Introduction

Pierre-Hugues Herbert, né le 18 mars 1991 à Schiltigheim, en Alsace, est bien plus qu'un simple joueur de tennis. Il est le fruit d'une famille où le tennis est une véritable religion, un membre d'un clan qui a toujours fait de sa différence une force. Son parcours est marqué par des succès sportifs éclatants, mais aussi par des épreuves personnelles poignantes, notamment le combat contre la maladie de son fils.

Une Enfance Baignée dans le Tennis

Pierre-Hugues Herbert grandit dans une famille où le tennis est omniprésent. Son père, Jean-Roch, est professeur de tennis, et sa mère, Marie-Laure, a également été monitrice. Sa sœur, Marjolaine, a figuré dans le Top 10 français des moins de 16 ans, et son petit frère, Gabriel, est classé 15. « On parle tennis, on mange tennis, le tennis a toujours réglé nos vies », raconte Marjolaine.

Cette culture familiale est née grâce à Michel, le grand-père de Pierre-Hugues, qui s'est mis au tennis dans les années 60. Jean-Roch, lui, enseigne le tennis depuis l'âge de 16 ans, soit « 40 ans d'enseignement » ! Il figure depuis toujours dans le coin de Pierre-Hugues et a même monté une « association » pour se consacrer à plein temps à la progression de son fils.

Alors que la plupart des jeunes joueurs de tennis passent par des pôles France et s'éloignent de leur famille, Pierre-Hugues a trouvé son équilibre en Allemagne, où il a suivi une scolarité normale. « Ça m’a permis de suivre une scolarité normale, explique l’intéressé. Alors que la plupart des joueurs de tennis sont passés par des pôles France, où ils devaient s’exporter à Poitiers, aller dans des CREPS, être loin de la famille, j’ai finalement à trouver mon équilibre en Allemagne. »

Un Parcours Semé d'Embûches et de Réussites

En 2009, Pierre-Hugues Herbert s’illustre à deux reprises dans sa catégorie : en double, avec une victoire au tournoi de Wimbledon, puis en simple, lorsqu’il atteint la demi-finale à l’US Open. Il se hisse alors dans le top 10 du classement mondial des juniors.

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En 2014, ses performances sont remarquées : il remporte son premier titre ATP en double à l’Open du Japon et gagne plusieurs matchs contre des joueurs du Top 100. A partir de 2014, il joue en double avec le joueur angevin Nicolas Mahut, avec qui il va former un duo redoutable.

En 2015, il dispute une première finale en simple à Winston Salem, aux États-Unis. Mais c’est en double que Pierre-Hugues Herbert étoffe son palmarès. En 2015, il remporte l’US Open en compagnie de Nicolas Mahut, et l’année suivante le tandem récidive au tournoi de Wimbledon. Ensemble, ils remportent les quatre tournois du Grand Chelem, dont l'Open d'Australie, Roland-Garros, Wimbledon et l'US Open.

La Famille Herbert : Une Force Singulière

La famille Herbert détonne dans le monde aseptisé du tennis. Les regards narquois et les commentaires ironiques, ils s'en moquent. De leur différence, ils ont toujours fait une force. Un exemple ? Quand la grande majorité des proches des joueurs pavane au restaurant du players' lounge, Jean-Roch et Marie-Laure, les parents de Pierre-Hugues Herbert, préfèrent s'éclipser pour aller déguster la tarte aux cèpes qui les attend dans le coffre de leur voiture.

C'est un peu les aventuriers du Larzac version tennis. On cherche, on expérimente, on se plante, on rebondit, on réussit. Avec un fil conducteur : la passion sans rébellion particulière contre l'institution. Quitte à passer pour de doux dingos.

Sans moyens financiers, le papa décide de créer une association, de chercher des mécènes et de se lancer ! « Il faut être un peu perché pour le faire, sourit la fille, très fière de la réussite familiale. Je lui souhaitais que ça arrive, mais je n'y croyais pas. Je faisais un peu trop de proba à l'époque (matches sup, matches spé…). C'est pour ça que je ne joue pas au Loto non plus. » Ses parents sont moins cartésiens.

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La Volvo break écume l'Europe et le duo père-fils part à l'aventure. Le projet camping s'éteint sur la caillasse de Croatie où ils n'arrivent pas à planter la tente. « Il n'était pas question de déséquilibrer la cellule familiale en raison du projet et de grever le budget de la famille avec ça. On n'allait pas vendre l'appart et foutre tout le monde à la rue à cause de ce genre de délire, explique le père. On a fait en sorte que ce soit le moins pesant possible pour la famille. » De temps en temps, la mère et le cadet les rejoignent en tournois et chacun joue son rôle sans se laisser cannibaliser par l'autre. « On est très, très unis et très, très solidaires », se réjouit la maman, qui insiste beaucoup sur la réussite de ses trois enfants.

« Je ne me considère pas talentueux, mais je suis un bosseur de malade et avec le malade de père que j'ai, ça a fait un mélange sympa au final. On est une famille de barges mais on a réussi à trouver un équilibre », confie Pierre-Hugues Herbert.

Sans heurts ni jalousie, ça avance. « Ce n'était pas un petit péteux, commente sa soeur. Pierre-Hugues s'impliquait, bossait et restait humble. C'est l'élément essentiel. S'il avait été imbu, ça aurait créé des jalousies. » Tout le monde participe à sa manière. Le matin, avant de prendre le bus à 7 h 30 pour rejoindre l'école en Allemagne, Gabriel prépare le goûter de son frère qui n'arrive pas à se lever. Marjolaine garde les deux petits une fois par semaine. La maman s'est reconvertie en visiteuse médicale pour assurer une stabilité financière au foyer. Le premier à la maison concocte le repas pour les autres. « Tout le monde nous disait qu'on n'y arriverait pas, que Gabriel était l'enfant oublié et qu'il y avait une grosse préférence pour Pierre-Hugues, dit Marjolaine. Les gens ont beaucoup jugé. Tout ça ne se concrétisait pas à la maison. On peut s'impliquer différemment pour des choses différentes, ce n'est pas pour autant qu'on n'a pas d'amour, de soutien ou qu'on n'est pas présents dans la vie des autres. Mes parents ont toujours eu les pieds sur terre, sont restés très humbles et pragmatiques. »

Simplement conscients de vivre une aventure ; qu'elle réussisse ou pas, elle était belle. Avec ou sans argent, l'important est de tenter. Jean-Roch Herbert en a vu d'autres. À vingt-cinq ans, retranché dans la salle de bains, seule pièce chauffée de la maison, il a écrit huit cents pages sur le mental dans le tennis. Ça pose un passionné. Alors, partager son amour du jeu avec son fils, trouver tous les moyens pour concrétiser leur rêve commun, avaler des milliers de kilomètres et des défaites cruelles ne l'ont pas arrêté. Il n'a dit stop que dix ans plus tard, en 2014. « Il s'est fait hara-kiri », résume bien sa femme. Mais lui a estimé qu'il fallait laisser son fils s'émanciper, qu'il était prêt. « Je sentais qu'il était à l'étroit là-dedans. Ce qui m'intéressait, c'était son épanouissement d'homme, note Jean-Roch Herbert, toujours salarié de son fils pour s'occuper de l'administratif et de recherche-développement dans le tennis. Ça correspond à la manière dont on a éduqué nos gosses. On ne les a pas instrumentalisés. »

Le Combat Personnel : La Maladie de Son Fils

En parallèle de sa carrière sportive, Pierre-Hugues Herbert a mené un combat plus personnel. En avril 2024, il révèle que son fils Léandre, né le 8 mai 2023, est atteint d'une maladie génétique rare : l'hyperinsulinisme congénital. Cette maladie provoque des épisodes récurrents d'hypoglycémie qui peuvent entraîner des troubles neurologiques si un traitement n'est pas mis en place. Les bébés souffrant d'hyperinsulinémie congénitale rencontrent des difficultés à s'alimenter, une intolérance au jeûne et une hypoglycémie persistante.

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« Depuis 8 mois, en parallèle de ma carrière de joueur de tennis, nous avons vu notre quotidien se transformer au sein de ma famille. Notre fils, Léandre, âgé de 4 mois à l’époque a été diagnostiqué d’un hyperinsunilisme congénitale. Après des semaines passées dans 3 hôpitaux différents, des dizaines d’examens, de rendez-vous médicaux, d’aléas, de stress, nous avons effectué, normalement, notre dernier séjour à l’hôpital », a-t-il révélé sur Instagram.

Après des semaines passées dans trois hôpitaux différents, des dizaines d'examens et de rendez-vous médicaux, Léandre a subi une chirurgie du pancréas qui a duré 10 heures. Heureusement, l'opération a été un succès et Léandre est désormais guéri. « Léandre est guéri et c’est déjà notre plus grande victoire de 2024 », a annoncé Pierre-Hugues Herbert, soulagé.

Le tennisman n'a pas manqué de remercier le personnel soignant qui a accompagné sa famille pendant cette épreuve : « Un immense MERCI à toutes les infirmières, aides-soignantes, docteurs, anesthésistes, et à la chirurgienne qui offrent à notre enfant une vie sans hyperinsulinisme ».

Cette période difficile a permis à Pierre-Hugues Herbert de relativiser l'importance du tennis dans sa vie. « On n'est pas joueur de tennis toute la journée et toute sa vie, surtout quand a maintenant deux enfants en bas âge de trois ans et demi et un an. Il y a plein de fois où l'on est très loin des courts de tennis et du monde du joueur de tennis mais c'est sûr que oui, j'étais dans mon rôle de père en fait. Je prenais le relais et c'est vrai que c'était une vraie épreuve qu'on a surmonté en famille avec ma femme, avec mon deuxième fils, avec Léandre, qui était forcément le plus concerné par tout ça et tous nos proches. »

Retour sur les Courts et Nouvelle Perspective

Après plusieurs mois d'absence liés à la maladie de son fils, Pierre-Hugues Herbert est revenu sur les courts, notamment à Roland-Garros. Ce retour est vécu comme « une récompense », une occasion de profiter du moment présent et de donner le meilleur de lui-même.

« Je vis ce tirage comme une récompense. Je suis sur mon chemin à moi et on va tout faire pour continuer sur cette voie, être la meilleure version de lui-même », confie-t-il.

L'épreuve traversée a fait grandir le sportif alsacien. « Forcément déjà avoir un enfant, ça permet d'avoir du recul, mais après ce qu'on a vécu, on voit les choses différemment et on se rend compte que le tennis ce n'est pas la chose la plus importante », poursuit-il.

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