La décision de ne pas poursuivre une grossesse est une expérience personnelle complexe, influencée par une multitude de facteurs. Cet article vise à fournir des informations claires et complètes sur l'interruption volontaire de grossesse (IVG), en abordant les aspects médicaux, psychologiques et légaux.

Introduction

Savoir que l’on est enceinte est un heureux événement dans la vie d’un couple, particulièrement marquant dans la vie de la femme. S’il est vrai que la plupart des grossesses vont à terme, il n’en demeure pas moins que certaines grossesses sont interrompues avant leur terme. L’IVG est un droit en France, encadré par des lois qui garantissent l'accès à cette procédure dans des conditions de sécurité et de respect. Il est crucial de comprendre les différentes étapes et options disponibles pour prendre une décision éclairée.

Les Motivations Derrière une IVG

Les motivations qui poussent une femme à envisager une IVG sont nombreuses et profondément personnelles. Personne n’a le droit de juger cette décision. Elles peuvent inclure des difficultés financières, des problèmes relationnels, des préoccupations concernant la santé de la mère ou du fœtus, ou simplement le sentiment de ne pas être prête à devenir parent. Il est essentiel de reconnaître que chaque situation est unique et mérite d'être traitée avec empathie et respect.

Les Étapes Préliminaires à l'IVG

La prise de décision

Après une période de réflexion, vient le moment d’agir. La première étape consiste à prendre rendez-vous dans un centre d’IVG (Interruption Volontaire de Grossesse) ou auprès d'un professionnel de santé qualifié (médecin généraliste, gynécologue, sage-femme). Ce rendez-vous initial est crucial pour obtenir des informations complètes et personnalisées.

La consultation initiale

Lors de cette consultation, le professionnel de santé confirmera la grossesse et son âge gestationnel. Il comprendra les raisons de ce désir d’IVG en les intégrant dans le contexte social et psychologique de la patiente. Il vous informera sur les tenants et aboutissants d'une IVG, des différentes méthodes disponibles (médicamenteuse ou chirurgicale), des lieux de réalisation, ainsi que des risques et des effets secondaires possibles. Un dossier guide reprenant l’ensemble de ces informations vous sera remis pour consultation ultérieure.

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Un examen sanguin est en général prescrit afin de déterminer le groupe sanguin, et éventuellement de réaliser un bilan préopératoire. À l'issue de cette première consultation, un certificat est délivré à la patiente.

L'entretien psychosocial

Un entretien social doit être proposé à toute patiente majeure. Il est en revanche obligatoire pour les patientes mineures (une attestation sera remise après cet entretien). Cet entretien permet d'évaluer la situation sociale de la patiente, de lui proposer des aides si elle souhaite poursuivre sa grossesse, et de lui délivrer une information sur les moyens de contraception existants.

La consultation de confirmation

Une deuxième consultation (après une semaine de réflexion) a pour but de faire confirmer par la patiente (confirmation écrite) sa demande d'IVG. Le médecin lui remet ensuite un exemplaire de sa demande d'IVG, prend connaissance des résultats du bilan sanguin et prescrit un moyen de contraception adapté à ses préférences.

Les Méthodes d'IVG

En France, deux méthodes d'IVG sont possibles : l'IVG médicamenteuse et l'IVG chirurgicale. Le choix de la méthode dépend du terme de la grossesse, des préférences de la patiente et de l'avis médical.

L'IVG médicamenteuse

L’IVG médicamenteuse consiste en la prise de deux types de médicaments à différents intervalles. Ces derniers ont pour effet d’interrompre la grossesse et d’expulser l’œuf. Le traitement médicamenteux peut donc être effectué dans un cabinet, un centre de santé, au planning familial ou à domicile.

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L’IVG médicamenteuse est autorisée jusqu’à 7 semaines de grossesse, soit 9 semaines d’aménorrhée (9 SA). Elle consiste à provoquer une fausse couche en prenant deux médicaments différents :

  • Mifépristone (MYFEGINE): Ce médicament interrompt le développement de la grossesse. Il est pris par voie orale lors de la troisième consultation.
  • Misoprostol (GYMISO): Ce médicament provoque l’expulsion de la grossesse. Il est pris 36h à 48h après la prise du mifépristone, soit dans un établissement de santé, soit à domicile.

Les saignements de la patiente lors d’une interruption de grossesse médicamenteuse peuvent survenir entre 30mn et 3 jours après la prise de médicament. Dans la grande majorité des cas, ils surviennent dans les 2 à 4 heures après la prise du 2ème médicament, le misoprostol. Dans 5% des cas, ces saignements surviennent dès la prise de la mifépristone (prévoir des protections menstruelles dès ce moment). La prise de misoprostol est toujours nécessaire car il peut rester des résidus de grossesse qu’il est important d’évacuer.

Les saignements qui s’ensuivent, plus ou moins importants peuvent durer de 10 à 20 jours. Ils sont comparables ou plus abondants que les règles, plus épais avec des caillots (qui proviennent de la muqueuse utérine). Leur abondance dépend du stade de la grossesse et sont souvent plus abondants après 7 SA (semaines d’aménorrhées) c’est-à-dire 5 semaines de grossesse. On peut parfois voir une boule blanche gélatineuse qui correspond à l’œuf appelé aussi le sac ovulaire dans les saignements.

Si aucun saignement ne se déclenche après 24h, il faut reconsulter sans attendre.

Avantages :

  • Méthode non chirurgicale.
  • Peut être réalisée en cabinet médical ou à domicile (jusqu'à 7 SA).

Inconvénients :

  • Nécessite plusieurs prises de médicaments.
  • Peut provoquer des douleurs et des saignements importants.
  • Taux de succès légèrement inférieur à l'IVG chirurgicale (95%).

L'IVG chirurgicale (instrumentale)

L’IVG " chirurgicale " est réalisée le jour de la troisième consultation. La patiente est hospitalisée en hôpital de jour le plus souvent pour cela. Sous anesthésie adaptée (locale ou générale), le médecin procède à une aspiration du contenu utérin en introduisant une canule d'aspiration par le vagin puis le canal du col utérin. Le geste est rapide (dizaine de minutes). Une surveillance est médicale est assurée dans les heures qui suivent le geste.

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L’IVG instrumentale est possible jusqu’à la 14e semaine de grossesse (soit 16 semaines après le 1er jour des dernières règles). Elle est effectuée par un médecin ou, sous certaines conditions, par une sage-femme, en établissement de santé ou dans certains centres de santé autorisés.

Après la réalisation des étapes d’information et recueil du consentement (qui peuvent être effectuées en téléconsultation) l’IVG peut être réalisée.

Il s’agit d’une rapide intervention instrumentale pour aspirer l’œuf qui se trouve dans l’utérus après dilatation du col. Une canule de calibre adapté au stade de la grossesse est introduite par le professionnel de santé (médecin ou sage-femme) dans l’utérus pour aspirer le contenu utérin.

Avantages :

  • Taux de succès élevé (99,7%).
  • Intervention rapide.
  • Réalisée sous anesthésie (locale ou générale).

Inconvénients :

  • Nécessite une intervention chirurgicale.
  • Doit être réalisée dans un établissement de santé.
  • Risques de complications (bien que rares).

Suivi Post-IVG

Une consultation de suivi est programmée 14 à 21 jours après l’IVG pour s’assurer de l’efficacité de la méthode et de l’absence de complications. Cette consultation n'est pas obligatoire. Réalisée entre 2 et 3 semaines après l'IVG, elle a pour but de vérifier que l'utérus est vide par échographie ou de vérifier que la grossesse n'évolue plus par un dosage de l'hormone de grossesse.

Le contrôle de l’efficacité de l’IVG médicamenteuse est indispensable car il existe entre 1 à 5% d’échec et ou de complications. Ce contrôle peut se faire par une échographie de contrôle ou par une prise de sang de dosage d’hormones de grossesse (Bêta HCG). Le résultat de cette prise de sang sera encore positif même si l’IVG a fonctionné. La vérification du fonctionnement de l’IVG médicamenteuse peut se faire par comparaison des dosages BHCG pré et post IVG. Lorsque le taux de Bêta HCG (dosage d’hormones de grossesse dans le sang), est inférieur à 2000 mUI/ml 2 semaines après l’IVG cela veut dire que l’avortement à fonctionné. Si le taux de Bêta HCG est supérieur au taux initial : la grossesse est évolutive et l’ivg par médicament n’a pas fonctionné.

Les règles reviennent généralement 4 à 6 semaines après l’IVG, selon la méthode contraceptive mise en place.

Risques et Complications Possibles

Bien que l'IVG soit une procédure sûre, des complications peuvent survenir dans de rares cas. Il est important d'en être informé :

  • Hémorragie : Saignements abondants nécessitant une intervention médicale.
  • Infection : Fièvre, douleurs abdominales, pertes vaginales anormales.
  • Rétention de produits de conception : Nécessite une aspiration complémentaire.
  • Complications liées à l'anesthésie (pour l'IVG chirurgicale).
  • Perforation utérine (très rare).
  • Grossesse extra-utérine non diagnostiquée.

Soutien Psychologique

Une IVG n’est jamais un acte anodin et aucune femme n’y recourt facilement. Elle peut être douloureuse, est toujours mal vécue sur le plan psychologique et ce même des années après. Il est important de ne pas rester seule face à ses peurs ou à sa culpabilité. Un accompagnement médical et psychologique doit être proposé autant que possible. En cas de fausse couche confirmée, un suivi médical est utile pour vérifier que l'expulsion est complète, mais aussi pour répondre aux questions, rassurer et préparer sereinement la suite.

Vivre un avortement peut être éprouvant, sans compter les effets secondaires liés à la prise des médicaments. Certains témoignages de femmes indiquent ressentir une certaine culpabilité, de la tristesse ou de la colère à la suite de leur avortement. Chaque femme va vivre l’IVG de manière singulière et si elle ressent le besoin de partager ses sentiments et d’en parler, elle pourra demander à être reçue en entretien individuel.

Vous pouvez vous adresser à des professionnels de santé, des associations ou des groupes de soutien pour bénéficier d'une écoute et d'un accompagnement adaptés.

Aspects Légaux et Financiers

En France, l’IVG est un droit acquis depuis 1975. La loi garantit l'accès à l'IVG pour toutes les femmes, majeures et mineures.

  • Majeures : Les femmes majeures peuvent recourir à l'IVG librement, sans autorisation parentale ni justification.
  • Mineures : Les mineures peuvent recourir à l'IVG de manière confidentielle, sans le consentement de leurs parents. Elles doivent obligatoirement bénéficier d'un entretien psychosocial.

Une IVG est remboursée par l'Assurance Maladie à hauteur de 80%. Si celle-ci est réalisée " en ville " ou dehors d'un établissement hospitalier, elle est prise en charge à hauteur de 70%. En ce qui concerne les patientes mineures, aucune demande de paiement n'est présentée pour les dépenses relatives aux consultations médicales et sociales, à la consultation pré-anesthésique, aux frais de soins et d'hospitalisation ou relatifs à une IVG médicamenteuse.

Contraception

Il est important de discuter des options de contraception avec votre médecin ou sage-femme lors de la consultation de suivi post-IVG. Cela permet de prévenir une nouvelle grossesse non désirée et de choisir la méthode contraceptive la plus adaptée à votre situation.

Aujourd’hui, en France, l’accès à la contraception n’a jamais été aussi facilité. Depuis le 1er janvier 2022, toutes les femmes âgées de moins de 25 ans peuvent bénéficier gratuitement de moyens contraceptifs. Pilule, implant, stérilet, préservatif, etc. : les options sont nombreuses, variées et largement disponibles.

L'Évolution du Droit à l'IVG en France

En mars 2024, la liberté de recourir à l’avortement est devenue constitutionnelle. Mais quelle est la réalité de cette liberté désormais inscrite dans la constitution ?

Le délai légal de l’IVG a été prolongé, passant de 10 à 12 semaines en 2001, puis s’étendant encore à 14 semaines en 2022. L’IVG médicamenteuse peut désormais être réalisée à domicile, en téléconsultation, jusqu’à sept semaines de grossesse. Quant à l’IVG chirurgicale, elle n’est plus réservée aux seuls médecins : les sage-femmes sont désormais autorisées à la pratiquer, élargissant ainsi l’accès à l’IVG.

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