L'avortement thérapeutique, ou interruption médicale de grossesse (IMG), est un sujet complexe en Islam, suscitant des opinions diverses parmi les érudits et les courants de pensée. Bien que l'Islam condamne généralement l'interruption volontaire de grossesse (IVG), l'IMG est parfois tolérée dans des circonstances spécifiques, notamment lorsque la vie de la mère est en danger. Cet article explore les différentes perspectives islamiques sur l'avortement thérapeutique, en tenant compte des considérations éthiques, médicales et juridiques.

Principes généraux de l'Islam sur la vie et l'avortement

L'Islam accorde une grande valeur à la vie humaine, qu'elle soit née ou à naître. Le Coran et les hadiths (paroles et actions du prophète Mahomet) mettent en évidence le caractère sacré de la vie et interdisent de tuer des enfants par crainte de la pauvreté.

Cependant, il n'existe pas de verset coranique explicite interdisant l'avortement. Les interprétations des textes religieux varient, conduisant à des opinions divergentes sur la question. En général, les autorités religieuses musulmanes considèrent que l'avortement interfère avec la volonté d'Allah, qui seul a droit de vie et de mort.

Néanmoins, l'Islam reconnaît également le principe de nécessité (darura), qui permet de déroger aux règles générales en cas de danger imminent. Ainsi, la plupart des érudits musulmans conviennent que l'avortement est autorisé si la poursuite de la grossesse met en danger la vie de la mère.

Les différents courants de l'Islam et l'avortement

Les différents courants de l'Islam ont des points de vue différents sur l'avortement.

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Hanafisme

Le dogme hanafite, majoritaire au Moyen-Orient, en Turquie et en Asie centrale, considère l'avortement (ıskât-ı cenîn) comme mekrouh (indésirable, non souhaitable) plutôt que haram (interdit) à moins de 120 jours de grossesse, car le fœtus n'a pas d'âme avant ce délai. Cependant, la décision d'avorter est laissée à la discrétion du mari et ne constitue pas un droit pour la femme.

Chafiisme

Le chafiisme, dominant en Asie du Sud-Est et dans certaines régions d'Afrique, autorise les IVG jusqu'à 40 jours de grossesse. Certains imams chafiistes tolèrent l'avortement jusqu'au 120e jour.

Hanbalisme

Le courant hanbaliste, majoritaire en Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis, n'a pas d'opinion tranchée sur la question, mais certains chefs religieux autorisent l'avortement jusqu'au quatrième mois.

Malikisme

Le malikisme, qui prédomine en Afrique du Nord, considère le fœtus comme un être vivant en devenir et interdit totalement l'avortement.

En général, tous les dogmes islamiques estiment qu'à compter de 120 jours après sa conception, le fœtus a une âme, et aucun n'autorise l'avortement après cette date, sauf en cas de danger extrême pour la vie de la mère.

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L'avortement thérapeutique : une exception à la règle ?

L'avortement thérapeutique est considéré comme une exception à la règle générale interdisant l'avortement en Islam. Il est généralement autorisé dans les cas suivants :

  • Danger pour la vie de la mère : Si la poursuite de la grossesse met en danger la vie de la mère, l'avortement est permis pour sauver sa vie.
  • Malformations graves du fœtus : Si le fœtus est atteint d'une malformation grave ou d'une maladie incurable, l'avortement peut être autorisé pour éviter des souffrances inutiles à l'enfant et à ses parents.
  • Grossesse résultant d'un viol ou d'un inceste : Dans certains cas, l'avortement peut être autorisé si la grossesse résulte d'un viol ou d'un inceste, afin de protéger la santé mentale et émotionnelle de la femme.

Il est important de noter que ces exceptions sont soumises à des conditions strictes. L'avis d'un médecin est généralement requis pour confirmer le danger pour la vie de la mère ou la gravité des malformations du fœtus. De plus, l'avortement doit être pratiqué le plus tôt possible pendant la grossesse, avant que le fœtus n'atteigne un stade de développement avancé.

L'importance du diagnostic anténatal

Le diagnostic anténatal joue un rôle crucial dans la prise de décision concernant l'avortement thérapeutique. Il permet de détecter les malformations ou les maladies graves du fœtus à un stade précoce de la grossesse, offrant ainsi aux parents la possibilité de prendre une décision éclairée concernant la poursuite ou l'interruption de la grossesse.

L'Islam autorise généralement le diagnostic anténatal, car il permet de prévenir la santé de l'enfant à naître et de prendre des mesures appropriées en cas de problèmes de santé. Cependant, certains érudits mettent en garde contre l'utilisation du diagnostic anténatal à des fins de sélection du sexe ou d'eugénisme.

Les défis et les controverses liés à l'avortement thérapeutique

L'avortement thérapeutique est un sujet sensible et controversé dans le monde musulman. Les opinions divergent quant aux critères à prendre en compte pour autoriser l'avortement, ainsi qu'aux limites de temps à respecter.

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Certains estiment que l'avortement ne devrait être autorisé que dans les cas où la vie de la mère est en danger immédiat, tandis que d'autres sont plus ouverts à l'avortement en cas de malformations graves du fœtus ou de grossesse résultant d'un viol.

De plus, la question de la détermination du moment où le fœtus reçoit une âme est un point de discorde. Certains estiment que l'âme est insufflée au fœtus après 40 jours de grossesse, tandis que d'autres pensent que cela se produit après 120 jours. Cette divergence d'opinions a des implications importantes sur la permissibilité de l'avortement à différents stades de la grossesse.

La situation juridique de l'avortement dans les pays musulmans

La situation juridique de l'avortement varie considérablement d'un pays musulman à l'autre. Dans certains pays, l'avortement est totalement interdit, tandis que dans d'autres, il est autorisé dans certaines circonstances, comme lorsque la vie de la mère est en danger ou lorsque la grossesse résulte d'un viol.

Seules la Turquie et la Tunisie autorisent les avortements volontaires (sur demande de la mère). Cependant, même dans ces pays, le droit à l'avortement est constamment remis en question par des opposants politiques et religieux.

Dans de nombreux pays musulmans, l'avortement est illégal ou soumis à des restrictions sévères, ce qui conduit à des avortements clandestins et dangereux, mettant en danger la santé et la vie des femmes.

Les alternatives à l'avortement

L'Islam encourage les alternatives à l'avortement, telles que l'adoption et les soins palliatifs. L'adoption est considérée comme un acte méritoire en Islam, car elle offre un foyer aimant et une famille à un enfant qui en a besoin.

Les soins palliatifs peuvent également être une option pour les fœtus atteints de maladies incurables. Ils visent à soulager la douleur et la souffrance de l'enfant, tout en offrant un soutien émotionnel et spirituel à la famille.

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