L'avortement est un sujet complexe et émotionnel, entouré de controverses éthiques, morales et religieuses. Les lois concernant l'avortement varient considérablement d'un pays à l'autre, et même au sein d'un même pays. Cet article examine les statistiques mondiales relatives à l'avortement illégal, les risques pour la santé des femmes et les tendances législatives.

L'évolution du droit à l'avortement

Ces 30 dernières années, plus de 60 pays ont étendu leur droit à l’avortement, comme l’Irlande, le Népal ou l’Inde. Actuellement 60 % de la population mondiale réside dans des pays où l’avortement est largement légal. Cependant, 40 % de la population mondiale vit sous des lois restrictives. L'avortement est strictement interdit dans 22 pays, autorisé seulement pour sauver la vie de la mère dans 43 pays et seulement pour raisons médicales dans 47 pays.

Le droit à l’avortement peut aussi varier dans un même pays d’un Etat à l’autre. Cela concerne surtout les États fédéraux comme les États-Unis et le Mexique. En 2022, suite à l’annulation de l’arrêt Roe v. Wade, la Cour suprême américaine a retiré le principe de protection des droits reproductibles à l’échelle fédérale.

La France est devenue, le 4 mars, le premier État au monde à inscrire dans sa Constitution « la liberté garantie de la femme de recourir au droit à l’interruption volontaire de grossesse » (IVG). L’initiative a été lancée par des parlementaires français en réaction à l’abrogation, en juin 2022, de l’arrêt Roe vs Wade, qui garantissait le droit à l’avortement aux États-Unis.

L'avortement non sécurisé : une réalité mondiale

Malgré les restrictions légales, les femmes continuent d'avorter, souvent dans des conditions dangereuses. Chaque année, 25 millions d'avortements non sécurisés sont pratiqués dans le monde, donnant lieu à 39 000 décès et faisant de l’avortement non sécurisé l’une des premières causes de mortalité maternelle. 45% des avortements dans le monde sont ainsi pratiqués dans des conditions sanitaires mettant la vie des femmes en danger.

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L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) est très inquiète de la décision de la Cour Suprême américaine. Les États-Unis ont une place importante dans le monde. D'autres pays pourraient suivre leur exemple. Pour l'OMS, c'est un recul. Toutes les femmes devraient avoir le droit de choisir quand on parle de leur corps et de leur santé. Le droit à l'avortement est plus qu'un droit de choisir, c'est un problème de santé.

Quand l'avortement est mal fait, les risques sont nombreux : saignements importants, trous dans l'utérus, infections… 47 000 femmes en meurent, d'autres ne pourront plus jamais avoir d'enfant.

Selon l’OMS, il y aurait entre 40,6% et 50,1% d’avortements non sécurisés dans un intervalle d’incertitude de 90%. Ces 45% correspondent à 25 millions d’avortements sur les 56 millions pris comme référence. Les auteurs insistent sur la très grande pauvreté (“data paucity”) des données disponibles concernant les avortements sécurisés et les autres non sécurisés selon les méthodes recommandées par l’OMS pour pouvoir vérifier leurs chiffres.

Pays interdisant ou limitant l'avortement

Dans le monde, 40 % des femmes vivent dans un pays où l'avortement n'est pas autorisé ou très limité (seulement possible en cas de danger pour la mère, de viol, d'inceste…). Pourtant, interdire l'IVG n'empêche jamais les femmes qui en ont besoin d'avorter. Mais elles prennent de graves risques. Leur corps, leur santé !

L'IVG est toujours interdite dans une vingtaine de pays : Mauritanie, Égypte, Sénégal, Gabon, Djibouti, Malte… Dans ces pays, des femmes sont en prison parce qu'elles ont avorté. Au Salvador, une jeune femme de 19 ans, qui ne savait même pas qu'elle était enceinte, a fait une fausse couche.

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Dans d'autres pays, il est possible d'avorter mais seulement s'il y a un danger pour la vie de la femme : en Côte d'Ivoire, en Libye, en Syrie, au Bangladesh…

En Pologne, l'IVG est presque interdite. Elle est possible seulement en cas de viol, d'inceste ou s'il y a un danger pour la vie de la femme. Justyna Wydrznyska qui aide les femmes de son pays à s'informer sur l'IVG, risque 3 ans de prison. Sa faute ? Avoir envoyé des médicaments pour avorter à une jeune femme enceinte qui vivait avec un mari violent.

En Italie, l'avortement est autorisé jusqu'à 12 semaines mais il est très difficile d'y avoir accès. Beaucoup de médecins sont contre. En 2019, 67 % des gynécologues italiens refusaient de réaliser une IVG. Ils étaient jusqu'à 80 % dans 5 des 20 régions d'Italie.

Au Portugal, l'avortement n'est plus remboursé. Les femmes doivent obligatoirement rencontrer une psychologue.

Tendances et paradoxes

La fréquence des avortements volontaires a baissé dans le monde au cours des années 1990, passant de 35 avortements pour 1 000 femmes en âge de procréer (ayant entre 15 et 44 ans) en 1995 à 29 ‰ en 2003. Mais elle s’est stabilisée dans les années 2000 (28 ‰ en 2008), parce que la diffusion de la contraception a marqué le pas dans les pays en développement.

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De façon paradoxale, la mortalité liée à l’avortement a diminué de manière continue depuis deux décennies, passant de 60 décès maternels pour 100 000 naissances vivantes en 1990 à 40 décès en 2008. La baisse a été particulièrement marquée en Amérique latine alors que l’avortement y reste pourtant fermement condamné.

L’Europe et l’Amérique du nord sont les régions ayant les législations les plus libérales en terme de critères d’accès à l’avortement. Pourtant selon des données récentes (2010-2014), les taux annuels d’avortement pour 1 000 femmes de 15-49 ans y sont les plus faibles au monde (17 pour 1 000 en Amérique du nord ; 29 p. 1 000 en Europe, avec de grandes disparités entre l’Est et l’Ouest), chiffres à comparer à ceux estimés en Afrique (34 p. 1000), en Asie (36 p. 1 000) et en Amérique latine (44 p.

Non. On ne constate pas davantage d’interruptions volontaires de grossesse dans les pays où il est légalisé.

L'importance des données et des méthodologies

L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) publie des chiffres officiels appelés “fact sheet” sur l’avortement. Ces chiffres concernant le nombre d’avortements dans le monde, le nombre d’avortements non sécurisés et le nombre de décès maternels suite à un avortement sont présentés comme des données venant de statistiques officielles recensant ces cas à travers le monde. Ces derniers utilisent des hypothèses en amont pour prédire ces grandeurs.

Selon [1], il y aurait entre 67 et 82 millions d’avortements dans le monde dans un intervalle d’incertitude assez faible de 80% ce qui laisse une marge d’erreur assez importante. Afin de valider leur modèle, les auteurs ont comparé leurs résultats avec les points de références disponibles dans les pays recensant correctement le nombre d’avortements. Les écarts entre les sorties du modèle et les points de comparaison se révèlent importants. En outre, si l’on compare avec d’autres sources de l’OMS, ce chiffre de 73 millions est beaucoup plus élevé que dans des références antérieures. 3 ans auparavant en 2016, un article publié dans The Lancet [2] (avec en partie les mêmes auteurs) estimait à 56 millions le nombre d’avortements annuels dans le monde (entre 52 et 70 millions dans un intervalle d’incertitude plus élevé de 90%) sur la période 2010-14 (estimations reprises par l’INED). On peut noter que les méthodologies sont très différentes entre les deux articles : celui de 2016 [2] se base sur la fréquence des rapports sexuels, la fécondité, la “force” des femmes de mener une grossesse à leur terme et la capacité à agir selon leurs préférences (basés sur leur niveau d’éducation et le PIB).

Le modèle pour estimer le nombre d’avortements “sécurisés” s’appuie sur 4 prédicteurs (variables d’entrée du modèle : le nombre d’années depuis que le mifepristone est autorisé dans le pays, la proportion de la population vivant dans les zones urbaines, l’indice d’inégalité entre les sexes, le statut d’autorisation du misoprostol pour capturer les avortements réalisés en dehors du système de santé). L’absence de transparence sur les critères de sélection rend les fondements de cette méthodologie discutables. Les avortements “moins sécurisés” représentent 30%. Les avortements “les moins sécurisés” représentent 15%. On peut noter que l’OMS communique sur 45% plutôt que les 15% de l’article [3].

La large plage d’incertitude de 4,7% à 13,2% correspond à un intervalle de confiance à 95% ce qui est élevé, l’estimation moyenne étant de 7,9%. On notera que l’OMS, dans sa communication, préfère retenir l’estimation haute plutôt que l’estimation moyenne qui aurait conclu à 23 000 décès par an.

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