Il serait juste d’affirmer qu’en tant que genre de jeu vidéo, la comédie a toujours été un thème sous-exploité. South Park, avec son humour incisif et ses thèmes souvent controversés, a su se démarquer, notamment à travers ses adaptations en jeux vidéo. Cet article se penche sur l'épisode de l'avortement de Randy Marsh dans South Park : L’Annale du Destin, en explorant la manière dont le jeu mélange mécaniques de RPG classiques et pure écriture de comédie, tout en repoussant les frontières de la controverse.
L'Humour de South Park : Un Genre à Part Entière
Ayant pour base les films et la littérature, le jeu vidéo a rarement dépassé le cadre des personnages rigolos, des références à la pop-culture et des jeux de mots pour créer de l’humour. La suite de South Park : Le Bâton de la Vérité, South Park : L’Annale du Destin, développée par Ubisoft San Francisco, poursuit l’habitude des créateurs Matt Stone et Trey Parker à aller à contre-courant et vise à mélanger mécaniques de RPG classiques et pure écriture de comédie.
Jason Schroeder, producteur senior, souligne l'implication de Stone et Parker, expliquant que leur participation active en tant que joueurs facilite la communication. Il ajoute que c'est dans les dates limites et la pression qu'ils conçoivent leurs meilleurs écrits, à l'image de la réalisation de chaque épisode de South Park en six jours à peine.
L'Annale du Destin : Un RPG qui Dépasse les Limites
Dans South Park : L’Annale du Destin, le joueur est confronté à des situations absurdes et choquantes, fidèles à l'esprit de la série. L'une de ces situations est la séquence de l'avortement de Randy Marsh, un moment qui a suscité la controverse et interrogé les limites de la certification d'âge du jeu.
Après avoir demandé à Annie de vous emmener voir les filles, vous devrez vous déguiser en fille. Ce mini-jeu sera assez simple puisqu'il vous suffira de choisir des tenues jusqu'à tomber sur la bonne. A noter qu'il n'y a pas de véritable combinaison et que celle-ci changera de manière aléatoire. En ouvrant la porte de droite, vous tomberez sur un médecin voulant vous faire un avortement. Comme d'habitude, martelez la touche d'action. En ressortant de ce conduit, vous devrez réaliser un avortement à Mr. Tout un programme ! Une fois la longue série de QTE terminée, ressortez de la salle pour voir Butters venir vous aider.
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Controverses et Réflexions : Le Jeu Comique qui Surprend
Les créateurs de South Park, Matt Stone et Trey Parker, sont bien connus pour leurs controverses, repoussant souvent les frontières du médium avec lequel ils travaillent. Jason Schroeder confirme que certaines scènes du jeu pourraient surprendre et interroger sur les limites de la certification d'âge.
« Il y aura des choses dans le jeu où des personnes se demanderont : Mais comment ce passage a-t-il pu passer les certifications d’âge ? ».
Le jeu comique a beaucoup de place pour grandir, confirme Jason. L’une des choses que nous avons découverte est qu’on peut vraiment faire réfléchir les gens avec un jeu comique, parce qu’on peut surprendre leurs attentes.
Fidélité à l'Univers South Park
South Park était en retard dans ce domaine sur son concurrent direct, Les Simpsons, qui étaient parvenus à se faire remarquer grâce au sympathique Hit and run, puis au plus complet Les Simpsons : Le Jeu, les autres jeux de l’une et l’autre franchise hésitant entre l’oubliable et le carrément indigne. Et il faut reconnaître qu’aucune adaptation de dessin animé n’a bénéficié d’un tel souci de fidélité à la série originale. C’est bien simple, les deux créateurs de South Park, Trey Parker et Matt Stone, ont largement collaboré au jeu en plus de le superviser, et toutes les voix sont respectées, malgré la volonté de reprendre pratiquement tous les personnages de la série (et tout spectateur de la série sait combien elles sont nombreuses).
Si la connaissance de ces références procurera une jubilation constante chez le fan, il faut préciser qu’elle n’est pas indispensable pour apprécier le jeu, puisqu’elles tiennent souvent de l’easter egg, aucune scène ne l’exigeant pour comprendre l’intrigue par exemple. Le seul véritable pré-requis à l’aventure est d’être ouvert à l’univers, et donc à l’humour particulier de South Park, qui n’est pas seulement déjanté, mais parfois d’une vulgarité folle, voire malsaine pour quiconque n’aura pas abandonné son bon goût et sa bien-pensance avant de s’y lancer. Pour vous donner une idée, voici une petite liste des ennemis qu’il vous sera demandé d’affronter : enfants déguisés, chats, loups, ours, zombis nazis, mongols, nains voleurs de slip, clochards, vaches zombies, extra-terrestres, fœtus, un évêque… Entre autres environnements, il vous sera demandé d’explorer le rectum de Mr.
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Mécaniques de Jeu et Évolution
Les deux créateurs ont donc fait le choix assez inattendu d’un jeu de rôle, avec niveaux, compétences, quêtes principales et secondaires, centaines d’accessoires à trouver, exploration dans le monde semi-ouvert de la ville de South Park, s’étendant jusqu’à un Canada brillamment imaginé en 16-bit, plus des aventures dans des environnements clos… Donc à la fois le plus ambitieux et le plus à même d’optimiser le plaisir du joueur dans sa première découverte active d’un univers si bien dépeint dans la série. Il commence en RPG héroic-fantasy, puisqu’au début les enfants de la ville s’affrontent en deux factions pour récupérer le bâton de vérité, pour l’instant détenu par Cartman, et s’inspirent indirectement pour ce faire du Seigneur des anneaux. Quatre classes sont disponibles : les excessivement classiques Chevalier, Mage et Voleur, et celle…du Juif, qui ne fait pas juste office de classe Claptrap de Borderlands mais a réellement son intérêt. L’un des défauts du jeu - l’un de ses très rares, il faut le dire - est la limite des niveaux à 15, vous empêchant de débloquer toutes les capacités. Les combats se font au tour-par-tour, ce qui n’est évidemment pas a priori très prometteur… Cela fonctionne pourtant parfaitement, et je doute que vous vous lassiez réellement avant la fin du jeu de la répétition des mêmes tactiques. C’est que South Park : Stick of truth se finit en une quinzaine d’heures, ce qui est extrêmement peu pour un RPG et un jeu vendu à une soixantaine d’euros. Chaque séquence et chaque blague valent cependant tout à fait le coup et le coût, de sorte que personne n’en sortira en lui reprochant son prix. Que penser alors de l’annonce d’une suite, South Park : The Fractured But Whole ? Sans grande surprise : qu’il faut se précipiter aveuglément dessus.
Censure et Réactions
Les scènes coupées dans South Park Le Bâton de la Vérité ont été l'une de nos grandes surprises et, surtout, une petite déception au moment de tester le jeu. Il faut avouer que ce dernier avait déjà été gratifié d'un PEGI 18, il était donc difficile de deviner pourquoi six scènes de 20 secondes chacune, dans lesquelles on voit notamment Randy Marsh avec une sonde anale ou encore un mini-jeu sur l'avortement du même personnage, avaient été censurées. D'autant que le reste du jeu contient tout de même une tripotée d'éléments du même acabit, qui n'ont pas été supprimés.
La réponse semble venir doucement. D'après un porte-parole du PEGI dans The Guardian, la censure ne vient pas d'eux mais d'Ubisoft (l'organisme n'ayant d'ailleurs pas les moyens de supprimer les passages d'un jeu) : "Le jeu est passé par nous et a été jugé acceptable pour une évaluation PEGI 18 […] sans aucune coupure. J'insiste sur le fait que nous n'avons pas censuré ou modifier le jeu, d'aucune manière. Plus tard, l'éditeur a pris la décision de faire des modifications au jeu, et celui-ci nous a été soumis à nouveau, sous une autre version. Nous ne connaissons pas les raisons de ce choix et ne pouvons donc pas vous donner plus de détails".
L'éditeur français a donc censuré son propre jeu, en allant à l'encontre de l'esprit de la série et de ses créateurs, qui ont tourné en ridicule les passages coupés dans le jeu avec de petits textes moqueurs qui apparaissent à la place des scènes coupées. Le pourquoi reste un mystère. Peut-être qu'Ubisoft a essayé de faire passer South Park Le Bâton de la Vérité en PEGI 16, ce qui est relativement cocasse et mal évalué quand on voit la teneur du reste du jeu.
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