L'avortement chez la jument est un problème important en médecine vétérinaire équine, avec des conséquences sanitaires et économiques majeures. Il s'agit de l'interruption prématurée de la gestation, entraînant l'expulsion d'un fœtus mort ou non viable entre 40 et 300 jours. Cet événement, souvent imprévisible, met en péril la performance de la reproduction, la rentabilité des opérations d'élevage et la préservation du potentiel génétique du matériel reproducteur.
Diverses causes d'avortement chez les juments
Les causes d'avortement chez la jument sont multiples et souvent mal connues. On distingue généralement deux catégories principales : les causes non infectieuses et les causes infectieuses. Les causes non infectieuses sont dominantes dans la plupart des études mondiales et entraînent jusqu'à 70 % des avortements d'origine déterminée.
Causes non infectieuses
Les causes non infectieuses peuvent être classées en plusieurs catégories :
- Anomalies des annexes fœtales : Anomalies du cordon ombilical et hypoplasies des villosités choriales. Les anomalies du cordon ombilical sont de plus en plus fréquentes dans l'espèce équine et représentent actuellement la première cause d'avortement non infectieux. Le principal facteur de risque est la longueur anormale du cordon ombilical. Les hypoplasies ou aplasies des villosités choriales provoquent des avortements tardifs, entre 7 et 8 mois de gestation. Les zones d'hypoplasie choriales correspondent aux régions utérines dépourvues de glandes endométriales ou présentant des glandes de taille réduite.
- Anomalies de la gestation : Gestations gémellaires, hydropisie des enveloppes fœtales et séparation prématurée du placenta. La mortalité des jumeaux dans l'espèce équine est beaucoup plus importante que dans les autres espèces car la conformation utérine de la jument n'est pas adaptée à la survie des fœtus jumeaux. L'hydropisie des enveloppes fœtales regroupe deux types d'anomalies, l'hydro-allantoïde (la plus fréquente) et l'hydramnios, caractérisées par une accumulation excessive de liquide allantoïdien ou amniotique. La séparation prématurée du placenta est une anomalie qui se rencontre le plus souvent au moment du poulinage. Elle survient parfois durant la seconde moitié de la gestation, notamment lors de gestation gémellaire, entraînant un avortement.
- Anomalies fœtales : Malformations congénitales et anomalies chromosomiques. Comme pour la plupart des espèces de mammifères, plusieurs malformations congénitales du fœtus équin peuvent être responsables d'un avortement entre 3 mois de gestation et le terme. Les avortements dus à la présence d'anomalies chromosomiques sont principalement explorés dans l'espèce humaine. Chez la jument, leur origine est très peu documentée.
- Causes maternelles : Âge de la jument, stress maternel, intoxications alimentaires, carences nutritionnelles et médicaments. Le taux d'avortements des juments yearlings est plus élevé que celui des juments adultes. La fréquence des avortements augmente également avec l'âge des reproductrices. Plusieurs situations engendrent un stress maternel et peuvent être suivies d'un avortement : un transport prolongé, des épisodes de coliques aiguës, l'anesthésie générale et certaines maladies systémiques. Les avortements par intoxication alimentaire ont lieu principalement à la suite de l'ingestion de plantes toxiques durant le dernier trimestre de la gestation.
Causes infectieuses
Les causes infectieuses sont liées à la pénétration d'agents pathogènes par voie ascendante ou hématogène. Selon une étude, les bactéries sont de loin les agents pathogènes les plus fréquemment responsables d'avortements (82 % des causes infectieuses). Une quarantaine d'espèces bactériennes ont été isolées en culture pure (seule) ou en association (plusieurs bactéries). Parmi toutes ces bactéries, Streptococcus zooepidemicus est la bactérie la plus fréquemment isolée (20 % des avortements d'origine bactérienne).
Des infections virales sont identifiées dans 9 % des cas d'avortement d'origine infectieuse, avec très majoritairement les virus de la rhinopneumonie forme abortive, dont l'herpèsvirus de type 1 (identifié sur 38 cas, soit 90 % des virus isolés) et l'herpèsvirus de type 4 (identifié sur 1 cas). 2 cas étaient causés par le virus de l'artérite virale équine.
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Des infections fongiques (ou mycoses), ainsi que des infections mixtes (bactériennes et fongiques), ont été diagnostiquées respectivement dans 1,5 % et 2,5 % des cas. Une placentite est observée dans 95 % de ces types d'infection. Une des principales causes d'avortement est la placentite ascendante, c'est-à-dire une infection du placenta par des bactéries ayant pénétré par la vulve, puis « remonté » par le vagin et le col de l'utérus.
Diagnostic et prévention
Le diagnostic étiologique d'un avortement est primordial chez la jument, notamment en raison des risques de maladie infectieuse contagieuse. La réalisation d'examens complémentaires permet d'élucider la cause de l'avortement dans 3 cas sur 4 ; sans ces examens, le chiffre tombe à 1 sur 2.
Examen du fœtus et de ses annexes
Un examen complet du fœtus et de ses annexes doit être réalisé. L'examen externe du fœtus débute par une évaluation de son état nutritionnel (émaciation) et de sa taille (mesure de la longueur base de la queue - nuque). La présence de poils sur la crinière, le bout du nez, les paupières est recherchée.
Sur la face choriale de l'allantochorion, on recherchera particulièrement des zones dépourvues de villosités ou de faible densité en villosités (hypoplasie des villosités), ainsi que des plages épaissies, de coloration anormale, beige à jaunâtre, éventuellement recouvertes d'un enduit nécrotique (placentite). Sur la face allantoïdienne, on recherche également des lésions congestives ou congestivo-hémorragiques, des anomalies vasculaires. Le cordon ombilical mesure en moyenne 55 cm; son diamètre est à peu près constant et il présente un aspect torsadé uniforme et régulier (8 à 9 tours).
Mesures préventives
Plusieurs mesures préventives peuvent être mises en place pour limiter les risques d'avortement chez la jument :
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- Surveillance de la jument : Il faut bien examiner chaque jour les juments dans les deux derniers mois de gestation (mamelle, vulve…) et consulter son vétérinaire lors de la moindre anomalie.
- Hygiène : Il est primordial de maintenir les juments pleines dans de bonnes conditions d'hygiène pour limiter les risques de contamination microbienne (boxes ou stabulations régulièrement curés…).
- Vaccination : Il existe sur le marché des vaccins qui contribuent à prévenir les avortements découlant d'une infection par le HVE-1. Toutefois, ces vaccins ne peuvent garantir une protection totale contre les avortements.
- Alimentation : Concernant ses besoins nutritionnels, ils sont quasiment identiques durant les cinq premiers mois de gestation. Le besoin augmente, mais la capacité d'ingestion de la jument va diminuer à cause de la place que prend le fœtus dans la cavité abdominale, il faudra donc trouver un moyen de lui apporter plus d'énergie dans de plus petits volumes. Le foin et l'herbe doivent constituer la majeure partie du repas de la poulinière.
- Diagnostic précoce des gestations gémellaires : Faire pratiquer précocement un diagnostic échographique de gestation par le vétérinaire pour être conseillé sur la marche à suivre. Dans certains cas, il est préférable que ce dernier effectue une réduction manuelle des jumeaux par pincement d'une des vésicules.
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