peut être réalisé pour renforcer le col et prévenir son ouverture prématurée. En cas de suspicion de béance cervico-isthmique ou en cas d'antécédent de FCT, un cerclage du col de l'utérus peut être réalisé pour préserver la grossesse suivante.
- Progestérone: L'administration de capsules de progestérone en intravaginal pourra être préconisée pour éviter tout raccourcissement du col. En effet, la progestérone vise à renforcer le tonus du col utérin et à limiter les contractions, réduisant ainsi le risque d'accouchement prématuré.
Impact Psychologique et Suivi
La fausse couche, qu'elle soit précoce ou tardive, est une épreuve difficile à vivre pour la femme et son partenaire. Elle peut entraîner un deuil, de la tristesse, de la culpabilité et de l'anxiété. Il est essentiel de proposer un soutien psychologique aux personnes concernées.
- Soutien psychologique: Une aide psychologique est toujours proposée en cas d'avortement tardif, de mort in utero ou d'enfant mort-né.
- Deuil: Vivre une fausse couche est un véritable traumatisme pour certaines personnes. C’est une situation très difficile à vivre ainsi qu’un véritable deuil. Hommes et femmes ressentent du vide, de la déception, de la tristesse et parfois un sentiment de culpabilité. Le deuil à la suite d’une fausse couche doit se faire à deux. Le père et la mère doivent discuter, parler et se vider. Si l’émotion est trop forte et que le deuil tarde à partir, vous pouvez vous remettre à des professionnels ou des groupes de soutien qui vous aideront à surmonter cette situation.
- Suivi médical: Un suivi médical est utile pour vérifier que l’expulsion est complète, mais aussi pour répondre aux questions, rassurer et préparer sereinement la suite.
Grossesses Futures
Statistiquement, pour une femme qui a subi un avortement spontané précoce, le risque de fausse couche à la grossesse suivante n'augmente que très légèrement. Après une fausse couche tardive, il est recommandé de rechercher la cause de l'avortement spontané tardif afin de mettre en place une prise en charge adaptée lors d'une grossesse ultérieure. Une échographie ou une IRM pelvienne pourra ainsi être prescrite avant une nouvelle grossesse, en vue d’éliminer la présence d’une éventuelle malformation utérine. Si une nouvelle grossesse survient après une fausse couche tardive, le cerclage n’est pas systématique, et plutôt réservé aux femmes ayant plusieurs antécédents de fausses couches.
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Avortement Spontané chez la Jument
Il est important de noter que les avortements spontanés peuvent également survenir chez les animaux, notamment chez la jument. Selon une étude portant sur des fœtus équins, les causes d'avortement peuvent être infectieuses (bactéries, virus, champignons) ou non infectieuses (torsion du cordon ombilical, gestation gémellaire, maladies générales de la jument).
Causes Infectieuses d'Avortement chez la Jument
Les bactéries sont les agents pathogènes les plus fréquemment responsables d’avortements (82 % des causes infectieuses). Une placentite macroscopique est visible dans un quart de ces cas. Une quarantaine d’espèces bactériennes ont été isolées en culture pure (seule) ou en association (plusieurs bactéries). Parmi toutes ces bactéries, Streptococcus zooepidemicus est la bactérie la plus fréquemment isolée (20 % des avortements d’origine bactérienne). Des infections virales sont identifiées dans 9 % des cas d’avortement d’origine infectieuse, avec très majoritairement les virus de la rhinopneumonie forme abortive, dont l’herpèsvirus de type 1 (identifié sur 38 cas, soit 90 % des virus isolés) et l’herpèsvirus de type 4 (identifié sur 1 cas). Des infections fongiques (ou mycoses), ainsi que des infections mixtes (bactériennes et fongiques), ont été diagnostiquées respectivement dans 1,5 % et 2,5 % des cas. Une placentite est observée dans 95 % de ces types d’infection. Une des principales causes d’avortement est la placentite ascendante, c’est-à-dire une infection du placenta par des bactéries ayant pénétré par la vulve, puis « remonté » par le vagin et le col de l’utérus.
Prévention des Avortements chez la Jument
Il est essentiel de maintenir les juments pleines dans de bonnes conditions d’hygiène pour limiter les risques de contamination microbienne (boxes ou stabulations régulièrement curés…). Les palpations vaginales chez les juments pleines sont fortement déconseillées. Il faut bien examiner chaque jour les juments dans les deux derniers mois de gestation (mamelle, vulve…) et consulter son vétérinaire lors de la moindre anomalie. Un traitement précoce peut permettre d’éviter l’avortement.
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