L'Assistance Médicale à la Procréation (PMA) a permis à des millions d'enfants de naître à travers le monde. En France, depuis 2021, toutes les femmes peuvent bénéficier d'une PMA, qu'elles soient en couple hétérosexuel, en couple de femmes ou célibataires. La PMA englobe diverses techniques, telles que l'insémination artificielle et la Fécondation In Vitro (FIV). Cette dernière consiste à féconder un ovule en laboratoire, puis à transférer l'embryon résultant dans l'utérus de la femme. L'essor de ces techniques a considérablement augmenté au cours des 40 dernières années, soulevant des questions importantes sur le développement psychologique et la qualité de vie des enfants conçus par PMA, notamment à l'âge adulte.

Impact de la PMA sur la Qualité de Vie à l'Âge Adulte

Une étude australienne récente s'est penchée sur la qualité de vie à l'âge adulte des personnes nées grâce à la PMA. Les chercheurs ont comparé des jeunes adultes conçus par PMA à ceux conçus naturellement, en utilisant des questionnaires pour évaluer leur qualité de vie. Les résultats ont révélé que la conception par PMA pourrait conférer un avantage. Les adultes âgés de 22 à 35 ans issus de PMA ont obtenu de meilleurs scores dans les domaines des relations sociales et de l'environnement. De plus, ils ont montré moins de détresse psychologique, une meilleure relation avec leurs parents et une situation financière plus confortable. Ces résultats suggèrent que de bonnes relations avec les parents et une santé mentale préservée contribuent à une meilleure qualité de vie à l'âge adulte, même après une conception par PMA.

L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) définit la qualité de vie comme la perception qu'un individu a de sa place dans la vie, en tenant compte de son contexte culturel et de son système de valeurs, ainsi que de ses objectifs, attentes, normes et inquiétudes. Les résultats de l'étude australienne indiquent que les enfants conçus par PMA peuvent avoir une perception plus positive de leur place dans la société et de leur environnement.

Souffrance Psychique Pendant le Parcours de PMA

La procréation médicalement assistée (PMA) est un parcours médical et émotionnel complexe, souvent semé d’embûches pour les couples ou les femmes seules qui souhaitent concevoir un enfant. Si les avancées médicales permettent aujourd’hui de répondre à de nombreuses situations d’infertilité, le coût psychologique de ces traitements reste majeur. En France, près d’un couple sur six consulte pour des troubles de la fertilité, et les parcours de PMA peuvent s’étendre sur plusieurs années, avec des taux de réussite variables selon l’âge, la cause de l’infertilité et les techniques utilisées.

La souffrance psychique pendant un parcours de PMA est aujourd’hui reconnue comme un véritable enjeu de santé publique. Selon les dernières données, plus de la moitié des Français déclarent avoir connu un épisode de souffrance psychologique au cours des 12 derniers mois, et les femmes sont deux fois plus nombreuses que les hommes à consulter pour des soins psychologiques.

Lire aussi: Organiser une Chasse au Trésor Inoubliable

Les Étapes Difficiles du Parcours de PMA

Plusieurs étapes du parcours de PMA peuvent être particulièrement éprouvantes sur le plan psychologique :

  1. L'annonce du diagnostic d'infertilité : Cette annonce est souvent vécue comme un choc, remettant en question l'image de soi, la virilité ou la féminité, et le projet de vie du couple. Des sentiments de culpabilité peuvent émerger.
  2. Les traitements de PMA : Les stimulations ovariennes, les ponctions, les transferts d'embryons, etc., sont physiquement et psychologiquement éprouvants. Les effets secondaires des hormones, les attentes interminables, les résultats incertains et la répétition des échecs usent les ressources émotionnelles des patients.
  3. L'échec répété ou la décision d'arrêter la PMA : Cet échec est souvent vécu comme un deuil, avec des émotions intenses telles que la tristesse, la colère, le sentiment d'injustice et le vide existentiel. Certaines personnes décrivent une "crise identitaire".

Les Troubles Psychiques Associés à la PMA

Les personnes engagées dans un parcours de PMA peuvent développer divers troubles psychiques :

  1. Troubles anxieux et dépressifs : Ce sont les pathologies psychiques les plus fréquentes.
  2. Épuisement émotionnel : Le parcours de PMA peut mener à un épuisement émotionnel, similaire à un burn-out.
  3. Difficultés relationnelles : La PMA met à rude épreuve la relation de couple, pouvant entraîner des conflits répétés.

Prise en Charge de la Souffrance Psychique

Il est essentiel de prendre en charge la souffrance psychique des patients en PMA. Une approche pluridisciplinaire, impliquant médecins, psychiatres, psychologues et associations, est recommandée. Les associations offrent écoute, informations et groupes de soutien. La thérapie cognitivo-comportementale (TCC) peut également être utile pour gérer l'anxiété.

La souffrance psychique pendant un parcours de PMA est une réalité fréquente, mais trop souvent minimisée. Une prise en charge précoce, pluridisciplinaire (médecin, psychiatre, psychologue, associations), et personnalisée est essentielle pour préserver la santé mentale des patients et des couples. Si vous ou un proche traversez cette épreuve, n’hésitez pas à en parler à votre médecin ou à consulter un spécialiste. Vous n’êtes pas seul(e).

Santé des Enfants Nés par FIV

Être conçu par fécondation in vitro (FIV) a-t-il un impact sur la santé à moyen et long terme des enfants ? Les phases de gamétogenèse (maturation des ovocytes et des spermatozoïdes) et de développement de l’embryon avant son implantation dans l’utérus sont particulièrement sensibles. Ce qui correspond aux phases où des manipulations ont lieu, dans le cadre de la procréation artificielle.

Lire aussi: Tout savoir sur les rollers Oxelo enfant

Les traitements hormonaux de stimulation ovarienne mis en place pour récolter les ovocytes maternels, les conditions dans lesquelles les embryons sont conçus et cultivés in vitro puis, parfois, congelés plus ou moins longtemps avant d’être décongelés font partie des procédures les plus suspectées d’être à l’origine des troubles observés. Notamment, par leur impact sur les phénomènes épigénétiques (la manière dont est régulée l’expression des gènes).

En France, la première naissance par FIV date de 1978. Depuis lors, le nombre de naissances par FIV ne cesse d’augmenter. Etant donné l’étendue des questions qui se posent en PMA, il s’est focalisé uniquement sur la FIV standard avec congélation embryonnaire, en excluant celles avec donneurs de gamètes.

Risques Potentiels et Études en Cours

Les membres du groupe de travail ont étudié l’impact probable des FIV sur les cancers pédiatriques, les troubles du neurodéveloppement et du comportement, les troubles de la croissance et du métabolisme, les troubles cardiovasculaires, les altérations de la fertilité. Ainsi que ceux liés aux gènes soumis à l’empreinte génomique et aux modifications épigénétiques. Ils constatent que des études comparatives mieux caractérisées devraient être poursuivies, notamment à des âges plus avancés. Car les résultats déjà publiés ne sont pas toujours concordants.

Par ailleurs, les altérations observées chez les enfants ne sont pas forcément imputables à la FIV en elle-même, mais au fait que les couples infertiles peuvent être plus à risque de transmettre des facteurs responsables de perturbations de leur propre santé. Par exemple, certains garçons nés à la suite d’une FIV avec micro-injection de spermatozoïdes dans l’ovocyte (ICSI), faite pour pallier l’infertilité masculine d’origine génétique de leur père, risquent eux aussi d’être stériles.

Concernant la croissance et le métabolisme, les résultats qu’ils ont étudiés sont disparates mais plutôt rassurants. Concernant les cancers pédiatriques, les études existantes sont mitigées. Certaines rapportent que les leucémies et les tumeurs du système nerveux central ont été en général observées avec la même incidence, selon les conditions de conception. Mais d’autres rapportent une fréquence de cancers plus élevée en cas de FIV, particulièrement s’il y a eu aussi congélation embryonnaire. La France vient de lancer une vaste étude sur la question, basée sur une cohorte de 100 000 enfants conçus par FIV, dont 40 000 issus d’un transfert de congélation embryonnaires.

Lire aussi: Reconnaître et traiter l'appendicite chez l'enfant

Concernant les troubles cardiovasculaires suspectés depuis longtemps, les quelques études disponibles présentent de nombreuses limites : les échantillons sont faibles, les données de naissance peu documentées, les facteurs de santé des parents peu renseignés… néanmoins, un risque modéré d’anomalies cardiovasculaires n’est pas exclu. Une piste d’explication est donnée par le stress oxydant induit sur les embryons lors des manipulations et conditions de culture impliquant des modifications de pH, température, taux d’oxygène etc.

Concernant les troubles du comportement et de neurodéveloppement (déficit intellectuel, troubles du spectre de l’autisme, difficultés d’apprentissage, hyperactivité, troubles de l’attention, troubles obsessionnels compulsifs, anxiété etc.), là aussi les quelques études disponibles se contredisent et leurs auteurs tempèrent leurs conclusions. Pour les explications, les auteurs évoquent aussi les modifications épigénétiques liées aux milieux de culture des embryons. Par ailleurs, les liens entre ces troubles et les conditions de naissance passent aussi par les risques accrus, dans le cadre des PMA, de grossesses multiples et de prématurité.

Anomalies Chromosomiques et Transmission Génétique

Trois études mentionnées par l’Académie de médecine concernent la « qualité » des embryons conçus in vitro et « testés » avant implantation, en particulier lorsque le père est porteur d’une infertilité liée au syndrome de Klinefelter. Dans ces situations où les spermatozoïdes sont rares, certains peuvent être néanmoins recueillis dans le sperme ou directement prélevés dans les testicules pour être ensuite introduits directement dans l’ovocyte (ICSI) pour le féconder. Si les enfants nés sont des garçons, ils peuvent être porteurs des mêmes caractéristiques génétiques et donc des mêmes troubles que leur père. Les résultats de ces 3 études montrent des taux élevés d’anomalies chromosomiques.

Ainsi, comme souvent, la technique appelle la technique, et ici aussi ce que nomme Jürgen Habermas dans L’Avenir de la nature humaine. Dans le cas des FIV avec ICSI déjà mentionné, qui conduit à la naissance de garçons souffrant de problèmes de stérilité comme leur père, l’ANM conclut que cette technique contribue à « favoriser la diffusion aux générations suivantes de caractères génétiques qui ne se transmettaient pas naturellement ». Ainsi, même « si la PMA n’est pas elle-même la cause du trouble de santé de l’enfant, elle fait preuve en l’occurrence de dysgénisme ».

Nécessité d'un Suivi Accru et d'une Meilleure Information

De nombreuses incertitudes demeurent, les résultats ne sont pas tous pertinents ni concordants, par manque de données, variations méthodologiques, effectifs trop faibles… il est par ailleurs parfois difficile d’imputer directement des anomalies constatées aux techniques de PMA elles-mêmes. Les conditions de grossesse et de naissance (prématurité) qu’elles contribuent à induire jouent également. Le suivi des enfants devrait être accru, jusqu’à un âge avancé. Pour mieux comprendre l’impact du rôle des conditions de culture, des méthodes de congélation-décongélation etc. sur les événements épigénétiques, il serait aussi fondamental que les procédures utilisées pour la conception d’un enfant soient documentées, ce qui est rarement le cas.

Elle rappelle par ailleurs cette mission qui a été confiée à l’Agence de la biomédecine dès sa création en 2004, d’évaluer « les conséquences éventuelles de l’assistance médicale à la procréation sur la santé des enfants qui en sont issus » (CSP Art. L.). Malgré les incertitudes, l’ANM plaide pour qu’une meilleure information soit donnée aux personnes ayant recours à la FIV, notamment sur l’absence de risque authentifié mais aussi sur les risques potentiels de ce mode de procréation pour la santé à moyen et à long terme des enfants qui naîtront. Et pour qu’en cas d’apparition de troubles de la santé chez leur enfant, la prise en compte des conditions de conception puisse conduire à une meilleure prise en charge. Par exemple, étant donné le risque cardio vasculaire, les parents pourraient être incités à informer leurs enfants, à mettre en place un suivi précoce et des habitudes hygiéno-diététiques appropriées.

tags: #enfant #de #pma #développement #psychologique

Articles populaires: