L'avortement, un acte médical visant à interrompre une grossesse, demeure un sujet de débat mondial complexe et passionné. Bien qu'il s'agisse d'un soin de santé de base pour des millions de femmes, de jeunes filles et d'autres personnes susceptibles de tomber enceintes, l'accès à des services d'avortement sûrs et légaux est loin d'être garanti à tous ceux qui en ont besoin. Le droit à l'avortement reste un sujet très controversé dans le monde. Le débat autour de cette question est notamment parasité par de fausses informations sur les véritables conséquences de la restriction de l’accès à ce service médical indispensable.
Évolution Législative : Progrès et Régressions
Ces 30 dernières années, plus de 60 pays ont étendu leur droit à l’avortement, comme l’Irlande, le Népal ou l’Inde. Actuellement 60 % de la population mondiale réside dans des pays où l’avortement est largement légal. A l’inverse, 40 % de la population mondiale vit sous des lois restrictives. Le droit à l’avortement varie selon les législations en vigueur dans chaque pays. Le droit à l’avortement peut aussi varier dans un même pays d’un Etat à l’autre. Cela concerne surtout les États fédéraux comme les États-Unis et le Mexique. En 2022, suite à l’annulation de l’arrêt Roe v. Wade, la Cour suprême américaine a retiré le principe de protection des droits reproductibles à l’échelle fédérale. Ces trente dernières années, 60 pays ont modifié leur législation pour faciliter l’accès à un avortement sûr et légal. Désormais, les pays qui maintiennent une interdiction totale ou quasi-totale de l'avortement sont minoritaires.
Si la tendance générale est à l’extension du droit à l’avortement, certains pays reviennent sur leurs acquis. Ces régressions et menaces concernent actuellement les États-Unis d’Amérique, la Pologne ou encore le Brésil. En Europe, ce droit est également fortement menacé. En Hongrie, les règles ont été durcies : depuis septembre 2022, une femme souhaitant avorter doit être confrontée aux « fonctions vitales » du fœtus, comme écouter son rythme cardiaque. A Malte et en Andorre, l’avortement est totalement interdit, y compris en cas de viol, d'inceste ou de danger de mort pour la personne enceinte. En Pologne, il est interdit d’avorter sauf en cas de viol. Les nombreuses manifestantes qui se sont opposées à ces législations liberticides ont été violemment réprimées par la police. Face ces reculs inquiétants, la constitutionnalisation de l’IVG est un symbole important vis-à-vis des pays qui restreignent ou criminalisent le droit à l’avortement. Il s’agit d’un garde-fou, qui permet au pays d’affirmer sa volonté de ne pas remettre ce droit en cause et de prévenir les risques de régression. En mars 2024, la France est devenue le premier pays au monde à inscrire explicitement dans sa Constitution l'interruption volontaire de grossesse (IVG).
Statistiques Mondiales : Tendances et Disparités
En 2008, le nombre d’avortements ou IVG pratiqués dans le monde est estimé à 43,8 millions (45,6 millions en 1995). 86% de ces avortements ont eu lieu dans des pays en voie de développement (78% en 1995) sachant que 84% des femmes en âge de se reproduire dans le monde vivent dans ces pays en voie de développement. Depuis 2003, le nombre d’avortements s’est réduit de 0,6 millions dans les pays développés mais a augmenté de 2,8 millions dans les pays en voie de développement, en particulier en Afrique et en Asie. Le nombre total d'IVG dans le monde en 2003 était évalué à 42 millions,(un taux de 29 IVG pour mille femmes en âge de procréer1. Ce taux est de 12 ‰ en Europe occidentale, de 17 ‰ en Europe du Nord, de 18 ‰ en Europe du Sud, de 21 ‰ globalement aux États-Unis et au Canada1, de 44 ‰ en Europe de l'Est2. La tendance est globalement à la baisse par rapport à 1995, année où avaient été pratiqués 46 millions d'IVG dans le monde, soit un taux de 35 IVG pour mille femmes en âge de procréer1. Cette baisse est particulièrement forte en Europe de l'Est, où le taux a baissé de 51 % entre 1995 et 2003, contre 17 % à l'échelle mondiale2. Rapporté au nombre de grossesses menées à terme, il y avait, en 2003, 31 avortements pour cent naissances vivantes dans le monde, avec un pic de 105 avortements pour cent naissances vivantes en Europe de l'Est1.
L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) estime que 73 millions d’avortements ont lieu chaque année dans le monde. Cependant, il est important de noter que ce chiffre est le résultat d'une estimation basée sur des modèles et des hypothèses, et qu'il existe une marge d'erreur importante.
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Les Risques de l'Avortement Non Sécurisé
Le pourcentage d’avortements réalisés dans des conditions inadéquates et mettant en danger la vie des femmes est estimé à 49% des 45 millions d’avortements pratiqués dans le monde en 2008 (contre 45% e 1995). Le nombre d’avortements ne diminue plus depuis 2003, après avoir fortement baissé entre 1995 et 2002. On recense aujourd’hui 28 avortements pour 1 000 femmes dans le monde, contre 29/1000 en 2003 et 35/1000 en 1995. D’autre part, la proportion d’avortements clandestins par rapport au nombre total d’IVG ne cesse de progresser. Au total, 47 000 femmes sont mortes l’an dernier victime d’une IVG pratiqué sans assistance médicale. Le taux de mortalité de ces avortements non médicalisés est très élevé atteignant 220/100 000. Par ailleurs, 8,5 millions de femmes, toujours dans les pays en voie de développement, présentent chaque année des complications liées à ces avortements clandestins. En Amérique latine le taux d’avortement dangereux est de 95% ; de 46% aux caraïbes, de 100% en Amérique centrale, de 100% en Amérique du sud. En Asie, le taux d’avortements dangereux atteint 40%. Il est de 9% en Europe, en particulier lié à l’Europe de l’est où 13% des avortements ne sont pas réalisés de manière médicalement satisfaisante. 42% des avortements en Europe (1.207.646) ont été pratiqués dans l’UE des 27.
25 millions d'avortements non sécurisés sont pratiqués chaque année dans le monde, donnant lieu à 39 000 décès et faisant de l’avortement non sécurisé l’une des premières causes de mortalité maternelle. 45% des avortements dans le monde sont ainsi pratiqués dans des conditions sanitaires mettant la vie des femmes en danger. Lorsque les avortements sont pratiqués ou accompagnés par un·e professionnel·le de santé qualifié·e dans de bonnes conditions d’hygiène, les avortements sont les actes médicaux les plus sûrs disponibles. Mais quand les gouvernements en restreignent l’accès, les personnes sont contraintes de recourir à des avortements clandestins qui peuvent s’avérer extrêmement dangereux pour leur santé. Selon l’OMS, il s’agit de la 3e cause de mortalité maternelle à travers le monde. Pourtant, presque toutes les morts et lésions dues à un avortement dangereux auraient pu être évitées si l’avortement avait été encadré par du personnel de santé qualifié.
L'Avortement : Un Droit Fondamental
Pouvoir disposer librement de son corps, prendre soi-même les décisions concernant sa santé, son corps et sa vie sexuelle est un droit humain fondamental. Les droits humains sont universels, indissociables et intimement liés. Cela signifie que les droits sexuels et reproductifs, notamment le droit à l’avortement, sont fondamentaux pour la réalisation pleine et entière de tous les autres droits. Pourtant, ce droit fondamental et les personnes qui le défendent ne cessent d’être questionnés, stigmatisés et criminalisés. Voilà pourquoi il est important de continuer à se mobiliser pour le défendre.
Les restrictions du droit à l’avortement créent un climat hostile qui favorise la stigmatisation des personnes qui avortent et les attaques contre les personnes qui le défendent. A cause de leur combat, dans certains pays, ces personnes sont victimes de violations, d’arrestations, de poursuites et d’emprisonnement.
La Vague Verte : Mobilisations et Avancées
Ces dernières années, de nombreuses mobilisations ont permis des avancées notables pour le droit à l’avortement vers sa dépénalisation et sa réglementation. Cette tendance positive s’observe notamment en Amérique latine. Depuis la légalisation de l’avortement en Argentine en décembre 2020, d’autres pays de la région ont connu des avancées positives similaires. Ainsi, la Colombie a légalisé l’avortement en février 2022 jusqu’à 24 semaines de grossesse. Au Mexique, l'accès à l'IVG a été dépénalisé au niveau fédéral en septembre 2023, après une décision de la Cour suprême qui jugeait inconstitutionnelle son interdiction.
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