L'avortement et les droits reproductifs sont des sujets de société importants qui suscitent des débats passionnés en France. Les positions des candidats à la présidence sur ces questions sont donc scrutées de près par les électeurs. Cet article analyse les programmes et les déclarations des principaux candidats sur l'avortement, la contraception et les droits connexes.
Contexte Politique Actuel
Le débat sur l'avortement en France a connu une recrudescence récente avec des propositions de loi visant à constitutionnaliser le droit à l'IVG (Interruption Volontaire de Grossesse). En commission parlementaire, les députés ont adopté un nouveau texte déposé par le groupe LFI (La France Insoumise) qui sera examiné dans l'hémicycle. Ce texte vise à inscrire le droit à l'avortement dans la Constitution. Simultanément, une autre proposition de loi constitutionnelle, portée par le parti présidentiel Renaissance, poursuit le même objectif.
La proposition de LFI se distingue en mentionnant également la contraception : « Nul ne peut porter atteinte au droit à l'interruption volontaire de grossesse et à la contraception ». Mathilde Panot, cheffe de file de LFI, a défendu cette formulation en soulignant que les droits à la contraception sont souvent attaqués en même temps que ceux de l'IVG. Elle a également mis en avant le caractère « plus inclusif » de la formulation « nul ne peut porter atteinte », par rapport à celle de Renaissance (« Nulle femme ne peut être privée du droit » à l'IVG), car elle n'exclut pas les personnes transgenres.
Positions des Principaux Candidats
Les candidats à la présidence ont des positions variées sur l'avortement et les droits reproductifs, allant de la défense du statu quo à des propositions d'extension des droits existants.
Candidats de Gauche
Les candidats de gauche sont généralement favorables à un élargissement des droits en matière d'avortement et de contraception.
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Jean-Luc Mélenchon (LFI) : Favorable à la légalisation du cannabis et à l'ouverture de la PMA aux personnes trans, il souhaite inscrire le droit à l'IVG dans la Constitution pour le protéger des « attaques réactionnaires ». Il propose également le remboursement de tous les moyens de contraception et la gratuité des protections périodiques.
Yannick Jadot (EELV) : Il propose de faciliter les parcours de transition pour les personnes transgenres et intersexes, en permettant un parcours de soin et un changement de l'état civil sur simple demande, de manière gratuite. Il est favorable à l'allongement du délai légal de l'IVG jusqu'à 14 semaines et souhaite combler les manquements de la PMA pour toutes, en ouvrant la possibilité de la technique de la ROPA.
Fabien Roussel (PCF) : Il souhaite s'aligner sur les pays européens qu'il juge "les plus progressistes" en matière d'avortement, citant en exemple les Pays-Bas où le délai est de 22 semaines. Il promet un « changement d’état civil […] libre et gratuit » pour les personnes trans et affirme vouloir le respect d’un « droit des enfants porteurs de handicap à la scolarité de la maternité à l’université ».
Anne Hidalgo (PS) : Elle souhaite que chaque famille bénéficie du droit opposable à un mode d'accueil pour son enfant, à l'issue des congés légaux des parents et jusqu'à son entrée à la maternelle.
Candidats de Droite et d'Extrême Droite
Les candidats de droite et d'extrême droite sont généralement plus conservateurs sur les questions d'avortement et de droits reproductifs.
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Marine Le Pen (RN) : Elle s'est dite défavorable en 2019 au projet de loi bioéthique, qui prévoyait l'ouverture de la PMA aux couples lesbiens et aux femmes seules. Elle défend le droit à l'IVG, mais pas son encouragement, et était contre l'allongement du délai de 12 à 14 semaines. Elle souhaite appliquer une présomption de crédibilité aux victimes de violences et accentuer la formation des professionnels concernés.
Éric Zemmour (Reconquête !) : Il se positionne contre l'allongement du délai de l'IVG et souhaite l'interdiction de « toute forme de propagande idéologique à l'école ». Il propose le retour des « peines planchers contre les conjoints violents » et souhaite « rendre obligatoire le port de bracelets anti-rapprochement pour les hommes condamnés pour violences conjugales ».
Valérie Pécresse (LR) : Elle ne compte pas restreindre l'accès à la procréation médicalement assistée, mais souhaite « que l'on donne accès aux origines à l'enfant issu de la PMA ». Elle est opposée à l'allongement à 14 semaines du délai de recours à l'IVG et souhaite placer l'égalité salariale entre les femmes et les hommes au cœur des conférences salariales organisées chaque année.
Nicolas Dupont-Aignan (DLF) : Il est contre la légalisation du cannabis et le maintien d'une politique répressive. Il souhaite la création d'un label pour encourager le respect de l'égalité salariale.
Candidat du Centre
Emmanuel Macron (LREM) : S'il souhaite inscrire l'avortement dans la charte des droits fondamentaux européens, il estimait qu'un avortement réalisé au-delà de 12 semaines serait encore plus "traumatisant" pour les femmes. Il propose de tripler le montant de l'amende pour harcèlement pour qu'elle soit établie à 300 euros et de mettre en place un fichier des auteurs de violences conjugales.
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Autres Candidats
Jean Lassalle (Résistons !) : Il affirme vouloir la légalisation du cannabis et est contre l'ouverture de la PMA aux couples lesbiens. Il promet une suppression des « seuils d’âge » de la PCH et une déconjugalisation de l’AAH.
Philippe Poutou (NPA) : Il propose de repousser le délai légal de l'IVG à 24 semaines et la suppression de la double clause de conscience.
Nathalie Arthaud (LO) : Elle indique être pour la dépénalisation du cannabis et s'interroge sur la GPA.
Allongement du Délai Légal de l'IVG
Le Parlement a voté l'allongement du délai légal de l'IVG de 12 à 14 semaines. Cette mesure, soutenue par certains candidats, est issue d'une proposition de loi portée par la députée Albane Gaillot. Elle vise à répondre aux besoins des femmes qui ne peuvent pas avorter dans le délai légal actuel.
Cependant, cette réforme est rejetée par la droite et l'extrême droite, qui estiment qu'elle est traumatisante pour les médecins et les femmes, et que l'embryon s'ossifie entre 12 et 14 semaines.
La Constitutionnalisation du Droit à l'Avortement
Plusieurs candidats de gauche, dont Jean-Luc Mélenchon, Yannick Jadot et Fabien Roussel, proposent d'inscrire le droit à l'avortement dans la Constitution. Cette proposition vise à protéger ce droit des remises en question et à le garantir de manière durable.
Cependant, cette proposition se heurte à l'opposition du Sénat, qui a rejeté un texte similaire. Pour qu'une proposition de loi constitutionnelle soit adoptée, elle doit être votée dans les mêmes termes par les deux assemblées, avant d'être soumise à un référendum.
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