L'avortement en France, encadré par la loi, soulève des questions éthiques complexes, particulièrement lorsqu'il s'agit de fœtus diagnostiqués avec la trisomie 21. Le dépistage prénatal, bien que non obligatoire, est largement proposé et utilisé, conduisant dans une majorité de cas à une interruption médicale de grossesse (IMG) en cas de diagnostic positif. Cette réalité pose un paradoxe, comme le souligne Grégoire François-Dainville, directeur général de l’institut Jérôme Lejeune : « L’image des trisomiques s’améliore. Mais en même temps, le nombre d’interruptions médicales de grossesse ne baisse pas. »
Le Dépistage Prénatal de la Trisomie 21 : Évolution et Enjeux
Depuis 2014, entre 1 400 et 1 600 IMG sont pratiquées chaque année en France suite à une suspicion de trisomie 21. Les méthodes de dépistage ont évolué, avec l'introduction de tests non invasifs (DPNI) qui complètent l'amniocentèse et les échographies du premier trimestre.
Le DPNI : Une Révolution dans le Dépistage
Le DPNI, réalisé par une simple prise de sang autour de la douzième semaine, permet d'analyser l'ADN fœtal circulant dans le sang maternel. En mai 2017, la Haute Autorité de santé a recommandé l'élargissement de ce test à toutes les femmes dont la probabilité d'attendre un enfant trisomique est comprise entre 1/50 et 1/1 000. Depuis décembre, ce test est remboursé par la Sécurité sociale.
Objectifs et Conséquences du DPNI
Ce procédé vise à réduire le nombre d'amniocentèses et les risques de fausses couches associés. Cependant, certains y voient une dérive « eugéniste » de la société française. Le docteur Aimé Ravel, de l'institut Jérôme Lejeune, prédit que « Avec le DPNI, on devrait tomber, d’ici trois ans, à 80 naissances par an », craignant une augmentation du nombre d'IMG. Il déplore également un « mauvais fantasme collectif » sur la trisomie, soulignant que « Lorsque leur bébé atteint 18 mois, tous les parents me disent que leur enfant évolue beaucoup mieux que ce qu’ils pensaient. »
Perspectives et Opinions Divergentes
L'évolution du dépistage et ses implications suscitent des débats passionnés au sein de la communauté médicale et de la société.
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Arguments Contre l'Eugénisme
Nelly Achour Frydman, biologiste de la reproduction, réfute l'accusation d'une société eugéniste. Elle souligne que le remboursement du DPNI ne devrait pas nécessairement augmenter le nombre d'IMG, car « Dans les faits, le DPNI était déjà remboursé sur une autre enveloppe ». Elle insiste sur la nécessité d'une réflexion sociétale : « La vraie question est plus sociétale que médicale. Est-ce que la société décide de débloquer des financements pour que ces enfants soient mieux pris en charge ? A-t-on pensé la manière dont la société va prendre en charge leur vieillissement ? »
L'Importance de l'Information et du Choix
Le docteur Gilles Grangé, responsable du centre d’échographie de la maternité Port-Royal, met en avant l'importance de la manière dont les professionnels proposent ces tests de dépistage. Il rappelle que « La loi de 2011 précise bien que c’est à la mère de demander ces tests, après que le médecin lui a donné l’information ». Il craint que certains médecins ne prennent pas suffisamment de temps pour expliquer les enjeux aux futures mamans. Toutefois, il estime que les nouveaux tests n'auront pas d'incidence significative sur les IMG, car « Aujourd’hui, 20 % des femmes enceintes refusent le dépistage et parmi celles qui le demandent, 5 % décident de poursuivre leur grossesse après l’annonce d’une suspicion de trisomie 21. Cela fait près de 25 % de personnes qui acceptent potentiellement la naissance d’enfants trisomiques. Il n’y a aucune raison que ce chiffre évolue. »
L'Interruption Médicale de Grossesse (IMG) : Cadre Légal et Procédure
Une IMG, ou avortement thérapeutique, est autorisée en France si la poursuite de la grossesse met gravement en péril la santé de la femme, ou s'il existe une forte probabilité que l'enfant à naître soit atteint d'une affection d'une particulière gravité reconnue comme incurable au moment du diagnostic.
Conditions et Délais
L'IMG peut être pratiquée à tout moment de la grossesse. La décision est prise par une équipe pluridisciplinaire, après examen de la demande de la femme. Cette équipe comprend au moins un médecin qualifié en gynécologie-obstétrique membre d'un centre pluridisciplinaire de diagnostic prénatal, un praticien spécialiste de l'affection dont la femme est atteinte, et un médecin ou une sage-femme choisi par la femme.
Consentement et Accompagnement
La femme enceinte doit bénéficier d'une information complète et donner son accord. Elle peut demander à être entendue préalablement à la concertation de l'équipe médicale. Un médecin qui refuse de pratiquer une IMG doit informer l'intéressée de son refus et lui communiquer le nom de praticiens pouvant réaliser cette intervention.
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Mineures et IMG
Une mineure non émancipée peut demander une IMG. Le consentement de l'un de ses parents ou de son représentant légal est généralement requis. Si la mineure souhaite garder le secret, le médecin s'efforce d'obtenir son accord pour consulter ses parents. À défaut, la mineure peut se faire accompagner par une personne majeure de son choix.
Déroulement et Suivi
L'IMG se déroule dans le cadre d'une hospitalisation. Elle peut être réalisée par voie médicamenteuse, chirurgicale ou par déclenchement de l'accouchement. Un suivi physique et psychologique est proposé à la femme après l'intervention.
L'Expérience des Parents Face au Diagnostic de Trisomie 21
Le diagnostic de trisomie 21 chez le fœtus est une épreuve difficile pour les parents, les confrontant à un choix douloureux.
Le Choc de l'Annonce
Emilie, qui a vécu cette expérience, témoigne du choc ressenti lors de l'annonce du diagnostic. Elle décrit un « choix qui n’en est pas un : celui de poursuivre ou d’interrompre sa grossesse ». Elle a choisi d'interrompre sa grossesse pour diverses raisons, soulignant l'importance d'être en accord avec son conjoint.
Un Deuil Difficile
L'IMG est souvent vécue comme un deuil. Emilie témoigne de sa « profonde tristesse » et de la nécessité d'être entourée. Elle souligne la difficulté d'expliquer son choix à ses autres enfants et la culpabilité ressentie.
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Le Besoin d'Accompagnement
Alice Drisch, fondatrice de l'association M21, qui accompagne les parents confrontés à ce diagnostic, souligne l'importance de l'écoute et du soutien psychologique. Elle constate que « Après cette écoute, il y a environ la moitié des femmes qui ont appelé qui gardent l’enfant, l’autre moitié qui choisissent d’avorter ».
Les Limites de l'Accompagnement Médical
Emilie regrette de ne pas s'être toujours sentie comprise par le corps médical, pointant du doigt un manque d'information et de sensibilité. Elle souligne cependant avoir également rencontré des sages-femmes « superbes ».
Les Positions Éthiques et Religieuses
La question de l'avortement d'un fœtus atteint de trisomie 21 soulève des questions éthiques fondamentales.
L'Opposition de la Fondation Jérôme Lejeune
La Fondation Jérôme Lejeune, du nom du découvreur de la cause de la trisomie 21, est une organisation reconnue pour ses prises de position anti-avortement et son engagement en faveur du droit à la vie des personnes trisomiques. Elle dénonce ce qu'elle considère comme une « éradication » de masse, rappelant que « Avorter un enfant trisomique n'est pas un droit de l'homme ».
La Position du Vatican
Le Vatican n'est pas opposé aux diagnostics prénataux en général, à condition qu'ils permettent de déterminer les soins à mettre en œuvre à la naissance ou de préparer les parents à l'arrivée d'un enfant handicapé. Cependant, il insiste sur le respect de la vie dès la conception.
L'Eugénisme : Un Risque Réel ?
La question de l'eugénisme est au cœur du débat sur le dépistage prénatal et l'IMG en cas de trisomie 21.
Le Dépistage Sélectif
Le professeur Le Méné, président de la fondation Jérôme Lejeune, refuse l’idée d’un « bon eugénisme, décidé par les parents et d’un mauvais eugénisme de masse et systématique ». Il souligne le caractère eugénique d'un dépistage qui conduit à l'élimination de la majorité des fœtus diagnostiqués avec la trisomie 21.
Les Chiffres Alarmants
Les chiffres sont éloquents : depuis 1999, 75 % des femmes demandent le dépistage, ce qui conduit à la mort de 95 % des fœtus trisomiques diagnostiqués. Ces chiffres illustrent la puissance de ce sentiment.
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